Chapitre 420
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 420 : Ancien, Ain, Yeiling et humain – 7
──────
En tant que concubine de la Progenitrice, j’étais une sorte de célébrité.
Les vampires me reconnaissaient comme si c’était tout naturel, et même parmi les humains qui arpentaient les rues, un tiers d’entre eux manquaient de s’exclamer « concubine » en me voyant. La moitié de ceux qui me reconnaissaient venaient même me parler directement.
« Excusez-moi, vous êtes… ! »
Je n’avais pas besoin de cacher que j’étais la concubine de la Progenitrice, et Tyrkanzyaka était une personnalité bien trop importante dans le duché pour que je dissimule mes liens avec elle. Au contraire, je l’annonçai fièrement.
« Oui. Je suis la concubine de la Progenitrice. C’est bien moi. »
Les gens qui m’entouraient poussèrent des exclamations.
« Oh… ! Je le savais, en quelque sorte ! »
« Vous avez une tête de concubine ! »
« J’ai du mal à y croire, mais vous n’oseriez jamais escroquer la Progenitrice ! »
À quoi était censé ressembler le visage d’une concubine ? Et qu’est-ce qu’ils entendaient par « escroquer » ? À les entendre, on aurait dit que j’étais une ordure qui profitait de tous les avantages avant de jeter les femmes. Je n’avais tout de même pas l’air si lamentable ?
« Excusez-moi, mais quel âge avez-vous ? »
« Chut. C’est un secret. J’ai décidé de ne plus compter mes années devant Tyr… Ne me demandez pas pourquoi. Vous seriez arrêtés pour blasphème. »
« Où avez-vous rencontré la Progenitrice pour la première fois ? »
« Je cherchais un trésor quand je suis entrée dans un souterrain plongé dans une obscurité glaciale et sans fin, et je l’y ai rencontrée par hasard. Non… était-ce le destin ? La Progenitrice était elle aussi un trésor à mes yeux. »
« Quel est le secret du sang dont le goût a captivé même la Progenitrice ? »
« Là, ça dépasse les limites de ma vie privée. C’est un secret d’État. Je préfère le garder pour moi. »
De plus en plus de gens se rassemblèrent autour de moi. Leur curiosité irrépressible déferlait sur ma personne. Au lieu d’éviter leurs regards, je les savourais tandis que je descendais la rue.
La foule grossissait peu à peu, et même les passants indifférents se mirent à tendre le cou, intrigués. Bientôt, une procession assez imposante pour remplir toute la rue se forma.
Les humains qui vivaient dans le Duché du Brouillard, où il se passait rarement quoi que ce soit, étaient avides de nouvelles intéressantes. La concubine que la Progenitrice avait ramenée chez elle constituait un sujet de commérage particulièrement savoureux. Une histoire d’amour entre la Progenitrice, qui se tenait plus haut que le ciel, et une humaine ordinaire.
« Et qu’est-ce que vous trouvez le plus mignon chez la Progenitrice… »
« Ça suffit. »
Clac. Clac.
Des pas résonnèrent avec une netteté inhabituelle dans la rue bruyante. Les humains rassemblés là comme des nuages tressaillirent et se tournèrent vers le bruit. Puis ils baissèrent précipitamment la tête et les yeux.
« C-comte Erte ! »
Un Ain. Un vampire noble, un thrall d’Ancien ayant hérité de sa force et de son autorité.
Leur âge et leur puissance variaient énormément selon le moment où ils étaient devenus des thralls. Une chose était certaine, toutefois : même les humains les plus habiles auraient du mal à leur tenir tête.
« Bande de bétail stupide. Ne faites pas obstacle à la concubine de la Progenitrice. »
Au fil des ans, les Ain avaient eux aussi été remplacés à maintes reprises. Seuls les individus les plus forts avaient survécu à cette sélection naturelle. Le comte Erte en était un exemple.
Le sang qui coulait sur le sol remonta le long des chevilles des humains. Des toiles d’araignée rouges se répandirent sur leur peau. L’instant d’après, tous ceux qui m’entouraient furent tirés de côté d’un seul coup, comme s’ils étaient attachés à des fils.
Le comte Erte utilisait les fils de sang de Cabilah pour saisir une foule d’humains et les déplacer d’un seul mouvement.
Ce n’était pas d’une puissance écrasante, mais une telle finesse relevait de l’art suprême de la maîtrise du sang.
Les humains semblaient habitués à se faire déplacer de force de la sorte et ne poussèrent que quelques cris. Ça ne leur plaisait pas pour autant, et des murmures mécontents persistèrent dans l’air.
Sans y prêter attention, le comte Erte — fidèle servante de Valdamir et grand Ain chargé de gérer le Château de la Pleine Lune — fendit la foule pour venir à moi. La femme, vêtue d’un costume et d’un chapeau démodés, s’inclina.
« Concubine, pourquoi arpentez-vous les rues sans escorte ? »
« Attendez, concubine, c’est mon titre officiel ? Pourquoi m’appelez-vous ainsi ? »
« Vous êtes la concubine de la Progenitrice, alors je vous appelle concubine. »
« Et vous, que devenez-vous en vous inclinant devant une concubine ? »
« Un Ain est le thrall d’un Ancien. Comparée à vous, la concubine de la Progenitrice, je suis de rang inférieur. »
Pour le comte Erte, c’était une évidence. Même dix personnes comme moi n’auraient pas pu vaincre cet unique Ain, et pourtant elle me traitait avec respect pour une seule raison : j’étais la concubine de Tyr.
« Où vous rendez-vous ? Erte von Blood, fidèle servante de Valdamir, vous escortera. »
« Je pensais finir par aller au Château de la Pleine Lune… Je suis seulement sortie pour regarder un peu les rues. »
« Je vous escorterai. Profitez de votre sortie aussi longtemps que vous le souhaitez. »
Tss. J’aurais voulu prendre mon temps et visiter les environs toute seule, mais les vampires ne me laissaient pas faire. Lungken avait été pareil, et voilà qu’un Ain s’y mettait aussi ? Les Yeilings ne feraient probablement pas mieux. Je n’allais donc pouvoir me promener tranquillement seule nulle part dans ce pays.
« Est-ce que j’ai vraiment besoin d’une escorte ? »
« La présence d’une escorte ne signifie pas forcément que vous êtes en danger. C’est une marque de respect des vampires envers la Progenitrice, ainsi qu’une manière d’affirmer votre autorité. »
« Ça ne veut pas dire que je ne suis pas en danger non plus, n’est-ce pas ? »
« …Je vais vous guider. »
Deux Yeilings surgirent de nulle part et se mirent à diriger la foule. Les humains, apparemment habitués à ce genre de situation, suivirent leurs instructions. La rue retrouva vite son calme et, sous l’œil vigilant du comte Erte, je commençai une petite visite aussi ennuyeuse que possible.
Je m’y attendais, mais j’avais beau faire, impossible de passer pour une personne ordinaire tant que j’étais la concubine de Tyr. Il n’y avait personne autour de moi et rien à faire ; je m’ennuyai donc. Alors que je jetais un coup d’œil au comte Erte, qui me suivait à un demi-pas derrière, une idée me vint soudain.
Le comte Erte ? J’avais déjà entendu ce nom quelque part. Mais où donc ?
Ah.
« En y repensant, un Yeiling du nom de Finlay a fini par atterrir à Tartare. »
Le comte Erte, qui marchait devant moi, se figea.
Était-elle surprise d’entendre tout à coup le nom de son subordonné ? Non. Les vampires ne ressentaient pas tant d’affection. À l’instant où j’avais mentionné le nom de Finlay, elle avait tiré une conclusion sinistre.
Finlay, qui était parti à la recherche de la Progenitrice, avait visité Tartare. À présent, Finlay avait disparu. Quelque part sur la route entre Tartare et le Duché du Brouillard, un accident imprévu lui était arrivé.
Et cet accident n’avait pu se produire qu’avec l’assentiment tacite ou par la volonté de la Progenitrice.
Sous l’autorité de la Progenitrice, les vampires étaient immortels.
« Je n’ose imaginer quel manque de respect mon Yeiling incompétent a pu commettre. »
« Finlay voulait déclencher une guerre. Elle espérait que la Progenitrice retournerait au duché au plus vite. Et puis… Finlay a dépassé les bornes. »
« Ah. Cet idiot a vraiment fait des siennes… »
Le comte Erte se sentit humiliée. Ce n’était pas parce qu’elle craignait d’être tenue pour responsable quand on enquêterait sur le crime de Finlay. Elle était simplement furieuse qu’un Yeiling, qui était pratiquement l’un de ses membres, ait osé se montrer aussi irrespectueux.
« Si vous m’y autorisez, puis-je demander quel manque de respect a été commis ? »
« Il semblerait que Tyr ait confié à Finlay la tâche de faire battre son cœur pendant qu’elle menait diverses expériences sur celui-ci. Puis, alors que Tyr lui confiait temporairement son corps et dormait… »
« A-attendez… ! »
C’était encore plus effronté qu’elle ne l’avait imaginé. C’était si scandaleux qu’elle n’aurait même pas pu protester si trois générations entières avaient été exterminées. Le comte Erte porta la main à sa poitrine, accablée par cette trahison qui dépassait la simple déloyauté.
« …Je dénoncerai moi-même ce crime, puis j’irai mettre fin à mes jours. »
« Est-ce vraiment nécessaire d’en parler ? Tyr l’a pour l’instant enfoui tout au fond de sa mémoire. Le lui rappeler ne ferait que la bouleverser, non ? »
« Alors j’en informerai Valdamir et lui demanderai de me faire exécuter ! »
« Pourquoi pousser les choses aussi loin ? Si Valdamir réduit au silence le thrall d’un thrall, on pourra faire comme si rien ne s’était passé. Ce ne serait pas préférable pour Tyr comme pour Valdamir ? »
Je lui suggérais de cacher la vérité en toute connaissance de cause. C’était d’une déloyauté totale, mais cela permettrait d’obtenir le meilleur résultat possible. Le comte Erte, qui avait été si honteuse, hésita un instant en m’entendant.
Profitant de cette ouverture, je lui posai la question qui me trottait dans la tête.
« Au fait, j’ai une question. Les thralls prennent-ils parfois des décisions de leur propre chef, sans ordre de leur maître ? »
« …Il arrive qu’ils interprètent mal un ordre et s’emportent. »
Le comte Erte répondit comme si elle cherchait à se justifier, puis ajouta :
« Mais comme vous l’avez dit, la volonté de Finlay ne diffère en rien de la mienne. Finlay a reçu mon sang, a obéi à ce que mon sang lui commandait et s’est accordée à lui. »
Il était difficile de dire que les Yeilings différaient des Ain. Les Yeilings qui recevaient le sang d’un Ain se mettaient en colère quand celui-ci se mettait en colère et éprouvaient du chagrin quand il en éprouvait. Le sang qui coulait dans leurs veines, et le pouvoir qu’il portait, influençaient leurs émotions. À force de répétitions, les convictions et jusqu’à la personnalité d’un thrall finissaient par ressembler à celles de son maître.
Sans doute était-ce parce que les émotions n’étaient, au fond, que des réactions physiques.
Si l’on décrivait les thralls comme une partie du corps de leur maître avec autant d’insistance, ce n’était pas sans raison.
« Vous avez dit que Finlay voulait la guerre. Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Lutter contre le Dieu céleste est le destin du duché. »
« Et ensuite ? »
« …Le duché a connu trop de paix ces derniers temps. Nous avons des forces en réserve, mais une force inutilisée ne sert à rien. En revanche, le Sanctuaire a été affaibli par une série de malheurs. Sa tentative ambitieuse de convertir les terres sauvages a échoué et, en essayant de servir de médiateur dans le conflit entre l’Empire et la Fédération arcanique, il s’est attiré l’hostilité des deux camps. Si nous devons agir, c’est maintenant. »
C’était assurément le bon moment pour faire la guerre. Mais ce n’était pas une raison pour en déclencher une. Voyons ce qu’elle pensait vraiment.
Une force inutilisée ne sert à rien. Maintenant qu’un Ancien est mort, avant que le Duché du Brouillard ne prenne encore plus de retard… Il faut que nous employions cette force.
Elle était pressée ? Comme c’était étrange.
Quand on était poursuivi, l’impatience nous gagnait. Mais c’était une pensée quelque peu inhabituelle pour un vampire. Pour ceux qui avaient vécu mille ans, la mort était une éventualité lointaine. Voilà pourquoi ils ne pouvaient s’empêcher de prendre leur temps et de garder leur calme.
Le comte Erte était aussi un Ain. Un vampire pour qui la mort était lointaine. Et pourtant, la raison pour laquelle elle en était venue à penser ainsi…
Je parlai comme pour le confirmer.
« Vous avez dit que les thralls ne prennent généralement pas de décisions seuls, sans ordre de leur maître, c’est bien ça ? »
« C’est exact. »
« Ça s’appliquerait aussi à vous, n’est-ce pas ? Non pas en tant que maîtresse, mais en tant que thrall. »
À ces mots prononcés à voix basse, le comte Erte se redressa comme si elle venait de recevoir une révélation. Les yeux remplis de révérence, elle fixa le vide. Puis elle me jeta un regard et prit les devants.
« Suivez-moi. »
Sans un mot, je suivis le comte Erte.
Les rues autour du Château de la Pleine Lune. Même dans la capitale du duché, où l’obscurité recouvrait tout en permanence, les lieux ombragés étaient particulièrement nombreux. Le comte Erte connaissait bien ces ruelles, dont certaines étaient réservées aux vampires.
Comme envoûtée, le comte Erte écarta un rideau de ténèbres et entra. De l’autre côté se trouvait un bureau au mobilier simple, mais fonctionnel.
« Vous avez été bien occupée, concubine. Presque autant que moi. »
Là, malgré ses innombrables affaires à régler, le Duc écarlate Valdamir m’attendait.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>