Chapitre 419
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 419 : Ancien, Ain, Yeiling et humain - 6
──────
La nuit était courte parce qu’elle était vide. Elle l’était pour les humains en quête d’un sommeil creux dans l’obscurité comme pour les vampires qui ne faisaient rien, faute de mieux.
Mais dès qu’on commençait à remplir une nuit sombre et silencieuse, on pouvait y faire tenir tant de choses. Comme lorsqu’on versait quelque chose dans un récipient sans fond, on finissait par se demander si les nuits qui revenaient sans cesse avaient vraiment toujours été aussi longues.
Une longue nuit s’était écoulée. La souveraine du Château de la Pleine Lune. La Reine de l’Ombre. Tyrkanzyaka, Progenitrice des vampires, était restée allongée, le regard vide, à se remémorer la nuit précédente. Elle avait passé près de mille ans en tant que vampire et veillé au cours d’innombrables nuits, mais aucune ne lui avait laissé une impression aussi forte que celle de la veille.
« C’était pour le traitement. Un simple moyen de rendre des sensations à mon corps. Je le sais. Mais… »
Elle eut beau se le répéter, le cœur de Tyrkanzyaka continuait de battre à sa guise. Cette sensation lui pesait, et pourtant, une partie d’elle y prenait plaisir.
« …Mais était-ce vraiment uniquement pour le traitement ? »
Plus elle y pensait, plus son visage rougissait.
Autrefois, cela se serait arrêté dès qu’elle l’aurait voulu. À présent, même si elle le suppliait de cesser, mortifiée, son cœur l’ignorait et continuait de battre. Elle aurait pu l’immobiliser de force grâce à la magie du sang, mais son cœur aurait alors éclaté. Tyrkanzyaka renonça à maîtriser ses émotions et enfouit son visage dans le lit.
« Bien sûr que non ! Nous avons passé toute la nuit à nous embrasser. Assis sur une chaise, allongés sur le bureau, même en nous tenant dans les bras l’un de l’autre. Et puis, sa langue, sa langue, sa langue… dans ma bouche… ! »
« ……… !!! »
Boum, boum. Tyrkanzyaka martela le lit à coups de poing. Chaque coup le déchirait et envoyait des plumes voler dans toutes les directions. Le lit ancien, assez précieux pour avoir une valeur historique, finissait en tas de ferraille, mais Tyrkanzyaka était trop occupée à se remémorer la nuit précédente pour s’en soucier.
« J’étais trop bouleversée, trop gênée… Je n’ai pas réussi à le lui demander. Mais Hyu a forcément ressenti la même chose. »
Un bon moment s’était déjà écoulé, mais Tyrkanzyaka roulait toujours sur le lit. Avec ce souvenir heureux et les battements de cœur qu’il lui avait laissés, elle avait l’impression qu’elle ne se lasserait pas, même si les jours passaient ainsi.
Elle ne pouvait toutefois pas rester des jours entiers à se rouler dans son lit. Hyu avait promis de revenir le soir même. La veille, ç’avait été sa bouche, mais ce soir, ce serait ailleurs…
« ……… !!! »
Boum, boum. Le lit ressemblait maintenant à un oiseau criblé de flèches. Tyrkanzyaka continuait de s’y rouler tandis que les plumes s’en échappaient…
Puis elle sentit quelque chose d’étrange dans sa bouche.
Une plume. Une plume sèche lui chatouillait l’intérieur de la bouche. Au début, elle ne comprit même pas ce qui lui paraissait étrange. Elle s’immobilisa un instant, cherchant à identifier cette sensation inconnue.
Après avoir médité près de trente minutes sur cette sensation, Tyrkanzyaka comprit.
« Ça chatouille. »
L’intérieur de sa bouche la chatouillait.
Elle n’avait jamais rien ressenti de semblable depuis qu’elle était devenue vampire. La veille, après que la langue de Hyu eut parcouru chaque recoin de sa bouche… les sensations y étaient revenues.
« Je peux… goûter, maintenant. »
Elle serait capable de goûter. Quant à savoir si elle pouvait digérer la nourriture, c’était une autre histoire, mais la langue de Tyrkanzyaka avait au moins gagné le droit de savourer de la grande cuisine. Elle effleura ses lèvres, songeuse.
Une capacité nouvellement acquise devait être mise à l’épreuve sans tarder. Tyrkanzyaka releva la tête et appela sa femme de chambre.
« Katalina. »
« Ma Progenitrice. Vous m’avez appelée ? »
La femme de chambre répondit depuis l’autre côté de la porte. Tyrkanzyaka se leva et lui donna ses instructions.
« Je vais voir Cabilah. Préparez tout. »
« Ce sera fait. »
Cabilah était la meilleure cuisinière que connaissait la Progenitrice. C’était aussi l’Ancienne avec laquelle Tyrkanzyaka pouvait parler le plus librement. Contrairement aux autres Anciennes, Cabilah était devenue vampire alors qu’elle était encore jeune ; Tyrkanzyaka l’avait donc gardée près d’elle, comme si elle l’avait élevée elle-même.
Jusqu’alors, Cabilah n’avait mis ses talents culinaires qu’au service des humains, mais aujourd’hui, elle aurait l’occasion de régaler Tyrkanzyaka, qu’elle adorait.
* * *
La lumière du soleil voilée par le brouillard, de vastes prairies cachées à la vue et un vent humide venu de la mer.
Dans ce brouillard qui ternissait même le beau temps, pourtant si rare — il ne revenait que tous les quelques mois —, je bâillai, épuisé.
« Bâââille. »
Je m’arrêtai au milieu de la prairie pour bâiller. Lungken s’immobilisa à son tour et me demanda : « Tu bâilles ? Tu es fatigué ? »
« Oui. J’ai mal dormi, parce que je n’étais pas dans mon lit, la nuit dernière. »
Est-ce que je pouvais vraiment appeler ça mal dormir ? J’avais passé la nuit avec Tyr, rendu ses sensations, puis grappillé un peu de sommeil avant de partir. Évidemment que j’étais fatigué.
Choisir le baiser comme méthode avait été la bonne décision. Tyr en avait été très consciente, ce qui avait rendu ses réactions sensorielles excellentes, et j’avais pris beaucoup de plaisir. Si j’avais essayé de lui rendre ses sensations en lui tenant la langue, il m’aurait fallu plus d’une semaine.
« Les humains sont tellement pénibles ! C’est déjà étrange que vous dormiez toutes les quelques heures, mais en plus, vous êtes fatigués si vous ne dormez pas correctement ! Comment faites-vous pour vivre avec de tels inconvénients ? »
Lungken, qui ignorait tout de la situation, éclata de rire. Quelle réaction aurait Lungken si je lui disais que j’étais fatigué parce que j’avais passé la nuit à embrasser la Progenitrice ?
Hmm. Lungken aurait peut-être accepté ça sans problème. Je n’avais pas l’intention de vérifier.
« Du point de vue d’un humain, les vampires qui ne dorment pas normalement, puis dorment pendant des mois, sont encore plus étranges. »
« Tous les jours, vous dormez et vous vous réveillez encore et encore, pendant ce court laps de temps où le soleil se lève et se couche ? Quel ennui ! Le sommeil est une habitude. Réduis-le ! »
« Ce n’est pas une habitude. C’est un besoin biologique. Comment veux-tu que je le réduise ? Tu ne te souviens même pas d’avoir été humain ? »
« C’était il y a trop longtemps. J’ai oublié ! »
« Tu en es fière, en plus. »
Après avoir grommelé, je revins au sujet qui m’intéressait.
« Alors, Lungken, tu supervises les éleveurs des prairies et les ranchs ? »
« Bien sûr. Mes larbins s’occupent de toutes les petites affaires ! Je n’interviens que lorsque je m’ennuie et que j’ai besoin de chasser des loups ou des tigres ! »
« Même des tigres ? »
« Hmph. Ils descendent rarement de la montagne, mais les jeunes adultes n’ont pas encore retenu la leçon et se mettent à donner des coups de patte. Je ne fais pas confiance à mes subordonnés pour s’en occuper, mais si j’emmène un groupe d’humains dans la montagne et que je retourne tout sur mon passage pour les trouver, certains se feront emporter dans leurs mâchoires. Autant que j’aille moi-même les battre à mort, non ? »
Un Ain pouvait probablement tenir tête à un tigre. Cela dit, arpenter une montagne à sa recherche était stupide, même pour un Ain, sans doute la raison pour laquelle l’Ancien s’en chargeait personnellement. Quoi ? Ce n’était pas stupide, même pour un Ancien ? C’était le comportement normal d’un Ancien stupide ; peu importait.
Lungken était aussi téméraire que puissant. Sa maîtrise de la magie du sang laissait à désirer, mais personne ne sentait le sang mieux que lui. Sa capacité à détecter celui des bêtes dépassait aussi celle de n’importe quel autre Ancien. C’était sûrement parce que leur propre sang était mêlé à du sang de bête. Les prairies et les ranchs, où l’on gérait des bêtes sur un vaste territoire, lui convenaient parfaitement.
Autrement dit, chaque Ancien avait un domaine de prédilection un peu différent. Chacun convenait à un type de personne particulier.
« Dame Cabilah et son Ain protègent les humains qui vivent le long de la côte. Si j’ai bien compris, chaque Ancien est principalement responsable de groupes d’humains assez différents. C’est bien ça ? »
« Leurs tempéraments diffèrent nettement ! »
« Et feu l’Ancien Luscinia, de quels humains s’occupait-il surtout ? »
Lungken répondit sans réfléchir.
« Les malades ! »
« Des patients ? Des gens malades ? »
« C’est ça ! Ce salaud de chauve-souris aimait jouer avec les corps ! Les vampires pouvaient le supporter, mais les humains mouraient en masse. Même quand cette chauve-souris partait à la recherche d’humains, ils finissaient tous sous la responsabilité d’autres Anciens ! Seuls les patients au seuil de la mort lui confiaient leur corps, prêts à mourir ! Ils risquaient de mourir si les choses tournaient mal, mais si tout se passait bien, ils pouvaient conserver leur vie ! »
Les gens en bonne santé évitaient Luscinia, mais les blessés se tournaient vers lui en dernier recours. Il en était résulté cette situation singulière : des malheureux s’étaient rassemblés sous l’autorité de l’Ancien le plus cruel. Ce n’était pas un hasard si le Sage guérisseur était issu des rangs de Luscinia.
« Ça t’a aidé, concubine ? »
« Oui. C’était très utile. Le territoire de Luscinia comptait des patients désespérés, et la plupart avaient probablement été modifiés. Ils avaient donc largement de quoi en vouloir à un Ancien. Je comprends pourquoi les soupçons se portent sur Lir, qui est devenue Yeiling. »
« J’ignore qui l’a tué, mais j’aimerais bien me battre contre cette personne, ne serait-ce qu’une fois ! Elle doit être très forte ! »
Lungken lança ces mots avec audace, puis claqua soudain des lèvres et me regarda.
« À ce propos, on se bat ? »
« Je ne peux pas me battre. Je suis faible. »
« Quand est-ce que tu deviendras fort ? »
« Ce n’est pas parce que je le décide que je deviens fort ou faible, mais attends un peu. Quand je m’éveillerai, je serai assez fort pour provoquer la destruction de ce monde. »
Bien que j’aie dit la vérité, la réaction de Lungken fut décevante.
« Quelle vantardise ! Ceux qui parlent comme ça ne sont généralement pas grand-chose. »
« S’ils se vantent, c’est justement parce qu’ils ne sont pas grand-chose. »
« Hmph ! C’est vrai ! Beaucoup de bruit pour rien, alors ! »
Je laissai Lungken hocher la tête d’un air satisfait et me plongeai dans mes pensées.
Je ne m’attendais à rien, mais comme prévu, Lungken ne savait rien. Les informations obtenues ne valaient guère mieux que ce que j’aurais appris en attrapant le premier venu pour lire ses pensées.
J’avais examiné les souvenirs de Lungken grâce à la lecture des pensées, mais non seulement Lungken n’avait pas tué Luscinia, il ne s’était guère intéressé à lui. Même après la mort de Luscinia, Lungken s’était contenté de l’accepter.
Hmm. Qui était-ce ? J’avais beau chercher dans les pensées des autres, le coupable ne se dévoilait pas. Un Ancien était mort ; ça n’avait pas pu être un accident ou une mauvaise chute, si ? Même si cela s’était passé dix ans plus tôt, un vampire n’était pas mort de vieillesse entre-temps…
Ah, alors… le coupable pouvait-il être un Ancien qui existait il y a dix ans, mais qui avait disparu depuis ?
Alors que j’envisageais cette possibilité qui venait de me traverser l’esprit, Lungken se leva.
« Tu rentres ? Je vais t’y conduire ! Suis-moi ! »
« Qu’est-ce qui te prend d’être si serviable ? »
« C’est le moins que je puisse faire pour la concubine de la Progenitrice ! Qu’est-ce que la Progenitrice penserait de moi s’il t’arrivait quelque chose ? »
Quelle sorte de créature était donc la concubine de la Progenitrice, pour qu’un homme-bête sanglier ait appris à faire preuve d’égards ? J’allais accepter son offre avec gratitude quand Lungken regarda soudain au loin et renifla. Ses défenses, qui le désignaient comme un homme-bête sanglier, frémirent comme si elles le gênaient.
« En plus, je sens quelque chose de mauvais. Il n’arrivera rien de dangereux à la concubine, mais mieux vaut rester prudent. Les humains meurent bien trop facilement. »
« Pourtant, tu ne sens pas les choses. »
« Hmph ! Je sens le sang mieux que quiconque ! Et je ressens ce frisson qui précède l’arrivée des effusions de sang ! Quelque chose approche ! Je le sais ! »
Je lus les pensées de Lungken, mais n’y trouvai aucun souvenir pertinent. Cette excitation n’était que de l’instinct animal. Lungken expira brusquement par le nez, fixa un point dans le ciel et marmonna :
« Des chauves-souris volent dans les environs. Fais attention, Roi de l’Humanité. Les thralls qui ont perdu leur maître finissent forcément par devenir incontrôlables. »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>