Chapitre 416
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 416 : Aînée, Ain, Yeiling et humain – 3
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Elle n’avait pas l’air particulièrement choquée. Pourtant, mes paroles l’avaient manifestement atteinte. Cabilah était une vampire au cœur froid ; au lieu de se laisser ébranler, elle examina calmement la situation.
« … Grande Sœur me soupçonne ? »
« Plus exactement, elle soupçonne les Aînés. Quel Yeiling pourrait bien tuer un Aîné à lui seul ? Un autre Aîné a peut-être aidé, ou bien il a tué Luscinia et fait accuser quelqu’un d’autre. En tant que souveraine, Tyr aurait du mal à écarter ces possibilités. »
« Le soupçon est raisonnable. Mais Grande Sœur l’a vraiment dit ? »
Elle était perspicace. Une vampire, ça restait une vampire. Difficile de l’entraîner dans un malentendu.
« Non. Tyr ne veut pas soupçonner les Aînés, ses fidèles serviteurs et ses précieux compagnons. Mais mieux vaut dissiper tout doute, non ? Alors je suis intervenu pour régler cette inquiétude à sa place. »
« Vous n’avez pas peur de mourir ? Quelle insolence… »
Quand Cabilah comprit que j’agissais de mon propre chef, elle sembla m’apprécier davantage.
« Je me demandais où Grande Sœur avait trouvé un sac à sang aussi séduisant, mais tu mérites étonnamment bien d’être sa concubine. C’est vrai. Grande Sœur n’arrive pas à nous soupçonner si facilement. »
« Exactement. Je pensais que les vampires traquaient froidement les coupables. »
« Nous ne sommes pas gouvernés par nos émotions. Mais cela ne signifie pas que nous sommes méfiants. Surtout, nous, les Aînés, étions les bras et les jambes de Grande Sœur. On ne soupçonne pas ses propres bras et jambes. Pour eux, le corps est plus précieux que tout, mais… »
Après un bref murmure, Cabilah reprit d’un ton plus sérieux :
« Très bien, concubin insolent. Que veux-tu savoir ? »
« Les ennemis du défunt Luscinia. »
« Comme je te l’ai dit, nous, les Aînés, sommes des vampires. Nous ne sommes pas gouvernés par nos émotions. Les humains se cherchent des excuses pour justifier les meurtres impulsifs. Aucun Aîné ne mettrait au point un plan de meurtre incertain, dangereux et sans profit sous prétexte qu’il aurait une rancune. »
Cabilah parlait avec assurance. Elle le croyait sincèrement et, comme elle l’avait dit, elle n’était pas responsable du meurtre de Luscinia.
Enfin, je le savais déjà grâce à la lecture des pensées. J’étais venu ici pour trouver des indices, après tout.
« Tyr pense probablement la même chose. Mais je suis venu envisager le pire, n’est-ce pas ? Voyons les choses autrement. »
« Autrement ? Comment ça ? »
« Supposons qu’un des Aînés soit coupable. Qui serait-ce ? »
Dès qu’on partait du principe qu’il y avait un coupable, certaines choses devenaient visibles. Il suffisait de changer de prémisse pour modifier son point de vue. Cabilah pourrait alors me fournir de nouveaux indices. Même si elle ignorait la réponse, une conclusion fondée sur onze siècles passés à les connaître constituait déjà un indice en soi.
Je commençais à peine à attendre sa réponse que Cabilah secoua la tête.
« Je n’en ai vraiment aucune idée. C’est tellement idiot que seul Lungken me vient à l’esprit, mais il n’est pas assez malin pour dissimuler des preuves. Non, il ne penserait probablement même pas à les cacher. Alors, vraiment, je n’en sais rien. »
« J’ai entendu dire que le défunt Luscinia traitait durement les humains. »
« Hmph. C’est vrai. Cette ordure de chauve-souris devait croire que des humains jaillissaient du sol chaque fois qu’il creusait. Il maltraitait les humains qui lui appartenaient jusqu’à ce qu’ils meurent, puis il en cherchait d’autres. Il n’arrêtait pas de me demander de lui en vendre, de les lui céder… Il a joué à la chauve-souris si longtemps qu’il a dû finir par devenir aveugle. Tu crois que je vais les lui donner parce qu’il le demande sans vergogne, après tous les siècles que j’ai passés à les nourrir, les loger et prendre soin d’eux ? »
Cabilah parlait comme une éleveuse qui avait amassé un grand troupeau, et, à vrai dire, ce n’était pas si différent.
La Tisseuse de sang Cabilah était bienveillante envers les humains. C’était dans sa nature, mais c’était aussi une sagesse forgée par près de onze siècles d’expérience.
Les humains ne représentaient pas une menace. Cabilah n’avait aucun mal à les gérer, même si leur nombre augmentait un peu. En tant que responsable du littoral, elle pouvait facilement se procurer des ressources. Ses thralls s’occupaient du sang et des os, et il suffisait d’augmenter le nombre de pièges le long de la côte pour nourrir plusieurs centaines de personnes.
Ne vous méprenez pas. Cabilah ne considérait pas les humains comme ses égaux. Sa bienveillance résultait d’un tempérament délicat et d’un calcul froid.
… Mais était-ce pour autant moins bienveillant ? À ce stade, ne pouvait-on pas tout simplement appeler cela de l’amour ?
« Quoi qu’il en soit, j’ai compris. »
« Tu ne me soupçonnes pas ? »
« Je suis venu vous voir en premier parce que vous êtes la moins suspecte. »
« Et sur quoi te fondes-tu ? »
Je ne pouvais pas lui dire que, lorsque je l’avais vue à Claudia, elle m’avait semblé la plus faible en combat singulier. Je trouvai plutôt une explication plausible.
« Parce que vous êtes dévouée à Tyr. Dame Cabilah ne ferait rien qui puisse l’inquiéter. »
Cabilah ricana.
« Hmph. Tu sais bien flatter les gens. »
« C’est comme ça que j’ai obtenu ma place de concubin de la Progenitrice. »
« Il doit y avoir une autre raison. Quoi qu’il en soit, je n’ai rien de plus à dire sur le coupable… »
Hmm. J’avais déjà lu ses pensées, mais Cabilah n’était pas coupable. Cela ne signifiait pas que je n’avais rien appris.
Le défunt Luscinia semblait s’être attiré pas mal de rancunes à droite et à gauche. Si même un autre Aîné le traitait ainsi, comment Luscinia avait-il dû se comporter avec les humains ?
Ce n’était pas pour rien que personne ne s’était interrogé sur les motivations de Lir Nightingale. Luscinia lui-même était le mobile.
Hmm. Mais alors, qui était-ce vraiment… Tandis que je me grattais le menton, Cabilah se leva et me demanda :
« Les humains ont faim à toute heure, non ? Tu veux manger quelque chose ? »
« Oui, s’il vous plaît. »
Impossible de résister à ça.
Cabilah prépara des fruits de mer fraîchement pêchés. Un ours en peluche directement contrôlé par Cabilah se tenait sur la planche à découper ; à l’aide d’un couteau en os bien aiguisé, il écailla un poisson puis en découpa les filets pour en faire des sashimis. Pendant ce temps, des Soldats-Dents-de-dragon en tablier déposèrent d’énormes crabes dans des marmites et les firent cuire à la vapeur.
La préparation fut simple et rapide. En quelques minutes, un véritable festin de fruits de mer fut servi. Cabilah congédia les Soldats-Dents-de-dragon et me dit :
« Mange. J’ai préparé des plats qui ne modifieront pas beaucoup le goût de ton sang, alors tu peux te régaler. »
« Merci de prendre si bien soin de ma santé. J’accepte votre bonté et je vais tâcher de devenir plus robuste. »
« Je te répète que c’est pour Grande Sœur, pas pour toi ! »
Les sashimis arrosés de jus de fruits étaient d’un raffinement exquis. On disait qu’on pouvait manger le poisson cru quand il était frais, mais encore fallait-il en avoir l’occasion. Sa chair ferme éveilla sur ma langue une saveur délicieuse, différente de celle de la viande.
Le crabe cuit à la vapeur qui suivit était d’une saveur proprement dévastatrice. Sa chair chaude se désagrégeait sur ma langue en une explosion de goût.
Voilà ce que c’était, vivre. Tyr avait passé tout ce temps aux côtés d’une cuisinière pareille sans pouvoir goûter quoi que ce soit ? Je pris ma décision. Aujourd’hui, je commencerais par lui rendre le goût.
Tandis que Cabilah me regardait manger, elle me demanda d’un ton détaché :
« Il est arrivé quelque chose à Grande Sœur ? »
Elle était curieuse depuis le début, mais il lui avait fallu tout ce temps pour poser la question. Je fis d’abord semblant de ne pas comprendre.
« Comment ça ? »
« Je ne sens plus la domination de Grande Sœur. Dès notre première rencontre, le frisson que j’aurais dû ressentir… avait disparu. Grande Sœur ne l’a pas abandonnée volontairement. Je le sais… Tu n’es au courant de rien ? »
Hmm. Que devais-je faire ? Jouer les ignorants ? Lui demander comment un humain ordinaire comme moi pourrait connaître la physiologie des vampires ?
« Il n’est pas devenu le concubin de Grande Sœur comme ça. Il y a forcément quelque chose. Non, il y a forcément quelque chose. Je dois savoir ce qui est arrivé à Grande Sœur… ce qui l’a changée. »
Mais cela ne ferait que repousser ses soupçons. Je ferais mieux de le lui dire. Après tout, j’avais déjà révélé que j’étais le Roi de l’Humanité.
Tout en portant un morceau à ma bouche, je répondis avec le plus de désinvolture possible :
« Ce n’est pas grand-chose. Tyr a retrouvé son cœur. »
« Son cœur… ? »
« Oui. Après une aventure incroyable, Tyr s’est souvenue des battements de cœur qu’elle avait oubliés depuis longtemps. Elle a même réussi à le faire battre de nouveau. »
Un cœur mort qui se remettait à battre était un phénomène sans précédent ; Cabilah mit donc un moment à l’accepter. Pour l’aider à comprendre, je lui expliquai plus en détail :
« La vie distingue le soi du monde et préserve cette différence. La mort, au contraire, consiste à ne faire qu’un avec le monde. Quand le cœur de Tyr est revenu à la vie, son art du sang, qui suit les battements de son cœur, s’est mis lui aussi à la distinguer du monde. Sa domination s’en est un peu affaiblie, mais Tyr, elle, n’a pas beaucoup changé. Ne vous inquiétez pas. »
« … C’est toi qui l’as aidée. C’est pour ça que tu es son concubin… »
Les vampires avaient une intuition subtile. C’était peut-être l’expérience, ou le fait qu’ils ne laissaient pas leurs émotions brouiller leur jugement. Difficile à dire. N’ayant pas d’autre choix, je hochai la tête.
« Oui, enfin… Ce n’est rien de spécial. »
« … Tant mieux. »
« Veuillez le dire à Tyr. Ça lui fera plaisir, elle aussi. »
Mais ça, c’était une chose, et le repas en était une autre. Après avoir vidé toutes les assiettes, je me levai, satisfait.
« Merci pour le repas. Je vais y aller. Je vais enquêter sur le coupable aussi soigneusement que possible, alors ne vous inquiétez pas trop. »
Alors que j’allais prendre congé et partir, Cabilah fit bouger l’ours en peluche. Sa bouche s’ouvrit et se referma, et une voix s’en échappa, comme s’il faisait parler un ventriloque.
Comme pour bien montrer que ce n’était pas Cabilah elle-même qui parlait.
« Méfie-toi de Valdamir. »
« Valdamir ? Le Duc du Sang écarlate ? Vous le soupçonnez ? »
« La question n’est pas de savoir si Valdamir est suspect. »
Un vampire restait un vampire, quoi qu’on en dise. Des monstres au sang froid, au cœur immobile, qui buvaient le sang humain.
Ils étaient doués d’une raison froide et leurs émotions variaient très peu. Insensibles, peut-être. Ils n’espéraient pas le meilleur, pas plus qu’ils ne rejetaient le pire.
« Personne ne peut affirmer avec certitude qui est le coupable. Mais si Valdamir prépare autre chose… »
Tout comme j’étais allé voir Cabilah en premier parce qu’elle me semblait la moins dangereuse.
Cabilah raisonnait de la même manière et restait sur ses gardes.
Ce ne serait pas grave si tous les autres trahissaient Tyr. Ils ne représentaient pas un danger.
Mais il y avait une exception. Le plus puissant des Aînés et le souverain incontesté de ces terres : le Duc écarlate Valdamir.
Si Valdamir comptait se débarrasser des entraves qui le retenaient…
« … Maintenant que Grande Sœur s’est débarrassée de ses entraves, même elle pourrait être en danger. »
Notes de bas de page :
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