Chapitre 414
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 414 : Aîné, Ain, Yeiling et humain – 1
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La suspecte dans l’affaire du meurtre de l’Aîné : Lir Nightingale.
Elle était devenue le Yeiling de Luscinia plus de dix ans auparavant. Celle qui avait fait de Lir un Yeiling était sa mère, Lily, devenue Ain à peu près à la même époque. On disait que les « expériences » de Luscinia étaient à l’origine de la transformation de la mère et de la fille en Ain et en Yeiling, respectivement.
Par la suite, Lily avait été exécutée alors qu’elle tentait de fuir le Duché du Brouillard avec plusieurs citoyens. Ceux qui s’étaient enfuis avec elle avaient été envoyés au broyeur.
… Au broyeur ?
J’eus beau éplucher les documents, je ne trouvai aucune explication. Cela devait être une évidence pour tout le monde dans le Duché du Brouillard, quelque chose qui ne nécessitait pas d’explication. J’essayai d’ignorer le malaise que m’inspirait ce mot et tournai la page. La première ne contenait que des faits objectifs, mais les jugements subjectifs et les témoignages commençaient ensuite.
Je pouvais donc survoler le reste. Je vérifierais moi-même les jugements subjectifs et les témoignages.
La lecture des pensées était plusieurs fois plus précise que tout ce qui pouvait être consigné par écrit.
« Père, que pensez-vous de cette nouvelle belle-mère ? Elle vous plaît ? »
« Elle est préférable à une fille autoproclamée qui cherche sans arrêt à me vendre quelque part. »
Hilde m’avait repéré je ne sais comment et était venue me rejoindre ; elle traînait dans les parages.
« Allons, Père. Ça vous plairait aussi. Il suffit de mettre un peu votre corps à contribution pour obtenir deux pays gratuitement. »
« Si les pays étaient comestibles, ça me plairait peut-être. Mais comme je ne peux pas les manger, ça ne m’intéresse pas beaucoup. »
« Vous dites ça comme si vous vous en fichiez. Vous pensez vraiment pouvoir trouver le Dieu démoniaque sans l’aide d’un pays ? »
« J’aimerais pouvoir dire que je me débrouillerai comme jusqu’ici, mais… »
Difficile de le nier.
J’avais risqué ma vie rien que pour atteindre l’Abîme. Si quoi que ce soit avait mal tourné en chemin, mes plans seraient tombés à l’eau ou j’aurais été en danger.
Il en allait de même pour le Seigneur de l’Or des Petits États et le Voleur de foudre de Claudia. Traverser seul ces terres hostiles et approcher sans encombre le cœur du Dieu démoniaque était déjà assez difficile. Quelle garantie avais-je de pouvoir en ressortir entier ? Je n’avais survécu jusque-là qu’en m’appuyant sur Tyr ou la régresseuse.
« Il me sera sans doute difficile d’approcher le Dieu démoniaque seul, à partir de maintenant. J’y réfléchirai sérieusement. »
« Héhé. J’ai hâte de voir ça ! »
« Ne t’attends pas à trop. Je ne t’ai rien montré, alors je ne sais pas ce que tu espères de moi. »
« Parce que vous êtes le Roi de l’Humanité, Père. »
« C’était il y a une éternité. Le Roi de l’Humanité a cessé d’être roi en l’an un. Je ne suis qu’un humain ordinaire. »
Le Roi de l’Humanité était un être qu’on avait autrefois rejeté en tant que roi, mis en pièces et dépouillé de tout pouvoir. Cet être, ce n’était pas moi, mais si le Roi de l’Humanité avait vraiment été capable d’instaurer une ère de paix, on ne l’aurait pas trahi. Si les choses étaient restées telles qu’elles étaient en l’an un, le pays se serait disloqué.
Hilde avait encore plus confiance en moi que moi-même.
« En tant que Roi de l’Humanité, Père, vous pouvez devenir “n’importe quel genre d’humain”, n’est-ce pas ? »
… Hilde savait-elle que je pouvais lire les pensées ? Je lus celles de Hilde, mais, fort heureusement, ce n’était pas le cas. Elle avait simplement une foi pure et dénuée de tout fondement en moi.
« Pour bâtir un pays parfait, Yuel n’a pas eu d’autre choix que de transformer chaque humain en brique et de s’en servir. Mais vous, Père, vous n’avez pas besoin de faire ça. Qu’il s’agisse de grandes figures ou de voyous des rues, ça vous est égal. Vous êtes le seul à pouvoir rassembler toutes sortes de gens ! »
« Qu’est-ce qu’elle a, Hilde, avec ce regard… ? C’est étrange… »
« Ne faites pas semblant de ne pas comprendre ! Rien que d’avoir réussi à faire rester Shei et Tyrkanzyaka au même endroit, c’est déjà un exploit ! »
Qu’était-elle en train de raconter ? Apparemment, ces deux-là s’étaient bien entendues à l’origine. C’était une histoire d’un cycle précédent, avant que j’entre en scène.
« Si nous retournons à l’État militaire, il faudra d’abord enquêter sur l’affaire du meurtre dans le Duché du Brouillard. Plus vite nous découvrirons la vérité, plus vite le procès prendra fin. Hilde, tu dirigeais le Bureau du renseignement de l’État militaire comme s’il faisait partie de toi. Tu sais quelque chose ? »
« Ce que je sais, c’est la même chose que vous, Père. Vous savez d’où me viennent mes informations. »
Hilde m’arracha les documents des mains et en parcourut rapidement des dizaines de pages.
« L’État militaire disposait d’un système qui me permettait de recueillir une certaine quantité d’informations par mes propres moyens. Mais, pour obtenir des renseignements à l’étranger, je devais forcément compter sur le “pouvoir”. Or, le Duché du Brouillard est à l’abri du pouvoir. »
« Pourtant, tu as placé Tyrkanzyaka dans Tartare quand tu l’as créé. »
« Tyrkanzyaka dormait en dehors du Duché du Brouillard, non ? Yuel n’aurait pas aimé voir les ténèbres tourbillonner dans un coin du pays, elle non plus. »
Comme on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui avait dirigé un Bureau du renseignement, Hilde savait compiler et analyser les informations. Elle eut fini de lire les documents en un instant.
« Peu importe sous quel angle je l’examine, Lir Nightingale me paraît suspecte. Si nous étions dans l’État militaire, nous l’aurions arrêtée en premier. Y a-t-il autre chose à examiner ? »
« C’est justement ça qui me déplaît. »
« Vous êtes contrariant de nature. Je comprends mieux pourquoi on vous traite de barbare. »
Hilde referma les documents d’un claquement sec, puis me sourit.
« Alors, qui soupçonnez-vous le plus, Père ? »
« Bien sûr, je soupçonne aussi cette vampire. Elle était certainement impliquée de près dans la mort du défunt Luscinia. Mais… »
Je savais qu’elle n’était pas la coupable, puisque j’avais lu ses pensées. Pourtant, toutes les circonstances la désignaient comme telle. C’était anormal.
Ce qui signifiait que quelqu’un… avait truqué l’affaire.
« A-t-elle vraiment pu faire tout ça toute seule ? »
À peine avais-je lancé la question en passant que Hilde la saisit, comme si elle l’attendait.
« Vous pensez qu’elle a un complice ? »
« C’est une hypothèse raisonnable, non ? »
« Je m’interroge plutôt sur votre audace, Père. Vous allez chercher le cerveau derrière le meurtre d’un Aîné dans le Duché du Brouillard ? Si quelqu’un a pu faire du mal à un Aîné et piéger un Yeiling, c’est au minimum un Aîné. Et un fou capable de mentir sans sourciller devant la Progenitrice, qui plus est ? »
Il faudrait être fou. Mais quand même…
Je souris et lui retournai la question.
« Ça ne t’intrigue pas ? »
« Héhé… »
Hilde semblait elle aussi un peu agitée. Elle tapotait les documents sans raison et laissait échapper un grognement.
Dans l’État militaire, Hilde avait eu affaire à des informations sensibles et obscures. Elle se fiait davantage aux faits qu’aux apparences. Celles-ci jouaient contre Lir, mais en pratique, un Yeiling ne pouvait quasiment pas tuer un Aîné. Cela restait vrai même si Lir était une génie qui avait dépassé les limites de l’art du sang par une autre voie.
Hilde était tout à fait partante.
« Commençons par interroger un Aîné du coin. »
« Enquêter sur un Aîné, hein. Même dix vies n’y suffiraient pas. »
« On n’a jamais assez de vie. Comme d’argent. »
C’est ainsi que Hilde et moi partîmes à la recherche d’un Aîné, formant une petite équipe d’enquête.
Le Duché du Brouillard bordait la mer.
La mer s’étendait d’un côté du pays, une chaîne de montagnes de l’autre. L’humidité de l’air y entretenait le brouillard toute l’année.
On ne pouvait pas dire que c’était un endroit où il faisait bon vivre. Des tigres rôdaient dans les montagnes et des bêtes marines agitaient les flots. Peut-être lassés de l’agneau, les tigres affamés faisaient parfois des humains leur dessert. Il suffisait qu’une bête marine s’étire un peu pour que des tempêtes balayent toute la côte. Les montagnes et la mer regorgeaient de ressources, mais les gardiens de ces trésors étaient assez puissants pour menacer la survie des habitants. Même les maigres terres cultivables étaient en proie au brouillard.
C’était grâce à ces terres que les vampires avaient pu y bâtir un pays et que les humains avaient accepté leur domination. Les vampires mettaient leur force au service de l’exploitation de ces richesses, puis les partageaient avec les humains.
Grâce à eux, les humains du Duché du Brouillard avaient obtenu des pâturages et des vasières. Les vasières, surtout, regorgeaient de choses que la mer rejetait sur le rivage et constituaient la principale richesse du duché.
À environ une heure à l’est du Château de la Pleine Lune s’étendait une immense vasière. Des coquillages et des algues jonchaient le sol imprégné de sel. Des centaines d’humains s’affairaient à ramasser coquillages et algues avec des paniers et des râteaux.
L’argent poussait-il dans la terre ? Non, il tombait tout simplement sur les vasières. Une économie miraculeuse où il suffisait de se baisser pour gagner de l’argent.
Celle qui gérait cette vaste vasière était…
« La marée haute ne va pas tarder ! Remuez-vous, bande de fainéants !! »
Cabilah.
Les Aînés ne travaillaient pas souvent directement. Aristocrate et dirigeante du Duché du Brouillard, Cabilah était venue ici sans tarder, dès son arrivée au Château de la Pleine Lune. Les bras croisés et l’air renfrogné, elle avait attrapé un humain et le réprimandait.
« Vous ne ramassez pas ça pour nous, c’est votre nourriture ! Mettez-y du cœur ! À ce rythme, même les palourdes sans pattes vont vous échapper ! »
« Dame Cabilah, il reste encore deux heures avant la marée haute… »
« Deux heures ? C’est le temps d’un clignement d’œil ! Vous fermez les yeux, vous les rouvrez, et la moitié de l’endroit sera déjà sous l’eau ! »
« Non. Vous ne pouvez pas mesurer ça à l’échelle des vampires… »
L’humain barbu ne savait pas comment faire face à l’emportement de Cabilah. À première vue, elle ressemblait à une noble gâtée venue inspecter les lieux et profiter de son rang. En vérité, c’était exactement ce qu’elle faisait.
Il n’en restait pas moins qu’un humain ordinaire pouvait répliquer à cette Aînée si puissante et cruelle, ce qui montrait à quel point Cabilah était habituée aux humains.
Cabilah n’était pas non plus une noble bruyante et incompétente. Soudain, elle fronça les sourcils et regarda vers la mer. Le brouillard marin épais réduisait la visibilité. On ne distinguait pas l’horizon, pas même les courbes que les vagues dessinaient le long du rivage. Pourtant… quelque chose d’inquiétant se cachait dans la brume noire teintée de ténèbres.
Cabilah donna un ordre à sa servante.
« Cheisi. Apporte-moi le singe hurleur. »
« À vos ordres. »
Un Ain était un serviteur d’Aîné. Même dans le Duché du Brouillard, les nobles de sang n’étaient qu’une centaine. Selon leur domaine, ils étaient assez puissants pour regarder de haut les seigneurs des Petits États ou les généraux de l’État militaire… et pourtant, même un Ain n’était qu’un coursier aux ordres d’un Aîné, qu’il pouvait commander d’un simple mouvement du menton.
La vampire nommée Cheisi lui tendit aussitôt une petite poupée faite d’ossements de singe. Sans même la regarder, Cabilah s’en empara.
La Tisseuse de sang Cabilah était spécialisée dans la manipulation de poupées par la magie noire. Grâce à l’art du sang, elle insufflait du sang dans la poupée. Les os l’absorbaient et se mettaient à bouger selon la volonté de Cabilah. Celle-ci murmura à l’oreille de la poupée :
« Crie, petit singe. Fais-les tous déguerpir avec ta voix assourdissante. »
À l’ordre de Cabilah, la poupée aux os de singe esquissa un sourire et tourna la tête. Puis elle ouvrit la mâchoire et poussa un cri qui ressemblait au grincement d’ossements.
« Ouuuuiiiiii ! Fuyez ! Fuyez ! »
Le cri d’alarme sembla leur déchirer les tympans. Les humains qui ramassaient des coquillages réagirent aussitôt. Jeunes et vieux, tous calèrent leur panier sous le bras et coururent vers les hauteurs les plus proches. Des empreintes pressées apparurent sur la vasière.
« Un tsunami arrive ! »
« Tout le monde, fuyez ! »
La mer la plus proche était encore loin. Quelle que soit la hauteur des vagues, il était difficile d’imaginer qu’elles couvriraient cette immense vasière et atteindraient un endroit aussi éloigné.
Pourtant… la raison pour laquelle cette terre, si loin de la mer, était une vasière apparut bientôt clairement.
Une présence gigantesque ondula au-delà du brouillard. Une vague immense, qu’on ne pouvait décrire autrement que comme un tsunami, approchait. Elle avait déjà franchi le rivage et déferlait avec une force terrifiante, bouleversant la terre elle-même.
Ce n’était pas un phénomène naturel. Terre Mère, qui provoquait les séismes et les tsunamis, était innocente cette fois-ci. Ce désastre était uniquement l’œuvre d’une seule bête marine.
La bête marine était responsable de tout. Sentant cette force anormale, Cabilah demanda :
« Cheisi. Tu l’as vue ? C’était une baleine-île ? Une raie-nuage ? »
« … Je suis désolée. J’ai envoyé mon familier dans cette direction, mais il a été emporté par la tempête et a chuté. Je vous prie de ne pas me pardonner cette incompétence. »
« Une tempête ? Alors c’est une raie-nuage. Et dire que ça tombe sur nous… »
Cabilah fronça les sourcils, contrariée.
La raie-nuage était une bête marine légendaire qui, disait-on, faisait naître des cirrus au bout de ses nageoires chaque fois qu’elle les battait. Elle avait frappé la mer avec violence, et les conséquences s’étaient propagées jusqu’à la terre ferme.
La mer déchaînée par la raie-nuage s’éparpilla dans les airs comme des éclats de verre. Des embruns s’abattirent sur eux. Des poissons inconscients tombèrent parmi les gouttelettes salées. Par chance ou par malchance, un petit enfant qui fuyait avec les autres fut heurté de plein fouet par un poisson et s’effondra.
Ses parents s’arrêtèrent, affolés, et rebroussèrent chemin. Ils jetèrent leur panier et soulevèrent l’enfant pour le hisser sur le dos de l’un d’eux. Le tsunami ne les attendit pas et engloutit la famille. À ce rythme, une famille entière allait disparaître, dévorée par la mer.
« Hmph. »
En les observant, Cabilah fendit le dos de la poupée et en sortit une énorme aiguille en os, épaisse comme un poinçon. Elle la saisit à deux mains et l’enfonça dans le sol, poussant son art du sang à son paroxysme. L’aiguille acérée s’enfonça profondément dans la vasière et s’y planta comme un jeune arbre.
Cabilah marmonna :
« Muraille d’os de dragon. »
Crac, crac, crac.
Une gigantesque colonne vertébrale jaillit de l’endroit où l’aiguille avait été plantée.
Des vertèbres ondulèrent à travers la vaste vasière. Les côtes d’une bête gigantesque s’étendirent, à demi enfouies dans la vase. L’os de dragon, qui avait poussé comme s’il fendait la vasière en deux, forma une digue et arrêta le tsunami. La vague s’écrasa contre elle et se brisa.
Le tsunami ne fut pas complètement arrêté. Toutefois, le courant s’était considérablement affaibli après avoir heurté les os. Les embruns balayèrent la famille, qui résista en s’agrippant fermement les uns aux autres.
Après la marée haute venait la marée basse. Telle était la loi de la nature. Le tsunami, qui avait déferlé comme s’il voulait retourner la vasière, se retira peu à peu. Bientôt, celle-ci retrouva son état initial.
À ceci près qu’une immense colonne vertébrale de dragon la traversait désormais, la fendant en deux.
Si les bêtes marines étaient terrifiantes, que dire de Cabilah, qui avait si facilement repoussé l’attaque de l’une d’elles ? Les humains que l’Aînée avait sauvés regardèrent Cabilah, le cœur empli de révérence.
Mais Cabilah, face à ceux qui la révéraient…
« Quoi ? Il reste encore deux heures ? Ça fait cinq cents ans de plus que toi que je fais ça ! Vous êtes du bétail, alors obéissez au lieu de me répondre à chaque occasion ! »
Elle tapa du pied et hurla comme une enfant. La révérence qui emplissait le cœur des gens s’évanouit bien vite.
Notes :
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