Chapitre 413
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 413 : Il n’y a toujours qu’une seule vérité
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Tout le dernier étage du Château de la Pleine Lune constituait l’espace privé de Tyr. Personne ne pouvait vivre au-dessus de la tête de la Progenitrice ; Tyr était donc la seule à résider tout en haut du château.
Dans les hauteurs de ce vieux château grandiose et somptueux se trouvait une chambre à coucher, sombre et paisible, réservée à la Progenitrice. Elle avait rarement servi. Tyr était une vampire et ne dormait pas ; lorsqu’elle semblait sur le point de sombrer dans un long sommeil, elle emportait son cercueil préféré très loin et dormait sous terre, là où personne ne la trouverait.
La pièce était pourtant bien entretenue, malgré l’absence de toute trace d’occupation. Des rideaux rouge pâle, presque translucides, entouraient le grand lit à baldaquin, et un miroir serti de joyaux, fixé au mur, reflétait la chambre.
« C-ce n’est pas ça. Oublie ce que tu as vu. Je n’avais pas l’intention de t’emmener dans ma chambre… »
Je n’avais pas prévu d’y entrer non plus.
Tyr referma la porte de la chambre et ouvrit celle de la salle d’audience. Une longue table se dressait à l’intérieur, et les documents préparés par Valdamir étaient soigneusement empilés à la place d’honneur, réservée à Tyr seule.
Tyr prit naturellement la place d’honneur. Je m’assis juste à côté d’elle et attendis qu’elle poursuive.
« Ta déduction était juste. Valdamir est arrivé à la même conclusion, et je suis d’accord avec vous. Seul un vampire aurait pu faire ça. »
« Eh bien, maintenant que nous avons réduit les possibilités à ce point, le coupable devrait être facile à trouver. Je ne connais pas grand-chose aux vampires, mais Tyr et le Duc du Sang écarlate devraient pouvoir l’identifier sans peine. Alors, qui est le suspect le plus probable ? »
Tyr parcourut les piles de documents, en tira un dossier et me le tendit. Un nom y était inscrit en lettres rouges de mauvais augure.
« Lir Nightingale. »
Il était tout naturel que le nom du Sage guérisseur figurât sur le dossier.
« Elle était la Yeiling de Luscinia et a hérité de son Sang véritable. N’importe qui dans le monde la trouverait extrêmement suspecte. »
Les soupçons de Tyr étaient raisonnables.
Qui, sinon l’une des servantes de Luscinia, aurait pu approcher l’Ancien le plus cruel ? Et si elle ne l’avait pas tué, comment aurait-elle pu hériter de son Sang véritable ? Tout semblait suivre une ligne droite, du début à la fin.
Il ne restait qu’une question. J’inclinai la tête.
« Une Yeiling n’est pas exactement faible, mais… son adversaire était un Ancien. Le maître des maîtres. Leur différence de puissance, à elle seule, est immense. A-t-elle vraiment pu le tuer et s’emparer de son sang ? »
« Je doute moi aussi de la manière dont elle s’y est prise. Je demanderai donc à ma Lir de s’en expliquer directement. Si son récit ne tient pas debout, je lui infligerai une mort définitive. »
Tyr partageait mes doutes, mais ne leur accordait guère d’importance. C’était la mentalité d’une souveraine, pas d’une juge. Tu veux vivre ? Alors prouve ton innocence. Si tu ne me convaincs pas, je te tuerai. Tout simplement.
Tyr était bel et bien une souveraine, et sa méthode n’était pas particulièrement mauvaise. Le rôle d’une souveraine était de gouverner, pas de partir en quête d’une vérité vague. La présomption d’innocence ? Quel pays s’en préoccupait vraiment ?
Mais…
Je l’avais lu.
Lir Nightingale n’avait pas tué Luscinia.
Ça éveillait un peu ma curiosité. Au départ, j’avais prévu d’attendre le jour du procès. Tant que je pouvais lire les pensées, découvrir la vérité sur l’affaire serait un jeu d’enfant dès que toutes les personnes concernées seraient réunies.
Encore fallait-il que toutes les personnes concernées se présentent.
Lir était la suspecte la plus probable. Pourtant, elle n’était pas coupable. Le véritable coupable se trouvait donc ailleurs. S’il ne se présentait pas au procès, toute la vérité serait enterrée.
Tyr, en sa qualité de souveraine, pouvait s’en contenter. Mais moi, ça m’intriguait.
De toute façon, je n’avais rien d’autre à faire. Pourquoi ne pas creuser un peu la question ?
« Lir Nightingale reste la coupable la plus probable. »
« Elle est aussi partie alors qu’elle savait que j’étais arrivée. Que ce soit intentionnel ou non, on dirait qu’elle a pris la fuite. À s’en tenir à mes seuls soupçons, je me demande même si un procès est nécessaire. »
« Mais c’est tellement parfait que ça me dérange ! »
« Ça te dérange ? »
Si je n’avais pas lu ses pensées, je serais tranquillement en train de mâcher de la viande et de visiter le Duché du Brouillard, sans me soucier de rien. Mais je les avais lues, et je n’y pouvais rien. Puisque je visitais déjà les lieux, autant m’offrir un petit passe-temps. Me reposer avec un but serait moins ennuyeux que de ne rien faire.
« La réponse ne te paraît pas désagréable, quand elle semble aussi évidente ? J’ai envie de découvrir ce qui se cache derrière. »
« Tu crois que quelqu’un tire les ficelles dans cette affaire ? Tu en es sûr ? »
« Je n’en suis pas sûr. Je trouve simplement que ce serait plus intéressant. »
« Chercher à se divertir de la mort d’un Ancien… Sois sérieux. Je ne laisse passer ça que parce qu’il s’agit de moi ; les autres vampires feraient toute une histoire s’ils t’entendaient. »
Elle avait même envisagé de passer une année entière à ne rien faire avec moi, et voilà qu’elle exigeait soudain que je sois sérieux. C’était injuste, mais me plaindre aurait révélé ma lecture des pensées, alors je me retins.
« Tu as dit que tu ne pouvais pas agir avant qu’un verdict soit rendu sur la mort du défunt Luscinia, non ? Laisse-moi t’aider. Je me chargerai de défendre Lir Nightingale. »
« Par “défendre”, tu veux dire que tu plaideras son innocence ? »
« Pas exactement. Je soulèverai les points suspects et contribuerai à rendre un verdict plus juste. Quand on regarde les choses sous un seul angle, certaines nous échappent. Si je me range du côté de Lir, tu pourras peut-être juger l’affaire avec plus d’objectivité. »
Comme je connaissais la réponse grâce à la lecture des pensées, ça reviendrait effectivement à la défendre.
La proposition aurait dû intéresser Tyr, mais, contre toute attente, elle ne semblait pas emballée. Les doigts entrelacés sur la table, elle maugréa comme quelqu’un qui se sentait négligé.
« À quoi bon perdre du temps sur une affaire aussi évidente ? Valdamir et moi nous occuperons de tout ce qui concerne l’Ancien ; tu n’as pas à t’en mêler. Et puis, tu n’as pas autre chose à faire ? »
« Autre chose ? Trouver le Dieu démoniaque ? Je ne peux pas faire ça tout de suite. »
Le Dieu démoniaque n’était visiblement pas la réponse que Tyr attendait. Son expression se renfrogna davantage, et une plainte s’échappa de ses lèvres boudeuses.
« Tu as dit que tu rétablirais les sensations de mon corps. Je ne voulais pas te presser, mais tu n’as pas l’air de t’en soucier le moins du monde… Je suis déçue. »
« Ah, ça. »
Je me grattai la tête.
Je l’avais promis, et j’avais bien l’intention de tenir parole. Mais je devais d’abord vérifier une chose.
« Je peux le faire quand tu veux, Tyr. Mais tu es sûre que tu veux vraiment retrouver tes sens ? »
J’avais déjà restauré le cœur de Tyr après avoir entendu son souhait.
Elle s’était reconstruite autour de ce cœur. En établissant une distinction entre l’intérieur et l’extérieur, Tyr avait clairement séparé son moi indistinct du monde. Son art du sang et son pouvoir de domination s’en étaient affaiblis… mais, en échange, cette puissance existait désormais en elle.
Les ondes provoquées par la restauration de son cœur se répandaient déjà dans tout le duché. Tyr ne s’en était pas rendu compte.
Et maintenant, j’allais aussi lui rendre ses sens ?
« La restauration de ton cœur t’a changée, Tyr. Retrouver tes sens aura une portée encore plus grande. Les sens permettent de reconnaître et d’accepter les changements du monde extérieur. Si tu les récupères tous… tu ne cesseras plus de changer. Au point de ne plus croire que tu es la même Tyr qu’aujourd’hui. Ça te va ? »
« C’est ce que je voulais. »
Je m’attendais à ce qu’elle y réfléchisse au moins un instant, mais Tyr répondit sans hésiter.
« Jusqu’ici, j’avais vaguement souhaité retrouver mon cœur. Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai jamais connu une vie ordinaire, pourtant une part de moi a toujours désiré un cœur qui batte à sa guise. »
Tyr posa une main sur sa poitrine et sentit son pouls. Elle pouvait régénérer son corps à volonté grâce à son merveilleux art du sang, mais le cœur dans lequel j’avais enchâssé une carte n’obéissait pas à ses ordres.
Un être vivant ne pouvait pas arrêter son propre cœur. Il ne pouvait pas cesser de respirer et mourir de sa propre volonté. C’était un instinct primordial. Voilà pourquoi il fallait une lame, du poison ou une corde pour mettre fin à ses jours.
En lui rendant son cœur, je l’avais empêchée d’abandonner son corps. Si elle le démantelait de nouveau, son cœur s’arrêterait. Une puissance s’était rassemblée pour protéger cette petite étincelle en elle et, grâce à cela, elle avait appris à distinguer l’intérieur de l’extérieur.
« Je crois que je comprends, maintenant. Il fallait d’abord qu’il y ait un “moi”. Ce n’est qu’à partir de là que je peux ressentir ce qui est différent. Ce n’est qu’alors que je peux aimer désespérément ce qui n’est pas moi. Être touchée par cette chose et éprouver des sentiments pour elle. J’ai toujours cherché quelque chose qui me changerait. »
Tandis qu’elle sentait calmement les battements de son cœur, Tyr tendit la main vers moi. Avec un sourire qui ne seyait pas à une vampire, elle se mit à jouer avec ma main.
« Je n’ai plus peur de changer. Et puis… Hyu, c’est toi qui vas le faire. Je t’ai déjà confié mon corps une fois. Si c’est toi qui t’en charges, fais-le autant que tu le souhaites. »
Un souhait impliquait un changement. Quiconque en avait un désirait que quelque chose change.
Exaucer son souhait causerait probablement quelques problèmes, mais inutile de le lui dire. C’était le souhait de Tyr, et Tyr avait pris sa décision. Je n’allais pas énumérer toutes les complications possibles juste pour me couvrir.
S’il y avait des problèmes, eh bien, il faudrait faire avec. Tyr trouverait bien une solution. Après tout, c’était la Progenitrice.
« Alors, je ferai les deux. »
Je pris ma décision avec tout autant d’assurance.
« Le jour, j’enquêterai ; la nuit, je rendrai ses sens à Tyr. On dirait que je vais être occupé. »
« Tu es sûr que ça ira ? Ce ne sera pas trop difficile ? »
« Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui se tue à la tâche ? Ne t’inquiète pas. Après les marches forcées que j’ai déjà dû endurer, ce n’est rien. »
Adieu, ma paisible visite. J’avais tout de même besoin d’en faire au moins autant pour gagner de l’influence dans le duché. Peut-être avais-je trop essayé de me la couler douce. Dans ce monde, votre importance grandissait à mesure que vous travailliez.
Vivre à toute allure était le privilège de ceux dont le temps était compté. Je ne l’avais pas spécialement désiré, mais j’allais peut-être m’accorder ce privilège, pour une fois.
« En plus, je suis curieux de savoir comment une simple Yeiling a pu soumettre un Ancien. Comprendre sa méthode m’aidera peut-être à mieux connaître les vampires. Ça pourrait m’être utile quand je rendrai ses sens à Tyr. »
« Si c’est ce que tu souhaites, comment pourrais-je t’en empêcher ? Je vais prévenir mon Valdamir. Fais comme bon te semble. »
« C’est dommage, nous aurons moins de temps à passer ensemble… mais puisqu’il travaille pour moi, je n’ai aucune raison de l’en empêcher. »
Les dettes du cœur existaient aussi. On donnait quelque chose, et quelque chose revenait aussitôt. Je ne gardai de la table que les documents qui avaient l’air importants, puis me levai.
« Je repasserai ce soir, alors lave-toi et attends-moi. »
« D’accord, je vais me laver et… Qu-quoi ? »
« Je dois graver l’Écheveau de foudre dans ton corps, point par point, comme un tatouage. À ce soir. »
C’était une étape nécessaire ; je la prévenais donc à l’avance. Le travail était délicat, et mieux valait qu’il y ait le moins de substances étrangères possible.
… C’était vrai que ça sonnait un peu bizarre, mais au moins, je l’avais prévenue.
Jusqu’à ce que je quitte la pièce avec les documents, Tyr resta parfaitement immobile, comme si son cœur s’était arrêté. Elle tenait les mains devant sa poitrine en un geste défensif.
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