Chapitre 409
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 409 : Inutile d’être le roi de l’État militaire si je n’en ai pas envie
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Même après avoir lu cette pensée à l’avance, une remarque lancée au hasard restait une remarque lancée au hasard. Je n’eus même pas besoin de jouer la comédie. Ma voix débordait d’incrédulité.
« Roi ? Qui ça ? Moi ? Pourquoi ? »
« L’État militaire ! »
Hilde répondit avec entrain.
« L’État militaire est une nation populaire sans roi. Il a été fondé sur le rêve de gouverner les gens uniquement à l’aide de lois et de règles, afin que personne ne puisse exploiter son prochain ! »
« Ce rêve s’est bel et bien réalisé. Dans ce maudit pays, personne n’exploite ni ne gouverne les autres. Parce que tout le monde se fait exploiter. »
« Ahaha. C’est pour ça que tu le connais si bien ? Parce que tu y as vécu ? C’est vrai, c’est regrettable, n’est-ce pas ? »
Regrettable, mon œil. Hilde avait contribué à en faire ce qu’il était. Évitant mon regard, elle reprit avec l’innocence de toujours :
« Malgré tout, même si personne ne gouverne, il faut bien quelqu’un pour donner des ordres, tu sais ? Ces derniers temps, on commençait à ressentir ce besoin, et voilà que Père est apparu au moment idéal ! »
« Vous comptez aussi vous servir de moi comme d’un pion ? Ça ne m’intéresse pas. Quel genre de roi se cache dans un trou à rats pour recevoir des transmissions ? Trouvez-vous plutôt un Roi des Rats. »
Quand je répondis sèchement, Tyr sourit.
« Hilde. On dirait que le “roi de l’État militaire” dont tu parles ne s’est même pas encore présenté à la table des négociations. »
« Négocier tout en traitant Hyu comme s’il t’appartenait déjà. Tu caches un serpent en toi. Maintenant que Hyu a sollicité la protection du Duché, il est pratiquement à moi… »
Non, pas du tout. Je m’appartenais à moi-même, pas à quelqu’un d’autre.
Malgré tout, devenir roi de l’État militaire me semblait préférable à finir comme le jouet favori d’une vampire. Je leur laissai une petite ouverture.
« Je n’ai rien à y gagner, si je deviens roi de l’État militaire. Je ne pourrai pas vivre dans le luxe, bien manger ni rencontrer qui que ce soit. Être citoyen du Duché et pouvoir manger autant de viande que je veux, ça me paraît bien mieux que d’être officier des transmissions dans l’État militaire. »
Hilde ouvrit de grands yeux.
« C’est ça qui t’inquiétait ? »
« Comment ne pas m’inquiéter après tout ce que j’ai vu et entendu dans l’État militaire ? »
« Père ne recevrait jamais un traitement aussi minable. Père est précisément le mystère que l’État militaire et moi cherchons désespérément, quelqu’un qui mérite l’État militaire ! »
Les yeux de Hilde étincelèrent de couleurs vives et éblouissantes. Jusqu’ici, quand elle agissait, ses yeux n’arboraient qu’une seule couleur à la fois. À présent, ils semblaient toutes les contenir simultanément.
« L’État militaire est devenu profondément hostile au Sanctuaire. On pourrait dire qu’il est l’allié de Père ! Il faut organiser correctement le système, corps des transmissions compris, et disposer d’excellents services de renseignement. En profitant de l’organisation de l’État militaire, tu pourrais retrouver le Dieu démoniaque que tu cherches bien plus facilement ! Tu vas vraiment refuser tout ça ? »
« Même si c’est utile, la qualité de vie n’est pas la même. Si je reste ici comme invité d’honneur de Tyr, je vivrai aussi bien qu’un citoyen de niveau cinq. »
« Allons. Est-ce que j’oserais offrir au Roi de l’Humanité un traitement qui ne dépasse pas celui d’un citoyen de niveau cinq ? Si Père vient dans l’État militaire… »
Hilde sourit avec douceur, traversa la voiture et s’assit à ma droite. Tyr commençait à perdre patience, mais Hilde fit mine de ne rien remarquer et se pressa contre moi.
« Je te donnerai tout ce que l’État militaire possède. »
« Tout ? Sois un peu plus précise. »
Hilde se pencha pour regarder Tyr, de l’autre côté. Le visage de celle-ci se durcit quand leurs regards se croisèrent, mais Hilde sourit d’un air satisfait, puis me chuchota de nouveau à l’oreille.
« Tout, au sens propre. Ses ressources, son pouvoir, son savoir et son système. Et… tous ceux qui y vivent. Tout. »
« C’est tentant, mais as-tu le pouvoir de me donner tout ça ? Ils risquent de refuser de m’appartenir. »
« Tu ne le penses pas du tout, ça~. »
Toujours souriante, Hilde se rapprocha encore et me mordilla le lobe de l’oreille en s’amusant. Je poussai un cri, surpris par son geste, tandis qu’elle continuait de me chuchoter :
« … AB et Historia t’appartiennent déjà dans leur cœur, pas vrai, Père~ ? Elles sont toutes deux très impliquées dans l’État militaire, elles en sont indissociables. Père ne ferait que récolter les graines qu’il a déjà semées dans tout l’État militaire~. Et, en plus, je m’offrirai à toi. »
Qu’est-ce que Hilde voulait dire par « elles m’appartiennent » ? On aurait dit que je détenais le cœur de quelqu’un. Je m’appartenais à moi-même, et les autres aussi.
Malgré tout, sa proposition était plutôt intéressante. Être l’invité d’honneur de Tyr, c’était agréable, mais dans une nation de vampires, les humains occupaient une position subalterne.
« As-tu obtenu la permission ? »
Je parlais de Yuel. Même si elle s’était opposée au Sanctuaire, elle restait une Sainte Vierge jusqu’au bout et ne me céderait jamais son pays.
Bien que ma phrase n’ait pas eu de sujet, Hilde comprit aussitôt et me sourit d’un air séducteur.
« Je n’ai pas besoin de permission. Je ferai en sorte que ça arrive. »
« Yuel, je suis désolée d’avance~. Mais tu sais bien que tu n’as plus assez de force, pas vrai ? Tu comprendras mon choix, n’est-ce pas, notre pauvre Sainte Vierge ? »
Même Yuel, la Sainte Vierge clairvoyante, ne pouvait percer le brouillard qui enveloppait le Duché. Difficile d’imaginer meilleur endroit pour fomenter une rébellion. Ce n’était pas pour autant que Hilde nous avait suivis jusque-là après avoir calculé tout cela.
Quoi qu’il en soit, son offre me plaisait. Je décroisai les bras pour lui montrer que j’étais réceptif.
« Pourquoi pas ? Mais tout seul, dans mon état, j’aurais peur. Si Tyr me prête un seul Ancien, je pense pouvoir prendre entièrement le contrôle de l’État militaire. »
« Quel plan parfait ! Qu’en dis-tu, Tyrkanzyaka ? Tu te sens prête à t’asseoir à la table des négociations, maintenant~ ? »
À proprement parler, je n’étais pas roi de l’État militaire. Ce que Hilde me proposait ressemblait fort à un billet à ordre promettant un paiement anticipé avec de l’argent qu’elle emprunterait.
Les billets à ordre circulaient pourtant couramment. L’important, c’était de savoir si le paiement pouvait être effectué et, surtout, si la personne qui acceptait le billet croyait que le débiteur avait les moyens de payer.
« … »
Tyr se tut, plongée dans ses pensées.
« Voilà une excellente nouvelle ! »
Un soutien vint d’une direction totalement inattendue. Cabilah, qui avait écouté depuis le début, joignit les mains et s’exclama avec enthousiasme :
« Il serait peut-être temps que le Duché du Brouillard se trouve un ou deux alliés extérieurs. Ça peut ressembler aux vantardises creuses d’un oisif à la langue bien pendue, mais même si seulement un quart de ses paroles est vrai, d’un point de vue stratégique et politique… »
C’était un peu inquiétant que Cabilah me fusille du regard en disant cela, mais elle m’adressa bientôt un sourire charmant avant de lancer une remarque qui pouvait passer pour une critique comme pour un compliment.
« Le concubin de ma grande sœur ne peut pas passer tout son temps à manger et à s’amuser comme un oisif, ça ne ferait pas bonne impression. Mais s’il porte le titre de roi de l’État militaire, il aura bien plus fière allure ! Même un chiot galeux a meilleure mine quand il porte un titre officiel ! »
« Nul besoin de le regarder autrement. Hyu est mon invité. »
Tyr, qui écoutait en silence, lança un avertissement d’une voix grave :
« Cela seul devrait suffire à vous inciter à respecter Hyu. »
L’avertissement fut bref, mais puissant. Cabilah blêmit aussitôt et se mit à genoux. Sans se soucier de froisser et de salir sa robe, elle s’inclina devant Tyr et la supplia :
« J-Je suis désolée, grande sœur. Je ne faisais que parler de l’opinion publique. Je n’ai jamais voulu manquer de respect à ce gentilhomme ni le rabaisser ! »
Un seul mot de Tyr, et j’étais passé d’oisif à « ce gentilhomme ». C’était pratiquement une révolution sociale. À voir ça, être l’invité d’honneur de la Progenitrice n’était peut-être pas si mal.
Tyr ne répondit pas aux excuses de Cabilah, qui faillit fondre en larmes en s’agrippant à ses pieds.
« Je suis sincèrement désolée. Je réparerai cette faute comme je le pourrai. Je ferai n’importe quoi. S’il se rend dans l’État militaire, je l’aiderai à monter sur le trône. Seigneur Hyu, je vous en prie, confiez-moi la moindre tâche. Je vous servirai comme une subordonnée. Non, comme une esclave ! »
J’étais désormais le seigneur Hyu. Comme c’était émouvant. Alors que j’allais profiter à fond de la situation et faire travailler Cabilah comme une esclave, Tyr prit la parole la première.
« Je comprends ce que tu veux dire. Je me suis calmée, inutile de ramper devant Hyu. »
« … ! Oui ! Merci, grande sœur ! Je vous rendrai assurément la faveur de votre pardon ! »
Tss. J’allais mettre Cabilah au travail, et Tyr venait de couper court à mes projets. Cabilah cherchait depuis le début à obtenir le pardon de Tyr. Une fois celle-ci calmée, elle ne m’accorda plus la moindre attention.
À la vue de Cabilah, Tyr se sentit un peu soulagée.
« Je ne supporte plus de voir d’autres femmes rôder autour de Hyu. Cabilah est une Ancienne, mais maintenant que j’ai perdu le pouvoir de la contrôler, j’ignore ce qu’elle pourrait faire… »
Quoi qu’il en soit, une fois Tyr tout à fait calmée, elle examina soigneusement la proposition de Hilde. Les paroles de Cabilah ne cessaient de lui revenir à l’esprit.
« … Peut-être vaudrait-il mieux prêter ma force à Hyu. Ce serait avantageux pour nous deux. Ici, il n’est qu’un concubin, mais si Hyu devient le Roi de l’Humanité et le roi de l’État militaire… nous pourrions même conclure un mariage politique d’égal à égal. Un mari doit naturellement avoir de l’autorité, n’est-ce pas ? »
Sans même parler de la façon dont elle avait pu en arriver à envisager un mariage politique. Cette fille de douze siècles était prisonnière de préjugés dépassés. Pourquoi un mari devrait-il naturellement avoir de l’autorité ? Ne pouvais-je pas manger, m’amuser et vivre entretenu ? Défendons la liberté d’épouser quelqu’un de riche.
« Malgré tout, je ne souhaite pas encore éloigner Hyu de moi. J’ignore ce qui pourrait arriver une fois qu’il ne sera plus sous mes yeux… Acceptons, mais à certaines conditions. »
« Qu’en dis-tu~ ? Tyrkanzyaka. Tu as besoin de plus de temps~ ? Ne traînons pas trop. Après tout, nous sommes humains et nous n’avons pas beaucoup de temps~. »
« Non. J’ai fini. »
Ayant achevé de mettre de l’ordre dans ses pensées, Tyr releva la tête et se redressa. Elle n’avait fait qu’ajuster légèrement sa posture, mais on aurait dit que la dignité de la Progenitrice, partie vagabonder quelque part, venait de refaire surface.
« Ce n’est pas une mauvaise proposition. Mais si je prête ma force, il est normal que notre camp y gagne quelque chose aussi. Je vais poser des conditions. Premièrement. »
Tyr leva l’index.
« Jusqu’à la fin du procès concernant la mort de Luscinia, vous resterez au Château de la Pleine Lune et vous m’assisterez. Le Duché est en plein tumulte depuis la mort d’un Ancien. Je ne prendrai pas position avant que le désordre soit apaisé. »
La mort d’un Ancien était une affaire grave pour le Duché du Brouillard. C’était bien plus qu’un simple meurtre. Personne ne savait même comment un Ancien immortel avait pu être tué. Il était donc logique de régler les affaires intérieures avant de s’occuper de celles des autres.
« Et deuxièmement. »
Tyr prit ma main pour énoncer sa seconde condition.
« Restaure mes sens grâce à ton pouvoir. C’est la condition à laquelle je t’aiderai. »
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