Chapitre 400
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 400 : Le retour de la Progenitrice
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Combien de fois avait-on l’occasion de voir un Ancien au cours d’une vie ?
Pour un humain ordinaire vivant hors du Duché, une seule fois suffisait généralement. Après avoir rencontré un Ancien, il avait déjà perdu la vie, qu’il soit devenu un thrall ou un repas.
En ce sens, quelle chance avais-je d’être encore en vie, alors que j’avais attiré l’attention de trois Anciens ?
« Snif, snif. Quel mâle peu fiable. Il a l’air faible. C’est vraiment le Roi de l’Humanité ? »
« Hmph. Pourquoi ma sœur a-t-elle ramené un individu aussi suspect ? »
« Il sait se battre ? On fait un combat ? »
« S’il se brise, donnez-le-moi. Je le remettrai en état et le mettrai au travail. »
Non, peut-être étais-je incroyablement malchanceux.
Les yeux des hommes-bêtes sangliers brillèrent tandis qu’ils me reniflaient. Une petite sorcière dont le corps était parcouru de coutures tournait autour de moi. Pris entre eux, je me sentais à deux doigts d’être écrasé. S’ils avaient voulu mon sang, j’aurais pu leur en donner un peu et en finir, mais leur intérêt n’avait rien de si simple ; impossible de m’en débarrasser.
Tyr était partie un instant, et voilà ce qui m’arrivait. N’y avait-il donc personne pour me sauver ?
« Ça suffit. »
Ma prière avait-elle atteint les cieux ? Valdamir arriva au moment opportun et les arrêta d’une voix basse. À la parole de cet Ancien au pouvoir et au statut inégalés, les deux s’éloignèrent de moi à contrecœur.
Le Duc écarlate Valdamir parla sans même tourner les yeux vers moi, comme si je ne l’intéressais pas.
« Qu’il soit le Roi de l’Humanité ou non n’a aucune importance. Un seul fait compte à nos yeux : la Progenitrice l’a amené ici. »
« Tch. C’est justement ça qui ne me plaît pas ! »
À cette remarque glaciale, Cabilah fit la moue et détourna sèchement la tête. Lungken, lui, n’arrivait toujours pas à lâcher l’affaire.
« Valdamir, ça ne t’intrigue pas ? Ils ont dit que c’était le Roi de l’Humanité ! J’ai vu le Roi des Bêtes un nombre incalculable de fois, mais c’est la première fois que je vois le Roi de l’Humanité ! C’est vrai ? De quel pouvoir dispose-t-il ? Pourquoi est-il apparu aux côtés de la Progenitrice ? »
« Nous sommes des vampires, Lungken. »
Si Lungken était une flamme, Valdamir ressemblait à une mer froide et profonde. Même face à des questions aussi pertinentes, Valdamir répondit avec un calme et un sang-froid inébranlables.
« Notre seule reine et notre seul dieu, c’est la Progenitrice. Le Roi de l’Humanité ne nous concerne pas. »
Une flamme pouvait éteindre une goutte d’eau. Pourtant, même le plus grand brasier s’éteindrait si on le jetait dans un lac. Face à Valdamir, l’ardeur de Lungken retomba vite.
« Hmph. Très bien, très bien ! »
Lungken s’éloigna en tapant du pied. En les regardant partir, j’essayai de pousser un soupir de soulagement.
Au lieu de cela, je lâchai un rire sans joie en voyant les minuscules gouttelettes de sang scintiller autour de moi.
Pas intéressé, mon œil ! La personne la plus dangereuse ici m’avait à l’œil !
La Progenitrice s’est déjà intéressée à des humains, mais jusqu’ici, ce n’était qu’une curiosité passagère. Cette fois, c’est différent. Je dois découvrir ce qui a changé.
Les gouttelettes de sang suivaient chacun de mes mouvements. Je n’allais pas être disséqué vivant, mais Valdamir m’observait et m’évaluait tout en faisant semblant du contraire.
Pas intéressé ? Oui, ce n’était pas tout à fait faux. Je ne l’intéressais pas en tant que Roi de l’Humanité ! En revanche, il était extrêmement intrigué par l’invité que la Progenitrice avait amené !
Au moins, il n’avait pas l’intention de me faire du mal. Il se contentait de m’observer, tant qu’il n’intervenait pas auprès de moi. La raison en était naturellement sa loyauté envers la Progenitrice, mais…
Pouvait-on vraiment réduire cela à de la loyauté ? Même chez un vampire ?
Je pouvais lire les pensées des gens, mais ça ne signifiait pas que je savais tout. Lire un livre une fois suffisait-il à comprendre toutes ses implications et tous ses principes ? La lecture des pensées me permettait seulement de lire les gens comme des documents écrits. Voilà pourquoi je devais prendre le temps de les observer. Parfois, je satisfaisais ainsi ma curiosité.
Ah, je ne pus résister. Je fis un pas en avant et demandai avec un sourire :
« Monsieur le Duc du Sang écarlate, où est partie Tyr ? »
La question était simple, mais cachait bien des choses. L’émotion dominante était la provocation. Je soulignais tranquillement que j’étais assez proche pour appeler leur reine et leur dieu, Tyr, par un surnom.
Au début, les Anciens ne remarquèrent rien. Même le nom de Tyrkanzyaka n’était pas quelque chose qu’ils pouvaient prononcer à la légère ; ils ne firent donc pas le lien avec Tyr. Cabilah comprit un instant plus tard et ouvrit de grands yeux.
« Quoiiii ? Tyr ? Je demande juste pour être sûre, mais… tu ne l’appelles pas comme ça, quand même ? »
« C’est bien ça. Tyr. Je veux dire, votre Progenitrice, Tyrkanzyaka. »
« Tu veux mourir ? »
C’était un monstre qui avait dévoré des humains pendant des centaines d’années. Une aura intimidante émanait d’elle, mais elle ne pouvait pas vraiment me tuer, quoi qu’elle prétende. J’étais l’invité de Tyr. Plutôt que de m’effrayer, je répondis calmement :
« Non, nous avons convenu de nous parler familièrement, alors où est le problème ? Toi aussi, tu l’appelles ma sœur. »
« Bien sûr que j’appelle la Progenitrice ma sœur, puisqu’elle est ma sœur ! Mais un gamin comme toi qui l’appelle par son nom, et même par un surnom… »
Cabilah se mit encore plus en colère et cria :
« Je ne le supporte pas parce que je suis jalouse ! »
« Tu es jalouse ? Alors, pourquoi ne le fais-tu pas, toi aussi ? »
« Comment pourrais-je oser appeler ma sœur par son nom… ! Enfin bref, ne le fais pas ! Tu n’en as pas le droit ! »
« De quel droit a-t-on besoin pour appeler quelqu’un par son nom ? »
« L’âge, par exemple ! Ma sœur a 1 208 ans, et moi, 1 108 ! Il y a exactement un siècle entre nous ! Si quelqu’un a le droit de l’appeler par un surnom, c’est moi, avant un gamin comme toi qui as encore le sang frais sur la tête ! »
… Elle voulait sans doute dire que le sang était encore littéralement frais. Il n’y avait qu’une vampire au sang coagulé pour dire une chose pareille. Incrédule, je demandai :
« L’âge est vraiment si important ? Alors, je devrais t’appeler Grand-mère ? »
« Ce n’est toujours pas assez ! Ma sœur est bien plus âgée que l’arrière-arrière-arrière-grand-mère de ton arrière-arrière-arrière-grand-mère ! Tu comprends l’écart entre toi et ma sœur ? Alors, ne lui parle plus aussi familièrement ! »
Elle était tout le contraire de Tyr. Elle, au moins, mettait vraiment l’âge en avant. Quoi qu’il en soit, telle était la réaction de Cabilah. Lungken me trouvait irrespectueux, mais ils n’étaient pas assez susceptibles pour en faire toute une histoire comme elle.
Et alors… qu’en était-il de la réaction de Valdamir, celle que j’attendais ?
« Comme la Progenitrice l’a dit tout à l’heure, elle est partie au Phare des Ténèbres. »
Hein ? Il était calme ?
Je trouvai cela étrange, même en lisant ses pensées. Valdamir était intrigué par moi, mais pas au-delà. Ce n’était ni la jalousie de Cabilah ni l’indifférence de Lungken. C’était de la curiosité, à l’état pur.
C’était un homme singulier. Il vaudrait la peine que je le lise. Je soutins son regard d’égal à égal et pris la parole :
« J’ai entendu dire qu’elle se rendait au Phare des Ténèbres. Mais je n’ai jamais entendu ce nom et j’ignore où il se trouve. Forcément, ça m’intrigue quand personne ne m’explique. »
« Il est inutile de vous en inquiéter. C’est difficile à comprendre, et même si vous compreniez, cela ne vous servirait à rien. »
« Et si je vous demandais de me l’expliquer par pure curiosité ? »
Je m’attendais à une réaction quelconque, mais, à ma déception, Valdamir me répondit avec bienveillance :
« Il est fait de ténèbres que les humains peuvent difficilement concevoir ; je ne vous décrirai donc ni son apparence ni sa structure. En revanche, je peux vous en expliquer la fonction avec certitude. Le Phare des Ténèbres est un signal qui annonce le retour de la Progenitrice. »
« Un signal ? »
Un signal était censé être lumineux, non ? Comment les ténèbres pouvaient-elles en tenir lieu ? Il faisait déjà si sombre ici que même si l’on allumait un feu, ni la fumée ni la lumière ne pourraient s’échapper…
Alors que je penchais la tête, perplexe, les ténèbres jaillirent de la tour d’un noir d’encre.
Si la lumière pouvait étinceler, les ténèbres, qui en étaient l’absence, le pouvaient aussi. Les vampires souffraient sous les rayons du soleil. Autrement dit, ils étaient plus sensibles à la lumière que quiconque.
Ce qui semblait être la même obscurité aux yeux des humains était visible aux vampires. Ils distinguaient son origine et savaient à qui elle appartenait.
Lorsque la Progenitrice Tyrkanzyaka était partie à la recherche d’un endroit où les vampires pourraient vivre, elle avait franchi la Cascade des Nuages et découvert une contrée couverte de brume. Elle avait décidé d’y bâtir une nation, mais une simple brume d’eau ne pouvait pas bloquer complètement le soleil qui se levait au-dessus de l’horizon.
Tyr partagea donc ses ténèbres. Elle teinta la brume d’obscurité et la répandit dans tout le Duché. Grâce à cela, les vampires pouvaient vivre dans le Duché du Brouillard, de jour comme de nuit.
La Progenitrice Tyrkanzyaka était la déesse de la race des vampires et l’éternelle reine du Duché du Brouillard. Voilà pourquoi le Duc du Sang écarlate, qui en était de fait le dirigeant, tenait à son titre de duc. Pour honorer leur grande Progenitrice, les vampires avaient érigé des phares de ténèbres dans tout le Duché.
Il n’y avait qu’une vampire capable de manier les ténèbres : la Progenitrice elle-même. Ces phares avaient pour vocation d’annoncer son retour à tous, afin qu’ils puissent se préparer à l’accueillir.
Tyr intensifia les ténèbres du Phare des Ténèbres.
Sur fond de ténèbres palpitantes, Tyr émergea de celles qui formaient vaguement une tour. D’abord apparurent ses yeux rouge vif, puis sa peau d’une blancheur de lait, et enfin l’ombrelle qui flottait comme si elle s’était fondue dans l’obscurité. Avec les ténèbres du Duché, Tyr paraissait plus puissante et mystérieuse que jamais.
L’opposé de la lumière. Il éclairait le pays de ténèbres : voilà pourquoi c’était un Phare des Ténèbres. Les vampires faisaient vraiment les choses à leur manière. Comme prévu, lire les pensées ne suffisait pas pour comprendre.
« Maintenant que j’ai annoncé mon retour à tous les habitants de ces terres, le Duché tout entier nous accueillera. Viens, Hyu. »
Tyr me parla doucement. La déesse du Duché me souriait.
Au fond, un Dieu céleste invisible et intouchable était-il vraiment un dieu ? Un vrai dieu, c’était quelqu’un capable de faire bouger tout un pays d’un simple mouvement du menton. J’avais choisi la bonne protectrice. Je lui tendis la main en disant :
« Dans ce cas, j’accepte votre hospitalité. J’ai bien le droit de faire au moins ça, non ? »
En lui tendant la main le premier, je lui demandais de me conduire. C’était une façon de confier ma sécurité à la personne dont j’avais pénétré le territoire. Une coutume un peu désuète, mais Tyr aimait ce genre de choses.
Comme prévu, Tyr répondit à ma demande avec un sourire ravi.
« Autant que tu le souhaites. »
Sans hésiter, elle prit ma main. Je la suivis comme si je n’avais pas le choix, puis jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule.
Lungken et Cabilah me dévisageaient, stupéfaits.
Ma sœur… a souri ? Je n’ai rien vu qui ressemble à ce sourire depuis des centaines d’années !
La Progenitrice n’a pas invité cet homme ici sans raison. Snif, snif. Ça sent bizarre.
Alors ? Vous avez vu ça ? Je suis allé en prison avec votre Progenitrice et je lui ai même fait la cour. Il y avait un fossé que le simple passage du temps ne pouvait pas combler, vous savez ?
Je souris d’un air suffisant aux deux Anciens. Ha, voilà à quoi servaient les relations. Si l’on devait s’attacher à quelqu’un, autant viser le plus haut possible. Qui pouvait me dire quoi que ce soit, puisque j’avais conquis le cœur de la Progenitrice ? Le Duc du Sang écarlate ? Ha ! Un Duc du Sang écarlate fidèle à la Progenitrice pouvait-il vraiment me faire des reproches… ?
Roi de l’Humanité. Qu’a vu la Progenitrice en lui ? Qu’a-t-il utilisé pour modifier le pouvoir de contrôle de la Progenitrice ?
Valdamir continuait de m’observer, sans se laisser influencer par mes paroles ou mes actes, son regard rouge sombre de vampire posé sur moi.
… Argh. Il n’avait pas l’air commode.
Ainsi, guidé par Tyr, je posai le pied dans le Duché.
Le Duché du Brouillard, une nation de vampires où les humains étaient traités comme du bétail.
Notes :
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