Chapitre 398
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 398 : Loin des yeux, loin du cœur
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Perru n’avait pas demandé aux vampires de partir par haine ou par crainte à leur égard.
« …Ce qui s’est passé dans les nuages n’est pas encore très connu. Si les vampires restent hors de vue… »
Le Seigneur de l’Or avait disparu et le Seigneur du Tonnerre était mort. Si des vampires apparaissaient ici, la confusion deviendrait incontrôlable. Impossible de dissimuler que les vampires avaient tué le Seigneur du Tonnerre, mais être attaqué et être gouverné, c’était tout à fait différent.
« …Je ne veux pas devenir l’ennemie du Duché du Brouillard. Le Duché est puissant et effrayant. Alors, s’il vous plaît, partez maintenant. Vous avez déjà atteint votre objectif. »
De toute façon, les vampires ne pouvaient pas régner au-delà du brouillard. Ils pouvaient traverser des terres baignées par le soleil, mais même s’ils y bâtissaient un château, la marée de soleil du lendemain le réduirait en sable. Personne ne servirait un noble qui perdait chaque jour son emprise sur son territoire.
Avec la disparition du Seigneur de l’Or, une grande part de l’importance géopolitique de Claudia s’était elle aussi évanouie. Perru supplia Tyr avec désespoir.
Bien sûr, Tyr n’avait aucune raison d’accepter. Elle se souciait peu de la plupart des choses, mais le Sanctuaire était un sujet sensible. Même si elle n’allait ni conquérir ni soumettre Claudia, elle avait envisagé de laisser ses habitants avec une bonne dose de terreur.
Mais ce n’était pas nécessaire.
« Aaaah… Je meurs. »
Sans chercher à cacher mon épuisement, je m’affalai contre l’épaule de Tyr. Elle me soutint, surprise.
« Hyu ? Ça va ? »
« J’étais déjà mal en point, et me forcer à bouger, c’est comme si ça me tuait. »
« Qu’est-ce que tu t’es fait ? Tu as pris un médicament ? »
« Pas un médicament. J’étais inconscient, mais je me suis électrocuté de tout mon long pour me forcer à me relever. Comme ce que j’ai fait à ton cœur. »
À vrai dire, c’était une opération bien plus délicate et dangereuse, mais Tyr comprit l’idée générale.
Tyr contempla le sang séché sur le devant de mes vêtements. Grâce à l’art du sang, elle aurait peut-être pu me réinjecter du sang, mais Hilde avait déjà suffisamment soigné mes blessures pour qu’elles se referment. Sans ses soins, je serais mort, mais je n’allais pas non plus me rouvrir le corps comme une pâte à ravioli juste pour le remplir de sang. Je supposai que l’anémie me tiendrait compagnie un moment.
« Que devrais-je faire… ? Tu veux de mon sang, au moins pour l’instant ? »
« Dans ce cas, je deviendrais un vampire. Tu ne vas quand même pas me laisser mourir sous prétexte que tu peux me ramener à la vie en vampire ? C’est pour ça que tu t’es contentée de poser ma tête sur tes genoux au lieu de m’emmener chez un médecin tout à l’heure… ? »
J’avais visé juste : Tyr tressaillit. Elle nia catégoriquement, puis appela Valdamir, ne serait-ce que pour changer de sujet.
« Valdamir. »
« À vos ordres. »
« Je vais emmener Hyu au Duché. Reste ici et élimine les derniers vestiges du Sanctuaire. »
L’autorité était relative. Quand on était la Progenitrice, on pouvait refiler du travail même au Duc du Sang écarlate. Tyr donna un ordre à Valdamir. Soudain accablé de travail, il répondit :
« J’obéirai si tel est votre ordre, mais permettez-moi de donner mon avis. »
*J’ai trop travaillé ces derniers temps ? Encore du boulot. C’est pénible, mais comment me défiler sans l’offenser ?*
Même le Duc du Sang écarlate semblait détester le surmenage. Il réfléchissait plus vite que pendant le combat et trouva rapidement une excuse.
« Claudia est tout près, et il ne sera pas difficile de revenir ici. Ne serait-il pas acceptable de laisser les choses en l’état quelque temps ? »
« Les laisser tranquilles ? Et s’ils revenaient sans relâche s’infiltrer ici pour reprendre racine ? »
« Ne serait-il pas plus simple d’arracher les mauvaises herbes une fois qu’elles auront pris racine que de creuser la terre pour en retirer chaque graine ? L’avenir leur appartient peut-être, mais le temps joue en notre faveur. Les surveiller quelques années ne posera aucun problème. »
Voilà qui montrait bien la différence entre les humains et les vampires quand il s’agissait de ce que représentaient quelques années. Tyr aussi était très patiente, et elle accepta donc l’argument. Elle hocha élégamment la tête, me soutint et s’adressa à Perru.
« Très bien. Perru, nous partons. Je le fais pour Hyu, mais j’ai choisi de tenir compte de tes intérêts. Autrement, je n’aurais aucune raison de laisser cette terre intacte. »
« …Merci. »
« J’espère que tu ne l’oublieras pas. Pour ton bien, et pour celui de cette terre. »
Après avoir laissé Perru sur cet avertissement sévère, Tyr agita la main. À son appel, son cercueil, qui n’avait pas réussi à la rattraper à l’extérieur de la Cascade des Nuages, vola jusqu’à elle. C’était un véhicule préparé pour moi, parce que j’avais l’air trop faible pour marcher.
J’appréciais l’attention, mais pourquoi fallait-il que ce soit un cercueil ? J’espérais qu’il ne présageait pas de mon avenir.
À cet instant, un lourd fracas retentit, et l’énorme corps de Lungken tomba du ciel. Sans hésiter, Lungken arracha son pelage méchamment roussi et rugit :
« Wouaaaargh ! Quel salaud m’a envoyé valser ?! »
« Lungken. Nous partons. Prépare-toi. »
« Quoi ? Progenitrice, je viens juste de revenir. »
« Parfait. Alors repars par le même chemin. »
Lungken claqua la langue, déçu. Il voulait clairement finir le combat qu’il n’avait pas pu mener à son terme, mais obéit aussitôt à l’ordre de la Progenitrice.
Tyr et moi nous assîmes sur le cercueil. Sans même se retourner, Tyr le mit en mouvement. Un brouillard épais et sombre nous enveloppait. À l’abri du soleil, le cercueil glissa sans encombre…
« Attendez ! »
La régresseuse nous barra la route. Elle était toujours perdue dans ses pensées.
Après s’être débarrassée de Hilde, la régresseuse avait tenté de s’approcher, mais elle avait assisté au combat entre Peruel et moi. Elle connaissait le pouvoir de prophétie de Peruel pour l’avoir vu avant sa régression, mais n’avait jamais vu Peruel se comporter ainsi avec moi. La Vierge d’Acier, autrefois aussi insensible que la pierre, m’avait traité en ennemi, m’avait méprisé et avait eu peur de moi comme si c’était tout naturel. Cela lui semblait étrange.
Les Saintes Vierges dotées de pouvoirs prophétiques avaient toujours été mystérieuses et sereines.
*Le Roi de l’Humanité ? Mais c’est impossible. Le Roi de l’Humanité que j’ai vu, non, le Roi du Péché, était… C’était forcément… !*
En plus de cela, elle était presque prise de panique en découvrant que moi, qu’elle avait rencontré par hasard et avec qui elle avait voyagé, j’étais en réalité le Roi de l’Humanité.
« Le Roi de l’Humanité ? Toi… ? Tu m’as trompée ? »
« Je ne t’ai pas trompée. Je n’ai jamais dit que je n’étais pas le Roi de l’Humanité. »
Je jouais sur les mots. J’avais fait de mon mieux pour le lui cacher. Elle cherchait à arrêter le Roi du Péché. Comment aurais-je pu révéler ouvertement mon identité ?
Si possible, j’aurais voulu rester incognito jusqu’au bout. Mais puisqu’on m’avait démasqué, autant en tirer parti.
« Être le Roi de l’Humanité n’a rien de glorieux. Ça attire seulement l’attention et ça ne sert à rien, en pratique. »
« Si tu es vraiment le Roi de l’Humanité… ! »
« Et alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Me tuer avant que je ne devienne un problème ? »
La régresseuse tressaillit. Elle n’avait pas encore éprouvé d’intention meurtrière à mon égard, mais si me tuer pouvait tout arranger, elle n’hésiterait pas. C’était comme ça, les régresseurs.
Elle pourrait même me tuer une fois et décider quoi faire en fonction de la suite. Mieux valait garder mes distances. Je ne savais pas à quoi ressemblerait le prochain cycle.
« Ce n’est pas ça ! Je… enfin… »
« Ça suffit. Hyu, partons. »
Tyr passa un bras autour de mes épaules et foudroya la régresseuse du regard.
« Notre chemin aux côtés de Shei s’arrête ici. Nous avons voyagé ensemble parce que son désir de protéger le monde était admirable… mais il semble que nous n’ayons pas notre place dans le monde qu’elle imaginait. Comme l’ont décrété les Saintes Vierges. Alors, séparons-nous ici. »
La régresseuse ne savait pas mentir. Elle ne pouvait pas prétendre sans honte que nous étions des compagnons, qu’elle ne nous ferait jamais de mal, même si le monde s’effondrait, car elle savait qu’elle ne pouvait pas le promettre.
*Mais si le monde ne s’effondre pas ! Si Tyrkanzyaka ne déclenche pas une Marche de Sang, et si le Roi des Loups ne montre pas les crocs à l’humanité… Moi aussi, je veux être avec vous ! Alors, je n’aurai jamais à pointer mon épée sur vous un jour !*
Elle était si honnête et si droite que je n’avais même pas besoin de lire dans ses pensées. À l’aune des critères ordinaires, c’était peut-être nous qui avions tort. Azzy, qu’il était inutile de juger selon les normes de la civilisation. Tyr, qui piétinait la morale et la dignité en riant. Et des êtres étranges comme moi, abandonnés par l’humanité.
Comparée à nous, la régresseuse se rapprochait davantage de l’idéal humain.
Et pourtant, rien n’était plus étrange qu’un humain idéal. Un tel être n’existait pas dans ce monde. Le cadre idéal façonné par le Sanctuaire enchaînait d’autant plus les gens qu’il était impossible à atteindre.
Tant qu’elle ne pourrait pas combler ce fossé, la régresseuse ne pourrait pas être des nôtres.
Tyr était là, et même les Anciens. La régresseuse était désormais désavantagée jusque dans l’art martial dont elle tirait sa fierté. Elle avait souvent pris les autres au dépourvu grâce aux informations venues du futur, mais une embuscade imprévue lui avait fait perdre bon nombre de ses avantages.
« Youpi~. On se sépare enfin, c’est ça ? Quel soulagement. Shei n’avait rien à faire avec vous, de toute façon ! »
Hilde s’était approchée sans que personne ne la remarque et s’était assise discrètement sur le cercueil de Tyr. Son corps était couvert d’égratignures, traces de son combat contre la régresseuse, mais pour quelqu’un qui maîtrisait les arts du qi, ce n’étaient que des égratignures.
Tyr regarda avec déplaisir Hilde s’installer sur son cercueil sans permission, mais ne la repoussa pas.
« …Je n’ai pas aimé que tu essaies de te servir de moi, mais je vais passer l’éponge pour cette fois. Ne crois pas que tout se déroulera comme tu le souhaites. »
« Me servir de toi ? C’était un accord gagnant-gagnant ! C’est moi qui m’occupe de la diplomatie de l’État militaire, à ma manière, tu sais ? Je ne joue pas les brutes en faisant porter toutes les pertes à quelqu’un d’autre ! Surtout pas face à des vampires ! »
« Inutile d’insister. Je le sais déjà. C’est pour cela que j’ai épargné la vie d’une membre du Corps de l’Épée sacrée comme toi. Alors, ne l’oublie pas. »
S’il y avait eu le moindre élément suspect, Hilde, en tant que membre du Corps de l’Épée sacrée, n’aurait pas été épargnée. Malgré cet avertissement glacial, Hilde sourit des yeux, comme si elle en avait l’habitude, puis m’encouragea à partir.
« Maintenant que nous en avons la permission, Père, on y va ? »
Oui. J’avais assez erré comme ça. Il était temps de m’installer quelque part. Il me fallait encore du temps pour m’approprier pleinement le Dieu démoniaque, et j’avais envie de profiter un peu du luxe d’avoir des alliés fiables pour une fois.
« Nous pensions que nos chemins se sépareraient dans la beauté, une fois que tout serait prêt. Pourtant, le monde nous trahit comme si c’était dans l’ordre des choses. Adieu, tout le monde. J’espère que nous nous croiserons par hasard quand soufflera un vent nouveau. »
« Inutile. Nous ne nous reverrons pas. »
Un Ancien prit les devants avant même que le cercueil de Tyr ne s’ébranle. Plus personne ne se tenait sur notre route et, même si quelqu’un avait essayé, on l’aurait neutralisé avant qu’il puisse approcher Tyr.
À moins que la régresseuse ne prenne une décision ferme. Elle était encore confuse.
Si nous nous retrouvions, elle aurait décidé exactement où se situer.
Tss. Ça faisait peur. Je devrais m’accrocher encore plus fort à Tyr.
Et c’est ainsi que Hilde, les vampires et moi laissâmes derrière nous les traces du combat et pénétrâmes dans les nuages épais. Au cœur de la Cascade des Nuages s’étendait une terre perpétuellement plongée dans l’ombre. Un royaume démoniaque où le soleil ne brillait jamais, un paradis pour les vampires.
Au retour de la Progenitrice, nous laissâmes plusieurs personnes dans les États mineurs et pénétrâmes dans le domaine des ténèbres.
Notes de bas de page :
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