Chapitre 397
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 397 : Il faut aussi entendre le point de vue des temps troublés
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Le Duc écarlate Valdamir était un Ancien qui avait porté l’art du sang à son paroxysme, affiné ses arts du qi et transformé chaque année de vie qui lui avait été accordée en expérience. Sans aucun doute, c’était un adversaire redoutable.
Pourtant, le Sanctuaire avait toujours triomphé de vampires tels que lui. Même alors qu’il combattait sur plusieurs fronts contre d’autres hérétiques, il avait connu une ère de prospérité, malgré ses affrontements avec des vampires immortels qui gagnaient en sagesse à chaque année écoulée.
D’une certaine manière, c’était tout naturel.
L’avenir appartenait à la Sainte Vierge.
Plus exactement, elle tirait mieux parti de l’avenir que quiconque. C’était tout comme. La Sainte Vierge était le seul être au monde capable de voir l’avenir.
« Si tous ceux qui se trouvent ici avaient simplement été martyrisés, l’ordre aurait été rétabli. »
La Vierge d’Acier était invincible. Quoi qu’il advînt du monde, quelle que fût la puissance des vampires, elle n’aurait pas la moindre égratignure.
Autrement dit, tout pouvait être détruit, sauf elle. La Vierge d’Acier brillait de tous ses feux sur les champs de bataille où elle se retrouvait encerclée. Peruel revenait toujours vivante, couverte d’un sang qui n’était pas le sien. Même dans les pires situations, elle pouvait au moins prévoir qu’elle survivrait.
C’était pourquoi la Vierge d’Acier ne se rendait que sur ce genre de champs de bataille. Des endroits où la mort de tous les autres n’avait aucune importance.
« Mais comment peux-tu laisser l’autre camp à l’abandon ? C’est beaucoup trop flagrant. Si tu voulais vraiment mettre fin au massacre, tu aurais aussi dû laisser le Duc écarlate tranquille. »
Si son but avait été de les sauver, elle ne les aurait pas amenés ici. La Vierge d’Acier ne voyait que son propre avenir, mais cela ne l’empêchait pas de faire les déductions les plus élémentaires.
Même après que ses intentions eurent été dévoilées, la Vierge d’Acier ne s’en formalisa pas.
« Ne creuse pas du côté du Dieu démoniaque. Il n’y a aucun trésor dans cette boîte hermétiquement close. Elle déborde seulement des péchés et des tragédies qu’engendre la curiosité. Le Dieu démoniaque que tu as déterré fera le malheur de l’humanité. »
« Le malheur de l’humanité ? Y a-t-il pire malheur que la mort ? »
« La mort est un malheur parce que la vie est précieuse. Pourtant, le Dieu démoniaque que tu as déterré détruira la valeur de la vie, de la foi et des âmes. Comme ces vampires, il abattra la frontière entre la vie et la mort et réduira les humains à des êtres inférieurs. C’est un avertissement, une demande et une supplication. »
Peruel s’exprimait sur un ton qui ne permettait pas de savoir à qui elle s’adressait, mais je savais que c’était à moi. C’était ainsi que la Sainte Vierge tentait de me convaincre.
Par leur seule existence, les vampires faisaient des humains leurs proies. Prédateurs, ils réclamaient leur sang et ne voyaient en eux que de la nourriture et du bétail. Ils défiaient les cieux, puisqu’ils avaient vaincu jusqu’à la mort pour jouir de la vie éternelle. Le Sanctuaire avait de bonnes raisons de les haïr.
Le secret du Dieu démoniaque de la Foudre dépassait peut-être même l’art du sang. Le secret que le Voleur de foudre avait voulu protéger au point de dissimuler la foudre elle-même était aussi sombre que profond. Le Sanctuaire, Vierge d’Acier comprise, s’en méfiait.
Et pourtant, une Sainte Vierge essayait de me convaincre ? Voilà qui était nouveau.
J’appréciais le geste, mais le Sanctuaire et moi n’étions pas du même côté.
« Les vampires sont humains, eux aussi. »
Ces mots avaient plusieurs sens. Peut-être s’agissait-il d’un simple fait évident, ou peut-être Tyr les trouvait-elle étrangement touchants.
Mais, pour la Sainte Vierge, ils signifiaient autre chose.
« …Même si l’humanité se corrompt elle-même, c’est son propre karma. Tu affirmes cela aussi ? »
Son refus était doux, mais sans équivoque.
Je souris et hochai la tête. Peruel baissa les épaules, comme accablée de chagrin.
À cet instant, Peruel bougea.
Non, elle n’avait pas bougé.
Pourtant, dans ma lecture des pensées, Peruel avait déjà bougé. Elle avait prévu son mouvement, et cet avenir se réaliserait sans le moindre changement.
La Vierge d’Acier passa à l’attaque.
Elle lança un poing capable de tout broyer. Sa main nue me traversa la poitrine et s’arrêta derrière mon dos, telle une rafale de vent.
— Tout cela n’a même pas commencé, et pourtant c’est un avenir promis, quoi que je fasse.
Je l’avais rejetée une fois, et elle avait aussitôt prédit ma mort. Ce n’était pas une tentative de persuasion, mais un ultimatum.
Mais surtout, pouvais-je seulement éviter ça ?
Tandis que je maugréais intérieurement, Peruel acheva sa prophétie.
Tout résultat était accompagné du processus qui y menait. Même les mouvements incroyables de Valdamir, lorsqu’on les examinait un à un, étaient le fruit de techniques et d’une autorité assemblées avec une précision minutieuse.
La prophétie d’une Sainte Vierge se situait à un tout autre niveau. Elle observait le résultat à l’avance, puis reliait de force les étapes qui y conduisaient. L’auto-prophétie de Peruel avait resserré son champ de vision jusqu’à l’extrême, lui conférant une puissance qu’on pouvait qualifier d’absolue. Son invincibilité, qui lui avait valu le nom de Vierge d’Acier, n’était qu’un aspect de ce pouvoir.
La bénédiction reçue par Peruel était celle de l’accomplissement prophétique.
La Prophétie d’acier annonça ma fin.
Le tissu enroulé autour de son poing se déchira fil après fil, dévoilant la main nue de Peruel. La prophétie était une arme à double tranchant. Pointée vers un adversaire, elle avait un fil plus acéré que tout autre, mais elle pouvait aussi lacérer sa porteuse. Jusqu’alors, elle avait retenu sa force, mais j’étais assez honoré pour qu’elle dévoile toute sa puissance afin de me tuer.
L’avenir que Peruel prévoyait pour elle-même se réaliserait à coup sûr. Puisque ce résultat était promis, Peruel, telle qu’elle s’était vue, était invincible. Aucun obstacle ne pouvait entraver son avenir.
Pas même le temps.
Peruel prévit un mouvement qui dépassait toutes les limites. Grâce au pouvoir de l’auto-prophétie, elle tordit la réalité pour atteindre une vitesse qu’aucun humain n’aurait jamais pu produire.
Le processus disparut.
Prendre appui sur le sol, rassembler ses forces, propulser son corps en avant, fendre le vent. Chaque étape fut omise ; seul se produisit le résultat que Peruel avait prévu. Un instant durant, elle exista en tous les points où elle s’était vue arriver. Ces points se relièrent en un chemin tracé de noir.
C’était un pouvoir absolu qu’une Sainte Vierge elle-même devait manier avec prudence. Sans le moindre avertissement, seul se produisit le résultat prédit par le vénéré Dieu céleste. Le monde se transforma pour accomplir la prophétie, et la seule onde de choc souleva des tempêtes et des rugissements de tonnerre. Un miracle qui transcendait jusqu’au concept de vitesse, tout cela pour me tuer.
Fendant le monde, le poing de Peruel me transperça…
Et pourtant.
Si grandiose que fût ce pouvoir, si sacré et puissant que fût le Dieu démoniaque qui les protégeait, aucun des deux ne pouvait agir plus vite que la volonté de Peruel.
La Sainte Vierge était humaine, elle aussi.
« … ! »
Il existait bien des moyens de contrer une prophétie, mais le plus simple consistait à la tromper. Une prophétie pouvait être parfaite ; pas la personne qui la lisait.
Mon corps s’effondra en tas. Des cartes marquées du Huit de pique s’envolèrent dans toutes les directions comme des ballons qu’on aurait crevés. Grâce à l’Élixir, le pouvoir du Seigneur de l’Or, j’avais transformé en cartes les vêtements qui me touchaient et les nuages autour de moi. Ce que Peruel croyait avoir détruit n’était qu’une coquille improvisée faite de cartes.
Par chance, Peruel ne pouvait prévoir que son propre avenir. En mobilisant tous les pouvoirs à ma disposition, je m’étais extirpé de la trajectoire qu’elle avait prévue. J’avais la tête qui tournait et les oreilles bouchées par la vitesse, mais j’étais vivant.
Peruel cria :
« Tu as fait entrer le Dieu démoniaque dans ton corps ! Ce tabou maudit… ! »
Elle avait compris immédiatement. Sans tenir compte des fourmillements douloureux dans mes membres, je répondis :
« Tu crois que ça suffit à me maudire ? Je t’en prie. Comparé à ce que tu as fait, ce n’est rien. Face à ta mystérieuse prophétie, je n’ai utilisé qu’une petite ruse minable ! »
Une personne capable d’imposer l’avenir me reprochait cette petite ruse ? Les malédictions n’existaient donc plus ?
Le Sept de pique, l’Écheveau de foudre. Cette carte permettait de tirer la foudre en fils fins et de les enrouler comme une pelote de laine. Contrairement à la foudre utilisée par Perru, ces fils étaient trop faibles pour attaquer…
Mais même la faiblesse pouvait avoir son utilité.
Je fis pénétrer les fils de foudre dans mon corps. Ils s’insinuèrent dans mes nerfs.
Avant ma rencontre avec le Dieu démoniaque, ç’aurait été un acte suicidaire d’automutilation. Mais maintenant que j’avais rencontré le Voleur de foudre et découvert son secret…
Je pouvais faire bouger mon corps par la seule pensée.
…Présenté comme ça, ça n’avait rien d’extraordinaire.
À la base, le corps était censé bouger sous l’effet de la pensée. Même avec le pouvoir du Dieu démoniaque, tout ce que j’avais fait, c’était supprimer l’étape où la pensée atteignait le corps. J’avais lu ses pensées et j’avais quand même failli mourir après avoir encaissé son coup. À mes yeux, l’auto-prophétie était donc plusieurs fois plus abusée, non ?
N’importe qui aurait dit la même chose, mais, curieusement, la Sainte Vierge ne semblait pas d’accord. Peruel me foudroya du regard comme si j’étais un démon.
« Le Dieu démoniaque dont tu te sers mènera un jour toute l’humanité à sa perte. Roi de l’Humanité, souviens-t’en. Quand la fin de l’humanité approchera, tu ne resteras pas non plus tel que tu es aujourd’hui. »
« Je m’en souviendrai. Pour l’instant, je suis humain moi aussi, alors je vais d’abord me protéger. »
Peruel se mordit violemment la lèvre. Elle mordit si fort que j’aperçus du sang entre ses dents. Même une personne invincible pouvait se blesser elle-même.
Elle aurait sans doute voulu s’occuper de moi sur-le-champ, mais elle ne le pouvait plus.
L’obscurité était arrivée.
Même au sein de la Cascade de nuages, où la visibilité était déjà mauvaise, une obscurité étrangère s’abattit. Une nuit noire comme l’encre, si épaisse qu’on ne distinguait pas le moindre pouce devant soi, envahit mon champ de vision. C’était le pouvoir acquis par les vampires pour tenir tête au Sanctuaire, ainsi que le poids des souffrances endurées par la Progenitrice Tyrkanzyaka.
L’obscurité était pratiquement le corps même de Tyr. Dans un lieu que la lumière n’atteignait pas, impossible de voir l’avenir. L’auto-prophétie restait possible, mais la bataille se transformerait en un siège interminable. Même si Peruel prévoyait où elle se trouverait, elle ne serait pas plus avancée qu’une personne qui se débattait sous l’eau si elle ne pouvait voir autour d’elle.
« Tu oses te déchaîner sans connaître ta place… ! Je vais te faire regretter de t’être montré devant moi ! »
Tu as trop dévoilé tes capacités. Le Sanctuaire n’était pas le seul à pouvoir imaginer des contre-mesures.
L’obscurité tourbillonna autour de Peruel. Plongée dans des ténèbres si profondes qu’elle ne voyait même plus ses propres membres, elle s’exprima d’un ton désolé.
« Ô Première Sainte Vierge, toi qui as béni ta servante. Est-ce donc là toute la durée que tu lui as accordée… ? »
Peruel murmura au milieu de cette obscurité marécageuse. Incapable d’imaginer un avenir où elle continuerait à se battre, elle décida de battre en retraite, comme le lui dictait sa prophétie.
Ce fut un immense soulagement pour moi.
« Tu crois pouvoir t’échapper ?! »
Non, Tyr. Laisse-la partir. Un être invincible proposait de s’en aller de lui-même. Essayer de la retenir ne ferait que nous écorcher les mains.
Peruel se fraya calmement un chemin dans les ténèbres où une personne ordinaire aurait étouffé. Avant de partir, elle nous adressa un dernier avertissement.
« Progenitrice Tyrkanzyaka. Vous feriez mieux de ne pas faire confiance au Roi de l’Humanité. Il deviendra peut-être un allié des vampires… mais jamais l’allié des seuls vampires. »
Tyr ne l’écouta même pas. Elle renifla avec dédain.
« Garde tes jeux de prophétie pour tes propres pions. Tu crois que je me laisserais influencer par une chose pareille ? »
« …Même sans prophétie, la réponse est évidente pour qui prend le temps d’y réfléchir. Mais quand le cœur est fermé, même les conseils sincères restent inaudibles. »
Après avoir lancé ces paroles inquiétantes jusqu’au dernier instant, Peruel disparut dans les ténèbres. Même si elle ne voyait rien dans ce vide noir comme l’encre, elle avait dû voir clairement l’avenir où elle quittait cet endroit. La réalité sembla se tordre et, avant que je m’en rende compte, les pensées de Peruel s’étaient évanouies.
Elle avait fui.
Elle pouvait apparaître soudainement en plein territoire ennemi, à l’autre bout du continent, puis repartir sans même perdre un cheveu. Certains d’entre nous se démenaient pour ne pas se faire d’ennemis. Cela dit, il fallait bien avoir ce genre de pouvoir pour chercher querelle à tout le monde sans courir le moindre risque.
« Hmph. Quelles créatures rusées. Elles prétendent lire l’avenir, mais tout ce qu’elles savent faire, c’est semer la discorde et comploter. »
« Parce que ça marche. Ça a encore marché, cette fois, non ? Nous avons fini par nous battre à mort contre Claudia sans raison particulière. »
Je haussai les épaules et regardai autour de moi.
En fin de compte, le Sanctuaire n’avait recruté que le Seigneur du Tonnerre. Pourtant, tout ce sang avait coulé. Le Seigneur du Tonnerre, qui avait jusque-là dirigé et gouverné Claudia, et des centaines de Gardiens du Tonnerre étaient morts. Même si personne n’intervenait davantage, le cycle des rancunes et des dettes s’entremêlerait et enflerait comme une boule de neige.
Au moins, les États mineurs avaient désormais un monarque qui susciterait à la fois haine et révérence.
« …Partez. »
Le monarque des États mineurs nous ordonna de partir.
Notes :
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