Chapitre 392
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 392 : La foudre n’est pas tombée du ciel - 15
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Je racontai au Voleur de foudre le chaos qui régnait à l’extérieur, puis poursuivis :
« Se battre pour la foi, c’est se battre pour la foi. Se battre pour la Progenitrice ou pour son espèce, c’est, au sens propre, se battre pour la Progenitrice ou pour son espèce. Comment tuer des humains pour ces raisons pourrait-il servir l’humanité ? Un petit sacrifice ? Seuls ceux qui survivent aujourd’hui pourront profiter demain d’une nouvelle journée comme celle d’hier. Ceux qui meurent aujourd’hui n’auront pas de lendemain. »
Avant que le Voleur de foudre puisse ajouter quoi que ce soit, je m’empressai de préciser :
« Ah, je ne critique personne. Que les animaux s’entretuent, c’est naturel. Pour se nourrir, s’accoupler ou défendre leur territoire, ils ont toujours tué ceux qui convoitaient ce dont ils avaient besoin. Rien de particulièrement nouveau là-dedans. »
« Tu approuves même un massacre pareil ? »
« Le nier le ferait disparaître ? Est-ce que quelque chose changerait si tu me hurlais dessus une fois mort ? Ceux qui mettent fin à ce massacre, ce ne sont ni le Sanctuaire ni les vampires. Ce n’est ni toi, déjà mort, ni moi, assis ici à bavarder. Seul l’animal qui aime les humains tente désespérément d’arrêter le combat. »
Qui avait raison, qui avait tort, ce qu’il fallait faire… Voilà une façon de penser bien trop peu bestiale. Même un bernard-l’ermite dans la vase pouvait écumer de rage et prétendre qu’une chose déjà arrivée n’aurait pas dû arriver.
« Tu veux sauver l’humanité ? Alors, prouve-le. Mise tout et utilise ton pouvoir ici. Tu es mort, mais la trace du Dieu démoniaque a été gravée dans le monde. Tu peux encore utiliser ton pouvoir, non ? »
« Ce n’est pas nécessaire. Claudia possède des mécanismes de défense prévus pour ce genre de situation. Dès qu’ils s’activeront… »
« Le pouvoir que le Seigneur du Tonnerre peut utiliser ? À ton avis, contre qui va-t-elle s’en servir ? Le fera-t-elle pour l’“humanité” que tu as en tête ? »
Le Seigneur du Tonnerre tirerait sans doute d’abord sur Perru et moi. Les Aînés ne pouvaient mourir que si quelqu’un les tuait dans un acte qui revenait à se suicider ; elle me tuerait donc, évidemment, puisque j’étais plus facile à éliminer.
« Si c’est ta volonté, je l’accepterai. Mais ne prétends pas ensuite agir pour l’humanité. Je ne le reconnaîtrai pas. »
« Je n’ai pas besoin que tu le reconnaisses. »
« Alors, je vais le dire autrement. Si tu les abandonnes, même toi, en tant qu’humain, tu ne pourras pas te regarder en face. »
Azzy et la régresseuse, c’était une chose, mais Perru mourrait à coup sûr si on la laissait seule. Le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris rongerait le corps que le Seigneur de l’Or avait régénéré pour elle. Tous les humains vivaient à crédit, mais Perru était bien plus proche de la fin que la plupart. À présent, cette horloge cruelle tournait plusieurs fois plus vite.
Il ne restait pas beaucoup de temps. Le Voleur de foudre devait choisir. Comprenant qu’il était à son tour mis à l’épreuve, il serra le fil du cerf-volant.
« Tu me mets à l’épreuve ? »
« Les morts ont décidément beaucoup à dire. Dépêche-toi de choisir. Je veux savoir ce qu’est vraiment cette humanité que tu n’arrêtais pas d’invoquer. »
Peu importait son choix. C’était simplement ce genre de chose.
Pourtant, le Voleur de foudre qui se tenait devant moi était l’image de son esprit, gravée dans le monde. Une image mentale lue par la lecture des pensées ne pouvait ni mentir ni se détourner de ses véritables sentiments.
S’il avait vraiment l’intention de choisir la foi, j’espérais qu’il rejoindrait au plus vite le Dieu céleste.
« … Quel est votre but, Roi de l’Humanité ? Essayez-vous de ramener ce monde à l’âge de la sauvagerie ? À cette époque terrifiante d’avant l’An un ? »
« Est-ce que j’ai l’air de pouvoir remonter le temps ? Et comment m’y prendrais-je, au juste ? »
« Alors pourquoi ? Pourquoi cherchez-vous les Dieux démoniaques et des connaissances susceptibles de mener l’humanité à sa perte ? Que cherchez-vous à faire ? »
Bien sûr, je ne pouvais pas mentir, moi non plus. Ce n’était pas un problème. J’avais toujours été quelqu’un d’honnête.
« Rappeler aux humains qu’ils sont des animaux. »
Je confiai calmement mes véritables sentiments au Voleur de foudre.
« Les idéaux, la justice, la vérité, les grandes causes, la morale… Aussi beaux et grandioses qu’ils paraissent, ce ne sont que des outils que les humains ont créés pour s’en servir à leur guise. Ils inventent des raisons de tuer les autres avec ces outils, puis s’en servent comme prétexte pour tuer des humains. Si ces choses étaient réelles, je devrais les combattre au nom de l’humanité. Malheureusement, elles se trouvent dans le cœur des humains, alors je ne peux ni les voir ni les tuer. Devrais-je leur ouvrir le crâne pour les en arracher ? Ou tuer tous les humains pour m’en débarrasser ? Je ne peux pas faire ça, si ? »
À moins que je le puisse ? Le Roi du Péché n’en était-il pas justement l’exemple ?
Enfin, ce n’était ni quelque chose que j’avais fait ni quelque chose que je ferais ; cela ne me concernait donc pas. Bref.
« Nous ne sommes pas des êtres si grandioses. Nous ne sommes que des animaux insignifiants et misérables, tous égaux. Dieu ne nous a pas choisis, et il ne nous a pas accordé le droit de disposer de tout à notre guise. Ce que nous faisons ne diffère pas, dans le fond, de ce que fait un animal qui se roule dans la boue sous un soleil de plomb. Je veux m’en convaincre et, par mon intermédiaire, amener tous les humains à l’accepter aussi. »
C’était pour cela que j’étais toujours le Roi des Bêtes.
Je murmurai ces mots en regardant le Voleur de foudre. Son visage était empreint de mépris, de dégoût et de malaise.
Ça ne me déplaisait pas.
Cette expression ne m’était pas destinée.
« … Comme je m’y attendais, je ne peux pas être d’accord avec vous. »
« Peu importe que tu sois d’accord ou non. Je sais déjà ce que tu voulais cacher. Ton secret a été révélé dès l’instant où tu es arrivé ici. »
Pourquoi était-il venu ici, au juste ?
Il s’en était remis à la foi et s’était porté volontaire pour devenir son subordonné. Il avait accepté de rendre la foudre au ciel et de la déclarer propriété du Dieu céleste. Il avait même accepté de transformer l’histoire du Voleur de foudre en un conte idiot où il dérobait le trésor du grand Dieu céleste.
Pourtant, son image mentale se trouvait ici.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
« Quand la foudre t’a frappé, quand elle a traversé ton corps en suivant le fil du cerf-volant, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« … ! »
« Qu’as-tu ressenti dans cette foudre pour craindre à ce point que d’autres en découvrent le pouvoir ? Pourquoi t’es-tu méfié des homoncules des Petits États, qui n’existaient même pas encore, et as-tu empêché leur création ? »
La vérité que le Voleur de foudre voulait dissimuler.
Il n’avait même pas craint la foudre qui s’abattait du ciel, mais il avait tremblé après en avoir été frappé. C’était parce qu’il avait entrevu un secret si terrifiant qu’il était insoutenable de s’en souvenir, une vérité qu’il n’aurait jamais dû découvrir.
« La foudre que tu as volée et offerte à l’humanité venait bel et bien du ciel. Mais ce n’en était qu’une infime partie. La véritable foudre était sur terre depuis le début. »
La foudre n’était pas tombée du ciel.
Elle avait toujours été là.
Le Voleur de foudre, Frang, avait été frappé par la foudre. Au milieu d’un choc qui semblait lui fendre l’esprit, il avait compris quelque chose.
Quand la main et le bras agrippant le fil du cerf-volant s’étaient mis à trembler sans qu’il puisse les contrôler, quand ses genoux avaient flanché malgré son intelligence exceptionnelle et son sang-froid, quand sa vessie s’était relâchée et que du liquide immonde avait coulé sur tout son corps. Quand ce corps s’était déshonoré, tournant en ridicule le sage qui avait poussé son esprit et sa chair jusqu’à leurs limites.
Frang l’avait compris.
L’état misérable du Voleur de foudre échappait à sa volonté, à sa foi et à sa détermination. La foudre agissait sur une partie de son corps plus fondamentale que la douleur.
Comme si elle tirait sur des fils reliés à chaque recoin de son corps et le contrôlait…
Il avait compris que la foudre faisait bouger son corps.
Voilà pourquoi il voulait le cacher. Si le Seigneur de l’Or créait des corps grâce à l’alchimie, peut-être était-il possible d’insuffler par la foudre les sensations et l’esprit nécessaires pour les mouvoir. Bien sûr, la foudre seule n’y suffirait pas. Mais un sage qui croyait à la pureté de l’esprit plus que quiconque aurait été révulsé rien qu’à cette idée.
« Ne le prends pas mal. Cette vérité aurait fini par éclater. L’idée de faire passer directement la foudre dans un corps ne peut pas venir de toi seul. Enfin, personne d’autre que toi ne serait assez fou pour le faire de son plein gré. »
« … Comme je m’y attendais, je ne peux pas vous suivre. »
Frang me lança un regard meurtrier, puis enroula deux fois le fil du cerf-volant autour de sa main et tira dessus.
On aurait dit qu’il avait fait descendre la foudre cachée dans les nuages. L’éclair lointain se rapprocha. Le pauvre cerf-volant, tombé entre les mains d’un mauvais maître, fut le premier sacrifié à la foudre. Le courant qui courait le long du fil brûla tout le corps de Frang. Celui qui s’insinuait par le bout de ses doigts le foudroya sans pitié.
Un humain ordinaire serait mort des dizaines de fois sous un tel choc, mais Frang ne fut pas affecté. Ce n’était pas simplement parce que cet endroit existait au sein d’une image mentale.
Les deux n’avaient toujours fait qu’un.
« Roi de l’Humanité. Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais cette fois, j’agirai comme vous le souhaitez. »
Désormais devenu une incarnation de la foudre, il tendit la main.
Que représentait la Progenitrice pour un Aîné ?
Le commencement et la fin. Une sauveuse qui les avait arrachés à la mort, et la maîtresse de leur seconde vie qui la leur reprendrait un jour. Une reine qu’ils devaient aimer et servir de tout leur sang, et une déesse de leur espèce qu’ils devaient vénérer et adorer.
Voilà pourquoi les vampires ne croyaient pas aux dieux. Aucun imbécile ne choisirait l’hérésie alors qu’une véritable déesse, qui agissait et se mouvait réellement, se tenait devant lui.
« Ne faites rien d’imprudent. Tyrkanzyaka sera bientôt là. »
En ce sens, Shei était une incroyante, une simple bête qui invoquait le nom d’une déesse. Valdamir se demanda s’il devait s’irriter de voir Shei parler de la Progenitrice avec tant de désinvolture, comme s’il s’agissait d’une amie, ou rester en retrait et attendre, puisqu’elles étaient peut-être réellement amies. Il remit son jugement à plus tard. Il aurait tout le temps de décider après en avoir appris davantage.
Valdamir tourna la tête et regarda au loin. Une structure aussi imposante qu’une colline dominait les environs de Claudia.
Shei n’avait aucun moyen d’arrêter le combat entre la Vierge d’Acier et Tyrkanzyaka. Personne ne pouvait retenir deux êtres si proches de l’invincibilité.
Alors, elle les sépara.
Avec Jizan, Shei souleva le sol et les fit glisser en sens opposés. Tyrkanzyaka et Peruel étaient des monstres capables de fracasser jusqu’à la terre, mais elles ne pouvaient pas rester debout sans rien sous leurs pieds. Soumises à une loi de la nature à laquelle nul ne pouvait échapper, elles glissèrent loin l’une de l’autre.
C’est ainsi que Tyrkanzyaka arriva ici.
Tyrkanzyaka balaya les environs d’un regard acéré, puis aperçut soudain une silhouette familière étendue au sol et se précipita vers elle.
« … Hyu ? »
Notes :
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