Chapitre 388
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 388 : La foudre ne tombe pas du ciel – 11
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« Quel genre d’enfoiré… ! À me balancer ces conneries… ! »
Un rugissement bestial ébranla le monde. On aurait dit que du sang jaillissait de sa gorge. Cette voix grave et tonitruante fit trembler la Cascade de Nuages.
Des pas lourds résonnèrent ensuite, martelant le sol. On aurait dit un éléphant qui piétinait. Les pas d’une seule personne firent trembler la terre et provoquèrent un séisme.
Tout le monde tressaillit de peur instinctive lorsqu’une ombre immense passa au-delà de la Cascade de Nuages.
Un géant couvert de sang déchira le brouillard. Même sa tignasse hirsute en était imbibée, et ses oreilles pointues, semblables à celles d’une bête, étaient plaquées contre son crâne. Serrant dans une main un poignard d’un blanc éclatant, il rugit de rage et de douleur.
« Montre-toi ! Sors, et je te tuerai sans effort… ! »
Lungken, couvert de sang.
Le dernier homme-bête sanglier au monde. Cela suffisait à le rendre exceptionnel, mais sa renommée tenait surtout à une autre raison.
C’était un Ancien.
L’un des treize vampires auxquels la Progenitrice avait elle-même offert du Sang véritable. Parmi les Anciens, il était à la fois le plus robuste et le plus impétueux.
L’Ancien avait été surnommé Lungken, couvert de sang, parce qu’il en ressortait toujours maculé après un combat. Pourtant, il en était déjà couvert avant même que la bataille ne commence. L’Épée sacrée lancée par Hilde avait probablement réussi à le faire saigner, mais dès qu’il distingua clairement l’ange, il renâcla.
« Espèce d’enfoiré… ! Un ange… ! »
Boum, boum, boum. En trois pas à peine, Lungken prit appui au sol et percuta l’ange de l’épaule.
L’attaque avait été soudaine, mais l’ange était plus petite qu’elle en avait l’air. Ébloui par la foudre, Lungken se trompa de cible, traversa les ailes de lumière et roula au sol, électrocuté.
« Argh… ! Lâche ! Bats-toi à la loyale… ! »
C’était lui qui avait attaqué le premier, et il avait quand même fini par s’écrouler. Même une pièce de théâtre de troisième ordre n’aurait jamais montré une scène aussi ridicule. Pourtant, le Seigneur du Tonnerre, qui avait été attaqué, et les Gardiens du Tonnerre qui observaient la scène retinrent leur souffle.
Quelques secondes seulement s’étaient écoulées depuis que les vampires avaient franchi la Cascade de Nuages, et ils étaient déjà arrivés jusqu’ici. Si le Seigneur du Tonnerre avait baissé sa garde, ou si Lungken avait visé un peu mieux…
Elle aurait peut-être dû encaisser sa charge de plein fouet.
Les Gardiens, tendus, s’étaient figés, mais ils n’eurent pas le temps de reformer leurs rangs. Une voix de jeune fille retentit au-delà de la Cascade de Nuages.
« Hueee. Maudit sanglier ! Tes soies raides t’ont enfin transpercé le crâne jusqu’au cerveau ? Essaie donc de réfléchir avant de bouger ! »
Une jeune fille portant une petite poupée apparut. Elle était vêtue d’une robe noire flottante et coiffée d’un bonnet blanc à volants. Chaque changement d’expression se lisait clairement sur son petit visage adorable.
Elle ressemblait à une jeune noble en promenade l’après-midi, mais sa véritable nature était si terrifiante qu’on osait à peine la nommer.
Cabilah, la Tisseuse de sang.
Une Ancienne et une mage noire. Découvreuse de la magie du sang et chercheuse de savoirs interdits. Une Ancienne pécheresse, dont le petit corps réunissait tous les traits que le Sanctuaire abhorrait.
L’Ancienne, qui avait laissé sa marque dans l’histoire, posa une main sur sa hanche et lança d’un ton boudeur :
« Nous sommes venus accueillir notre grande sœur, pas partir en expédition parce que nous manquions de sang ! Même si tu es une bête, tu devrais au moins avoir assez de maîtrise pour ne pas chier partout où ça te chante ! »
Sous cette avalanche d’insultes, Lungken se redressa d’un bond et protesta comme s’il avait été victime d’une injustice.
« Putain ! Je n’ai pas foncé sans raison ! C’était un ange… ! »
« Alors, il fallait resserrer le filet petit à petit ! Si tu hérisses tes soies et fonces tête baissée, tu crois qu’il va te laisser le percuter ? T’es idiot ? Crétin ? Non, t’es aveugle ? Tu n’as même pas touché l’ange que tu visais ! »
Elle tapa du pied en l’injuriant, mais semblait plutôt ravie. On aurait dit qu’elle était heureuse d’avoir trouvé un prétexte pour l’insulter. Alors que Lungken hésitait, une grande main s’interposa devant Cabilah, qui s’apprêtait à reprendre son élan pour une nouvelle tirade.
« Ça suffit. Réfléchissons un peu. »
Un jeune homme portant une épée à deux mains sur l’épaule leva la main pour arrêter Cabilah. Elle avait l’air prête à l’insulter jusqu’à la fin des temps, mais, à son seul mot, elle pinça les lèvres.
Après un bref silence, le jeune homme se caressa le menton, pensif.
« Je le sens. La Progenitrice est ici. Nous sommes venus accueillir celle qui sera notre commencement et notre fin. Pourtant, la route qu’elle va emprunter est encombrée. »
Une épée massive à la lame rouge sang. Une chevelure cramoisie, flamboyante. Un visage pâle et froid, en contraste avec cette couleur ardente.
Il existait bon nombre d’humains présentant ces caractéristiques. Mais si l’on se limitait aux vampires, leur nombre diminuait drastiquement.
Et si ce vampire était un Ancien, une seule personne venait à l’esprit de tous.
À peine son nom s’était-il imposé dans les pensées de chacun qu’il parvint lui aussi à une conclusion.
« Alors, ne devrions-nous pas nous débarrasser d’eux ? »
Le premier Ancien créé par la Progenitrice. Le duc du Duché du Brouillard. Le Chevalier de sang. La Montagne de cadavres.
Le Duc écarlate Valdamir.
Trois nobles vampires étaient venus ici, des créatures terrifiantes qui considéraient les humains comme des proies et que tous les humains auraient dû craindre et haïr. L’un d’eux était même le Duc du Sang écarlate.
Les Gardiens du Tonnerre n’étaient pas les seuls à se crisper : le Seigneur du Tonnerre aussi se tendit. Qui aurait pu garder son calme face à un monstre immortel que le monde entier avait tenté de tuer, sans jamais y parvenir ?
Tandis que cette peur, ancrée dans les esprits, flottait dans l’air, Lungken gratta le sol et s’exclama, ravi :
« Alors, on se débarrasse de toute cette racaille, Valdamir… ! »
« Commençons par négocier. Rien ne justifie de refuser la méthode la plus simple. »
« Grr… »
D’une seule phrase, Valdamir contint Lungken. Il désigna directement le Seigneur du Tonnerre et prit la parole.
« Cette route. Allez-vous la dégager, ou voulez-vous que je m’en charge ? »
Un léger sourire flottait sur les lèvres de Valdamir, comme s’il connaissait déjà la réponse et cherchait à mettre le Seigneur du Tonnerre à l’épreuve.
Il était devenu duc du Duché du Brouillard, où la Progenitrice était vénérée comme la déesse de leur race. Qu’est-ce que cela exigeait ? De la force ? De l’autorité ? De la sagesse ? Des talents politiques ?
Tout cela à la fois.
Le Duc écarlate Valdamir ne venait qu’après une seule personne, et dominait des dizaines de milliers d’autres. Bien que les Anciens ne fussent pas fondamentalement différents les uns des autres, tous le reconnaissaient comme leur représentant incontesté. Il avait les capacités nécessaires pour gouverner une nation, et lui seul était digne d’accueillir la Progenitrice lorsque l’heure viendrait.
Le Seigneur du Tonnerre comprit. Quel que soit le prétexte qu’elle invoquerait, cet être terrifiant avait déjà percé son jeu à jour. Il ne lui restait qu’à combattre.
… Si le Duc du Sang écarlate n’avait pas eu l’intention de se battre, il ne se serait pas déplacé en personne. Quel vampire, malvenu partout, se présenterait lui-même dans une autre cité ?
« Pourquoi des vampires qui devraient se trouver dans le Duché sont-ils ici… ! »
« Mais il fait encore jour ! »
Le Seigneur du Tonnerre leva la main. Les Gardiens du Tonnerre, déconcertés, se turent et attendirent les ordres de leur seigneur.
« N’ayez pas peur. Ce sont des Anciens du Duché. J’ignore pourquoi ils ont fait tout ce chemin sans même nous prévenir, mais il s’agit clairement d’une invasion. Ils en ont après notre cité et ses habitants. »
Valdamir posa son épée sur son épaule et observa la scène en silence. Il n’avait pas l’air de vouloir intervenir avant que le Seigneur du Tonnerre ait fini de parler.
Le Seigneur du Tonnerre hésita un instant. Était-il vraiment juste d’ordonner une attaque contre un fléau apparu sans prévenir ? Son doute ne dura pas.
De toute façon, la défaite signifierait la fin. On ne pouvait attendre ni morale ni dignité des vampires du Duché du Brouillard, qui traitaient les humains comme du bétail. S’incliner devant eux leur sauverait peut-être la vie, mais survivre comme des boîtes-repas ambulantes dans un brouillard jamais effleuré par le moindre rayon de soleil serait une tragédie pire que la mort.
Leur foi n’était pas erronée. Les vampires devaient disparaître. Ces créatures terrifiantes n’auraient pas dû exister en ce monde, et le Seigneur du Tonnerre devait leur tenir tête pour protéger sa cité.
« Le Seigneur du Tonnerre ordonne aux protecteurs de la cité : repoussez-les tous ! Ne laissez pas ces chauves-souris qui nous prennent pour du bétail s’implanter dans notre cité ! »
Les Gardiens du Tonnerre répondirent d’une seule clameur. Ils se mirent en marche pour éliminer un ennemi plus redoutable encore. Ils n’étaient que trois, mais tous trois étaient des adversaires redoutables.
Les Anciens s’exclamèrent comme s’ils n’attendaient que ça.
« Bien ! Voilà qui est mieux ! À nous le combat… ! »
« Hueee ! La foudre leur a frappé le crâne ? Je crois qu’ils ont enfin perdu la tête ! Ils disent qu’ils vont nous éliminer ! Nous ! Regardez-moi ces bêtes qui aboient ! »
Lungken se rua aussitôt en avant, tandis que Cabilah ramassait sa poupée. Derrière eux, alors que leurs instincts meurtriers s’éveillaient, Valdamir se caressa le menton et marmonna :
« On dirait que l’ange veut nous arrêter avant que nous accueillions la Progenitrice. Au moins, les informations étaient exactes. La Progenitrice est bien ici. »
Les vampires ne devaient pas rencontrer la Progenitrice. Tyrkanzyaka, la Progenitrice, était leur déesse et leur cœur. S’ils s’unissaient, ils dépasseraient leurs limites et deviendraient capables de tout. Claudia se trouvait sous le soleil, les vampires ne pouvaient donc pas l’envahir. Pourtant, ceux que protégeait l’obscurité de la Progenitrice avaient autrefois marché jusqu’aux portes mêmes du Sanctuaire.
Mieux valait les vaincre séparément. Le Seigneur du Tonnerre avait tiré cette conclusion, et Valdamir la devina aussitôt en soulevant l’épée à deux mains de son épaule.
« Les anges font toujours des dégâts et ne les réparent jamais eux-mêmes. Je suppose que je n’ai pas le choix, je vais devoir le faire à leur place. »
* * *
Mon ventre, transpercé, me faisait mal. Hilde m’avait soigné, mais réparer mon corps ne signifiait pas qu’il retrouvait son état normal après avoir été abîmé. Est-ce que j’étais en bonne santé simplement parce qu’on avait rafistolé à la va-vite le sang que j’avais perdu et mes organes écrasés ? Autant dire qu’un tour de terrain ne demandait aucun effort puisqu’on finissait à l’endroit d’où l’on était parti.
Pourtant, je n’avais pas encore repris mes esprits.
Ma conversation avec Frang, le Voleur de foudre, n’avait même pas commencé.
« Non. Je ne le ferai pas. »
Des nuages recouvraient une crête en pente, où le tonnerre grondait au loin. L’herbe basse y poussait en abondance, et un homme faisait voler un cerf-volant.
Le cerf-volant était grand, soigneusement plié comme une lettre adressée au ciel. Une fine toile tendue sur une armature métallique prenait le vent et s’élevait en biais. Retenu par une ficelle, il montait haut dans le ciel. On aurait dit qu’il était libre, porté par le vent comme un oiseau.
Un vent annonciateur de pluie et de foudre soufflait avec violence vers le cerf-volant qui dansait dans le ciel dégagé. Tandis que les brins d’herbe ployaient pour lui échapper, le Voleur de foudre resserra sa prise sur la ficelle.
« Roi de l’Humanité. Savez-vous ce qui arrive quand la ficelle d’un cerf-volant se rompt ? »
Il était mort, mais parlait avec désinvolture à quelqu’un qu’il venait à peine de rencontrer. Quel malotru.
Pourtant, moi, le Roi de l’Humanité, qui respectais tous les humains de la même façon, je lui répondis poliment :
« Il s’écrase au sol ou s’envole très loin dans le ciel. »
« Exact. On dirait qu’il vole librement dans le ciel, mais c’est parce que je l’ai attaché ici et que je le maîtrise avec cette ficelle. Si je le lâche, si je le maîtrise mal ou si la ficelle se rompt, il s’écrasera. Il se brisera complètement et ne volera plus jamais. »
Une rafale soudaine souffla. Jugeant le vent, le Voleur de foudre relâcha rapidement un peu de ficelle pour lui donner du mou. La rafale emporta le cerf-volant, qui s’éleva en gardant un équilibre merveilleux.
« C’est pareil pour les humains. Nous avons besoin de quelque chose qui nous retienne. Nous ne devons pas oublier d’où viennent nos racines ni quelles valeurs nous ne devons pas perdre. Et la seule chose en ce monde qui puisse nous en empêcher, c’est… »
« La foi ? »
« … Oui. »
Le Voleur de foudre eut l’air quelque peu contrarié que je lui aie soufflé sa réplique. Il grommela d’un ton irrité :
« À ma mort, mon cadavre devait devenir une relique sacrée, tandis que mon artefact devait être conservé en lieu sûr, là où personne ne pourrait le trouver. Mes exploits seraient enjolivés pour devenir le récit du Voleur de foudre, puis transmis comme une légende du Sanctuaire. C’était un honneur, alors j’ai accepté. Après avoir achevé mon travail à Claudia, je me suis rendu de mon plein gré au Sanctuaire. »
« Mais c’est bien votre relique, n’est-ce pas ? »
« … Tch. J’ignorais que le stupide cerf-volant que j’avais envoyé dans les airs deviendrait l’objet auquel je tenais le plus. Je voulais seulement envoyer le Dieu du Tonnerre dans le ciel. »
Des gouttes glacées commencèrent à se mêler au vent violent. Les petites gouttes de pluie qui annonçaient l’orage tombèrent peu à peu en plus grand nombre. Ballotté par le vent et la pluie, le cerf-volant oscilla, mal assuré.
« Je voulais seulement instaurer l’ordre grâce à l’alchimie. Je voulais seulement utiliser la foudre là-bas pour aider les pitoyables Petits États, qui avaient tout perdu. Pourtant, moi, un sage, je suis devenu un Dieu démoniaque ? Il aurait suffi que je sois un peu meilleur que les autres pour le devenir ? Tch. Si je pouvais revenir à l’époque d’avant ma transformation en Dieu démoniaque, je m’en dissuaderais. »
« Pourquoi ? »
« Tu n’as pas besoin de le savoir. »
« Dis-le-moi. Si tu es aussi grand que tu le prétends, tu arriveras peut-être à me convaincre. »
« Ce n’est pas quelque chose qu’on peut régler en persuadant l’autre. C’est une divergence de point de vue et de convictions. »
Le Voleur de foudre se retourna et commença à enrouler la ficelle, comme s’il n’avait plus rien à dire. Même mort, il demeurait aussi pieux qu’un fidèle.
Mais depuis quand les morts pouvaient-ils parler aux vivants en les prenant de haut ?
« À quoi bon un point de vue que personne d’autre ne peut comprendre ? Quelle noblesse y a-t-il dans une conviction que tu ne peux transmettre à personne ? Si tu comptes tout emporter dans ta tombe, alors deviens un cadavre pour de bon. Arrête de faire traîner les choses à moitié. »
La main du Voleur de foudre s’immobilisa sur la ficelle. Je m’approchai de lui par-derrière en poursuivant :
« À un moment donné, les convictions et la foi ne sont plus devenues que des outils pour se justifier. Tout en répétant, dans le vide, qu’on agissait pour l’humanité. »
Tap, tap-tap. La pluie s’intensifia. Le vent violent la chassait en biais, et elle nous fouettait le visage, lui comme moi. Le cerf-volant pris dans l’orage se balançait pitoyablement.
« Je suis le Roi de l’Humanité. Alors dis-moi : as-tu vraiment agi pour les humains ? Contrairement à quelqu’un d’autre, j’écouterai n’importe quel souhait, à condition qu’il vienne d’un humain. »
La foudre frappa tout près. Elle se rapprochait. Bientôt, les éclairs atteindraient cette zone. Celui qui cherchait un endroit où frapper ne manquerait pas le repère qui s’élevait du sol.
Comme s’il avait aperçu son propre avenir, le cerf-volant trembla dans le ciel et tira sur le Voleur de foudre. La ficelle lui entailla la chair.
Pourtant, le Voleur de foudre ne la lâcha pas. Il ramena lentement la ficelle vers lui et répondit :
« C’était pour préserver la pureté de l’humanité. Si nous avions laissé les habitants des Petits États tels qu’ils étaient, ils auraient donné naissance à une nouvelle race, comme les vampires. »
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