Chapitre 387
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 387 : La foudre ne tombe pas du ciel — 10
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Au beau milieu de son combat acharné contre Shei, la Progenitrice Tyrkanzyaka ressentit quelque chose de désagréable.
Ce n’était pas à cause de Shei, qui se trouvait devant elle. C’était une sensation irritante, comme de légères piqûres d’aiguille sur sa peau. Il y avait fort à parier que quelqu’un, dans les environs, était entré en contact avec un dieu. Une Sainte Vierge, ou un membre du Corps de l’Épée sacrée à son service.
Tyrkanzyaka cessa d’attaquer et se tourna sur le côté. Elle ne remarqua pas le rocher qui fonçait sur elle et fut frappée de plein fouet, au point d’être écrasée. Pourtant, elle fixa la Cascade de Nuages comme si cet impact ne signifiait rien.
« … C’est… »
« Concentre-toi ! »
Furieuse de voir son adversaire se désintéresser soudainement du combat, la régresseuse hurla de rage. Mais Tyrkanzyaka avait déjà détourné son attention de Shei.
« Même un combat obéit à un ordre. Écarte-toi. Je dois d’abord me rendre quelque part. »
« C’est toi qui as lancé ce combat, et maintenant tu te défiles ? Tu essaies de t’enfuir ? »
« Pense ce que tu veux. »
Il ne faisait aucun doute que Shei était liée au Sanctuaire. Comme Hilde l’avait dit, il était peut-être une Sainte Vierge ou, au moins, un membre du Corps de l’Épée sacrée. D’un point de vue rationnel, c’était la bonne réponse.
Pourtant, Tyr pouvait passer outre ce fait. Jusqu’à présent, Shei n’avait ni fait usage de pouvoir sacré ni vu l’avenir. S’il avait montré le moindre signe de l’un ou de l’autre, la Progenitrice Tyrkanzyaka l’aurait remarqué aussitôt et l’aurait attaqué. Autrement dit, si Shei ne le révélait pas, Tyr ne l’attaquerait peut-être pas.
Contrairement à Shei, dont le sort dépendait de l’humeur de Tyr, la sensation désagréable qu’elle éprouvait à présent était bien réelle. L’écœurant parfum d’une Sainte Vierge flottait dans l’air, dense et puissant. Tyrkanzyaka se détourna, comme si Shei ne l’intéressait plus.
« Si tu le souhaites, je m’occuperai de toi une fois ceci terminé. Pour l’instant… »
Un regard lointain, comme s’il dominait l’humanité entière, transperça la Progenitrice. Cette sensation désagréable. Ces yeux la considéraient comme s’ils comprenaient toute sa rage, ses blessures et son angoisse, et déclaraient que cela aussi n’était que le destin.
Il n’y avait plus de place au doute. C’était une Sainte Vierge. L’ennemie jurée de la Progenitrice.
La Progenitrice enragée aiguisait tous ses sens. Quiconque oserait s’approcher d’elle avec insouciance serait réduit à une poignée de sang. Bien sûr, aucun humain n’aurait dû avoir l’audace d’approcher une Progenitrice furieuse.
« Cette servante a répondu à l’appel et est venue. »
Mais qu’en était-il si telle était la volonté de Dieu ?
Une bourrasque sembla souffler, puis un poing s’abattit sur le visage de Tyrkanzyaka.
Le corps de Tyrkanzyaka s’envola comme une balle. Près de dix secondes s’écoulèrent avant qu’il ne touche le sol, à plusieurs dizaines de mètres de là. Elle roula en raclant le sol et ne s’arrêta qu’après avoir heurté le rempart extérieur de Claudia.
La Progenitrice, terreur de l’humanité, avait été vaincue. Ce petit poing couvert de bandages venait d’accomplir un exploit écrasant. Reconnaissant celle qui le portait, Shei murmura :
« Peruel ? »
Peruel, la Vierge d’Acier. Le capuchon rabattu sur le visage, elle regarda Shei et hocha légèrement la tête.
« Celui qui s’oppose au grand ennemi. Ceci aussi pourrait être une indication du destin. »
« Quoi ? Pourquoi es-tu ici ? »
« Inutile de demander pourquoi. Si cette servante se trouve ici, c’est qu’elle doit y accomplir quelque chose. Il va de soi que je comprendrai en temps voulu à quoi je dois servir. »
Shei connaissait Peruel. Au fil de ses régressions, elle avait rencontré d’innombrables Saintes Vierges. Elle n’avait jamais eu de contact direct avec l’humaine nommée Peruel, la Vierge d’Acier.
Et pourtant, elle avait appris à la connaître bien mieux que cela.
Shei cessa de l’interroger. Elle savait qui était Peruel, et quelle sorte d’être elle était.
« Une servante du Dieu céleste ose se montrer devant moiiii ! »
Aussi, lorsque Tyrkanzyaka surgit des ténèbres et attaqua Peruel, Shei ne s’inquiéta pas pour la jeune fille qui allait subir la fureur de la Progenitrice…
Mais pour Tyrkanzyaka, qui l’avait attaquée.
« Si mourir est vraiment ton souhait, je vais l’exaucer ! »
Les griffes de Tyrkanzyaka, capables de déchirer même l’acier, s’abattirent sur Peruel. Avant même d’avoir obtenu son cœur, la Progenitrice aurait porté une attaque redoutable ; mais à présent qu’elle l’avait obtenu, sa force dépassait de loin celle qu’elle possédait auparavant.
Il y avait pourtant une personne contre laquelle elle aurait été bien plus efficace avant d’obtenir son cœur.
La Vierge d’Acier.
Peruel ne bougea pas. Elle n’essaya ni d’esquiver le coup de Tyrkanzyaka ni de le bloquer. Les yeux grands ouverts, elle observa calmement les griffes qui fonçaient vers elle.
Bientôt, un corps humain fut écrasé.
Le bras de Tyrkanzyaka se brisa, incapable de résister à sa propre force. Debout, indemne, au milieu du sang qui éclaboussait les alentours, la Vierge d’Acier serra son poing bandé et murmura :
« Il n’est pas encore temps pour cette servante de mourir. Cet avenir n’est pas encore arrivé. »
L’avenir que voyait la Vierge d’Acier différait quelque peu de celui des autres Saintes Vierges. Tandis que celles-ci observaient tout ce qui se passait dans le monde et ajustaient le destin, Peruel observait son propre avenir : où se trouverait son corps, ce qu’elle ferait.
Les créatures pitoyables et fragiles pouvaient recevoir des révélations sans parvenir à agir. Elles doutaient, puis doutaient encore, craignant que leur foi ne les conduise à la mort, jusqu’à finir par l’abandonner.
Mais Peruel, bénie par la Première Sainte Vierge, était différente.
Tout ce qu’elle voyait, croyait et faisait relevait de la volonté de Dieu.
L’avenir déjà tracé la protégeait.
La Vierge d’Acier lança de nouveau son poing.
L’avenir observé par la Vierge d’Acier se réaliserait quels que soient les obstacles. Peu importait que la Progenitrice se tienne sur son chemin ou qu’une montagne s’y dresse.
Son poing traita Tyrkanzyaka comme si elle n’existait pas. Celui de la Sainte Vierge perça l’espace. Il repoussa les choses grotesques qui osaient occuper le passage où elle était destinée à avancer, et le présent rattrapa l’avenir déjà tracé.
Le bras de Tyrkanzyaka vola en éclats. Son corps ne put supporter la puissance de Peruel ni la force de son propre coup qui s’abattait sur lui, et se brisa en morceaux. L’impact secoua le corps de Tyrkanzyaka et la projeta une nouvelle fois au loin.
Vaincre deux fois la Progenitrice était un exploit qui aurait stupéfié n’importe quel autre humain. Pour Peruel, pourtant, c’était tout naturel.
« Dans un combat de force brute, cette servante ne sera pas vaincue. Progenitrice, j’ignore quel changement vous a affectée, mais si cette servante a été envoyée ici, c’est aussi une indication. »
Inébranlable, car rien ne pouvait l’arrêter.
Invincible, car nul ne pouvait s’opposer à elle.
Celle qui accomplissait la volonté de Dieu sur terre était la plus puissante du Sanctuaire.
… Mais.
« C’est tout ce que tu sais faire, encaisser ?! »
Le corps qui avait été réduit en morceaux remonta le temps. Le sang prit forme et les morceaux de chair éparpillés reprirent leur place. Son bras droit et sa poitrine avaient disparu, jusqu’aux os, et pourtant tout revint comme si rien n’avait jamais été brisé.
Elle ne mourrait pas. L’immortalité d’un vampire ne tenait pas à sa résistance, mais à sa régénération. Même réduit en morceaux un instant, il retrouvait son état d’origine.
Pour vaincre un vampire, il fallait recourir à certains sorts mis au point au fil des siècles, mais la plupart ne fonctionnaient pas sur la Progenitrice.
Les ténèbres enflèrent autour de la Progenitrice. Elles étaient destinées à soustraire le monde au regard du Dieu céleste. Elles n’avaient aucun effet sur Peruel, qui s’observait elle-même, mais cette puissance n’en demeurait pas moins irritante. Les yeux impassibles, Peruel fit face à la Progenitrice.
« Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez pas blesser cette servante… Même s’il vous faudra sans doute toute la journée pour le comprendre. »
« Toute la journée ?! Tu manques de patience. Je pourrais continuer comme ça pendant dix ans ! »
Tyrkanzyaka cria sans la moindre hésitation, puis engloutit Peruel dans les ténèbres. Leur combat disparut dans un lieu invisible à tous.
[La Progenitrice est banale et démodée. Incapable d’endurer mille ans, elle s’est changée en phénomène.]
Insulter les vampires sans crier gare était monnaie courante chez tous ceux qui croyaient un tant soit peu en Dieu. Hilde acquiesça, en partie d’accord.
« Vu son âge, on ne peut pas lui en vouloir~. »
[Il suffit de la pousser un peu pour qu’elle agisse exactement comme tu le souhaites. Elle lutte pour échapper au destin, mais c’est lui qui se joue d’elle.]
« Pff. C’est vrai. Elle ne servait jamais à rien quand ça comptait. Encore une perte de temps~ ? Je le savais. Il n’y a personne pour nous soutenir ? »
[Bien sûr que personne ne viendra te soutenir.]
La Seigneur du Tonnerre claqua des doigts. La foudre jaillit et le tonnerre gronda. Ceux qui reconnurent le signal à travers le brouillard accoururent aussitôt.
« Seigneur du Tonnerre. »
Trop de temps s’était écoulé. Assez pour que la ville, plongée dans la confusion, rassemble ses forces et vienne chercher la Seigneur du Tonnerre.
Les Gardiens du Tonnerre ne considéraient plus la situation comme un simple accident. Ils rassemblaient des troupes en prévision d’un combat et cherchaient leur commandante.
La force militaire de Claudia, chargée de protéger la paix de la ville, s’approcha d’un pas ferme après avoir aperçu le signal de la Seigneur du Tonnerre.
La Seigneur du Tonnerre s’adressa à eux.
[L’évacuation est-elle terminée ?]
« Oui. Les pratiquants escortent les citoyens vers la sortie. La plupart des Gardiens se rassemblent ici… S’agit-il d’une attaque ennemie ? »
La Seigneur du Tonnerre acquiesça à la question des Gardiens.
[Oui. Remplissez votre devoir.]
« Alors, nous nous préparerons au combat. »
À cet ordre, les Gardiens du Tonnerre libérèrent leur foudre d’un seul mouvement.
Chacun d’eux était inférieur à la Seigneur du Tonnerre, mais ils maniaient la puissance du tonnerre de façon semblable. La foudre se rassembla autour de leurs bras et de leurs armes.
L’un des Gardiens brandit une longue lance au-dessus de sa tête. Crac. Un petit éclair jaillit dans le ciel. Ce signal discret réveilla l’immense appareil qui faisait fonctionner la ville.
Le Moulin du Tonnerre. Cette roue à eau alimentée par la foudre, qui faisait tourner la ville, devint une arme destinée à vaincre ses ennemis.
Boum, boum, boum. D’énormes pieux de fer tombèrent du ciel. La foudre courut le long des pieux enfoncés profondément dans la terre détrempée.
La puissance puisée aux quatre coins de la ville s’était concentrée en un seul endroit. Aucun individu ne pouvait espérer surmonter un tel écart de puissance. Hilde siffla en sentant l’énergie électrique monter sous ses pieds.
« Ouh là~. Donc, vous voulez nous éliminer pour garder toute cette puissance incroyable pour vous, c’est ça ? »
[Tu es plongée dans le péché au-delà de toute mesure. Ce n’est pas une puissance, mais une malédiction. Même une malédiction passe pour une puissance aux yeux d’une apostate, apparemment.]
« Pourtant, tu as l’air en pleine forme pour quelqu’un qui subit une malédiction~. »
[C’est grâce à la protection de Dieu.]
Enveloppée par la foudre puisée aux quatre coins de la ville, la Seigneur du Tonnerre ressemblait désormais plus à un ange qu’à une humaine. Ses ailes déployées mesuraient plus de dix mètres et, avec les éclairs qui l’entouraient, sa silhouette était trop imposante pour qu’on puisse l’embrasser du regard. La foudre qui l’enveloppait était si puissante que ses pieds ne touchaient plus le sol.
C’était la plus grande puissance que pouvait manier l’humaine connue sous le nom de Seigneur du Tonnerre. Même Hilde ne pouvait surmonter cette puissance, protégée qu’elle était par le destin. Faisant tournoyer deux Épées sacrées, Hilde dit :
« Tu es sûre que tu peux te permettre de m’affronter ? Le Seigneur du Vert-de-gris est là. »
Le regard de la Seigneur du Tonnerre se tourna brièvement vers Perru. Le détenteur de la Cloche d’or se cachait, le visage blême, derrière un mur de fortune en acier, aux côtés du Dieu du Tonnerre.
Même sans la Cloche d’or, la simple existence de Perru suffisait à rendre sa puissance terrifiante. La Seigneur du Tonnerre, qui connaissait les secrets des États inférieurs, le comprenait mieux que quiconque.
La puissance du Vert-de-gris… pouvait réduire même les humains en poussière. Les êtres vivants résistaient quelque peu à la puissance du Vert-de-gris, mais cette résistance ne signifiait rien pour les citoyens des États inférieurs, dont le corps renfermait des matériaux alchimiques. Si Perru le désirait, elle pouvait tuer tous les Gardiens du Tonnerre en un instant. Elle pouvait les réduire en poussière, sans même laisser de cadavres, et souiller leur vie comme leur âme.
Perru aurait dû être du côté des États inférieurs. Mais il fallait croire qu’elle avait fait un autre choix.
[Si sa foi dans la valeur dont elle parle est sincère, elle n’emploiera pas ce pouvoir contre des humains. Ce serait détruire cette valeur.]
La Seigneur du Tonnerre ordonna plutôt calmement à ses troupes d’avancer.
[Allez-y. Évitez autant que possible d’attaquer le Seigneur du Vert-de-gris.]
Clac. Clac. La Seigneur du Tonnerre s’avança en tête, suivie de ses troupes qui dégageaient une aura meurtrière. Perru avait érigé autant de murs qu’elle le pouvait, mais ils finiraient par tomber.
« Ah… Tant pis~. Je suppose que je vais devoir livrer un combat en solitaire~. »
À ces mots, Hilde lança soudain une Épée sacrée. Le poignard fila comme les dents d’un peigne, droit vers la tête de la Seigneur du Tonnerre. Celle-ci l’évita sans peine en inclinant la tête vers l’arrière. L’arme ne transperça qu’une image rémanente faite de foudre.
Elle aurait pu la dévier, mais rien ne justifiait de prendre de plein fouet une Épée sacrée dont elle ignorait les capacités. Du coin de l’œil, la Seigneur du Tonnerre suivit l’arme qui s’évanouissait au loin, puis marmonna :
[Aujourd’hui, je vais en finir ici.]
« Hmm~. Combattre en groupe, c’est plutôt lâche, non ? À ce rythme… »
Hilde jeta un coup d’œil à Perru. La situation aurait été différente si Perru avait été prête à s’en prendre même aux humains, mais ce n’était pas son intention.
Peu importait. Perru n’avait jamais été celle à laquelle Hilde pensait.
« Alors, je n’ai pas à culpabiliser ! Je croyais que nous étions les seuls à nous battre de façon déloyale ! »
[Nous ?]
« Je ne me suis pas contentée de ne rien faire, tu sais~ ! »
Le grondement des pas des Gardiens du Tonnerre fut noyé par un son bien plus sinistre et inquiétant, qui approchait de très loin. Pas depuis Claudia, mais depuis la direction opposée.
Il venait de la Cascade de Nuages.
Au-delà de la Chaîne de Brume, vivaient des vampires.
Ce jour-là, l’humanité allait s’en souvenir une fois de plus.
Notes :
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