Chapitre 385
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 385 : La foudre ne tombait pas du ciel - 8
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Peut-être m’étais-je trompé depuis le tout début.
Claudia était une cité de nuages. Les nuages dévalaient les pentes comme des cascades, et la foudre s’abattait comme la pluie. Au lieu de lait et de miel, des courants lugubres et malsains traversaient cette terre hostile. À moins d’être un vampire né pour haïr la lumière du soleil, rien ne justifiait qu’on s’y aventurât.
Autrefois, lorsque Tyr avait conduit les vampires par-delà la montagne, ce n’était pas une cité, mais simplement un village montagnard au paysage naturel insolite. Bien entendu, peu de gens y vivaient. Les bêtes craignaient la foudre.
Elle tenait toutefois les tigres à distance, ce qui permettait au village d’exister. C’était peut-être une chance. Si les attaques des tigres s’étaient ajoutées aux malheurs de cette terre déjà misérable, personne n’aurait pu y survivre.
Quoi qu’il en soit, la régresseuse avait affirmé que la peur avait transformé la foudre en Dieu du Tonnerre, et tout le monde semblait partager cette croyance.
C’était probablement faux.
En réalité, le Dieu du Tonnerre avertissait les gens de l’approche de la foudre, rendant moins dangereux les éclairs soudains qui s’abattaient du ciel et emportaient des vies et des biens. Les gens avaient fini par considérer le Dieu du Tonnerre comme une présence familière.
« … Une alarme météo ? »
« Oui. Je crois que nous avons peut-être mal compris le Dieu du Tonnerre. Ce n’était pas un être qui faisait tomber la foudre… Il apparaissait les jours où elle allait s’abattre, pour prévenir les gens. »
Un géant qui grondait comme le tonnerre et lançait la foudre sur le sol. Il semblait juste d’appeler dieu une créature aussi puissante et sacrée. Mais si l’on faisait abstraction de tout le reste pour ne considérer que ses actes…
Ce n’était que de la foudre, non ? Elle s’accompagnait naturellement de coups de tonnerre et frappait le sol de toutes parts.
« À voir dans quel état il est, il devait s’agir d’une création artificielle. D’autres dieux ont aussi été façonnés par les humains, mais le Dieu du Tonnerre, lui, a été créé au sens propre du terme. »
« … Un dieu ? »
« Et il était plus utile aux humains que tous les autres dieux. Perru, le Dieu du Tonnerre apparaissait-il toujours les jours d’orage ? »
« … Maintenant que j’y pense, il était toujours là les jours où la foudre tombait. »
« Est-ce qu’il est déjà arrivé que la foudre s’abatte sans que le Dieu du Tonnerre apparaisse ? »
À ma question, Perru fouilla dans ses souvenirs, puis secoua la tête.
« … Non. Je crois que la foudre ne tombait presque jamais avant que l’avertissement retentisse… À moins que le tonnerre ne vienne de loin. »
« La foudre est un phénomène entièrement naturel, pas vrai ? Si le Dieu du Tonnerre avait vraiment été un dieu capricieux, elle serait tombée même les jours où il n’apparaissait pas. Comme ça n’arrivait jamais, le Dieu du Tonnerre était bel et bien une alarme. Et une très efficace, avec ça. »
On disait que le Dieu du Tonnerre venait punir les humains qui avaient volé la foudre, mais en réalité, c’était un outil créé par les humains pour détecter sa venue à l’avance.
Perru marmonna, stupéfaite par cette vérité inattendue :
« … Qui a bien pu fabriquer une chose pareille ? »
« C’est écrit ici. Frang, le Voleur de foudre. Quel nom grandiloquent. La signature laisse penser que Frang ne cherchait pas à dissimuler son identité. »
« … Je n’en ai jamais entendu parler. »
« C’est pour ça que son identité n’est pas le plus important. »
Le savoir s’était de toute façon répandu parmi les humains. Le savoir lui-même n’était pas un secret. Ce qui pouvait vraiment passer pour un secret, c’était…
« L’identité de celui qui l’a cachée. À ce stade, c’est bien plus important. Celui qui l’a dissimulée doit en savoir beaucoup sur la chose qu’il a cachée. »
« … Tu sais de qui il s’agit ? »
« Je n’en sais pas plus que toi, Perru. Mais je sais autre chose. Quand quelque chose d’évidemment artificiel se produit, il suffit de se demander qui en a tiré le plus grand bénéfice. »
Je connaissais déjà la réponse, mais je poursuivis la conversation comme si ce n’était pas le cas, pour Perru.
« Tu connais l’histoire du Voleur de foudre, pas vrai ? »
« … Oui. »
En tant qu’habitante des Petits États, Perru ne pouvait ignorer la légende du Voleur de foudre et du Dieu du Tonnerre.
Il existait quantité de contes sur le vol d’or et de trésors à un géant vivant dans un palais somptueux. Pourtant, seul le récit du Voleur de foudre avait vu un géant fait d’éclairs descendre réellement des nuages pour se venger. La fiction ne pouvait pas rivaliser avec la réalité. Seule l’histoire du Voleur de foudre, née à Claudia, avait survécu et s’était répandue à travers le monde.
« Mais le Dieu du Tonnerre était en réalité un avertisseur de foudre, et le Voleur de foudre, son créateur. Cette vérité a été habilement déformée en se greffant à un conte déjà connu. Il n’y a qu’un seul être qui en ait tiré profit. »
« … Qui ? »
« Le Dieu céleste. »
Je m’y étais attendu. Pourquoi le Dieu céleste aurait-il exposé une pièce aussi précieuse que le Seigneur du Tonnerre juste pour m’attaquer ? Il devait bien y avoir une raison.
« Lorsque le Voleur de foudre vola la foudre, le Dieu du Tonnerre reçut la permission du Dieu céleste et punit les humains sur terre pour avoir dérobé ses possessions. Le Voleur de foudre lui donna du fil à retordre à plusieurs reprises, mais finit par se faire prendre, se repentit et rendit la foudre. La suite varie selon les versions. Certaines racontent que le Dieu du Tonnerre pardonna à l’humanité, d’autres qu’il brûlait de rage, mais retourna au-delà du ciel quand le Dieu céleste lui ordonna de rentrer. »
Après un instant de réflexion, Perru demanda : « … En quoi est-ce bénéfique ? »
« Bien sûr que ça l’est. Le Dieu céleste a gagné un subordonné sans lever le petit doigt. Comment cela pourrait-il ne pas lui profiter ? »
« … Quoi ? »
Alors que Perru, décontenancée par cette réponse inattendue, restait bouche bée, je m’efforçai de soulever une côte du Dieu du Tonnerre et regardai à l’intérieur. Je m’attendais à y découvrir un mécanisme complexe, mais je me trompais. Son intérieur était presque vide. Un petit dispositif s’y trouvait, mais il n’en occupait qu’une infime partie. Je m’étais demandé pourquoi il tombait si lentement. Comme un ballon, il était volumineux, mais pesait à peine quelque chose.
Le Dieu du Tonnerre n’était-il vraiment qu’une alarme ? Pourtant, je sentais quelque chose…
La véritable relique qui renfermait un indice sur le Dieu démoniaque, c’était…
Ça.
« La foudre ne tombait pas du ciel. »
Si c’était aussi grand, il devait bien y avoir une raison. Je passai derrière le corps creux du Dieu du Tonnerre. Une fois restauré, il n’était guère plus qu’une armature. S’il avait quelque chose qu’on pouvait appeler une peau, c’était la large pièce de tissu attachée à son dos.
« On l’envoyait du sol vers le ciel. À l’origine, la foudre n’appartenait pas au ciel. »
C’était un cerf-volant.
Un jouet qui cherchait à s’élever dans le ciel grâce au vent, retenu par une ficelle. Un cerf-volant dont la ficelle avait été coupée était fixé au corps du Dieu du Tonnerre. Il était déchiré et usé, mais l’autorité du Seigneur de l’Or l’avait restauré, et sa forme comme sa fonction restaient parfaitement reconnaissables.
Le Dieu du Tonnerre avait été lancé depuis le sol vers le ciel, chargé de la mission essentielle d’avertir les gens de l’arrivée de la foudre.
« … Le Dieu du Tonnerre était un outil destiné à protéger Claudia… »
« Ce n’était probablement pas le seul. La plupart des choses qui composent Claudia sont sans doute des outils utiles comme le Dieu du Tonnerre. »
« … Pourquoi le Seigneur du Tonnerre a-t-il voulu se débarrasser du Dieu du Tonnerre ? »
« Qui sait ? Peut-être parce qu’une alarme n’était plus nécessaire ? »
Je répondis d’un ton désinvolte, mais Perru hocha la tête, convaincue.
« … C’est vrai. Après la construction des tours paratonnerres et l’installation des Moulins du Tonnerre à Claudia, le Dieu du Tonnerre n’avait plus rien d’effrayant. »
« Alors, tout s’explique. Jusqu’ici, les gens craignaient et vénéraient le Dieu du Tonnerre, donc on pouvait le laisser tranquille. Mais dès qu’ils cesseraient de le craindre, leur vénération pour le Dieu céleste s’estomperait elle aussi. Elle a donc dû vouloir s’en débarrasser maintenant. »
« … Le Seigneur du Tonnerre savait tout ça ? »
« Je ne sais pas tout, mais elle n’était probablement pas au courant. »
Le Seigneur du Tonnerre elle-même l’ignorait. Pourtant, de ses valeurs à son autorité, elle avait été observée par la Sainte Vierge. Même si elle prenait une décision rationnelle, elle finirait par agir dans le sens des intérêts du Sanctuaire.
« Quoi qu’il en soit, c’est aussi une relique du Dieu démoniaque. Donc, même si le Seigneur du Tonnerre ne le savait pas, quelqu’un devait être au courant. »
Cette relique ne portait pas les traces de ressentiment qui s’étaient accumulées chez le Seigneur de l’Or ou la Grande Maîtresse juste avant leur mort. Frang était peut-être mort en paix. Tous les dieux démoniaques n’étaient pas morts avec des regrets.
Mais cela restait une relique. Les traces qu’un Dieu démoniaque avait laissées dans le monde demeuraient.
« La fiction reflète toujours un peu la réalité. La foudre que le Voleur de foudre aurait rendue doit désigner ceci. Sinon, rien ne justifierait qu’on dise qu’il l’a rendue. »
« … Tu veux l’emporter ? »
« Ça dépendra des circonstances. Mais la regarder me suffirait. Je ne suis pas attiré par les biens matériels. »
« … ? »
Ne me regarde pas avec autant de suspicion. Qui était moins matérialiste que moi ? Si j’avais voulu de l’argent, j’aurais pu flatter un noble et vivre dans le luxe.
Je voulais seulement rattraper l’humanité. Suivre la trace qu’elle avait laissée loin devant moi, tandis que j’avais perdu mes pouvoirs.
Bon. Qu’est-ce que le Sanctuaire avait pris la peine de renvoyer au ciel pour le cacher ? Alors que je tendais la main vers la relique, le cœur battant à tout rompre…
Pendant un instant, le monde sembla s’arrêter.
Indépendamment de ma lecture des pensées, l’instinct bestial qui sommeillait en moi perçut le danger et prit le contrôle de mes sens. Dans ce monde étiré à l’infini, une présence immense et acérée enfla dans mon dos.
« Je t’avais pourtant clairement averti. »
La lumière jaillit.
Je n’eus pas le temps de réagir. Même si j’en avais eu le temps, je n’aurais pas pu réagir. Ma vue était brouillée par la brume, il y avait peu de monde autour de moi et Perru, affaiblie, était moins attentive que moi. Personne dont j’aurais pu lire les pensées à l’avance.
Et pourtant… c’était trop meurtrier.
Je baissai la tête. Je vis une lame acérée. La garde était introuvable. Seule la lame apparaissait : elle entrait dans mon abdomen et en ressortait de l’autre côté.
Hein. Elle ne m’était pas apparue dans ma lecture des pensées.
La douleur m’embrasa. J’avais l’impression que l’intérieur de mon corps avait été écorché au papier de verre, puis qu’on m’avait fourré les débris dans la bouche. Le goût du sang m’envahit.
J’eus beau agripper la lame, elle ne bougea pas. Ma paume seule fut entaillée, le sang ruisselant le long de ma main. Au milieu de cette douleur atroce, je tournai la tête.
Le Seigneur du Tonnerre se tenait là, me fixant de ses yeux vides.
Un anneau de courants électriques flottait au-dessus de sa tête, tandis que des ailes de foudre frémissaient dans son dos. Le Seigneur du Tonnerre, métamorphosé en ange, enfonça la lame plus profondément.
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