Chapitre 378
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 378 : La foudre ne tombe pas du ciel - 3
──────
Le mur, transformé en cartes, voltigea jusqu’au sol et dévoila une pièce étroite et sombre.
La chambre secrète du premier Seigneur du Tonnerre ne contenait qu’une petite bibliothèque et le bureau qui y était accolé. Les étagères débordaient de livres de toutes sortes, dont l’état usé laissait penser qu’on les avait souvent sortis et lus. Sur le bureau, un unique carnet était éclairé par une lampe à foudre.
Un carnet qui renfermait les secrets du Seigneur du Tonnerre. J’en avais déjà saisi une partie en lisant ses pensées, mais je n’avais découvert que le carnet tel qu’elle le comprenait. Chacun assimilait les informations à travers le prisme de ses connaissances. Pour connaître la vérité, je devais voir le carnet de mes propres yeux.
Quel secret le premier Seigneur du Tonnerre avait-il gardé ? Si mes suppositions étaient justes…
Je tournai la première page.
- Un aujourd’hui semblable à celui d’hier garantit les lendemains à venir.
Ils n’avaient même pas essayé de le cacher. C’était donc bien ça.
Le premier Seigneur du Tonnerre. Le Sanctuaire avait créé Claudia.
- Le Seigneur de l’Or a remodelé le monde créé par le Créateur. À cause de ce Dieu démoniaque maudit, le monde a perdu sa solidité. Une chose peut devenir autre chose, et la promesse de fer qui liait toute chose n’est plus qu’un bout de papier. Aujourd’hui ne peut pas être semblable à hier. Les changements irréversibles provoqués par ce Dieu démoniaque transformeront les humains en autre chose.
- Pourtant, l’actuel Seigneur de l’Or, aussi terrifiant soit-il, est un monstre qui a perdu la raison. Si nous nous tenons sur cette colline, veillons sur elle et empêchons les changements qu’il provoque, nous pourrons encore tenir bon.
- Nous rétablirons l’ordre perdu.
Tenir bon, l’ordre… C’était manifestement le Sanctuaire. Le Seigneur du Tonnerre ne devait pas s’en être rendu compte, car il n’y avait aucun endroit dans les environs où étudier la théologie.
Je claquai la langue et tournai la page.
Les pages suivantes détaillaient les moyens de distinguer le faux or du Seigneur de l’Or, les limites de l’alchimie et les techniques à manier avec prudence.
- Est-ce que ça crée vraiment de la nourriture ? Et les bénédictions du Dieu céleste et de la Terre Mère ?
À un moment donné, l’auteur s’était particulièrement intéressé aux cultures engendrées par le Seigneur de l’Or. Après des exclamations de stupeur griffonnées à la hâte, venaient des découvertes rédigées d’une main un peu plus posée.
- Les cultures créées par le Seigneur de l’Or sont contre nature. Si les humains en mangent, elles provoquent de graves problèmes. Plus le corps est jeune et peu développé, plus ces problèmes sont sérieux.
- Quel soulagement. Non, c’était évident, en fait. Des cultures grossièrement imitées par l’alchimie ne pouvaient pas être saines.
Ensuite, l’auteur nota avec enthousiasme une découverte après l’autre, puis ses entrées se firent peu à peu plus courtes. À la fin, une petite note avait été ajoutée.
- D’après les recherches de Frang, plus les cultures du Seigneur de l’Or fermentent ou se transforment, moins elles ont d’effets secondaires. Si la famine ne nous laisse pas le choix… Ce n’est pas recommandé, mais ne les consommez qu’après les avoir transformées autant que possible.
- Méfiez-vous des homoncules. Cette terre ne doit pas devenir comme le duché situé au-delà des montagnes.
Le carnet détaillait aussi les méthodes de transformation des aliments, ainsi que les moyens de récolter et d’éliminer la nourriture du Seigneur de l’Or. La personne qui le suivait partout, récoltait toutes ses cultures d’un coup et les transformait était clairement le modèle du Seigneur de la Suppression.
Peut-être mécontent d’avoir dû composer avec la réalité, l’auteur ne mentionna presque plus les cultures par la suite. Son intérêt semblait s’être porté ailleurs.
- L’alchimie est certes dangereuse, mais bien utilisée, elle est efficace. La possibilité de travailler l’acier à sa guise a considérablement réduit les installations et les ressources nécessaires à la métallurgie. En particulier, réduire à un instant la durée des essais et des erreurs a allégé le fardeau des sages.
- Le sage Frang a plaidé pour une utilisation active de l’alchimie. Puisqu’elle a déjà été révélée au monde, il est impossible de la dissimuler. Je suis d’accord, mais nous devons toujours faire preuve de prudence lorsque nous manions un tel pouvoir.
- Si l’alchimie peut transformer l’imagination en réalité, peut-être peut-elle aussi donner vie à nos idéaux.
Le Sanctuaire ne rejetait pas seulement le Dieu démoniaque. Il craignait les changements irréversibles qui bouleverseraient l’ordre établi, mais personne n’était plus avide que lui d’utiliser le pouvoir du Dieu démoniaque. Il avait rassemblé davantage de ce pouvoir que quiconque au monde et en avait fait le meilleur usage.
Ainsi, les élus du destin développèrent peu à peu Claudia.
Une alarme signalant l’imminence d’un éclair. Des tours à foudre pour l’éviter et le bloquer. Des roues à foudre qui permettaient aux humains d’utiliser son pouvoir. Des inventions expliquant comment exploiter cette puissance et en faire profiter l’humanité. Les idées qui constituaient désormais Claudia étaient consignées les unes après les autres.
Et tandis que Claudia poursuivait son brillant essor, sous la bénédiction du Sanctuaire tournée vers l’avenir…
- Frang. Je t’avais pourtant prévenu tant de fois. Pourquoi ?
Je trouvai une phrase unique, empreinte d’un sombre désespoir.
Le sage Frang. La personne la plus souvent mentionnée dans ce carnet, et l’ingénieur qui avait posé les fondations de Claudia. Frang avait sans doute été un sage envoyé pour aider le propriétaire du carnet… Alors pourquoi cette phrase avait-elle été laissée là ?
- Peut-être est-ce mieux ainsi. La foudre appartenait au Dieu céleste depuis le début. Si elle devait apparaître un jour ou l’autre…
- Il y a simplement une chose de plus à protéger. Je deviendrai le Seigneur du Tonnerre et je garderai la foudre.
Après cela, le carnet mentionnait nettement moins les gens et les technologies. Le reste n’était qu’une simple chronologie.
Je n’y trouvai pas d’autres renseignements. Tss. S’il s’était agi d’un être humain, j’aurais pu lire ses pensées sans problème, mais je n’étais pas le roi des carnets.
Une chose restait pourtant certaine.
Comme d’innombrables autres dieux, le Dieu du Tonnerre était devenu une partie du Dieu céleste. Ce n’était peut-être pas le cas à l’origine, mais ça l’était désormais. Comme les anciennes croyances reléguées au rang de mythes et de contes, il se dissoudrait dans le ciel et deviendrait un serviteur qui ferait briller le Dieu céleste.
Tout ça parce que le Sanctuaire avait volé la foudre.
Je feuilletai les pages jusqu’à la dernière. Rien d’autre ne méritait d’être relevé. Tout en bas de la dernière page, une ultime phrase avait été ajoutée.
- …Il faut un successeur. Un être puissant et exceptionnel qui protégera tous ces secrets de génération en génération.
Je méditais ces mots quand la porte du sous-sol s’ouvrit brusquement. La gardienne de la ville, qui venait de faire voler la porte de fer d’un coup de foudre, me lança un regard où perçait une colère contenue.
« Je ne me souviens pas t’avoir autorisé à venir ici. Qu’est-ce que tu fais là ? »
Tss. Elle avait réagi vite, comme je m’y attendais. Je me retournai à la hâte.
« C’est pour ça que je me suis introduit en douce. Comment as-tu su qu’il fallait venir ici ? La chasse au Dieu du Tonnerre bat son plein dehors. Tu n’avais aucun moyen de l’apprendre. »
« J’avais l’impression que des insectes me rongeaient de l’intérieur. C’était si irritant, si désagréable, que je suis venue vérifier… Je n’aurais jamais imaginé qu’un voleur profiterait de cette occasion pour s’introduire ici. »
Non, la chasse au Dieu du Tonnerre battait son plein dehors ! Elle avait tout laissé tomber parce qu’elle avait l’impression d’avoir des insectes sous la peau ? Elle aurait dû prendre son mal en patience et s’en occuper plus tard !
Inutile de la supplier. Cela confirmait quelque chose.
Objectivement comme subjectivement, le Seigneur du Tonnerre n’aurait pas dû pouvoir venir me chercher. Le combat entre le Dieu du Tonnerre et la régresseuse se déroulait juste au-dessus de nos têtes. Comment aurait-elle pu prêter la moindre attention à cet endroit ? Elle n’avait ni le temps de s’en préoccuper, ni la moindre raison d’imaginer qu’on puisse tenter une chose pareille.
Et pourtant, le Seigneur du Tonnerre m’avait retrouvé très vite dans une situation impossible.
Une simple coïncidence ? Un instinct animal ?
Ce genre de choses n’arrivait pas aussi commodément, ni à moi ni à personne d’autre. Si je misais tout après avoir reçu la meilleure main possible et que mon adversaire posait aussitôt un joker, ce n’était pas une malchance qui ne frappait qu’une fois dans une vie. Quelqu’un m’avait piégé. Croyez-en un professionnel.
Ce n’était pas de l’instinct. C’était une révélation.
Comme un prêtre qui recevait l’appel de la Sainte Vierge, ou un officier des transmissions qui recevait un message. Quelqu’un lui avait dit de venir ici. Autrement, l’incohérence de ses pensées n’avait aucune explication !
Quoi qu’il en soit, j’avais été pris la main dans le sac. Inutile de nier maintenant.
« Seigneur du Tonnerre. J’ai appris une vérité. »
Le Seigneur du Tonnerre l’écarta aussitôt.
« Une vérité obtenue par des moyens malhonnêtes n’a aucune légitimité. »
« Ça reste la vérité, non ? Tu pourrais au moins m’écouter jusqu’au bout. »
J’allais essayer de m’en sortir par la parole, mais le Seigneur du Tonnerre, qui semblait prêt à me tuer, ne montrait aucun signe de vouloir m’écouter. Elle s’avança lentement, son hostilité manifeste. Avant qu’elle ne puisse m’atteindre, toutefois, un petit obstacle se dressa sur son chemin.
« S-Seigneur du Tonnerre… »
Jeri, effondrée par terre, agrippa le bas du vêtement du Seigneur du Tonnerre et se mit à sangloter.
« C-cet homme dit du mal de toi. Il dit que le Seigneur du Tonnerre fait souffrir les enfants. »
Le Seigneur du Tonnerre s’arrêta. Incapable d’ignorer la petite main accrochée à ses vêtements, elle se tourna vers Jeri et la réconforta.
« Jeri. Ne l’écoute pas. Nous n’avons rien fait de mal. »
« C-c’est vrai ? Il mentait, hein ? »
« Ça… »
« Je ne mentais pas, si ? Seigneur du Tonnerre, tu aurais pu sauver ces enfants. »
Profitant de l’ouverture créée par Jeri, je lui décochai les paroles les plus acérées dont je disposais, droit dans son point faible. Une fissure apparut sur le visage du Seigneur du Tonnerre, qui semblait trop parfait pour être égratigné.
« Les handicaps dans les États mineurs sont dus à la nourriture créée par le Seigneur de l’Or, qui se mélange au corps des gens. À mesure que leur corps grandit, il se déforme ou s’abîme. Tu le sais, puisque tu cultives de la nourriture dans les tours à foudre, n’est-ce pas ? »
Si j’avais dû décider si le Seigneur du Tonnerre était bon ou mauvais, la réponse aurait été évidente : elle était bonne. Son sens du devoir et tout ce qu’elle faisait étaient au service de la ville. Elle n’avait sans doute aucune mauvaise intention. Même le fait de prendre soin de ces enfants partait d’un bon sentiment.
« Mais tu sais que si le problème vient du mélange, il suffit de ne pas les mélanger. »
Elle avait le cœur plein de bonnes intentions, mais en suivant ce qui était écrit dans le carnet, elle avait fini par tout fausser profondément.
« Quelqu’un a délibérément rassemblé au même endroit des jeunes mariés et des enfants des États mineurs, puis leur a fourni de la nourriture. Voilà pourquoi les handicaps n’ont jamais cessé dans les États mineurs. »
Les autres l’ignoraient peut-être. Mais le Seigneur du Tonnerre de Claudia le savait. Elle était à la fois bénéficiaire et coupable.
Lorsque deux éléments provoquaient des handicaps en se mélangeant, ils finissaient naturellement par se séparer en deux groupes qui ne se mêlaient plus. C’était logique.
Mais parce que quelqu’un les avait mélangés artificiellement, l’ombre qui recouvrait les États mineurs y persistait encore des siècles plus tard.
« Les humains peuvent tout faire. Mais est-ce vraiment le résultat que tu voulais ? Transmettre aux générations futures la malédiction qui pèse sur les États mineurs ? »
« Tais-toi. »
« Ce n’est pas ce que tu voulais, n’est-ce pas ? Sinon, tu n’aurais aucune raison de prendre toi-même soin de ces enfants. »
Les pleurs des enfants s’amplifièrent peu à peu. L’ombre du désastre s’étendait sur les États mineurs. Le Seigneur du Tonnerre, qui avait laissé la situation perdurer tout en protégeant ceux qui en souffraient, me foudroya du regard comme si j’étais son ennemi. Sous ce regard plein de ressentiment, je lui posai une question.
« Ne te méprends pas. Je n’essaie pas de t’accuser ni de te condamner. Je veux seulement te demander ce que tu penses vraiment. Est-ce que tu aimes ce qui est écrit dans ce carnet ? »
« Nous n’avons rien fait de mal. Ce carnet appartenait au premier Seigneur du Tonnerre, qui a créé l’ordre de Claudia. Claudia a prospéré grâce à ses efforts. »
« Tu le crois vraiment ? Même si les tragédies des États mineurs se sont poursuivies sous l’ordre instauré par ce carnet ? »
« Ce problème existe à cause du Seigneur de l’Or. Il ne relève pas de la responsabilité des anciens Seigneurs du Tonnerre ni de Claudia. »
« D’accord, admettons que ce soit vrai. Je n’ai pas l’intention de jouer à un jeu puéril où l’on se renvoie la faute. En vérité, tous les problèmes ont commencé parce que le Seigneur de l’Or existe. Alors pourquoi ne peux-tu pas être fière de toi ? Pourquoi as-tu caché au fond de la terre des enfants qui hurlaient de douleur ? »
Pour les soustraire aux regards ? Ça n’avait aucun sens. Tout le monde savait que, parmi les enfants nés dans les États mineurs, un tiers mourait, un tiers naissait avec un handicap, et seul le dernier tiers semblait en bonne santé. Avoir un enfant dans les États mineurs revenait à prendre part à un pari extrêmement risqué.
Claudia, où tant de mères et d’enfants comme eux se rassemblaient, ne pouvait que compter nombre d’enfants morts ou handicapés. Au contraire, tout le monde aurait soutenu et loué le Seigneur du Tonnerre pour avoir pris soin d’eux tous.
« N’est-ce pas simplement parce que tu veux détourner les yeux ? Dans ce cas, peux-tu vraiment dire que tu es fière de toi ? »
Il y avait pourtant une personne qui connaissait la vérité : le Seigneur du Tonnerre de Claudia, qui voulait enfouir sous terre la culpabilité d’avoir contribué aux souffrances des États mineurs. Parce qu’elle n’en était pas fière, pas du tout.
Des ombres assombrirent le visage du Seigneur du Tonnerre. Incapable de supporter la souffrance de celle qu’elle respectait, Jeri se releva d’un bond et s’écria avec véhémence :
« Ne dis pas de mal du Seigneur du Tonnerre ! Le Seigneur du Tonnerre nous protège… Seigneur du Tonnerre ? »
Sans un mot, le Seigneur du Tonnerre lâcha la main de Jeri. Jeri était une stagiaire de la foudre qui avait autrefois beaucoup ressemblé au Seigneur du Tonnerre, mais qui avait changé parce qu’elle n’avait pas été choisie. Le Seigneur du Tonnerre fixa l’enfant et se perdit un instant dans ses pensées.
« Je fais partie des élus. Jusqu’ici, j’ai utilisé mon pouvoir pour protéger Claudia, comme le dit le carnet. Mais il est certain que… des enfants souffrent aussi à Claudia. Comme il l’a dit, prétendre que je n’ai jamais trouvé quelque chose d’anormal serait mentir. »
C’était exactement ce qu’elle pensait. Je lus ses pensées grâce à mon pouvoir de lecture des pensées.
En tant que personne, le Seigneur du Tonnerre plaignait les enfants qui souffraient et essayait de les protéger. C’était la façon de penser d’une personne arrogante, mais indéniablement bonne.
« Mais personne ne peut vivre exactement comme il le souhaite. »
Pourtant, une autre pensée surgit dans un recoin du cœur du Seigneur du Tonnerre.
Les pensées qui se déversaient comme un torrent ne contenaient aucune détresse humaine. Elle était la dirigeante de Claudia, la gardienne des États mineurs et l’une de celles qui recevaient les révélations du Sanctuaire. Elle avait d’innombrables tâches à accomplir, et les devoirs qui pesaient sur ses épaules étaient bien trop lourds. Claudia tremblait au moindre de ses mots et de ses gestes. Cette responsabilité, qu’aucun être humain ordinaire n’aurait pu supporter, avait fait d’elle une femme de fer.
« Pour préserver un aujourd’hui semblable à celui d’hier, cet ordre doit être maintenu. S’il cause de la souffrance, alors c’est le péché originel que doivent porter ceux qui naissent sur cette terre. »
Jetant son angoisse de côté, le Seigneur du Tonnerre parla avec une détermination inébranlable.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>