Chapitre 377
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 377 : La foudre ne tombait pas du ciel - 2
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Souterrain voulait dire exactement ça : sous la terre. Sous une couche de terre, des choses qui ne pouvaient se montrer fièrement à la lumière retenaient leur souffle, tapies dans l’ombre. On avait tendance à enterrer ce qui ne devait jamais voir le soleil, ce qu’on ne voulait pas exposer, ce qui n’avait pas besoin de prendre l’air.
La Tour Paratonnerre ne faisait pas exception. Même une structure qui canalisait la puissance de la foudre jusque dans la terre avait des choses qu’elle ne voulait pas laisser voir.
L’entrée souterraine était fermée par une épaisse porte de fer. Par acquis de conscience, je la poussai doucement, mais elle ne bougea pas.
Normal. Ce serait embêtant qu’une chose cachée surgisse tout à coup, ou que quelqu’un vienne la chercher.
Je ne voyais aucune serrure. Ce sous-sol, auquel seuls le Seigneur du Tonnerre et ses gardiens de la foudre avaient accès, était conçu pour ne s’ouvrir que lorsqu’on y canalisait la puissance de la foudre. J’avais beau être un voleur de talent, tant que je restais un humain ordinaire, impossible d’ouvrir cette porte…
Du moins, pas avant ma rencontre avec le Seigneur de l’Or.
Huit de pique.
J’appuyai la carte contre la porte. Elle s’y fixa dans un claquement sec.
L’Arcane innée du Dieu démoniaque avait élargi les horizons du savoir humain. Les choses que l’on avait prises pour des dieux. Les grands principes que la nature suivait comme allant de soi. L’humanité s’était rapprochée de cette connaissance.
Tout comme on taillait des branches pour en faire des lances et qu’on fêlait des pierres pour en tirer des haches, ceux qui comprenaient ces principes pouvaient diviser leur puissance et l’utiliser. Les adeptes de la Terre Mère pratiquaient la magie de la terre, les druides maniaient la puissance de la nature et les alchimistes se servaient de l’alchimie comme d’un outil.
Mais cela restait de simples outils. Face au mystère lui-même, ils étaient pitoyablement insignifiants. On avait beau tailler le bois avec soin, pouvait-on connaître la sagesse inscrite dans ses cernes ? On avait beau broyer la roche avec finesse, pouvait-on comprendre la valeur des gemmes affinées par la terre ? Le véritable mystère se dissimulait derrière l’utilité pratique.
Cette idole existait pour rappeler les mystères oubliés.
Je fis glisser la carte sur le côté. Je l’avais simplement appuyée contre la porte ; une fois déplacée, la porte d’acier aurait donc dû rester exactement comme avant. C’était ce que le bon sens nous dictait.
Pourtant, quand je la déplaçai…
À l’endroit qu’elle avait touché, une autre carte était apparue. Elle adhérait à la porte comme si elle y avait été incrustée.
« Ça me donne vraiment l’impression d’être magicien. »
Inutile de faire de la magie si personne ne regardait. Ce n’était pas un tour. La partie qui touchait la carte était bel et bien devenue une carte.
La croyance fantaisiste des anciens alchimistes était vraie. À l’origine, toutes choses ne formaient qu’une seule et même substance ; ainsi, si l’on franchissait la barrière de l’existence, une matière pouvait se transformer en une autre. Tout pouvait potentiellement devenir de l’or et, de la même façon, de la ferraille.
… Malheureusement, transformer les choses en fer semblait plus facile que de les transformer en or.
« Ta-da… Ah, ça m’épuise. Faire de la magie sans public, c’est tellement triste. »
En maugréant, je retirai la carte collée au mur. Derrière se trouvait un autre Huit de pique identique. Je le décollai du bout des doigts et découvris une nouvelle carte en dessous.
Cling.
Des cartes en fer fin tombèrent comme une pluie. Quand j’eus retiré jusqu’à la dernière, mes doigts ne rencontrèrent plus que le vide. En baissant les yeux, je vis d’innombrables cartes éparpillées par terre, assez pour correspondre à l’épaisseur de la porte.
« J’ai l’impression que mon pouvoir se spécialise de plus en plus dans le vol. C’est pratique, cela dit. »
Je passai le bras à l’intérieur, déverrouillai le loquet et poussai la porte de fer. La résistance qui m’avait semblé insurmontable disparut, et la porte s’ouvrit sans peine.
« Toc, toc, toc. J’entre~. »
Derrière la porte de fer s’étirait un court couloir sombre. Une autre porte se dressait à l’autre bout, et elle avait l’air plus facile à ouvrir que la première. Par précaution, avant d’aller plus loin, j’y lançai l’une des cartes que j’avais créées.
Crac.
Une étincelle électrique jaillit. La carte rebondit une fois sur place, puis se plaqua au sol du couloir au lieu de rouler plus loin. C’était clairement anormal.
« Comme prévu, la foudre circule ici. Je ne peux pas baisser ma garde. »
S’il s’était agi d’une personne, j’aurais pu lire ses pensées à l’avance et m’en occuper. En maugréant, je sortis le Dix de pique. Je l’insérai dans mon terminal vivant comme on glisse un vêtement dans un paquet, puis avançai.
Je ressentis un léger picotement, qui s’estompa vite. Devant la terre, même l’éclair fugitif de la foudre devait finir par s’évanouir. Le courant suivit l’Avatar Aki jusque dans mon Dix de pique, puis disparut.
Après avoir traversé le couloir, je poussai la deuxième porte. Elle était nettement plus légère que l’épaisse porte d’acier. Quand elle s’ouvrit, ce que Claudia avait voulu dissimuler m’apparut.
D’innombrables lits étaient alignés en rangées bien ordonnées. Séparés par des cloisons et bien plus petits que des lits ordinaires, ils donnaient à la pièce un air exigu. Plusieurs appareils suspendus au-dessus d’eux, totalement incongrus, rendaient l’atmosphère encore plus étouffante.
Et puis, il y avait les pleurs.
Les cris perçants des nouveau-nés, impossibles à ne pas trouver agaçants, me vrillaient les oreilles.
Le vacarme tourbillonnait furieusement. Des pensées plus primaires que celles des bêtes, celles d’enfants incapables de former un langage clair, inondaient mon esprit. Des pensées confuses qui pouvaient traduire de la douleur, un manque ou un simple mécontentement. Je pouvais les lire, mais pas les comprendre. Ils ne savaient même pas ce qu’ils ressentaient. Ils ne l’avaient pas encore appris.
Ce n’était pas facile. J’avais l’impression que j’allais régresser jusqu’à la petite enfance.
« Euh, heu ? Vous ne pouvez pas entrer ici ! »
« Tous les autres stagiaires de la foudre sont dehors en ce moment… ! »
À cet instant, l’enfant que j’avais aperçue auparavant au sommet de la Tour Paratonnerre me remarqua et accourut. Une stagiaire de la foudre, c’était ça ? Elle n’était encore qu’une enfant, pas même devenue gardienne, mais c’était la plus âgée ici.
« Salut. Tu es Jeri, c’est ça ? »
« O-oui, bonjour… Mais comment êtes-vous entré ici ? On ne peut pas s’approcher si on ne maîtrise pas la puissance de la foudre ! »
« Ah bon ? J’ai senti des chatouillements, alors j’imagine que c’était la puissance de la foudre. »
« V-vous avez forcé le passage ? Alors… vous êtes un intrus ? »
Jeri leva prudemment un bras. Même faible, la puissance de la foudre tourbillonnait autour.
J’avais beau être un humain ordinaire, j’étais quand même un adulte en bonne santé. Casser le bras d’une enfant ne serait pas plus difficile que de casser le bras d’une enfant. Bien sûr, comme j’étais un humain ordinaire, je n’allais pas m’en prendre à elle.
« Tu sais que je suis l’invité du Seigneur du Tonnerre. Je me suis perdu. »
« Mais comment êtes-vous arrivé ici si vous étiez perdu… ? »
« Si j’avais trouvé le bon chemin, je serais allé là où j’étais censé aller. Je suis arrivé ici parce que je me suis perdu. »
« C’est vrai… ? »
Elle avait gobé ça. Quoi qu’il en soit, pendant que Jeri baissait un peu sa garde, je regardai autour de moi et demandai :
« Au fait, on est bien à l’intérieur de la Tour Paratonnerre ? On m’a dit qu’ils chassaient le Dieu du Tonnerre là-haut. Vous ne devriez pas évacuer ? »
« Ça va. Nous sommes en sécurité à l’intérieur de la Tour Paratonnerre. »
« Ah, c’est pour ça que ces enfants ne sont pas chez eux et sont ici à la place ? Ils seront à l’abri si la foudre frappe ? »
« Ces enfants sont… »
Jeri hésita, ne sachant pas si elle devait le dire. Ce n’était pas confidentiel, mais ce n’était pas non plus quelque chose dont elle parlait ouvertement. Après un instant de réflexion, elle estima qu’il valait mieux m’expliquer que de me laisser tirer de fausses conclusions, et prit la parole.
« Ce sont des enfants abandonnés. »
« Abandonnés par qui ? Le Seigneur du Tonnerre ? »
« C-ce n’est pas possible ! C’est le Seigneur du Tonnerre qui a recueilli ces enfants ! »
Je compris. Jeri était du genre élève modèle. Avec ce genre de personne, mieux valait avancer volontairement une hypothèse erronée pour la laisser rectifier elle-même que de poser la question directement.
Lire dans les pensées aurait été la solution la plus simple, mais c’était trop le chaos, en ce moment.
« Le Seigneur du Tonnerre s’assure que chaque enfant né dans les Petits États puisse vivre à Claudia ! Mais de sales chacals profitent de cette règle. Ils font des enfants, les poussent en avant et obtiennent le droit de vivre à Claudia, comme si ces enfants étaient des objets ! »
« Ah. Avoir un enfant leur donne le droit de rester à Claudia ? »
« Oui. Après ça, beaucoup vivent comme si l’enfant n’avait rien à voir avec eux. Certains vont même jusqu’à l’abandonner. »
Inutile de l’entraîner davantage. Ses émotions s’embrasèrent et attisèrent ses sentiments. Jeri se mit à tout déballer sans même que je le lui demande.
« … Surtout quand l’enfant est handicapé. »
Je vois. La douleur était-elle l’émotion qui se cachait derrière tous ces pleurs ? Pas étonnant que j’aie eu la tête qui tournait.
Dans les Petits États, quand quelqu’un avait trois enfants, l’un mourait, un autre naissait avec un handicap, et seul le dernier était au moins en bonne santé en apparence. C’était parce que les récoltes créées par le Seigneur de l’Or déséquilibraient le corps lorsqu’on les mélangeait à d’autres récoltes « normales ».
Tous les nouveau-nés rassemblés ici étaient handicapés. J’ignorais si leurs parents les avaient abandonnés après l’avoir appris ou s’ils n’avaient pas eu d’autre choix que de les laisser ici.
« Nous nourrissons ces enfants et prenons soin d’eux… Ceux qui surmontent leur handicap et grandissent en sécurité deviennent des stagiaires de la foudre. Et s’ils surmontent leur handicap, ils acquièrent aussi une certaine résistance à la puissance de la foudre. »
Plus le corps était composé de récoltes du Seigneur de l’Or, plus la foudre le traversait facilement. J’affichai un air compatissant.
« Alors, beaucoup d’enfants meurent. »
« … On n’y peut rien. C’est cruel. Nous ne pouvons qu’espérer que Dieu emmènera ces enfants dans un endroit meilleur… »
Jeri ferma les yeux et joignit les mains, comme si elle avait oublié avoir dit la veille que le Dieu céleste était mauvais.
Face à une tragédie inévitable, les gens ne pouvaient que garder espoir. C’était dans des endroits pareils que la foi prenait racine. Parce qu’ils ne voulaient pas voir leurs espoirs disparaître ainsi. Parce qu’ils voulaient qu’ils mènent quelque part, à un résultat.
La foi s’enracinait inévitablement dans la tragédie. Elle poussait et fleurissait au milieu des décombres laissés par les aspirations humaines, brisées au contact de la réalité.
« C’est faux. »
« Pardon ? »
… Pourtant, parfois — ou plutôt, souvent — la foi créait des tragédies pour survivre.
Créée par les humains, la foi se retournait contre eux et les gouvernait.
« Dieu n’emmènera pas ces enfants dans un endroit meilleur. Jamais. »
« Q-quoi ? »
« C’est Dieu qui les a appelés ici alors que cet endroit ne leur convient même pas. C’est une plaisanterie ? Après les avoir fait mourir dans d’atroces souffrances, qu’est-ce que Dieu est censé faire pour eux, au juste ? »
Les humains pouvaient être gouvernés. Ils étaient des animaux par nature ; lorsqu’une créature supérieure apparaissait, ils se laissaient passer un joug autour du cou et devenaient du bétail.
Mais la foi ne pouvait pas être ce souverain. La foi était un outil et, de même qu’un outil ne pouvait pas saisir un humain pour le faire tournoyer, elle ne le pouvait pas non plus.
« Jeri. D’où viennent ces enfants ? »
« D-d’où… ? Des Petits États… »
« Pourquoi souffrent-ils ? »
« Parce que les récoltes du Seigneur de l’Or les ont rendus handicapés. »
« Qui les a fait venir ici ? »
« Le Seigneur du Tonnerre… »
Comprenant trop tard que je la guidais, Jeri cessa de parler et poussa un cri.
« V-vous essayez d’accuser le Seigneur du Tonnerre, là ! N’est-ce pas ?! »
« Non. Elle ne s’en est probablement pas rendu compte elle-même. Elle fait perdurer ce système sans le vouloir, ou sans même y avoir jamais réfléchi. »
Je le savais parce que j’avais lu ses pensées. Le Seigneur du Tonnerre agissait uniquement par bonté… ou peut-être par devoir. Ce sentiment du devoir, comme celui de Jeri, lui avait été inculqué en grandissant ici.
Quand les gens mangeaient des récoltes directement alchimées par le Seigneur de l’Or et en formaient leur corps, celui-ci devenait plus puissant, mais aussi plus vulnérable aux influences extérieures, un peu comme les homoncules. À moins d’apprendre à maîtriser l’énergie interne ou d’éveiller une Arcane innée, ils devenaient de simples matériaux si le Seigneur de l’Or passait ne serait-ce qu’à proximité.
Ceux qui mangeaient les récoltes produites à Claudia ne différaient pas des humains ordinaires. Pourtant, s’approcher du Seigneur de l’Or restait dangereux. Un Seigneur de l’Or déchaîné représentait un danger pour tout le monde.
Mais si les deux existaient au grand jour, suffisamment en équilibre pour se mêler et errer dans les Petits États, alors la tragédie de ces États se poursuivrait jusqu’à ce que l’un des deux camps disparaisse.
« Une chaîne de cause à effet, manipulée avec soin, est arrivée à un équilibre. Tout cela doit en faire partie. »
« Ah, ah… »
Jeri se couvrit les oreilles et gémit, comme si elle voulait faire semblant de ne pas m’avoir entendu. Mais tandis qu’elle négligeait un instant ses tâches, les nouveau-nés mal à l’aise se mirent à pleurer plus fort. Leurs cris se propagèrent aux autres bébés comme une épidémie. Chez les créatures qui se perpétuaient de génération en génération, les cris de la génération suivante avaient le pouvoir d’appeler la précédente. Ce son discordant, impossible à ne pas trouver agaçant, entraîna tout le monde dans son sillage.
Où pouvait bien se trouver l’enfer, sinon ici ? C’était l’enfer.
« Alors, c’était où déjà ? »
En temps normal, je me serais arrêté là. J’aurais déploré la tragédie inhérente aux Petits États et versé des larmes.
Mais je traversai les rangées de nouveau-nés hurlants et atteignis le mur opposé. Il semblait ne rien y avoir, mais j’avais lu dans les souvenirs du Seigneur du Tonnerre l’existence d’un lieu secret au-delà.
Je sortis le Huit de pique et grattai la rainure entre les murs. Une lueur jaillit un instant, puis le mur se transforma en centaines de cartes qui se dispersèrent. D’innombrables cartes voltigèrent comme des papillons effarouchés, et un espace vide apparut dans le mur éparpillé.
C’était le lieu secret du premier Seigneur du Tonnerre, dont j’avais découvert l’existence dans les souvenirs du Seigneur du Tonnerre.
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