Chapitre 374
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 374 : Qui nous donne notre pain quotidien
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Les chacals terrifiés protestèrent.
« N-Nous tuer ? On ne demande que ce qui nous est dû ! »
« C’était un contrat ! »
Sans leur prêter attention, je m’adressai à Perru.
« Est-ce qu’ils ont servi à quelque chose ? Ils sont seulement forts, au moins ? Tout ce qu’ils avaient pour eux, c’était la promesse du Seigneur de la Suppression, mais il est mort. Qu’ils soient payés ou non, c’est leur problème. En quoi ça nous concerne ? Pourquoi nous ont-ils suivis jusqu’ici, juste pour nous chercher des ennuis ? »
Je repoussai mes cheveux en arrière, comme si j’étais agacé, et les chacals tressaillirent tous devant ce simple geste.
Bien sûr, je n’avais qu’une force ordinaire. Impossible de tous les tuer d’un coup. Mais dans la vie, tout était question d’emprunter la puissance d’un tigre. Comme j’avais été aux côtés de la régresseuse et de Tyr, ces chacals me prenaient pour un monstre de leur acabit.
Avec un grand numéro, je toisai les chacals avec mépris.
« Nous n’avons même pas encore raconté au Seigneur du Tonnerre ce qui s’est passé, et vous faites déjà comme si l’argent vous appartenait. Vous comptez toujours remettre les biens du Seigneur de la Suppression à des gens pareils ? Vous n’avez pas changé d’avis ? »
C’était le coup du bon et du mauvais flic. Je jouerais le méchant qui voulait tous les tuer, tandis que Perru ferait semblant de m’en empêcher. Ainsi, ils lui en seraient reconnaissants. Aucun problème. J’avais l’habitude de passer pour le méchant.
Perru comprit tardivement où je voulais en venir et entra dans le jeu.
« … C’était un contrat. »
« Eh bien, si c’est ce que veut Perru, nous n’y pouvons rien. Mais s’ils entravent notre travail, nous nous en chargerons nous-mêmes. Je me fiche du sort des biens du Seigneur de la Suppression, mais s’ils nous ralentissent, je risque d’avoir envie de les tuer jusqu’au dernier. »
« … Je m’en occuperai. »
« C’est vrai. Ce serait plus efficace si Perru s’en chargeait plutôt que moi. Avec vos capacités, il ne resterait même pas un fragment d’os. »
Je continuai de menacer de massacrer tout ce qui vivait dans le monde, rien qu’avec mes paroles, et les chacals effrayés détalèrent. Moins d’une minute leur suffit pour disparaître tous. J’attendis que le dernier se soit volatilisé avant de parler.
« Tu m’es reconnaissante, pas vrai ? »
« … Oui. »
Libérée de sa situation délicate, Perru hocha légèrement la tête. Franchement. Si elle ne voulait pas s’attirer des ennuis, elle n’avait qu’à ne pas s’en mêler au départ.
« Pourquoi avoir accepté la dernière demande du Seigneur de la Suppression, au juste ? Tu aurais pu faire semblant de ne pas être au courant et partir. »
« … Parce que c’était un contrat. »
« Si ce n’est pas un contrat passé avec moi, tu peux parfois l’ignorer. Tu dois vraiment te nommer gardienne de tout ce qui passe ? Quelle plaie. »
Perru jeta un coup d’œil à la Cloche d’or suspendue à sa taille.
« … Le Seigneur de l’Or me l’a confiée. Si je ne la protège pas, qui le fera ? »
Quelle patriote.
Le Seigneur de l’Or n’était plus et le Seigneur de la Suppression était mort : les États mineurs ne tarderaient pas à sombrer dans un immense chaos. Pour l’instant, l’absence du Seigneur de l’Or ne se remarquait pas, mais c’était uniquement parce qu’une nation était une chose fluide, comme l’eau. Dès qu’une fuite se déclarait, tout le pays finissait par se vider. Le moment venu, tout le monde s’en rendrait compte, qu’il le veuille ou non.
Les États mineurs étaient condamnés.
Mais tout n’était pas encore perdu. Le Seigneur de l’Or avait disparu, mais son héritage demeurait.
« Au fait, qu’est-ce que cette cloche peut faire exactement ? C’est une relique du Seigneur de l’Or, mais je n’ai aucune idée de son pouvoir. »
« … Je ne sais pas. Elle répare les objets cassés, en tout cas. »
Perru tripota la Cloche d’or. Réparer les objets brisés était assurément pratique, mais face au pouvoir du Seigneur de l’Or, capable de créer une nation, c’était pitoyablement faible. Je lui donnai un conseil sincère.
« Tu devrais le découvrir au plus vite. Pour préserver la paix, au moins. »
« Il a raison. »
À cet instant, un éclair déchira le ciel. Avant même que je m’en aperçoive, le Seigneur du Tonnerre se tenait à côté de nous, ses longs cheveux flottant dans les airs. Une lumière persistante scintilla autour d’elle tandis qu’elle s’immobilisait, puis elle toisa Perru avec hauteur.
« … Seigneur du Tonnerre. »
« Quels qu’aient été les traits de caractère du Seigneur de l’Or, son pouvoir était divin : il pouvait changer le monde. Tu dois éveiller la puissance de cette relique, et tu dois aussi devenir plus forte pour la protéger. »
« … Oui. »
« Et pour cela, tu ne peux pas te montrer aussi faible. »
Perru, qui se repliait sur elle-même, tressaillit sous la critique acerbe du Seigneur du Tonnerre. Celle-ci poursuivit sans lui laisser le temps de se ressaisir.
« Ceux qui cherchent le repos se réfugient à l’ombre d’un grand arbre, pas dans un champ de roseaux. S’ils t’ont menacée tout à l’heure, c’est parce que tu leur as paru peu fiable. Ils pensaient que tu pourrais flancher, alors ils ont voulu s’emparer de toi et te secouer. Pour surmonter cela, tu dois faire preuve d’une ferme résolution, quitte à recourir à la force. »
Si Perru utilisait son pouvoir, elle pourrait certainement chasser les chacals. Le problème, c’était que son pouvoir ne servait qu’à détruire. Un seul faux pas, et des parties de leur corps pourraient être réduites en poussière.
C’était pour cela que Perru n’avait jamais envisagé d’utiliser ce pouvoir contre des gens. Elle murmura faiblement :
« … Mais mon pouvoir… »
« C’est le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris, n’est-ce pas ? Pourquoi te comporter comme si tu étais impuissante ? Dans ces États mineurs, où le poison du Seigneur de l’Or s’est répandu dans le corps de chacun, ton pouvoir est plus puissant et plus effrayant que celui de n’importe qui. Pourquoi ne pas t’en servir ? »
Le grand Seigneur du Tonnerre semblait avoir un avis différent. Perru fut profondément choquée à l’idée qu’elle devrait, si nécessaire, réduire même des gens en poussière.
« … Je ne peux pas utiliser le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris contre des gens. »
Perru posa de nouveau la question, se demandant si elle avait mal compris le Seigneur du Tonnerre, mais celle-ci inclina la tête.
« Le Seigneur de l’Or utilisait les habitants des États mineurs comme matériaux, comme s’il récoltait du grain. Que ce soit bien ou mal, cela les a poussés à le vénérer. Si tu comptes devenir la Seigneur d’Or des États mineurs sans le Seigneur de l’Or, tu dois montrer une puissance équivalente pour asseoir ton autorité. »
« … Tu détestais pourtant remplir ton corps des récoltes du Seigneur de l’Or. Pourquoi dire une chose pareille ? »
Perru respectait le Seigneur du Tonnerre et doutait donc de ses véritables intentions.
Claudia était la plus vaste région agricole des États mineurs, une cité qui élevait les enfants nés dans ces États sur cette base. La personne à l’origine de ce système n’était autre que le Seigneur du Tonnerre. Pour les enfants des États mineurs qui devaient continuer à vivre, elle avait créé une nourriture « normale », non contaminée par l’alchimie du Seigneur de l’Or.
Tout le monde savait également que le Seigneur du Tonnerre détestait le Seigneur de l’Or. Perru avait cru qu’elle produisait cette nourriture pour échapper à son emprise.
Pourtant, l’attitude du Seigneur du Tonnerre différait de ce à quoi Perru s’attendait.
« C’est vrai. Je déteste le Seigneur de l’Or. Mais c’est parce qu’il abusait de son pouvoir sans se soumettre à aucune règle ni loi, pas parce que je nie son pouvoir et ses accomplissements. Mon propre corps est fait du pouvoir du Seigneur de l’Or, après tout. »
« … Votre corps ? »
« Oui. Des orteils jusqu’à la pointe de chaque cheveu, tout mon corps est fait de substances alchimiques. C’est pour cela que je peux contenir en moi le pouvoir du tonnerre sans en subir le moindre mal. »
Eh bien, une personne ordinaire ne pouvait pas être frappée par la foudre sans en souffrir. La résistance du Seigneur du Tonnerre venait du fait que son corps tout entier était composé de substances alchimiques.
Toutes les récoltes créées par le Seigneur de l’Or étaient des substances alchimiques, et les corps formés après leur digestion en possédaient les caractéristiques. La particularité des substances alchimiques était leur grande réactivité. Elles résistaient à peine aux influences extérieures. C’était pour cela que les homoncules avaient été vulnérables aux pouvoirs de Tyr et de Perru, alors même qu’ils se proclamaient « parfaits ».
Mais le Seigneur du Tonnerre n’était pas un homoncule. Comme tout le monde, elle avait été conçue dans le ventre de sa mère, mais elle avait grandi en se nourrissant des récoltes du Seigneur de l’Or. Avant sa naissance comme après. On ne lui avait fourni que des récoltes pures du Seigneur de l’Or.
Si les États mineurs comptaient tant de personnes atteintes de handicaps, c’était parce que des substances alchimiques très réactives, mêlées à leur corps, provoquaient un rejet. En revanche, une personne remplie de substances alchimiques pures possédait un corps parfait. Pas de handicap, pas même de petits maux, et un corps d’élue capable de transformer les éclairs en force propre.
Cela signifiait aussi qu’elle était extrêmement vulnérable aux pouvoirs de Perru et du Seigneur de l’Or.
Surprise, Perru s’éloigna du Seigneur du Tonnerre. Ce n’était pas qu’elle en avait peur. Elle craignait plutôt de la blesser accidentellement avec un pouvoir qu’elle utilisait sans le vouloir. Perru ne pouvait pas réduire en poussière le Seigneur du Tonnerre, qu’elle respectait, avec le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris.
Le Seigneur du Tonnerre remarqua aussitôt sa réaction, et des éclairs jaillirent dans ses yeux.
Comment oses-tu t’inquiéter pour moi ?
Quelle personne intéressante. Elle avait accepté avec calme qu’on lui vole ses éclairs, mais s’énervait parce que quelqu’un s’inquiétait pour sa sécurité ?
Pour le dire gentiment, elle était intéressante. Pour le dire franchement, elle était anormale. Je ferais mieux de garder mes distances.
« Si tu t’inquiètes pour moi, tu ferais mieux de te rappeler à qui tu as affaire. Je suis le Seigneur du Tonnerre. Tu crois pouvoir me faire du mal, alors que je maîtrise les branches du Ciel et de la Terre de l’art du qi et que je manie le pouvoir du tonnerre ? »
« … Ah. Je suis désolée. »
« Ne t’excuse pas si facilement ! Haa… Que feras-tu avec si peu d’assurance ? J’aimerais que tu aies ne serait-ce qu’un quart de l’aplomb de ce garçon. »
Le Seigneur du Tonnerre secoua la tête, et Perru se ratatina encore davantage. Après avoir repris son souffle, le Seigneur du Tonnerre reprit :
« Si les gens te méprisent, tu ne pourras rien faire. Fixe des règles et montre-leur ce qui est juste. Fais en sorte qu’ils n’oublient jamais que cette possibilité existe. Punis-les s’ils s’égarent. C’est le devoir de ceux qui se tiennent au-dessus des autres. Les élus comme toi et moi devons agir ainsi. »
« … »
Perru ne parvint pas à répondre, car elle ne pouvait y adhérer de tout son cœur.
Le pouvoir du Seigneur du Tonnerre était le tonnerre qui faisait prospérer Claudia. Elle pouvait l’utiliser autant qu’elle le voulait, il ne s’épuisait jamais et, dans la plupart des cas, il profitait à la cité.
Le pouvoir de Perru, en revanche, détruisait la valeur alchimique. Quelle que soit la façon dont on l’enrobait, plus Perru utilisait ce pouvoir, plus la valeur des États mineurs diminuait.
Peut-être ne parviendraient-elles jamais à se comprendre. Leurs positions étaient trop différentes.
Le silence s’installa. J’eus l’impression que la situation deviendrait encore plus gênante si je restais mêlé à l’affaire sans raison, alors je levai la main.
« Enfin, si vous avez fini de discuter, je peux y aller, maintenant ? »
Le Seigneur du Tonnerre détourna les yeux de Perru et demanda :
« Où vas-tu ? »
« Je voulais jeter un œil à l’intérieur de la Tour Paratonnerre. »
« Le pouvoir du tonnerre circule en permanence dans la Tour Paratonnerre. Si tu t’y promènes sans guide, tu te feras électrocuter à chaque fois. »
… Quelle chance. À l’origine, je comptais m’y faufiler seul, jeter un coup d’œil et ramasser tout ce qui valait la peine d’être pris. J’avais failli me faire électrocuter tout seul, dans un endroit où personne ne m’aurait vu.
Alors que je poussais un soupir de soulagement, le Seigneur du Tonnerre vérifia l’heure et hocha la tête.
« J’ai un peu de temps. Je vais vous faire visiter moi-même. »
« Quoi ? Vous, personnellement, Seigneur du Tonnerre ? Ce n’est pas nécessaire… »
Sans répondre, le Seigneur du Tonnerre prit les devants. Elle ne doutait pas que je la suivrais.
Tss. Si le Seigneur du Tonnerre me surveillait elle-même, je ne pourrais rien prendre. Il faudrait vraiment que je me contente de regarder. Quel échec.
Ruminant mon amertume, je lui emboîtai le pas.
« Voici la Tour Paratonnerre, une construction propre à Claudia. Elle canalise les éclairs qui tombent de la Cascade de Nuages tout en utilisant leur puissance. »
Elle actionna elle-même l’ascenseur et se mit à expliquer sans que personne le lui demande.
« Aux débuts de Claudia, on taillait les montagnes pour en faire des terres agricoles. Le pouvoir du tonnerre venait du ciel. Les terres qu’il bénissait étaient fertiles, et tout y poussait à merveille. Mais à mesure que la cité s’étendait, un problème se posa. Pour agrandir les terres, il fallait s’enfoncer davantage dans les montagnes et, comme tu le sais, les tigres vivent dans les montagnes. »
Argh. Il fallait vraiment qu’elle mentionne cette bête-là, parmi toutes les autres. Je me raidis sans même m’en rendre compte.
Claudia était un lieu singulier, où les nuages et les éclairs dévalaient toute l’année. D’ordinaire, les humains ne pouvaient pas vivre dans les montagnes. Quelle bête pouvait dormir les jambes bien étendues quand les tigres la fixaient de leurs yeux grands ouverts ? À moins d’avoir longtemps vécu en harmonie avec la nature et noué des liens avec elle, il suffisait de couper des arbres et de labourer les champs pour devenir une proie. Après tout, les tigres ne mangeaient pas de céréales.
« Alors, au lieu d’étendre les champs, nous les avons construits vers le haut. »
Le Seigneur du Tonnerre arrêta l’ascenseur et ouvrit les portes en grand. L’intérieur de la Tour Paratonnerre se dévoila d’un seul coup d’œil.
On ne voyait ni murs ni piliers dans la tour. Tout ce qui s’offrait à mes yeux, c’était une immense étendue de terre. Les cultures y poussaient si dru qu’il restait à peine de la place pour poser le pied.
L’eau recueillie à la Cascade de Nuages s’écoulait dans des rigoles et imbibait la terre. La bénédiction du sol levait la tête hors de la terre humide. On disait que l’herbe et les arbres étaient les fruits de l’union du Dieu céleste et de la Terre Mère. La Bible disait que ceux qui portaient cette bénédiction à leurs lèvres devaient toujours rendre grâce pour leur pain quotidien…
Mais pouvait-on vraiment appeler cela la bénédiction du Dieu céleste et de la Terre Mère ?
On faisait venir de la terre, juste assez pour recouvrir les racines. On arrachait une couche de la peau de la Terre Mère et on l’étalait à chaque étage de la Tour Paratonnerre, qui s’élevait vers le ciel.
Le plafond empêchait de voir le ciel. Pourtant, à Claudia, où les nuages et le tonnerre descendaient directement sur la terre, on avait même capturé le ciel dans des sphères de verre suspendues au plafond. On en extrayait uniquement la lumière des éclairs, qu’on emprisonnait dans ces sphères pour éclairer les cultures à la place du soleil.
Un champ artificiel, étage après étage, assemblé à partir de fragments de ciel et de terre. Si l’auteur de la Bible voyait ce spectacle, en serait-il horrifié ou impressionné ?
« Voilà pourquoi Claudia a prospéré. »
Le Seigneur du Tonnerre ne dissimula pas sa fierté.
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