Chapitre 367
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 367 : Partager un héritage a toujours été une affaire grave
──────
Les Petits États avaient perdu le Seigneur de l’Or, leur plus grand mystère. Nul ne savait quel effet papillon cela entraînerait, mais une chose était certaine : les Petits États s’étaient affaiblis.
Le Seigneur de l’Or était aussi le dirigeant spirituel et économique des Petits États. Avec sa disparition, la force centrale qui maintenait la nation unie s’était évanouie. Même s’ils parvenaient à conclure un cessez-le-feu, comme l’avait dit Hilde, il serait difficile de le faire accepter aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
« … Attendez. »
Perru réagit alors. Debout à côté de la régresseuse, il toussa sèchement plusieurs fois, s’essuya la bouche, puis s’adressa à Hilde.
« … J’accepterai un cessez-le-feu. »
« Perru ? En quelle qualité ? »
« … En tant que Seigneur d’Or. »
Hilde parut surprise par cette réponse inattendue.
Le Seigneur d’Or supervisait les Gardiens du Palais doré. Nous n’avions jamais pensé négocier directement avec le Seigneur de l’Or ; dès le départ, nous étions venus pour traiter avec les Gardiens du Palais doré. Elik avait pu donner son avis directement au Seigneur de l’Or. Alors, si Perru était le Seigneur d’Or, il était plus que qualifié.
Le problème, c’était de savoir si ses prétentions avaient le moindre poids.
« Perru, tu es le Seigneur du Vert-de-gris, non ? Du Vert-de-gris à l’Or ? Comme c’est romantique~. »
Hilde sourit, puis baissa la voix.
« Ou, pour le dire autrement, comme c’est irréaliste. Comment veux-tu que je te croie ? Pourquoi Perru, qui a voyagé avec “nous”, serait-il le Seigneur d’Or ? »
« … C’est pourtant la vérité. »
« Même si c’est vrai, le Seigneur de l’Or qui aurait pu le confirmer a disparu. Et s’il n’y a jamais eu de Seigneur de l’Or, qu’est-ce que le titre de Seigneur d’Or signifie, au juste… »
Ding.
La Cloche d’or tinta, comme pour confirmer les paroles de Perru. Bien sûr, ce son ne prouvait rien à lui seul, mais le souvenir du Dieu démoniaque ne se contentait pas de faire du bruit.
Gronde.
L’Arche d’Or se dressa au milieu des décombres.
C’était bien l’Arche d’Or qui avait été « dévorée » et démantelée par le Palais doré. Sa coque avait été transformée en matériau alchimique et intégrée au palais ; Perru n’en avait donc détaché que la Fournaise du Vert-de-gris, qu’il avait emportée à l’intérieur.
C’était du moins ce qui aurait dû se passer.
Pourtant, l’Arche d’Or venait de surgir, exactement telle qu’elle était avant d’être engloutie, et se tenait fièrement sur le sol.
Hilde la contempla comme si l’Arche d’Or venait d’être recrachée tout entière.
« Oh ? Perru, tu es devenu le Seigneur de l’Or au lieu du Seigneur d’Or ? Tu aurais dû me le dire plus tôt, si c’était le cas ! »
« … Ce n’est pas mon pouvoir. Il appartient au souvenir. »
« Donc tu te sers du pouvoir du Seigneur de l’Or ? Dans ce cas, tu es le Seigneur de l’Or, non ? »
« … Avec ce pouvoir, je ne peux que réparer ce qui est brisé. C’est moi qui m’en sers, pas le Seigneur de l’Or. »
Même si un outil renfermait une puissance illimitée, celui qui le maniait avait ses propres limites. Perru ne pouvait pas rivaliser avec le Seigneur de l’Or, qui avait porté les volontés persistantes de Demo et d’Elik.
Comme moi, en somme.
Même le Seigneur de l’Or, bien qu’il fût capable de créer tout ce qui existait au monde, ne pouvait pas embellir une ville, faute d’imagination. Tout le monde avait ses lacunes.
« Merci pour ces explications si aimables~. Hmm, qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? »
Hilde semblait embarrassée.
Même sans preuve irréfutable, il y avait peu de raisons de douter de Perru : le Palais doré s’était effondré après qu’il s’était approché du Seigneur de l’Or. Et le fait qu’il puisse désormais manier le pouvoir de ce dernier rendait la chose encore plus crédible.
Hilde pouvait le croire parce qu’il avait assisté à la scène de ses propres yeux. Pour une nation, c’était une tout autre histoire.
« Perru. Pour représenter une nation, il est plus important que beaucoup de gens te reconnaissent comme leur représentant et te suivent que de revendiquer toi-même ce rôle. L’État militaire n’a pas de roi, mais tout le monde suit la volonté du Haut Commandement. Tu peux bien te proclamer Seigneur d’Or autant que tu veux, qui te croira ? »
« … Le Seigneur de la Suppression est là. »
« Cette personne est morte. Je l’ai vu de mes propres yeux. Elle s’est approchée beaucoup trop près du Seigneur de l’Or en essayant d’attirer son attention. Elle n’avait pas besoin d’aller aussi loin~. »
Perru fut visiblement ébranlé par cette nouvelle inattendue. La Cloche d’or tinta d’une note aiguë et tremblante, comme si elle répondait à son émotion. Après avoir hésité un moment, Perru murmura d’une voix faible :
« … Je vois. Hecto… »
« Ce fut un noble sacrifice. Je ne sais pas si c’est grâce à ça ou non, mais nous avons au moins atteint notre objectif ! Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
Hilde ne mettait pas Perru sous pression simplement parce qu’il aimait se montrer cruel.
Hilde représentait toujours les intérêts de l’État militaire et agissait en toute circonstance pour obtenir le meilleur résultat possible pour celui-ci. Il lui fallait tirer le maximum de l’accord de cessez-le-feu. Pointer les faiblesses de Perru était une manière de prendre l’avantage.
« Un Seigneur d’Or autoproclamé. Quelqu’un qui aurait peut-être même détruit le Seigneur de l’Or de ses propres mains ! Qui te suivrait ? Et même si quelqu’un te suivait, pourrait-il vraiment te faire confiance ? »
… Cela ne voulait pas dire qu’Hilde n’était pas cruel, cela dit.
Tandis qu’Hilde acculait Perru de tous côtés, d’innombrables présences s’approchèrent derrière nous. Je me retournai et aperçus les chacals qui avaient suivi Hecto. Ils arrivaient enfin, scrutant les environs avec prudence.
L’un d’eux, vêtu beaucoup plus élégamment que les autres, s’avança lorsque tous les regards se tournèrent vers lui.
« Seigneur du Vert-de-gris. Je suis Deka, secrétaire du Seigneur de la Suppression. »
C’était l’un des subordonnés d’Hecto que j’avais croisés plusieurs fois en ville. Perru le reconnut et répondit d’un ton grave :
« … Le Seigneur de la Suppression, il… »
« Je sais. Je l’ai vu de mes propres yeux. »
Deka ferma brièvement les yeux, comme pour pleurer la mort du Seigneur qu’il respectait, puis poursuivit :
« Je voudrais pleurer mon seigneur, mais ces chacals ne m’en laissent même pas le temps. À peine Hecto mort, ils sont venus sans vergogne me réclamer ses biens. »
Bien qu’il se trouvât à quelque distance, Deka parlait assez fort pour que les chacals derrière lui entendent chaque mot. Ils protestèrent aussitôt.
« Le Seigneur de la Suppression a dit qu’il partagerait ses biens avec nous si nous le suivions ! »
« On l’a suivi après avoir entendu ça, alors on a bien droit à notre part ! »
Après avoir laissé le tumulte enfler suffisamment, Deka cria pour que tous l’entendent :
« Vous voyez ? Ils n’ont rien fait. Ils ne vous ont pas aidés à arrêter le Seigneur de l’Or ! Pourtant, ils réclament leur part sous prétexte qu’ils ont suivi Hecto ! Quelle conduite est-ce là ? Et quand mon seigneur est mort, pas un seul d’entre eux n’était à ses côtés ! »
« Qui serait assez fou pour aller aussi loin ? On y serait restés ! »
« Qui irait fracasser son crâne contre un mur en sachant qu’il va se faire tuer ?! »
Les huées et les insultes s’abattirent sur Deka.
À strictement parler, les chacals avaient raison. Mais maintenant qu’Hecto était mort, ils passaient pour des démons sans cœur en réclamant leur part. Deka profita de leurs cris pour se donner le beau rôle, puis s’adressa à Perru :
« Seigneur du Vert-de-gris. C’est vous qui avez pris l’initiative d’arrêter le Seigneur de l’Or. Vous nous avez sauvés et avez accompli la volonté du Seigneur de la Suppression. Vous êtes le seul à pouvoir répartir les biens et les affaires du Seigneur de la Suppression. »
« … Je… »
« Seigneur du Vert-de-gris. Le Seigneur de la Suppression nous a quittés, mais notre Compagnie du Tambour assure l’approvisionnement alimentaire des Petits États. Si elle s’effondre ainsi, les Petits États mourront de faim. Nous ne pouvons pas laisser faire, n’est-ce pas ? »
« … Hmm. »
Deka semblait sincèrement inquiet pour l’avenir de la nation ; Perru ne pouvait donc pas lui répondre à la légère. Comme Perru paraissait réfléchir, Deka ajouta discrètement :
« Et puis, le Seigneur du Vert-de-gris a besoin d’influence, lui aussi, non ? La Compagnie du Tambour pourrait vous être utile. »
Il suggérait à demi-mot que Perru devienne le Seigneur de la Compagnie du Tambour, si nécessaire. Curieux de connaître les véritables intentions de Deka, je lus ses pensées.
Si nous dissolvons docilement la compagnie et partageons les biens ici, nous ne serons plus rien ! C’est nous qui faisons tourner les Petits États. Même si Hecto est mort, la Compagnie du Tambour doit continuer d’exister ! Sans nous, personne ne pourra faire tourner les Petits États !
Deka était sincère. Il éprouvait certes une certaine vanité et un sentiment de supériorité envers les autres chacals, mais son désir de préserver le système, quitte à installer Perru comme nouveau Seigneur, était authentique.
Perru semblait déjà dépassé par les événements. D’un côté, on le pressait de conclure un cessez-le-feu dès qu’il deviendrait le dirigeant des Petits États ; de l’autre, on se disputait l’héritage. Et, pour couronner le tout, son état était lamentable.
Perru me regarda avec difficulté et me demanda :
« … Qu’est-ce que je devrais faire ? »
« Moi ? Pourquoi tu me demandes ça ? »
« … Je n’ai personne d’autre à qui demander. »
Perru balaya les environs du regard et répondit d’un ton morose.
C’était vrai. Hilde était du côté de l’État militaire. La régresseuse était chargée de combattre. Hecto, la seule personne qui aurait pu être utile, était mort.
« Je n’ai pas de réponse non plus. Tu ferais mieux de demander de l’aide à quelqu’un d’autre, non ? »
« … À quelqu’un d’autre ? »
« D’abord, il faut qu’on sache de quoi il retourne. Où sont les biens du Seigneur de la Suppression ? Même avec un Colosse, il n’a pas pu tout transporter avec lui. »
« … Quand il y a beaucoup de biens, on les confie à Claudia. C’est la seule ville et… on peut faire confiance au Seigneur du Tonnerre. »
« Alors, c’est décidé. »
De toute façon, nous ne pouvions rien faire ici. Il ne nous restait qu’une possibilité.
« Allons à Claudia. Une fois que nous aurons rencontré le Seigneur du Tonnerre, nous pourrons lui confier la plupart de ces problèmes. »
Il valait mieux confier les problèmes insolubles à quelqu’un de compétent. Comment porter une bûche tout seul ? On se répartissait la charge.
Les réactions à ma proposition furent diamétralement opposées.
« Attendez. Les biens ? Vous comptez vraiment partager ceux du Seigneur de la Suppression ? »
« Oh, zut. On avait l’occasion rêvée d’essorer quelqu’un qui n’y connaît rien~. Père, tu es dans quel camp ? »
Deka et Hilde n’étaient pas ravis à l’idée de voir surgir une puissance plus grande et plus influente, même si elle n’atteignait pas le niveau du Seigneur de l’Or. Les autres, eux, voyaient les choses autrement.
Les chacals acclamèrent la proposition, et Perru l’accepta. Même Tyr approuva la décision.
« Village des Nuages… Ce serait bien d’aller voir à quel point il a changé. »
Si l’occasion se présente, je pourrai montrer le Duché du Brouillard à Hyu, de l’autre côté.
La régresseuse, qui y réfléchissait depuis un moment, exprima elle aussi son soutien.
« Très bien. C’est décidé. Notre prochaine destination sera Claudia. De toute façon, nous devions finir par nous y arrêter. »
J’ai Chanteciel et l’Épée terrestre Jizan. Si je me rends à Claudia avec les deux, je pourrai y abriter le Dieu du Tonnerre. Même avec Chanteciel et Jizan, ça commençait déjà à devenir difficile ; mais si j’abrite le Dieu du Tonnerre, les choses devraient s’arranger.
… Ses pensées ne ressemblaient pas tout à fait aux miennes. C’était quoi, au juste, ce Dieu du Tonnerre ? Comment comptait-elle l’abriter ? Est-ce qu’elle allait encore devenir plus forte ?
Certaines personnes pouvaient contenir trois Dieux démoniaques et rester de simples humains un peu plus étranges que les autres !
« … Allons à Claudia. Nous réglerons là-bas toutes les affaires qui restent. »
La décision fut prise. Perru essaya de monter à bord de l’Arche d’Or, mais Deka lui barra le passage avec empressement. Si la régresseuse ne lui avait pas lancé un regard si noir, il aurait peut-être même osé mettre la main sur Perru.
« Bien sûr que vous pouvez y aller. Mais vous comptez vraiment les emmener avec vous ? Ils vont vider la compagnie de ses ressources ! »
« … Si le contrat le prévoit. »
« Ils n’ont pas respecté le contrat ! »
« … Je compte régler ça à Claudia aussi. »
« Comment pouvez-vous remettre à plus tard quelque chose d’aussi évident ?! »
Perru aurait peut-être eu du mal s’il avait été seul. Mais la régresseuse était maintenant à ses côtés, et elle savait parfaitement faire taire les gens. Comme Deka insistait, elle le coupa avec une irritation manifeste :
« Ça suffit. Nous n’avons pas le temps. Si vous comptez nous barrer la route, restez ici, récupérez ce que vous pouvez et partez. »
Au moins, l’instinct de survie de Deka était intact. Il se tut et se détourna.
Ce n’est pas possible. Je n’ai pas passé tout ce temps à suivre le Seigneur de l’Or partout et à réparer ses bêtises pour ça ! Je ne peux pas laisser notre compagnie disparaître comme ça !
On aurait dit que nous aurions bien des soucis à régler avant d’en avoir fini avec nos affaires à Claudia.
En lisant les pensées de Deka qui s’éloignait, je hochai la tête.
L’Arche d’Or fit retentir sa corne, et le groupe en route pour Claudia se mit en marche.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>