Chapitre 366
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 366 : Il y a des pensées parasites dans mes cartes
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À peine avais-je baissé ma garde qu’un autre souvenir étrange s’insinua en moi comme un rêve.
Quel était ce souvenir ? Le Roi Elik ? Les pensées persistantes d’une personne morte depuis des centaines d’années étaient-elles encore là ?
J’avais senti que quelque chose clochait.
Elik, le Seigneur d’Or. Prenant l’apparence du roi de l’ancien Royaume doré, elle avait parlé et agi comme un roi, et avait longtemps régné en tant que gardienne du Palais doré. D’après les pensées de Hecto, elle semblait être restée exactement la même depuis leur jeunesse.
Elle faisait partie du Seigneur de l’Or, et pourtant son identité propre était bien trop forte et indépendante pour qu’elle soit une simple marionnette sous son contrôle. Elle avait même donné des ordres à Hecto de son propre chef et, bien qu’ils fussent les figures les plus importantes des Petits États, ils traitaient le Seigneur d’Or avec respect et s’inclinaient devant elle.
Parfois, les cadavres non enterrés conservaient leur forme d’origine d’une manière ou d’une autre. Même après leur mort, ils pouvaient subsister longtemps et exercer une grande influence sur le monde. Comme les cadavres incorruptibles au cœur de l’Abîme, le Roi Elik avait dû préserver sa forme originelle grâce au pouvoir du Seigneur de l’Or, tout en laissant derrière elle quelques pensées persistantes.
Pas étonnant qu’elle m’ait semblé étrangement vivante. Ce n’était pas que les sombres délires du Seigneur de l’Or avaient atteint un nouveau sommet. Désolé de vous avoir calomnié, Seigneur de l’Or. Cela dit, quelqu’un incapable de varier le plan d’une ville aurait eu du mal à dépeindre une femme aussi convaincante.
Peut-être le Seigneur de l’Or était-il devenu plus complet parce qu’ils avaient coexisté.
Enfin. Tout cela appartenait désormais au passé.
Une place dans le columbarium suffirait. Ils auraient voulu être enterrés ensemble.
Alors que ma conscience vacillait, je leur adressai un dernier adieu avant de retourner à la réalité qui me rappelait à elle.
« Ouaf, ouaf, ouaf. »
Gratte, gratte. Quelque chose griffait frénétiquement le sol. À la limite de mon champ de vision, une fissure s’agita dans les ténèbres d’un noir d’encre. Je plissai les yeux pour mieux voir ; soudain, elle s’élargit et la lumière se déversa à travers.
Azzy me trouva recroquevillé au milieu des décombres, releva la tête et hurla.
« Ahouuu ! Contente de te voir ! »
« Moi aussi, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on dit dans ce genre de situation. »
Le Roi de l’Humanité avait failli être écrasé sous les gravats. Après ça, difficile de continuer à me prétendre roi. En grommelant, je me faufilai dehors.
Quelques instants plus tôt, le Palais doré avait traversé les terres désolées à toute allure sous la forme d’une forteresse colossale. À présent, celle-ci avait disparu. Les blocs cubiques qui la composaient s’étaient disloqués et gisaient éparpillés partout.
Le Seigneur de l’Or avait dû faire quelque chose qui avait rompu la cohésion des blocs et provoqué leur effondrement. J’avais été enseveli dessous, puis Azzy m’avait secouru avec panache.
Les blocs qui avaient autrefois formé une forteresse, autrefois formé le Palais doré, roulaient pitoyablement çà et là. On disait que même les fleurs les plus éclatantes ne fleurissaient que dix jours, mais face au Seigneur de l’Or, même de solides briques duraient moins longtemps que des pétales. Je pris garde à ne pas glisser en cherchant où poser les pieds, puis tapotai Azzy.
« Beau travail, Azzy. Tu as réussi à me trouver. »
« Ouaf ! C’était facile ! Je cache des os tout le temps ! »
« Ça ne sert à rien de les cacher. On est toujours en déplacement. »
« C’est un investissement pour l’avenir ! »
« On n’investit que si on peut obtenir quelque chose en retour. Là, tu te contentes de l’enterrer. »
« Ouaf, ouaf ! Je les récupérerai ! Un jour ! »
« … Pourquoi tu dis ça en me regardant ? »
Elle me fixait de ses yeux brillants, comme si elle comptait bien récupérer sa mise d’une manière ou d’une autre. C’était un peu inquiétant. Ce n’était pas comme si j’avais l’intention de lui faire faux bond. Mais il y avait des limites à ce que je pouvais faire. Je n’oublierais pas une promesse, mais si je ne pouvais pas la tenir, je n’y pouvais rien.
C’est alors que la régresseuse sauta de bloc en bloc dans ma direction.
Ouf. Après avoir échappé de peu à la mort, j’étais même content de la voir. Je lui fis signe et la saluai…
« Hughes ! Qu’est-il arrivé au Seigneur de l’Or ? »
… Ou plutôt, j’allais le faire. Mon expression se glaça tandis que je répondis :
« Tu pourrais commencer par t’inquiéter pour moi ? J’étais coincé là-dessous il y a encore un instant. »
« Personne ne t’a attaqué. C’est juste un éboulement. »
« Les gens ordinaires meurent quand des gravats leur tombent dessus. Tu sais à quel point c’était effrayant et dangereux ? »
Les gens ordinaires comme moi ne débordaient pas de vitalité comme elle et ne possédaient pas non plus de trésors incroyables. C’était un miracle que j’aie survécu.
Après m’avoir longuement entendu me plaindre, la régresseuse renifla avec dédain et changea la couleur de ses yeux. Des yeux verts perçants, les Yeux aux Sept Couleurs capables de voir à travers n’importe quel matériau, sauf le métal.
« Ne prends pas cet air d’impuissant. Ce n’était même pas si dangereux. »
Avec Jizan, la régresseuse écarta la fissure par laquelle je venais de ramper. Cela révéla un espace entre les blocs, à peine assez grand pour m’y allonger, protégé par une structure faite de cartes.
Tss. Quelle tricheuse.
Impossible même d’exagérer ma douleur à cause de ce pouvoir déloyal. La régresseuse examina la structure de cartes avec curiosité.
« Tu as construit un abri alors que tout s’effondrait. Mais surtout, qu’est-ce que c’est ? Des cartes d’acier ? De l’alchimie ? »
Pouvais-je appeler ça de l’alchimie ? C’était difficile à expliquer.
Ça se rapprochait davantage du Dieu démoniaque que d’une technique, non ?
L’alchimie était déjà une technique humaine. Comme n’importe quel autre alchimiste, si j’avais de la monnaie alchimique et du mana en réserve, je pouvais m’en servir pour créer l’objet de mon choix. C’est ainsi qu’avait été fabriqué mon équipement de cartes.
Bien sûr, de même que les mêmes matériaux ne produisaient pas le même résultat entre toutes les mains, un alchimiste chevronné créait des objets plus élaborés et plus fonctionnels que les miens. Le mana, c’était de l’énergie. Avec mon maigre mana, même donner grossièrement une forme à un objet m’épuisait, tandis que les alchimistes pouvaient y ajouter toutes sortes de choses.
Pour comparer ça à la construction d’une maison, moi, j’avais du mal à empiler des rondins pour en bâtir une, tandis qu’un alchimiste les transformait en planches, construisait sa maison et fabriquait même des meubles avec les chutes.
Pourtant, aussi doué soit-il, un alchimiste ne pouvait créer de la valeur là où il n’y en avait pas. Si le seul matériau disponible était de la terre, il aurait beau y déverser tout son mana, il ne pourrait produire qu’un acier alchimique de basse qualité, plus fragile que de la poterie.
On disait que les seigneurs trompaient les balances parce que leur Arcane innée pouvait rendre utile même cet acier alchimique sans valeur. Mais ce n’était que de la tromperie, pas de la création.
… La véritable compréhension d’Elixir était un peu différente.
La façon dont les humains utilisaient la magie de la terre ne consistait qu’à creuser des trous et à aplanir le sol. La véritable compréhension de l’Ego de Gaïa, en revanche, reposait sur la connaissance de la terre sous nos pieds.
De même, l’alchimie, qui modifiait la structure et la forme de la matière, était une technique plus complète… mais elle restait une technique perfectionnée par les humains pour leur propre usage.
Ce n’était pas l’essence d’Elixir.
Toute matière avait la même origine. L’or, l’acier, et même le sable grossier qui semblait parfaitement inutile.
Les humains eux-mêmes n’avaient rien de spécial du point de vue de la composition de leur corps. Leur forme et leur fonction ne dépendaient que de l’assemblage de ces éléments.
Le Seigneur de l’Or l’avait compris.
Tout était constitué de blocs infiniment petits.
Mes cartes de Pique étaient des idoles du Dieu démoniaque. Elles commémoraient l’immense vérité entrevue par le Dieu démoniaque et servaient de support pour toucher à cette grande vérité. Si je reconnaissais que le Dieu démoniaque avait autrefois été humain, alors moi aussi, le Roi de l’Humanité, je pouvais faire appel à ce pouvoir. Je pouvais transformer la matière elle-même en autre chose, quelle qu’en soit la nature.
Le problème, c’était…
« Pourquoi fallait-il que ce soit des cartes ?! »
« Quoi donc ? »
J’étais ordinaire, à présent. Je ne pouvais donc faire appel qu’à une puissance limitée par l’intermédiaire de l’idole. Mon Huit de Pique ne pouvait transformer en cartes d’acier que les matériaux qu’il touchait. Peu importaient leur nature ou leur type, tout ce que je pouvais fabriquer, c’étaient des Huit de Pique exactement identiques à l’idole !
Bon. Même si on m’avait donné le pouvoir de tout fabriquer, je n’avais ni la force, ni le mana, ni la technique nécessaires pour m’en servir correctement. Utiliser la magie de la terre ne faisait pas de quelqu’un le Grand Maître, et étudier le druidisme ne signifiait pas qu’on pouvait seulement espérer marcher dans les pas de Nevida. Même si j’avais entrevu le sommet de l’alchimie, je ne pouvais pas transformer tous les objets du monde comme le Seigneur de l’Or.
Au moins, la carte que j’avais fabriquée le plus souvent me venait facilement en main, mais quand même… ! Ce n’était pas obligé d’être des cartes ! Il n’existait rien de plus utile ?
Je bouillais intérieurement, mais c’était toujours mieux que de n’avoir rien. Je devais m’en montrer reconnaissant. Me calmant, je déclarai : « Ce n’est pas moi qui ai fait ça. Je crois que le Seigneur de l’Or m’a sauvé. »
« Le Seigneur de l’Or t’a sauvé ? »
« Oui. Perru a réussi à atteindre le Seigneur de l’Or. »
Le Palais doré s’était effondré. Au dernier moment, le Seigneur de l’Or avait fait un choix, sauvé Perru, puis accompli quelque chose. Je ne pouvais pas lire ses pensées et ignorais donc ce qu’il avait fait exactement, mais la situation présente semblait confirmer une chose.
Le Seigneur de l’Or était mort.
Ce n’était pas tout à fait la bonne façon de décrire une chose qui était morte depuis le début, mais, à tout le moins, elle avait renoncé à l’obsession pour le Royaume doré qui l’avait animée jusqu’ici.
À la place…
Ding.
Une cloche tinta quelque part à proximité. Les blocs remuèrent.
On aurait dit qu’une personne invisible empilait les blocs un à un pour bâtir une structure. Ceux qui s’étaient effondrés en un amas se rassemblèrent et prirent forme. Quelqu’un émergea de cette construction, où l’on distinguait un petit escalier au-delà des ténèbres, comme une porte menant sous terre.
C’était Perru.
Ses blessures étaient toujours là. Les plaies et les traces de sang qui couvraient son corps témoignaient de l’épreuve qu’elle avait traversée. Son teint, déjà mauvais au départ, s’était encore dégradé, au point qu’elle semblait prête à mourir d’un instant à l’autre.
Une chose avait toutefois changé. Une petite cloche d’or pendait à la taille de Perru. Chaque fois qu’elle tintait, une structure de blocs se dressait sur son chemin.
Comme pour bénir la route devant elle.
Le Seigneur de l’Or avait confié sa volonté à Perru. À la manière d’un souvenir, il ne restait de lui que son pouvoir, dépouillé de toute autre volonté. Perru allait désormais mettre sa puissance terrifiante au service de son pays.
La régresseuse s’adressa à Perru tandis que celle-ci avançait sur les marches qui se formaient sous ses pieds.
« Seigneur du Vert-de-gris. On dirait que votre plan a réussi ? »
« … Urgh. »
« Même en tenant compte de l’avantage que vous aviez grâce à la compatibilité, je n’arrive pas à croire que vous ayez arrêté le véritable Seigneur de l’Or. Vous nous avez sauvés. L’accord de trêve sera bien conclu comme prévu, n’est-ce pas ? »
« … Ugh. »
Après ce dernier gémissement, Perru s’effondra vers l’avant.
La régresseuse ouvrit de grands yeux devant ce spectacle inattendu.
« Hein ? Seigneur du Vert-de-gris ? »
« Mademoiselle Shei, je vous l’ai dit. Tout le monde n’est pas comme vous. Certaines personnes ont l’impression que leur vie est en danger rien qu’en restant là-dessous. »
« Ce n’est pas le moment de dire ça ! Son énergie est instable ! »
« Pourtant, Mademoiselle Shei est la personne la plus calme depuis le début, non ? Je vous ai dit de vous inquiéter d’abord pour nous. »
En réalité, Perru n’avait pas été blessée par les gravats qui l’avaient ensevelie. Le Seigneur de l’Or n’avait pas provoqué l’effondrement avec l’intention de nous tuer ; ce n’était donc pas aussi dangereux que ça en avait l’air.
Perru gémissait probablement parce qu’elle avait été blessée, puis réparée. Contrairement à un homoncule, elle avait été réparée alors qu’elle était encore en vie. Son nouveau corps ne semblait pas encore s’être stabilisé.
Sans le savoir, la régresseuse traversa les blocs d’un pas décidé pour rejoindre Perru. Hilde jaillit la première d’entre eux. Elle avait été ensevelie sous encore plus de blocs que moi, mais même une montagne de décombres ne suffisait pas à blesser Hilde, l’une des Six Généraux de l’État militaire. Hilde soutint naturellement Perru, lui couvrit la bouche et parla d’un ton enjôleur :
« Oh là là. Perru, vous êtes en train de mourir ? Vous avez eu la gentillesse d’effacer le Seigneur de l’Or, mais vous avez épuisé vos forces et vous vous êtes effondrée ? Cela signifie que les Petits États n’ont plus de maître ? Ils sont libres ? À moi ? »
« Laissez-la tranquille ! Ne vous avisez pas de la toucher n’importe comment ! »
Alors que la régresseuse s’approchait, furieuse, Hilde fit la moue et tendit Perru vers elle, comme pour la lui remettre.
« Qu’est-ce que c’est ? On pourrait croire que c’est moi qui l’ai mise en danger. C’est vous qui l’avez poussée à se battre, Shei, non ? »
« Le Seigneur du Vert-de-gris était d’accord aussi ! C’est grâce à elle que le Seigneur de l’Or déchaîné s’est arrêté. Si elle était restée sans rien faire, l’État militaire ne s’en serait pas sorti indemne non plus ! »
« Voilà pourquoi je l’ai remerciée ! Et puis, regardez. Cette cloche d’or, à ma connaissance… »
Hilde tendit la main vers la cloche d’or à la taille de Perru.
Une force tranchante fendit soudain l’espace entre elles comme une lame. Hilde recula vivement et leva légèrement les deux mains. La régresseuse la mit en garde d’un air féroce.
« Retirez votre main. Elle ne vous appartient pas. »
Même cette aura, assez acérée pour couper la peau, ne troubla pas Hilde.
« Ah oui ? Elle vous appartient, Shei ? Quelle cupidité. Vous comptez aussi prendre le souvenir du Seigneur de l’Or ? »
« S’il le faut. Mais ce sera pour plus tard. Ne la touchez pas avant que le Seigneur du Vert-de-gris se réveille. »
« On ne sait pas comment cette situation, à peine stabilisée, va évoluer. Je ferais mieux de la laisser pour l’instant au Seigneur du Vert-de-gris et de voir ce qui se passe. Je ne risquerais rien à la prendre, mais le Seigneur du Vert-de-gris semble plutôt raisonnable… du moins comparée à l’État militaire. »
La régresseuse vivait généralement sans se soucier de rien, mais elle était intransigeante lorsqu’il s’agissait de reliques du Dieu démoniaque. Le Dieu démoniaque pouvait aussi bien être le pouvoir qui sauverait l’avenir que le fléau qui le détruirait ; c’était sans doute pour cela.
Tout de même, dire qu’elle la prendrait si nécessaire, c’était un peu trop franc, non ? Hilde n’oublierait pas cette proposition. Sérieusement, fais attention.
« Je n’avais pas l’intention d’y toucher, de toute façon. Mais surtout, vous n’avez pas oublié, n’est-ce pas ? Le délai pour l’accord de trêve. »
« Le délai ? »
« Nous avons seulement arrêté le Seigneur de l’Or. La trêve n’a pas encore été confirmée, si ? Si nous ne recevons pas de réponse définitive d’ici deux jours, la guerre risque d’éclater. »
Quand nous avions pris la route des Petits États, Hilde avait fixé un délai d’une semaine. Une fois qu’une armée se mettait en marche, c’était comme une roue lancée dans sa course. Si elle n’avançait pas, elle finissait par s’écrouler sur elle-même. La conclusion obtenue ici déterminerait si l’armée rentrerait dans l’État militaire ou avancerait dans les Petits États.
« Mais il ne reste personne pour accepter une trêve, maintenant, pas vrai ? Même si les Petits États sont un pays d’alchimie, ils ne peuvent pas s’alchimiser un nouveau dirigeant. Qu’est-ce qu’on va faire ? »
Le Seigneur de l’Or disparu, plus personne n’avait l’autorité nécessaire pour prendre une décision. Hilde le fit remarquer en tournoyant sur elle-même. Elle semblait bien trop ravie que la paix qu’elle espérait ne soit pas près d’arriver.
Notes :
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