Chapitre 364
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 364 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même — Conclusion
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La mort, envoyée par le Seigneur de l’Or, s’approcha de Perru. Juste avant de l’atteindre, le plafond et le sol s’immobilisèrent un très, très bref instant.
Dans le Palais doré, qui se mouvait au gré de la volonté du Seigneur de l’Or, cela ne pouvait signifier qu’une chose.
Le Seigneur de l’Or hésitait.
Alors que Perru gisait à l’agonie, il vit quelque chose en elle. Sa vue éveilla en lui un sentiment qu’il ne parvenait pourtant pas à mettre en mots.
Même Demo, son modèle originel, n’avait pas compris les humains. Demander au Seigneur de l’Or, un homoncule créé pour rebâtir le Royaume doré, de parler des émotions humaines, c’était trop lui demander. Je me chargeai donc de mettre des mots sur ce qu’il ressentait.
Je ne pouvais pas non plus lire ses pensées. Mais la télépathie n’était pas indispensable pour comprendre quelqu’un.
Si le Seigneur de l’Or avait été créé à l’image des humains, cela s’appliquait aussi à lui.
« Quelque chose cloche, non ? »
Magie unique : Fin de l’or.
Je traçai une ligne sur le mur avec une carte. La solide paroi fut tranchée comme du tofu. Je n’y étais parvenu que parce que nous étions dans le Palais doré et que j’avais appliqué le pouvoir du Seigneur de l’Or à la magie unique de Perru.
Capable de manier à la fois les pouvoirs de création et de destruction, je ressentis un léger frisson en tailladant le monde du Seigneur de l’Or. J’entrai dans le Palais doré lui-même et m’adressai directement à lui pour l’empêcher de détourner le regard.
« Même si c’était un pays laid et répugnant, elle l’aimait et agissait pour lui. Puis le roi qu’elle vénérait et suivait l’a abandonnée, la laissant aux portes de la mort. Elle ne te rappelle personne ? »
La raison pour laquelle le Seigneur de l’Or ne parvenait pas à tuer Perru était simple.
Perru lui rappelait son modèle originel, mort dans une misère pareille. Abandonné par celui en qui il avait confiance et qu’il suivait, au bord de la mort, il éprouvait de l’empathie pour elle.
Le plafond et le sol tremblèrent d’un grondement sinistre. Le Seigneur de l’Or bafouilla, comme si quelque chose s’était brisé en lui. Sa voix s’étira de façon anormale. Après avoir longuement réfléchi, il finit par avancer une seule excuse.
[…Ils sont différents.]
« En quoi sont-ils différents ? »
[Ce pays n’est pas le Royaume doré. Je ne suis pas son roi. Elle aussi se trouve dans une situation différente de la mienne. Il y a… trop de différences…]
Bien sûr qu’il y en avait. Ni l’un ni l’autre n’était un régresseur, impossible donc que tout soit exactement pareil. Si tel avait été le cas, le résultat aurait été le même.
Pourtant, être capable de citer plusieurs différences prouvait qu’il y avait aussi des ressemblances. Qu’il le veuille ou non, il ne pouvait s’empêcher de les voir. Dès qu’on remarquait quelque chose, elle ne cessait de vous sauter aux yeux.
« C’est raisonnable. Je t’en dis une autre ? »
[…Laquelle ?]
« Celui qui doit faire le choix, ce n’est pas Elik. C’est toi. »
Il était mieux placé pour y parvenir, puisqu’il était déjà passé par là. Le monde ne cherchait pas des gens expérimentés pour rien. Quel choix ferait-il, cette fois-ci ?
« Tu as été abandonné une fois et tu as traversé l’enfer. Tu t’es noyé dans une culpabilité sans fin. Tu as souffert sans même pouvoir trouver dans la mort une échappatoire. Mais en vérité, c’est le pays qui t’a fait du tort. Tu as simplement été sacrifié pour lui. »
Même avec le pouvoir du Seigneur de l’Or et la magie unique de Perru à ma disposition, mon faible mana ne pouvait modifier que ce qu’une seule carte touchait. Après toutes ces épreuves, j’atteignis enfin le même étage. Je m’engageai d’un pas lourd dans le couloir obscur et m’arrêtai devant Perru. Je gardai plusieurs pas de distance, au cas où le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris me ferait du mal, puis je criai au Seigneur de l’Or :
« Tu en voudrais au monde si tu ne faisais que souffrir, pas vrai ? Alors j’ai recréé la même situation. Cette fois, c’est toi qui dois abandonner quelqu’un pour ton pays ! »
La respiration saccadée de Perru ralentit peu à peu. Sa vie semblait prête à s’éteindre d’un instant à l’autre. Elle se trouvait devant moi ; je pressai le Seigneur de l’Or de faire son choix.
« Choisis ce que tu emporteras avec toi et ce que tu abandonneras dans le pays que tu créeras. »
S’il la laissait mourir, il confirmerait que la mort qui l’avait frappé était justifiée. S’il la sauvait, il montrerait qu’un compromis était possible. Que choisirait le Seigneur de l’Or ?
Il n’avait pas le temps de tergiverser. Il ne le pouvait pas. La vie de Perru était une mèche en train de se consumer, et il devait se décider avant qu’elle ne s’éteigne.
Ding.
Au son de la cloche, je souris en voyant la lueur approcher au fond du couloir.
Le Seigneur de l’Or marchait vers nous, de loin, une cloche à la main.
Même un Dieu démoniaque qui se servait de sa propre vie et de celle des autres comme de matériaux ne pouvait se renier. Dès qu’il s’était reconnu en Perru, cette issue était devenue inévitable. S’il l’abandonnait ici, il confirmerait son propre abandon dans le Royaume doré.
Le Seigneur de l’Or traversa le couloir en un instant. Il posa la Cloche d’or près de la tête de Perru et s’assit à ses côtés. Une lueur alchimique scintilla sur le corps mourant de Perru.
Les mains et les pieds de Perru, consumés par le pouvoir du Seigneur du Vert-de-gris, étaient devenus noirs comme du charbon. Le sang circulait dans ses poumons perforés à la place de l’air. Ces organes ne pouvaient plus fonctionner. La seule solution était de les couper, mais le Seigneur de l’Or combla les vides avec autre chose.
Il avait déjà parfaitement maîtrisé la mécanique du corps humain. Ses homoncules étaient imparfaits dans d’autres domaines, mais sur le plan fonctionnel, ils surpassaient les humains.
Le Seigneur de l’Or lui-même en était la preuve. C’était un homoncule mû par sa propre volonté. Tant qu’un esprit animait la chair, ses homoncules n’étaient pas moins réels que les humains.
Le Seigneur de l’Or répara le corps brisé de Perru grâce à l’alchimie, comme pour soutenir que les humains n’étaient pas différents des machines.
« …Ah, ngh. »
Cette affirmation fut confirmée lorsque Perru ouvrit les yeux. Le souffle court, elle regarda son roi.
« …Mon seigneur. »
[Ne vous méprenez pas. Ma résolution de rebâtir le Royaume doré n’a pas changé. Je me suis contenté de vous garder en vie.]
Le Seigneur de l’Or baissa sur Perru un regard froid.
[Le Royaume doré renaissant aura besoin de quelqu’un pour porter mes paroles au-delà du Palais doré. Le Seigneur de la Suppression a disparu ; vous hériterez donc de sa fonction.]
« …Seigneur Hecto… »
[Vous devrez aussi m’obéir. L’alchimie est le pouvoir du changement. Votre corps en étant désormais imprégné, vous ne pourrez de toute façon pas rester longtemps hors du Palais doré.]
À présent qu’une partie de son corps avait été remplacée par un élément extérieur, Perru n’était plus qu’une machine qui nécessitait des réglages. Désormais, elle devrait rester aux côtés du Seigneur de l’Or.
Pourtant, Perru n’avait pas peur de lui. Bien que son esprit fût encore embrumé, elle saisit la main du Seigneur de l’Or.
« …Merci pour votre bonté. C’est honteux de vous le demander après avoir reçu votre clémence, mais… »
Elle n’avait pas pris sa main pour la réduire en poussière avec le Vert-de-gris. Gardant sa main posée sur la sienne, Perru le supplia :
« …Ne pourriez-vous pas faire preuve de la même bonté envers les autres… ? »
[Cela m’est impossible. Le Royaume doré sera rebâti.]
Sa voix était froide et ferme. Pourtant, en sauvant Perru, il avait laissé une ouverture en lui. Sans même en avoir pleinement conscience, Perru s’y engouffra.
« …Si vous faisiez une place aux autres dans le Royaume doré que vous créerez… »
[Ce ne sont pas des citoyens du Royaume doré.]
« …Ils ont vécu sur les terres de l’ancien Royaume doré. Ce sont les fils et les filles de ses anciens habitants. Ils gagnent simplement leur vie grâce à l’alchimie plutôt qu’à la métallurgie… Ils ne sont pas différents d’eux. »
[Il y a une différence. Ce n’est pas le Royaume doré.]
Cette réponse froide et résolue avait déjà été répétée plusieurs fois. Perru demanda, à bout de souffle :
« …Comment pourrait-ce être un pays si personne n’y vit… ? »
[Ce n’est pas nécessaire. Je les créerai.]
« …Un pays peuplé d’homoncules, est-ce le Royaume doré ? Qu’est-ce que le Royaume doré… ? »
[Le Royaume doré, c’est…]
Le Seigneur de l’Or, qui allait répondre, se tut soudain. Un air déconcerté apparut sur le visage de cet être qui avait éveillé une Grande Vérité et était devenu un Dieu démoniaque.
Le Royaume doré idéal qu’il cherchait à créer devait être une nation où des homoncules industrieux cultivaient de belles terres. Il avait entrepris de capturer et de tuer tous les charognards qui rongeaient le pays afin de bâtir une nation vouée à prospérer éternellement. Il comptait transmuter l’ensemble des États mineurs.
[Le Royaume doré, c’est…]
Mais après avoir entendu la question de Perru, il se heurta à un doute fondamental.
Qu’était-ce donc, le Royaume doré ?
« Le Royaume doré ? Une illusion. »
Je l’avais aidé, bien sûr. Je l’avais même un peu poussé à créer le Royaume doré. Mais il n’y avait rien à y faire. On ne pouvait pas savoir sans avoir essayé soi-même.
On ne pouvait même pas savoir qu’une chose était impossible avant de l’avoir tentée.
« À un moment, les humains se mettent à s’accrocher désespérément à des choses qu’ils ne comprennent pas. Pas seulement à des concepts comme la foi, le bien et le mal. Ils définissent comme bon leur semble ce qu’est un pays, alors qu’ils n’en savent rien. Ils n’en ont jamais vraiment vu ni compris un, mais en parlent à leur guise. Les animaux peuvent bien crier à l’idéal, cela ne change rien au fait qu’il s’agit d’une illusion. »
Le Seigneur de l’Or, rongé par le doute, chercha une réponse auprès de moi.
[Le Royaume doré n’est pas une illusion. Il a bel et bien existé.]
« Puisque tu le croyais, je n’ai pas eu d’autre choix que de t’aider. Même en sachant que ton souhait était voué à l’échec. »
Comme je l’ai dit, le Seigneur de l’Or ne savait pas ce qu’était le Royaume doré. Pourtant, il avait parcouru le pays en répétant qu’il le ferait renaître et le réparerait, sans même savoir de quoi il s’agissait. Le plus grand problème qu’il avait créé venait de cette ignorance.
Même le Seigneur de l’Or, devenu un Dieu démoniaque après avoir éveillé l’une des Grandes Vérités, ne pouvait échapper à l’immense malentendu créé par la première Sainte Vierge.
« Je te le redemande. As-tu déjà vu tout le Royaume doré ? En as-tu visité chaque territoire et chaque installation ? As-tu parlé à tous ses habitants ? As-tu compris comment le Royaume doré fonctionnait ? »
[Nul besoin de tout voir pour créer. Il suffit d’en comprendre le principe fondamental.]
« Ne te berce pas d’illusions. Tu n’as éveillé qu’une seule Grande Vérité. Tu crois vraiment qu’une vérité qui compose la nature et un pays, concept créé par les humains, c’est la même chose ? Pas du tout. Quel degré de beauté ou de raffinement peut bien atteindre une chose assemblée à la va-vite par des humains, qui sont des animaux par nature ? Au point d’avoir un principe fondamental ? Ce n’est pas le Royaume doré. Ton Royaume doré ? »
Je lui répondis sur un ton moqueur :
« Tu as simplement appelé “Royaume doré” les jours où tu étais heureux, et tu t’y es accroché comme bon te semblait. »
Les animaux devraient penser comme des animaux. Au lieu de cela, ils essayaient de penser au-delà de leur nature et finissaient par tout comprendre de travers.
« C’est une boîte où tu ranges tes sentiments. Le désir, le bonheur, l’amour, l’amitié. Tu appelles “Royaume doré” chaque bon moment que tu as vécu et tu l’y enfermes. Tu donnes d’autres noms aux mauvaises expériences et aux souvenirs douloureux — culpabilité, devoir, États mineurs — et tu les ranges ailleurs. Puis tu contemples cette belle capsule temporelle qu’est le Royaume doré et tu la regrettes. C’est comme ça que tu te trompes. »
Il restait humain, même après avoir éveillé une Grande Vérité. Ce que les humains créaient n’était pas parfait, car les humains eux-mêmes ne l’étaient pas.
Même la relique forgée à partir de cette vérité avait commis une erreur humaine.
« Ce que tu veux vraiment, c’est retrouver l’époque où tu étais heureux. Pourtant, c’est comme si tu croyais qu’en rebâtissant le Royaume doré, tout te reviendrait. »
Pauvre de lui. Il ne retrouverait jamais cette époque, quoi qu’il fasse.
« Le Royaume doré a disparu. Le roi Elik n’est plus là, pas plus que ses habitants ou son identité. Tu en as toi-même détruit une partie. Tant que l’alchimie existera, la métallurgie, qui faisait vivre le Royaume doré, n’aura plus la valeur qu’elle avait autrefois. Le Royaume doré ne pourra pas redevenir ce qu’il était. »
On ne pouvait pas récupérer ce qui avait déjà été perdu. Le Seigneur de l’Or ne pouvait que trouver un nouveau bonheur.
Il devait trouver mieux que de fabriquer une poupée à l’image du roi Elik pour y chercher du réconfort. Se masturber l’esprit ne valait pas mieux que brûler ses souvenirs heureux comme du bois pour se réchauffer. La flamme de la petite marchande d’allumettes pouvait sembler chaleureuse, mais dès qu’on ouvrait les yeux, il ne restait qu’une illusion qui s’évanouissait comme un mirage.
« Sors de l’illusion et reviens à la réalité. Regarde ce qui se trouve devant toi. Écoute ce qui parvient à tes oreilles. Écoute l’être humain qui se tient près de toi. »
Le Seigneur de l’Or suivit mes paroles.
Les Seigneurs. Ceux qui avaient hérité des progrès de l’alchimie. Les disciples du Seigneur de l’Or, quelques-uns des rares êtres capables de communiquer avec lui.
Perru avait tout donné pour parvenir jusqu’au Seigneur de l’Or.
Chaque fois qu’un disciple venait le voir, le Seigneur de l’Or en faisait un Colosse. Il concevait des machines adaptées à leurs capacités, pleines d’un attrait romanesque, et les leur offrait sans rien demander en retour.
Qu’est-ce que cela signifiait ? Avait-il seulement imité le roi Elik ? Ou bien y avait-il pris plaisir, lui aussi ?
Un monologue ne recevait pas de réponse. Peut-être le Seigneur de l’Or accueillait-il avec plaisir les quelques personnes qui pouvaient encore s’adresser à un être aussi exceptionnel que lui.
[…Je crois comprendre, ne serait-ce qu’un peu, pourquoi Sa Majesté avait des disciples.]
Tout en marmonnant ces mots comme s’il regrettait quelque chose, le Seigneur de l’Or fit quelque chose.
Je n’avais aucun moyen de savoir exactement quoi, puisque je ne pouvais pas lire ses pensées. Quand je repris mes esprits, toutes les scènes autour de nous s’effondraient. Le Palais doré s’écroula en décombres et déferla vers le sol comme une cascade.
J’eus l’impression que le monde s’écroulait.
Enfoui sous les débris, je hurlai dans ma tête.
Ah, je ne savais pas que ne pas pouvoir lire les pensées pouvait être aussi frustrant.
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