Chapitre 363
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 363 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même – 21
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Chaque fois que le cri de guerre de la régresseuse retentissait, le Palais doré tremblait.
Des homoncules fondaient de toutes parts sur l’Arche d’Or, qu’ils bombardaient en tentant de l’aborder. Pourtant, dès qu’ils y pénétraient, les ténèbres jaillissaient et les engloutissaient tout entiers. Malgré cela, l’Arche d’Or continuait de racler le sol et de s’enfoncer dans le Palais doré, comme si elle comptait renverser un château.
Peut-être que même les batailles mythiques éclataient sans prévenir, comme celle-ci. Nous étions venus conclure un traité de paix et voilà qu’une bataille avait commencé.
Je n’avais aucune envie de m’en mêler, mais la rencontre entre le Seigneur de l’Or et le Seigneur du Vert-de-gris m’intéressait.
« Hilde. Allons-y. »
« Là-bas ? Euh… Père, nous sommes vraiment obligés ? »
« Oui. Nous le sommes. »
À ma réponse catégorique, Hilde poussa un long soupir et appuya sur la pédale. Le véhicule à deux roues accéléra au rythme de ses coups de pied.
Les humains étaient vraiment la source d’énergie la plus pratique. Avec leur énergie interne, ils allaient assez vite et, surtout, ils étaient équipés de la reconnaissance vocale et de la conduite automatique.
« Plus vite ! Allez ! »
« Rah ! Je fais ce que je peux ! »
Tandis que j’exhortais Hilde, j’utilisai la lecture des pensées. À mesure que le Palais doré se rapprochait, les pensées de ceux qui se déplaçaient à l’intérieur me parvinrent.
Le Palais doré était pour ainsi dire le corps du Seigneur de l’Or. Toute matière qui s’y trouvait changeait de forme et se mouvait selon sa volonté.
La régresseuse et Tyr, qui étaient entrées dans le Palais doré avec l’Arche d’Or, essuyaient des attaques de toutes parts. Les sols se soulevaient, les plafonds s’effondraient et d’innombrables pièges fondaient sur elles. Accablées par toutes les armes qu’un humain pouvait imaginer, elles avaient beaucoup de mal à se défendre.
Et malgré tout, Perru continuait de s’enfoncer dans le Palais doré.
Le sol et le plafond se rapprochèrent pour tenter de l’écraser entre eux. Dès qu’elle comprit le danger, sa magie unique réduisit en miettes ce qui se trouvait au-dessus et au-dessous d’elle. Le plafond s’effondra et le sol céda. Perru pouvait tomber, mais elle ne serait pas écrasée.
Des ressorts acérés jaillirent, prêts à déchiqueter Perru.
À cet instant précis, leurs corps rouillés à toute vitesse ne résistèrent pas à leur propre élan et se brisèrent.
Une boule de fer hérissée de pointes décrivit un arc en direction de Perru. Juste avant de la frapper, la chaîne affaiblie se rompit et la boule dévala dans une tout autre direction.
Et ce n’était pas tout. Les miroirs disposés dans tout le palais pour repousser les vampires perdirent instantanément leur éclat, tandis que des armes affûtées comme des rasoirs se brisaient comme du verre en leurs points les plus fins.
Si le palais du Seigneur de l’Or était lui aussi un produit de l’alchimie, Perru en était le terme. Son pouvoir n’avait rien d’écrasant, mais il réduisait à néant toutes les intentions du Seigneur de l’Or tandis qu’elle avançait.
… Je m’y attendais. L’Arche d’Or a également été fabriquée par le Seigneur de l’Or. Si je m’approche, elle servira de matériau…
Endommager le Palais doré ne servait à rien. Peu importait l’ampleur des dégâts, le Seigneur de l’Or pouvait simplement le reconstruire. Si Perru avait choisi de le percuter, c’était pour deux raisons.
La première était d’atteindre rapidement le Seigneur de l’Or.
La seconde, d’enfoncer dans le Palais doré toute la Fournaise qui alimentait l’Arche d’Or.
… La Fournaise du Vert-de-gris. Le seul outil capable de contenir mon pouvoir, celui qui détruit tout.
Le Seigneur de l’Or offrait des présents aux « disciples » qui venaient à lui. Pour permettre à chacun de tirer le meilleur parti de son éveil, il leur fournissait un équipement capable de déployer leur magie unique à 200 %.
C’était un Colosse. Le mystère du Seigneur de l’Or, offert aux seigneurs qui perpétuaient son héritage.
Pourtant, même le Seigneur de l’Or avait longuement hésité face à Perru.
La magie unique de Perru était une force qui précipitait la fin de la matière. Quel outil pouvait exploiter un pouvoir qui niait la matière elle-même ? Le Seigneur de l’Or en créa un après l’autre, mais tout ce que touchait le pouvoir de Perru tombait en poussière.
… À l’époque, quelqu’un avait même proposé de me tuer.
Un seigneur avait soutenu que le pouvoir de Perru, qui niait l’alchimie, était de mauvais augure et qu’il fallait éliminer toute menace future. Le Seigneur de l’Or ne réagit même pas à ses paroles. À la place, il créa un objet après l’autre, jusqu’à ce qu’il parvienne à maîtriser le pouvoir de Perru. Jour après jour.
Après toutes ces souffrances, le Dieu démoniaque créa la Fournaise du Vert-de-gris. Une boîte noire plus proche du verre que du métal, dont la matière et la structure étaient toutes deux difficiles à comprendre.
Comme elle ne pouvait être réparée une fois brisée, Perru n’avait jamais réussi à en saisir la structure. Une chose était certaine, toutefois : tant qu’il resterait de la matière à l’intérieur pour s’effondrer, elle ne se briserait jamais. La grandeur du Seigneur de l’Or lui permettait même de surmonter les contradictions.
J’imaginai que ces tâtonnements avaient aussi été pour le Seigneur de l’Or un sujet de réflexion plaisant et une autre source d’inspiration. Pour quelqu’un qui n’avait besoin de rien, c’était probablement sa seule stimulation.
Et pourtant, même une simple réflexion…
Pouvait être un précieux cadeau pour quelqu’un d’autre.
… Seigneur de l’Or.
Le Palais doré modifia de nouveau sa structure. Il avait peut-être jugé que son déluge d’attaques ne suffirait pas à venir à bout de Perru, car il s’en prit à elle autrement.
Le sol disparut. Perru perdit pied et chancela en tombant sous le couloir. Des piques de fer acérées se dressaient à l’endroit où elle allait atterrir.
Même Perru ne pouvait rien contre une attaque pareille. Elle n’était toutefois pas venue les mains vides. Elle sortit de ses vêtements une perle d’un blanc pur et la brisa.
Une perle de vent offerte par la régresseuse. Une tempête se déchaîna et repoussa Perru. Incapable d’en jauger la force, elle se fracassa le dos contre le mur, mais c’était toujours mieux que de s’empaler sur les piques. Perru échappa de justesse à la mort et poursuivit sa route vers l’intérieur, répandant le pouvoir du Vert-de-gris.
[C’est difficile.]
Une voix résonna dans le couloir. Perru se tourna vers elle et prit la parole.
« … Seigneur de l’Or. »
[Pour affronter des mercenaires, il me faut des fonctions. Mais en votre présence, elles ne peuvent pas fonctionner correctement. C’est grossier, mais dois-je donc faire s’effondrer tout le Palais doré ?]
Si nécessaire, le Seigneur de l’Or comptait transformer tout le Palais doré en tombeau pour Perru. Elle s’y attendait. Son pouvoir était une arme polyvalente contre l’alchimie, mais elle-même restait une humaine fragile. Si le Seigneur de l’Or voulait vraiment la tuer par tous les moyens, Perru ne pourrait pas tenir bon.
Malgré tout, elle était venue. Pour protéger les États mineurs, certes, mais pas seulement. Serrant la Fournaise du Vert-de-gris contre sa poitrine, Perru s’engagea dans le couloir qui s’étirait sans fin et implora le Seigneur de l’Or.
« … Ne sommes-nous pas suffisants ? »
Les seigneurs pouvaient s’adresser au Seigneur de l’Or. Comme leur image mentale avait le Seigneur de l’Or pour origine, eux seuls étaient capables de communiquer véritablement avec lui, alors qu’il ne subsistait que sous forme d’image mentale.
Les paroles de Perru parvinrent à l’image mentale du Seigneur de l’Or, qui lui répondit.
[Que voulez-vous dire ?]
« … Nous vous vénérons. Nous ne sommes pas le Royaume doré, mais votre pouvoir et votre majesté sont connus de tous dans les États mineurs. Pourtant, les États mineurs… étaient-ils donc si indignes que vous ne pouviez pas rester parmi nous ? »
Malgré les paroles pleines de chagrin de Perru, le Seigneur de l’Or répondit sèchement.
[Je ne vous ai jamais ordonné de me vénérer. C’est vous qui êtes entrés de votre plein gré dans mon Royaume doré et qui y avez vécu. C’est aussi vous qui avez pris mes biens sans permission pour les vendre.]
« … C’était pour survivre. »
[C’est pour cela que j’essaie de vous tuer à présent.]
Une logique qu’un dieu ayant transcendé la vie et la mort était seul à pouvoir manier. Perru déglutit avant de répondre.
« … Même si nous vivions de ce que vous aviez abandonné, nous vous en étions toujours reconnaissants. »
[Je ne l’ai pas demandé.]
« … Personne n’a osé se prétendre roi en votre présence. »
[C’est tout naturel.]
« … Nous étions votre peuple. »
[Je ne vous considérais pas comme tel. Mon pays, c’est uniquement le Royaume doré.]
Plus Perru s’approchait, plus la voix du Seigneur de l’Or devenait claire.
Le pouvoir de Perru, qui détruisait la matière, agissait comme une sonde à la recherche du Seigneur de l’Or. Le principe était le même que celui de l’Arche d’Or. Puisque le pouvoir du Seigneur de l’Or émanait de sa relique, Perru pouvait remonter jusqu’à lui en suivant la trace de son pouvoir.
Qu’elle le veuille ou non, Perru se rapprochait instinctivement de la Cloche d’or. Pourtant, elle poursuivit :
« … Nous ne pouvons rien vous apporter. Vous êtes un alchimiste accompli. Vous avez atteint un royaume supérieur à celui de quiconque. Tout ce que nous pouvons faire, c’est vous vénérer et vous suivre. »
Mais elle ne cherchait pas à lancer une attaque surprise. Plus qu’attaquer le Seigneur de l’Or, Perru voulait lui poser une question.
« … Pour nous, vous étiez notre souverain, notre maître et notre dieu. C’est ainsi que nous vous voyions… Même ainsi, n’étions-nous pas dignes d’être votre peuple ? »
Malgré la sincérité de sa supplication, le Seigneur de l’Or répondit toujours aussi froidement.
[Ce n’est que votre foi égoïste. Je suis un humain du Royaume doré et je n’ai qu’un seul roi. Je ne suis pas un roi, mais un seigneur. Je veille temporairement sur les terres laissées par mon roi.]
Un roi avait besoin de sujets. Ce n’était qu’avec des sujets pour cultiver à sa place, travailler à sa place et mourir à sa place qu’un homme pouvait véritablement devenir roi.
C’était pour cela que les rois chérissaient leurs sujets : parce qu’ils en avaient besoin.
Mort, puis devenu un Dieu démoniaque, le Seigneur de l’Or n’avait besoin de rien. Et puisqu’il s’était même tué lui-même, il pouvait tout abandonner sans hésiter.
Même un pays.
C’était sans doute pour cela que les dieux étaient cruels. Comprenant qu’elle avait été abandonnée, Perru ravala ses larmes et posa la question à son dieu.
« … Ne sommes-nous pas compris dans ces terres ? »
Après un instant de réflexion, le Seigneur de l’Or répondit :
[C’est exact.]
Perru s’arrêta. Elle baissa la tête, savoura son désespoir, puis posa la Fournaise du Vert-de-gris qu’elle avait apportée.
L’effondrement de la matière accélérait celui des autres matières. La Fournaise, remplie de lingots d’acier alchimique destinés à alimenter l’Arche d’Or, était saturée du pouvoir de Perru.
… Le pouvoir du Vert-de-gris que j’ai accumulé pendant des années… Est-ce que cela suffira ?
C’était une boîte noire qu’elle n’avait jamais démontée ni vidée, car elle ne pourrait être reconstituée une fois brisée. Perru sortit une perle rouge et la posa dessus.
Une Larme de lave, une pierre extraite d’un volcan où la chaleur avait été concentrée selon un procédé spécial. Même dans les États mineurs, où la valeur alchimique avait connu une inflation délirante, c’était un trésor qui se vendait à prix d’or. Perru insuffla de la magie dans la Larme de lave qu’elle gardait pour les urgences.
La perle éclata et de la lave rouge vif se déversa sur la Fournaise. Le liquide enflammé s’étala largement et dévora avidement son enveloppe. La Fournaise rougit à son tour, puis finit par céder à la chaleur et fondre.
Goutte.
Une unique goutte de lave, qui s’était enfoncée au plus profond, perça la Fournaise. À cet instant, le pouvoir sinistre emprisonné depuis des années força le sceau affaibli.
Ce n’était pas que le pouvoir du Vert-de-gris ne pouvait pas agir sur la Fournaise. Il n’avait simplement pas réussi à l’atteindre, à cause de sa structure particulière.
Mais à l’instant où la lave fit fondre la Fournaise, le sceau se brisa. Le pouvoir de Perru, accumulé pendant des années, se déversa et engloutit jusqu’au sceau qui l’avait retenu.
… Même si ça ne marche pas, c’est la seule chose que je puisse faire.
Ce n’était même plus un amas de fragments. C’était une masse de calamité, semblable à un liquide en mouvement. Elle ne touchait même pas le sol. Dès qu’elle l’effleurait, elle l’effondrait et s’écoulait en contrebas comme une cascade.
La calamité qui se répandait était encore plus destructrice. En descendant, elle gagnait peu à peu en volume et transformait tout ce qu’elle touchait en une matière semblable. Le pouvoir du Vert-de-gris se multiplia en un instant et teinta le Palais doré.
« … Ha, ha. »
Bien qu’elle se fût écoulée vers le bas sous l’effet de la gravité, le simple fait de se trouver à proximité noircissait les mains et les pieds de Perru. Sa respiration devint saccadée. Elle ne l’avait même pas touchée directement, mais les seuls effets secondaires suffisaient à ravager son corps et ses organes.
[Impressionnant. Résister jusqu’au bout.]
Perru répondit entre deux halètements.
« … Pour les États mineurs. »
[Mais vous avez oublié une chose.]
Bien que le poison dévorât le Palais doré, le Seigneur de l’Or parlait comme si de rien n’était.
[Cette Fournaise, je l’ai fabriquée moi aussi.]
Le pouvoir du Vert-de-gris, qui creusait vers le bas comme pour créer un gouffre sans fond, s’arrêta à un certain endroit. Il n’avançait plus, comme s’il se heurtait à un mur.
Toussant de douleur, Perru comprit enfin ce qui se passait.
L’endroit où elle se tenait était fait de la même matière que la Fournaise qu’elle avait apportée.
[J’ai déjà fait cela une fois en fabriquant l’Arche d’Or. Ce qui a été fait une fois peut l’être deux fois. La première fois est toujours la plus difficile.]
« … Ah. »
Cet endroit — non, tout le Palais doré — était un sceau destiné à emprisonner Perru et son pouvoir. Elle avait cru s’y être infiltrée, mais le Seigneur de l’Or l’avait même guidée jusque-là.
S’adressant à Perru, désespérée, avec la bienveillance d’un maître instruisant son disciple, le Seigneur de l’Or s’expliqua.
[Il existe un moyen de neutraliser votre pouvoir. Le problème, c’étaient les mercenaires que vous aviez amenés. Votre pouvoir rend inutiles les armes conçues pour les tuer, tandis que les mercenaires détruisent les moyens de vous neutraliser. Pour résoudre ce problème, je devais vous séparer.]
« … Alors, la forteresse… »
[Vos mercenaires étaient dangereux. Je devais me méfier d’eux.]
Son cœur s’était-il brisé, ou avait-elle simplement atteint ses limites ? Perru n’en put plus et s’effondra. Tandis qu’elle haletait, la voix glaciale du Seigneur de l’Or lui parvint aux oreilles.
[Vous étiez impressionnante. Mais vous n’irez pas plus loin. Si les États mineurs vous sont si chers, disparaissez avec eux.]
Perru n’avait plus aucun recours. Elle n’avait même plus la force d’utiliser sa magie unique. Les yeux ouverts, elle regarda le plafond se rapprocher peu à peu.
Le plafond, mû par la volonté du Seigneur de l’Or, allait entrer en collision avec le sol. Peu importait les obstacles qui se dressaient sur son chemin.
Perru disparaîtrait du monde, réduite en lambeaux de chair et de sang, sans même laisser de cadavre derrière elle. Peut-être était-ce là son destin depuis l’instant où son dieu l’avait abandonnée.
Juste avant que la mort ne la rattrape.
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