Chapitre 357
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 357 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 15
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Ding. La cloche tinta dans ma main.
Depuis longtemps, on utilisait les cloches pour tirer les gens de leur sommeil. La relique du Seigneur de l’Or avait le même effet : son tintement cristallin m’arracha au paysage mental dans lequel j’étais plongé et me ramena à la réalité.
Ma conscience, enfoncée dans les profondeurs, remonta à la surface. Quand je repris mes esprits, j’étais revenu à l’instant où j’avais fait sonner la cloche du Seigneur de l’Or.
Dans un paysage mental, le temps pouvait s’écouler à volonté : dans la réalité, il ne passait qu’un instant. J’avais discuté un bon moment avec le Seigneur de l’Or là-dedans, mais, pour les autres, j’avais dû avoir l’air de jouer à je ne sais quel jeu pour voir à quelle vitesse je pouvais faire sonner une cloche.
Mon esprit était peut-être ailleurs, mais mon corps s’était figé un instant, le temps de digérer tout ce qui venait de se passer. Avais-je lu trop de pensées ? Il fallait que je me ressaisisse, et vite.
« Demo ! »
C’est alors qu’Elik, toujours lancée à pleine vitesse dans sa charge, me bouscula. Incapable de lire ses pensées, je ne réagis pas et roulai lourdement sur le sol. Une vive douleur me traversa le dos et les reins.
La douleur était vraiment la preuve que j’étais vivant. Elle me fit au moins retrouver mes esprits. Ce n’était pas pour autant que j’en avais envie.
« Espèce de salaud, qu’as-tu fait à Demo… ! »
Elik me lança un regard furieux, puis s’interrompit brusquement.
Ses yeux s’écarquillèrent. Elle tourna sa tête tremblante vers le Seigneur de l’Or. Son visage se remplit de choc, de peur et d’une terreur inconnue, tandis qu’elle prononçait son nom.
« De… mo ? »
Le souverain n’obtint aucune réponse à son appel.
À la place, le Seigneur de l’Or se mit en mouvement avec une volonté bien plus limpide qu’auparavant. Quand le petit garçon fit un pas, un grondement retentit, comme si un géant aplanissait la terre.
Il ne marchait pas parce qu’une route se trouvait là. Une route apparaissait partout où il avançait.
Au lieu de se conformer au monde tel qu’il était, il le taillait, le remodelait et le recréait à sa guise. Rien ne méritait davantage le nom de Dieu démoniaque.
Dans un tourbillon, le monde devant le Seigneur de l’Or se transforma. À son pas suivant, la terre fut tassée et nivelée avec soin, tandis que les rochers étaient taillés en blocs carrés et posés dessus. Cette création instantanée donnait l’impression que le temps lui-même avait été remonté.
Après avoir tracé une large route, le Seigneur de l’Or s’avança fièrement. Les soldats homoncules et les armes derrière lui se mirent à le suivre. Elik aussi, le Seigneur d’Or qui avait veillé sur le Palais doré.
Le Seigneur de l’Or était la relique de Demo, le Dieu démoniaque. C’était la dernière œuvre que Demo avait créée avant de mourir, mû par le désir de rebâtir le Royaume doré.
Le plus étrange, c’était qu’il avait passé tout ce temps à jouer joyeusement à la maison, dans le Palais doré. Il n’aurait pas été étonnant qu’il se comporte ainsi dès le début. Le souhait du Seigneur de l’Or n’avait jamais changé.
Pourtant, rongé par la culpabilité, le Seigneur de l’Or hésitait quand la création exigeait la destruction. C’était pour cela qu’il avait erré dans les Petits États, répétant en vain ses actes de création.
Maintenant qu’il avait reconnu son moi intérieur et s’était libéré de ses entraves, plus rien ne pouvait l’arrêter.
Les choses se brisaient et s’effondraient. Les objets, réduits à l’état de matières premières, prenaient bientôt une nouvelle forme et descendaient sur cette terre, devenus des éléments du Royaume doré.
Pour parvenir à une véritable création, le Seigneur de l’Or avançait en semant une destruction inéluctable.
La légion qui nous entourait se retira. Non, s’était-elle vraiment retirée ? Le Palais doré lui-même était en mouvement, et j’avais l’impression que le monde avançait devant nous.
Quand il se fut suffisamment éloigné, Hilde poussa un soupir de soulagement et reprit sa forme initiale. Puis elle trottina jusqu’à moi, le visage rayonnant.
« Comme je le pensais, Père ! “Moi”, j’ai cru en toi ! »
« Oh ? Tu as vraiment réussi ? Je croyais que tu ne ferais que l’énerver ! »
Ses pensées et ses paroles n’avaient rien à voir. Comment osait-elle me mentir en face ? Je me redressai et lui répondis :
« Tu as cru en moi ? Vraiment ? »
« Bien sûr. Si “moi”, je ne crois pas en toi, qui le fera ? “Moi”, je te connais mieux que quiconque, Père ! »
« Qu’est-ce que tu en sais ? Humecte-toi au moins les lèvres avant de mentir. »
« Lèche. C’est fait ! »
« Ça prouve seulement que tu mens. »
« Ah ! Tu m’as démasquée ! »
Hilde ne m’avait pas accordé toute sa confiance. Ce n’était pas qu’elle doutât de mes capacités : elle espérait plutôt que le plan tournerait mal. Malgré tout, elle m’avait suivi jusque-là et avait contribué à sa réussite. Elle avait vraiment un grain.
Peut-être avait-elle l’esprit d’une joueuse. Ou alors elle était tout simplement trop absorbée par son rôle.
Quoi qu’il en soit, comme Hilde l’avait dit, la mission avait réussi. Il n’y aurait pas de guerre.
Le problème, c’étaient les conséquences. Comment allais-je bien pouvoir expliquer ça ? Il fallait que j’y réfléchisse.
Plus que tout autre chose…
« … Que s’est-il passé ? Où va le Seigneur de l’Or ? »
Il fallait que je réfléchisse sérieusement à la façon d’expliquer tout ça à Perru. Rien que pour sauver ma peau.
Je devais commencer par lui expliquer rapidement. Peut-être que si je lui présentais les choses point par point, ce serait plus facile à comprendre.
« Tout le monde. J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. »
Hilde me répondit d’un ton théâtral.
« Pourquoi est-ce que je commence soudain à avoir peur ? Si même Père trouve que c’est une mauvaise nouvelle, le monde va-t-il finir demain ? »
« Non. Le monde ne va pas finir. »
« … ? »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est autre chose qui va finir ? Non, ce n’est quand même pas ça ! »
Elle avait parfaitement compris. Pourquoi ne réagissait-elle pas à cette partie-là ? Je risquais de laisser passer ma chance si je traînais, alors je me dépêchai de poursuivre.
« Je vais commencer par la bonne nouvelle. »
« Je n’ai donc pas le choix ? “Moi”, je voulais entendre la mauvaise nouvelle en premier. »
« Oublie ça. Après avoir eu une longue discussion avec le Seigneur de l’Or, je ne pense pas qu’une guerre avec l’État militaire aura lieu ! »
Hein ? Pourquoi réagissaient-ils aussi froidement ? C’était clairement une bonne nouvelle, mais leur réaction fut plus tiède que prévu. Hilde se plaignit, à contrecœur, de ce que je venais d’annoncer.
« Ce n’est pas une très bonne nouvelle pour “moi”. Je préférerais qu’il y ait une guerre. Une fois qu’on se sera débarrassés du Seigneur de l’Or, les Petits États ne poseront pas grand problème. »
« … Quelle est la mauvaise nouvelle ? »
Perru interrompit Hilde et m’enjoignit à continuer.
Bon sang. N’avais-je pas réussi à amortir le choc avec la bonne nouvelle ? À partir de maintenant, tout dépendait de mon attitude. Je m’éclaircis la gorge et annonçai la mauvaise nouvelle avec le plus de regret possible.
« Le Seigneur de l’Or a l’intention de détruire les Petits États. »
C’était un simple fait, sans rien ajouter ni omettre.
Peut-être avais-je été trop direct. Ni Perru ni Hilde ne comprirent tout de suite et ils prirent un moment pour peser mes paroles.
Hilde fut la première à se ressaisir et pencha la tête.
« Hein ? C’est une bonne nouvelle pour “moi”. »
Une bonne nouvelle pour quelqu’un pouvait être une catastrophe pour un autre. Je venais d’apprendre une vérité de la vie.
Perru me demanda de nouveau, incrédule :
« … Quoi ? »
« … Quoi ? Qu’est-ce qu’il a fait ? Le Seigneur de l’Or n’a aucune raison de faire ça. »
« Je vais vous expliquer brièvement. Perru, la Cloche d’or est une relique du Seigneur de l’Or. J’allais passer une épreuve pour obtenir la reconnaissance de la relique. Mais au lieu de me faire passer une épreuve comme une relique digne de ce nom, elle n’arrêtait pas de parler de rebâtir le Royaume doré. Alors je l’ai critiquée : je lui ai demandé si un endroit que des chacals auraient dépouillé en deux jours, sans rien laisser derrière eux, pouvait seulement être appelé un royaume. Et devinez quoi ? »
Techniquement, c’était le Seigneur de l’Or qui avait passé mon épreuve, mais enfin, c’était du pareil au même. Je laissai passer. Je m’humectai les lèvres et poursuivis :
« Je n’ai presque rien dit et il a déclaré qu’il tuerait tous les chacals pour assurer la stabilité durable du Royaume doré ! »
« … C’est un mensonge. C’est impossible. »
« J’aimerais bien que ce soit un mensonge, moi aussi. Allez voir par vous-même. Il ne doit pas nous rester beaucoup de temps, car le Seigneur de l’Or est en route pour incendier le nid des chacals. »
Au dernier instant, le Seigneur de l’Or avait songé à un endroit. Avant d’être rejeté dans la réalité, j’avais lu le nom de ce lieu.
Les Petits États étaient devenus un pays à moitié nomade à cause des déplacements incessants du Seigneur de l’Or. Leurs habitants devaient l’éviter tandis qu’il détruisait pour créer, tout en récupérant les résidus qu’il laissait derrière lui. C’était pour cela que personne ne pouvait s’installer durablement et que tous étaient contraints d’errer.
Il n’y avait qu’une seule exception.
Un village au pied d’une montagne n’avait jamais été touché par le Seigneur de l’Or. Il était devenu le seul lieu habité de façon permanente dans les Petits États.
Une cité gouvernée par le plus grand des seigneurs, le Seigneur du Tonnerre. Une cité où l’on enseignait l’alchimie aux enfants et où l’on fournissait une alimentation convenable, afin que les gens puissent échapper à la malédiction du Seigneur de l’Or.
« Claudia. La seule terre habitée des Petits États, et la cité la plus peuplée. »
Jusqu’alors, le Seigneur de l’Or n’avait créé des choses que pour rebâtir le Royaume doré. À présent, il avait changé de méthode.
Un Royaume doré dépourvu d’habitants deviendrait la proie des chacals. Alors, pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups en tuant les chacals et en les transformant en homoncules chargés de protéger le Royaume doré ? Telle était sa conclusion. Il se dirigeait vers la ville pour capturer les chacals et en faire des chiens de garde.
En tant que relique, le Seigneur de l’Or chercherait à tuer les chacals par des moyens rationnels et pratiques. Il n’écarterait pas la méthode la plus simple. La morale ? C’était pour les vivants. Le Seigneur de l’Or, qui était déjà mort dans d’atroces souffrances, ne se soucierait pas de ce genre de choses.
« Le Seigneur de l’Or détruira d’abord cet endroit, puis transformera tous ceux qui y vivent en homoncules. Des homoncules qui protégeront le Royaume doré pour l’éternité ! »
Les homoncules que le Seigneur de l’Or créerait désormais seraient d’un tout autre niveau que ceux qui existaient déjà. Profondément déçu par l’humanité, il n’avait jamais vraiment « conçu » d’êtres humains avant que je ne le libère de ses entraves.
Jusqu’où le Seigneur de l’Or pouvait-il aller s’il mettait tout son cœur à créer des êtres humains ? À partir de quand cesseraient-ils d’être humains ?
Ma curiosité de Roi de l’Humanité fut interrompue par Perru, qui m’attrapa par le col et m’attira à elle. Je me pliai en deux malgré moi.
« … Qu’est-ce que tu as fait… ? »
Perru me lança un regard féroce, comme si elle allait me tuer. Une émotion d’une intensité que je n’avais plus vue depuis longtemps l’emplissait.
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