Chapitre 356
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Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Hydrogen B
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Chapitre 356 : Le roi qui tue les autres, le Dieu qui se tue lui-même — 14
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Le Seigneur de l’Or n’était pas stupide. Les gens intelligents pouvaient parfois être plus faciles à tromper, mais ici, c’était différent. Tous les souvenirs et toutes les émotions que j’avais lus l’avaient été dans cet espace mental.
Il savait déjà tout : pourquoi Elik l’avait abandonné, comment le Royaume doré était tombé.
Il le savait mieux que quiconque, et cela le faisait souffrir.
Le Seigneur de l’Or gardait la tête baissée. Je lui parlai avec douceur, prononçant les mots qui existaient déjà en lui, ceux qu’il avait tant essayé d’ignorer.
« Le Royaume doré n’a jamais été beau. Non, il était plus laid que la plupart des endroits. C’était une nation d’artisans et de technologie, qui gagnait sa vie grâce au commerce. On y trouvait des gens plus préoccupés que quiconque par le profit, des égoïstes qui avaient vendu leur fierté pour de l’argent. Quand chacun n’a poursuivi que son propre intérêt et que le pays s’est retrouvé au bord de la ruine, ils t’ont traité de démon et t’ont traqué. Tu voulais vraiment recréer un pays de ce genre ? »
Il ne répondit pas. Ce n’était pas grave. Mes paroles suffisaient à détruire son paradis.
« Non, tu ne le voulais pas. Il suffit de regarder le paradis que tu as bâti pour le comprendre. Le Palais doré, où les homoncules travaillent sans jamais se plaindre et où seuls les alchimistes capables de communiquer avec toi restent à tes côtés. Le Roi d’Acier te couvre d’éloges d’une voix tendre, et le monde entier prend la forme idéale que tu désires. »
Il avait voulu créer le Royaume doré. C’était pour cela qu’il avait parcouru les environs, transmutant tout sur son passage grâce à l’alchimie : des villages, des outils, jusqu’aux rizières et aux champs. Des paysages champêtres idylliques, des villes florissantes, des remparts majestueux. Les scènes idéales qu’il désirait devenaient réalité sous ses yeux.
Mais les idéaux n’étaient pas réels. La scène qu’il avait tenue pour idéale n’existait pas vraiment. Je mis le Seigneur de l’Or face à sa contradiction.
« Le Royaume doré qui te manque n’existe pas. Tu as bâti ce Palais doré en tournant le dos au monde extérieur et en assemblant seulement les éléments qui te plaisaient. Il ne ressemble même pas au Royaume doré, pas même à un dixième. »
Ce que je disais était sa voix intérieure. Aucun être humain ne pouvait se résister à lui-même. Je réveillai de force le Seigneur de l’Or, qui n’était plus qu’une pensée sans corps, et le poussai à bout.
« Arrête de t’acharner. Ton souhait ne peut pas se réaliser. Non pas parce que tu en es incapable, mais parce que tu ignores ce que tu désires vraiment. Voilà pourquoi le Seigneur de l’Or, ta création ultime, erre en vain depuis des centaines d’années, animé d’un désir vide de sens, transmutant stupidement le prochain repas des chacals alors même qu’ils se repaissent. »
Le Seigneur de l’Or. Une relique du Dieu démoniaque, destinée à rebâtir le Royaume doré, et l’œuvre ultime du premier alchimiste qui s’en souvenait.
Pourtant, le Seigneur de l’Or ne pouvait pas rebâtir le Royaume doré. Il errait en transmutant tout ce qui l’entourait au nom d’un souhait impossible, mais chaque vestige du Royaume doré qu’il créait finissait dans le ventre des chacals.
Le Seigneur de l’Or serra les dents.
« Que… veux-tu ? »
J’allais détruire le Seigneur de l’Or.
Pas parce qu’il s’était mêlé de mes affaires, ni parce qu’il allait déclencher une guerre contre l’État militaire. Le Seigneur de l’Or était une illusion persistante. Tant qu’il existerait, le souhait de Demo ne pourrait jamais se réaliser.
J’allais balayer tous ses préparatifs, détruire le Seigneur de l’Or et l’accueillir en moi.
« Je veux ton souhait. Si tu veux répéter cette illusion à jamais, alors c’est peut-être une réponse, d’une certaine façon. Mais ce n’est pas ce que tu souhaites, n’est-ce pas ? Pourquoi le Seigneur de l’Or existe-t-il ? Pourquoi le point final que tu as posé n’a-t-il pas mis fin à l’histoire, la laissant s’étirer à l’infini ? »
Et le Seigneur de l’Or n’était pas le seul.
Tous ceux qui étaient morts. Les attachements persistants de ceux qui avaient quitté ce monde en rêvant au fond d’eux d’un paradis et d’un enfer. Toutes ces obsessions avaient commencé avec elle.
À défaut d’un paradis qui n’existait pas, j’étais devenu un columbarium. À présent, c’était au tour du Seigneur de l’Or d’y entrer.
« Qu’est-ce qui rattache le Seigneur de l’Or à ce cycle ? Quel est ton véritable souhait ? »
Un vivant pouvait choisir de ne pas répondre. Ses souhaits pouvaient changer à tout moment, et il pouvait les exaucer par ses propres moyens sans jamais les formuler à voix haute.
Mais ceux qui faisaient face à la mort n’avaient pas ce luxe. Pour laisser derrière eux un souhait qui ne tarderait pas à disparaître du monde, ils laissaient déborder leurs regrets.
Et ceux qui étaient déjà morts ?
« … Je créerai un Royaume doré magnifique. »
Il ne put s’empêcher de le dire.
Je lui reposai lentement la question.
« Même si le Royaume doré était un pays répugnant qui t’a fait porter ses péchés et t’a tué ? »
« C’était un pays de ce genre, mais je l’aimais. »
« Elik, que tu aimais, t’a trahi au moment le plus sombre de ta vie. »
« C’était quelqu’un de ce genre, mais je l’adorais. »
À mesure qu’il parlait, son cœur se dévoilait davantage.
Il aimait ce pays, non par patriotisme, mais parce qu’il était nostalgique de l’endroit qu’il avait jadis appelé chez lui.
Il aimait Elik, non par loyauté, mais parce qu’il admirait sa beauté et ses talents.
Le péché, la responsabilité… Il avait invoqué toutes sortes de raisons pour justifier sa mort, mais, en vérité, il était mort pour servir de bouc émissaire à la colère des autres. S’ils avaient vraiment voulu punir quelqu’un pour sa malveillance, ils auraient dû tuer les milliers de personnes qui avaient poursuivi leurs propres intérêts au milieu du chaos. Contrairement au Seigneur de l’Or, incapable de supporter l’idée d’abandonner le pays, elles l’avaient quitté sans hésiter.
Comme elles ne pouvaient pas le faire, elles avaient tué le Seigneur de l’Or.
Et malgré tout, le Seigneur de l’Or aimait son pays et son roi.
Peu importait le nombre de raisons que les gens invoquaient ou la façon dont ils les enjolivaient : tout se résumait au cœur humain. Nul besoin de longues explications.
« Y a-t-il une raison de recréer ce pays ? Vu son état, si quelqu’un d’autre que toi avait découvert l’alchimie, il se serait de toute façon effondré de lui-même. »
Il ne se sentait sans doute aucunement obligé de le faire. Pourtant, le Seigneur de l’Or trouva sans peine sa raison.
Le pays avait été laid et son roi irresponsable, mais le Seigneur de l’Or aimait tout cela. Il voulait retrouver l’époque où il y avait été heureux.
Voilà pourquoi.
« Parce que je le veux. »
Il avait pris sa décision.
Clic.
Les entraves qui retenaient ses pieds se détachèrent. La culpabilité qui enchaînait le Seigneur de l’Or avait disparu. Il se redressa lentement, les jambes tremblantes.
Comme pour m’en assurer, je lui demandai :
« Même si le Royaume doré que tu as connu n’est plus le même ? »
« Quand on répare quelque chose, il est naturel que le résultat diffère de l’original. Je comblerai les manques, restaurerai ce qui a été brisé et corrigerai ce qui n’allait pas. Voilà à quoi sert l’alchimie, et voilà à quoi sert le Seigneur de l’Or. »
Cling.
Les chaînes qui retenaient ses bras se brisèrent l’une après l’autre. De sa main libérée, le Seigneur de l’Or saisit la cloche d’or. Son tintement cristallin emplit la pièce.
Je lui posai encore une question.
« Mais est-ce possible ? Le Royaume doré créé par le Seigneur de l’Or n’est pas fait pour durer. Même si tu le construis à la perfection, il disparaîtra bientôt si personne ne l’entretient. Et même s’il y a des gardiens, les chacals réduiront tout en miettes. Tu ne veux pas d’un pays qui disparaîtrait si vite, n’est-ce pas ? »
Cette fois, il lui fallut un peu de temps pour répondre. Mais pas longtemps. Rien ne pouvait l’arrêter, maintenant qu’il avait pris sa décision.
« … S’il n’est pas fait pour durer, alors je créerai aussi ce qu’il faut pour qu’il dure. »
Créer ce qu’il faut ?
Vlan.
La lame qui lui comprimait la gorge se fendit et tomba au sol. Plus rien ne le retenait. Enfin libre, le Seigneur de l’Or releva la tête et déclara :
« Si les homoncules ne sont pas parfaits, je peux les améliorer jusqu’à ce qu’ils le soient davantage. Si les chacals détruisent le Royaume doré, je peux les éliminer pour qu’ils ne puissent plus le détruire. Heureusement, ces deux objectifs peuvent être atteints par un seul moyen. Je ferai d’une pierre deux coups. »
Une seconde.
Cette conclusion sonnait étrangement faux.
« Pour qu’ils ne puissent nuire à quoi que ce soit dans le Royaume doré que j’ai créé, je les rassemblerai… et les utiliserai comme matériaux pour fabriquer des homoncules. Des homoncules qui dureront plus longtemps et dirigeront ce pays. »
J’avais peut-être libéré un monstre.
Tout ce que le Seigneur de l’Or avait fabriqué jusqu’alors était terriblement complexe et fonctionnel, mais les humains avaient toujours eu quelque chose en moins. Comme il le disait, c’était peut-être parce qu’il ne comprenait pas bien les humains. Il avait aussi pu éprouver une certaine réticence à en créer.
Mais maintenant qu’il avait rejeté toutes ses entraves et toutes ses limites, plus rien ne pouvait arrêter le Seigneur de l’Or.
Argh. Qu’est-ce que j’étais censé faire, maintenant ?
« Les morts ne peuvent en aucun cas influer sur le monde. Naturellement, ils ne peuvent pas non plus exaucer leurs souhaits. Je n’aime pas particulièrement les gens qui meurent si facilement alors qu’ils portent en eux quelque chose d’aussi précieux. »
Le Seigneur de l’Or était toutefois un peu différent. Avant de mourir, il ne m’avait pas imposé son souhait. Il avait plutôt créé quelque chose capable de le réaliser après sa mort.
Les pensées qui subsistaient ici étaient son véritable souhait. Un désir pur, qui n’obéissait à personne et n’était commandé par personne. À moi aussi, donc, de l’approuver.
« Tu as laissé derrière toi quelque chose qui pourra exaucer ton souhait après ta mort. Au moins, je te soutiendrai. »
Comme si j’avais pu faire autre chose.
J’étais un magicien. Je pouvais faire émerger son souhait enfoui, mais pas le retourner contre lui pour l’anéantir. La magie de scène avait l’air impressionnante à première vue, mais, en réalité, elle ne faisait que donner à l’impossible une apparence extraordinaire grâce à la tromperie.
S’il avait cru que j’allais m’interposer, il m’aurait tué sur-le-champ. Le Seigneur de l’Or avait rejeté toutes ses entraves. Aussi impuissant que je fusse, je ne pouvais pas le faire changer d’avis.
« … Je n’ai qu’un seul maître, et pourtant tu m’as, toi aussi, donné une grande leçon. »
Heureusement, il ne me comptait pas parmi ses ennemis. Sans hostilité, mais avec respect, le Seigneur de l’Or emporta la cloche, passa devant moi et se dirigea vers la sortie de la pièce.
« J’accomplirai ce que je n’ai pas réussi à accomplir jusqu’à présent. »
Le monde ondula. À mesure que l’histoire s’achevait, je sentis mon existence même être rejetée. Alors que mon corps était emporté ailleurs, je lui adressai une dernière remarque.
« Essaie. Tu ne le sauras pas avant d’avoir tenté. »
Ensuite, le monde s’assombrit et je fus expulsé de son image mentale.
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