Chapitre 354
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 354 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 12
──────
Tout était pour le Royaume doré.
Tout était pour Sa Majesté.
Tout était… pour ce magnifique sourire que le Roi au Sang de Fer arborait avec tant de maladresse.
Comment avait-on pu en arriver là ?
Un carcan lui enserrait le cou et des chaînes entravaient ses pieds. La lourde boule de fer suspendue à l’extrémité du carcan était une torture à elle seule. À force de la porter, il avait l’impression que son bras allait se déboîter, mais il ne pouvait pas la lâcher. Sinon, le poids qui menaçait de lui arracher le bras viendrait s’abattre sur son cou.
Une pointe acérée lui transperça le dos. Son corps réagit avant même qu’il ne ressente la douleur. Épuisé, Demo fit un pas de côté pour l’éviter. Un instant plus tard, la pointe le suivit et le perça de nouveau.
Couvert d’instruments conçus dans le seul but d’infliger douleur et désespoir, Demo avançait pieds nus sur les terres du Royaume doré.
Les injures fusaient. Des pierres volaient vers lui. Des gens se précipitaient en criant leur haine et l’attaquaient à coups de poignard. Les soldats qui l’escortaient faisaient semblant de les arrêter tout en les regardant faire. Ses blessures se multipliaient, jusqu’à ce qu’il ne se distingue plus d’un cadavre ambulant.
Ses cris de douleur ne durèrent pas longtemps. Après plus de cinq heures, il ne parvenait plus à se distinguer de la douleur. Peut-être l’avait-il côtoyée depuis le jour de sa naissance.
Je veux me reposer. Je veux échapper à toute cette douleur. Je préférerais mourir et être libre.
Mais Demo ne pouvait même pas se détourner de ces pensées.
C’était lui qui avait conduit le Royaume doré, jadis glorieux, à cet état.
On disait que l’argent ne faisait pas le bonheur, mais que sans argent, on ne pouvait pas être heureux. Il fallait au moins un peu de répit pour connaître le bonheur. Dans la dure réalité de la vie, l’argent était le seul moyen de s’en accorder.
Demo avait fabriqué de l’or pour que tous les habitants du pays puissent être heureux. Pour que toute la nation puisse l’être.
C’était ainsi que les choses auraient dû se passer.
Selon le bon sens qu’il connaissait, c’était la vérité.
Demo promena autour de lui son regard éteint. Des murs effondrés. Des maisons en flammes. Des cris et des sanglots s’élevaient de toutes parts. Un vieux fermier, une houe usée à la main, retournait péniblement des champs que la valeur de l’or avait autrefois enfouis sous son poids. Mais le sol empoisonné par le métal était déjà à l’agonie. Il avait beau en prendre soin, la terre ne répondait plus.
Les mendiants assis dans les rues n’étaient guère mieux lotis que Demo. La gorge enrouée, ils tendaient leurs bols vides en implorant la moindre pitié. Leurs bols étaient en or, mais ne leur promettaient pas même un seul repas. Un grain de riz valait plus qu’une pièce d’or.
La mère qui serrait contre elle le corps de son enfant mort en hurlant l’aimait-elle comme l’être qui avait été son enfant, ou comme de quoi préparer plusieurs repas ?
La pauvreté de l’or. Le pire désastre de l’histoire du Royaume doré venait de se produire. Et le plus grave, c’était que personne ne voyait même de solution.
Il n’y avait pas d’avenir. Le passé aussi avait été effacé. Après avoir conclu un pacte avec le diable, ils avaient vendu l’éternité en échange de leurs jours de gloire d’antan.
Le Royaume doré était devenu un enfer d’or.
Et ce qui avait créé cet enfer… c’était l’alchimie, qui produisait de l’or.
Si seulement il n’avait jamais inventé l’alchimie, cette tragédie n’aurait jamais vu le jour. La cruelle vérité — sa grande découverte n’était autre qu’un savoir diabolique — le tourmentait jusqu’au plus profond de son être.
Thud.
Quelque chose frappa Demo à la tempe. Sa tête oscilla un instant. Il n’eut pas mal. Son corps, déjà vidé de toutes ses forces, avait commencé à considérer la douleur comme un état chronique.
Le regard trouble, Demo baissa les yeux vers l’objet qui l’avait atteint. Il était petit au regard de son poids, mais son éclat magnifique décuplait sa valeur.
De l’or. Une pièce d’or, nommée d’après sa propre couleur, car aucun autre nom n’aurait pu contenir pareille lumière, roula dans la poussière.
Une femme décharnée s’approcha de lui tandis qu’il la fixait d’un air absent, puis cria :
« Tout ça, c’est ta faute… ! Si tu n’avais pas existé ! »
L’or était-il donc si inutile ? Il ne pouvait même pas servir de repas à cette femme affamée, qui l’avait jeté comme une pierre. Et ce n’était même pas un bon projectile. Un caillou anguleux aurait fait plus mal.
De l’or qu’on ne pouvait ni manger ni utiliser. Autrefois, les gens avaient été aveuglés par son éclat… mais à présent, il n’était pas différent d’un déchet qui rongeait la terre.
Alors, qu’avait-il passé tout ce temps à fabriquer ? Au lieu d’enrichir tout le monde, n’avait-il fait qu’appauvrir tout le monde ?
« Rends-le-moi ! Rends-le-moi ! »
Le cri de la femme n’était qu’une plainte vaine. Une fois que quelque chose s’était produit, on avait beau hurler ou pleurer, rien ne pouvait le défaire.
Mais alors…
Un souvenir traversa l’esprit de Demo, comme si sa vie défilait devant ses yeux.
« Répare-le avec l’or que tu as utilisé. »
La deuxième tâche du Seigneur de l’Or. L’épreuve qui l’avait conduit à créer l’alchimie.
Il était plus difficile de rendre à une chose son état d’origine que d’en créer une nouvelle. Les paroles du roi qu’il adorait s’étaient gravées au plus profond de son cœur. Une dernière étincelle de vitalité pénétra son corps à l’agonie. Tandis que son esprit s’obscurcissait, Demo se répéta ce qu’il devait faire.
… Restaurons-le. Le Royaume doré. Pour notre roi.
Ce n’était pas difficile. Il l’avait déjà fait une fois.
L’alchimie avait été créée dès le départ pour restaurer les choses.
Mais pouvait-il vraiment le restaurer ? Pouvait-il rendre cet enfer au Royaume doré, autrefois magnifique et prospère ? Pouvait-il en refaire une nation d’artisans et de technologie, où tous œuvraient ensemble sous la conduite d’un grand roi ?
Il était enchaîné, à l’article de la mort.
Demo n’avait plus beaucoup de temps. Il était en train de mourir. Même s’il utilisait chaque instant qui lui restait, même s’il mobilisait jusqu’à la dernière once de ses forces, il ne pourrait créer qu’une seule chose.
Alors, s’il ne pouvait créer qu’une seule chose, pourquoi ne pas se servir de l’alchimie pour fabriquer quelque chose qui rendrait à cette nation son état d’autrefois ?
Demo s’arrêta et ferma les yeux. La mort était proche, il ne lui restait que peu de temps. À genoux, il façonna une image dans son esprit.
Tout était composé de minuscules blocs. L’or, l’acier, jusqu’aux grains de sable. Tous ces blocs étaient de même nature. Seule leur disposition variait.
Empilés de différentes façons, couche après couche, ils remplissaient le monde d’une multitude de choses. Rien ne semblait se ressembler, mais à bien y regarder, tout commençait de la même manière.
Cette maison, la terre, l’arbre solitaire qui se dressait là, le ruisseau qui coulait à ses pieds. L’animal sauvage qui s’y abreuvait.
Les humains aussi.
Demo ne savait pas quelle forme cela prendrait. Mais la créature errerait à jamais dans le Royaume doré et rendrait à cette terre maudite son état d’origine. Elle rendrait au pays sa beauté et l’offrirait à son roi.
En tant que Seigneur de l’Or, serviteur du roi.
L’image qui s’était formée dans son esprit enfla comme un monstre. Le pouvoir capable de transformer toute chose se tournait à présent vers son maître, prêt à exaucer le dernier vœu du mourant.
Arcane innée. Élixir.
Quand je repris connaissance, je me trouvais dans un petit atelier.
Elik, autrefois roi du Royaume doré, avait de nombreux disciples. Il leur avait aménagé des espaces au sein du palais et veillait sur eux. Dans des pièces dotées de petits ateliers, ses disciples perfectionnaient leurs talents.
Cette pièce était chargée de souvenirs pour le Seigneur de l’Or, à bien des égards. Entre autres, c’était là qu’il avait autrefois rempli une pièce entière avec une seule pièce d’or.
Au milieu de la pièce, un jeune homme était assis devant une cloche dorée.
C’était le Seigneur de l’Or, un peu plus âgé que lorsque je l’avais vu dehors. Comme au moment de sa mort, il portait un carcan autour du cou et des entraves aux pieds. Puisqu’il s’agissait d’un espace situé dans son esprit, on aurait dit que, même mort… il se considérait comme un criminel.
« … Qui es-tu ? »
Le Seigneur de l’Or parla lentement, sans relever la tête. Je haussai les épaules et m’assis en face de lui.
« Je suis un voleur tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Je suis venu dérober une relique. Alors, il n’y a ni épreuve ni test, ici ? »
« … Il n’y a rien de tel. Je n’ai aucun regret qui me retienne. »
Tout en parlant, le Seigneur de l’Or continuait à fixer intensément la cloche dorée. C’était la cloche d’acier qu’il avait directement transformée en or, le symbole du plus éclatant souvenir de sa vie.
Le premier tribut, celui qui l’avait lié à elle alors qu’il était encore innocent.
Il prétendait n’avoir aucun regret alors qu’ils lui dégoulinaient presque de partout. Il y avait des limites à ce qu’on pouvait raconter comme mensonges.
« Si tu n’en avais vraiment aucun, il ne te resterait pas de pensée obsédante. Pourquoi ne pas m’en parler ? »
« Je me suis mal exprimé. Personne ne peut apaiser le regret qui me ronge. Ce serait pareil même si tu m’amenais un faux sosie de Sa Majesté. La véritable Sa Majesté ne peut pas revenir. »
Il se livrait plutôt facilement, malgré ce qu’il disait. Après tout, si les pensées obsédantes existaient, c’était parce qu’elles voulaient être comprises par quelqu’un. Il ne pouvait donc pas se taire.
Ça prendrait du temps, mais maintenant que j’étais arrivé là, je finirais par tout lire. Je pris soin d’examiner l’image dans son esprit, puis repris :
« Tu sais qu’elle ne peut pas revenir, alors pourquoi gardes-tu ce palais ? À quoi bon protéger un palais sans maître ? »
« Parce que je dois réparer tous mes péchés. »
« Tes péchés ? »
« Oui. Mes péchés. Celui d’avoir entraîné une nation glorieuse dans la guerre et d’avoir plongé tout un peuple dans la pauvreté de l’or. »
Le Seigneur de l’Or parlait comme s’il se confessait.
« Le Royaume doré était un paradis. Une nation d’acier où des artisans exceptionnels œuvraient aux quatre coins du pays, sous le règne du grand roi Elik. C’est moi qui ai précipité cette nation vivante et lumineuse dans l’abîme. Sans moi, cela ne serait jamais arrivé. »
« Parce que tu as produit de l’or en masse ? »
« … Oui. L’or n’a de valeur que parce qu’il est rare. Pourtant, j’en ai créé sans même connaître cette vérité toute simple. Encore et encore. Je ne me suis pas contenté de le faire de mes propres mains ; j’ai aussi formé d’autres alchimistes. »
S’il n’y avait eu qu’un seul Seigneur de l’Or, les choses ne seraient peut-être pas allées aussi loin. Mais le Seigneur de l’Or croyait sincèrement que l’or enrichirait son pays. Voilà pourquoi il avait partagé si généreusement un savoir si précieux.
Il avait sans doute imité Elik sur ce point aussi. Mais contrairement à l’autorité d’un roi, qui se limitait à une personne, l’alchimie elle-même était un Dieu démoniaque. L’or se répandit au-delà de tout contrôle.
Le Seigneur de l’Or contempla la cloche dorée, le visage ravagé.
« Je suis un grand pécheur qui a conduit sa nation à la ruine. Pour expier ce péché, je dois me souvenir du Royaume doré. Je dois le créer. Je dois le restaurer. Même si ce n’est rien de plus qu’un souvenir. »
C’était pour cela que le Seigneur de l’Or avait recréé le Royaume doré à sa portée. Il l’avait reconstitué tel qu’il croyait qu’il avait été à son heure de gloire.
Un château grandiose. Une ville prospère. Même des champs fertiles. Le Royaume doré avait beau avoir disparu dans les méandres de l’histoire, il avait toujours existé à l’intérieur du Palais doré. C’était un pays façonné par un seul homme ; il avait donc toutes sortes de défauts.
Je vois. Seigneur de l’Or. Ton souhait était de rebâtir le Royaume doré. C’était très bien, mais…
Hum. Était-ce vraiment tout ? Était-ce là tout ce que tu pouvais faire ?
Avant d’en venir au fait, je lui adressai quelques paroles sincères de réconfort pour rendre la conversation plus agréable.
« Ce n’était pas ta faute. Personne ne savait qu’avoir davantage d’or appauvrirait les gens. »
« Cesse de me réconforter sans le penser. Ne pas savoir n’est pas un péché. Je mérite leur ressentiment. »
Sans le penser ? Qu’est-ce qu’il racontait ? Je pouvais bluffer, mais je ne disais pas ce que je ne pensais pas. J’étais sincère avec moi-même.
« On dirait que je raconte n’importe quoi ? Pas du tout. Je ne t’en veux pas. En fait, je te suis reconnaissant. »
Je le pensais vraiment. C’était bien mieux ainsi. Le Seigneur de l’Or valait des centaines, non, des milliers de fois mieux qu’une Grande Maîtresse de l’Abîme qui avait hésité pour rien et perdu la vie sans raison.
Parce qu’il l’avait fait. Contrairement à ce Dieu démoniaque, qui avait hésité jusqu’à ce qu’on lui retire ses choix et qu’il ne lui reste que des regrets, lui avait fini par réussir, et c’était un exploit de l’humanité !
« Grâce à toi qui as produit de l’or en masse, les humains peuvent faire une chose de plus ! »
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>