Chapitre 350
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 350 : Bilan à mi-parcours
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La queue entre les jambes, nous prîmes la fuite et nous cachâmes dans un coin du champ de maïs. Celui-ci était immense, et le Seigneur de l’Or n’était pas très doué pour les recherches. Grâce à cela, nous eûmes le temps de reprendre notre souffle.
Ce n’était pas pour autant que nous pouvions nous détendre. L’atmosphère autour du champ avait clairement changé.
Des pas lourds résonnèrent au-dessus de nous. Le groupe de recherche était arrivé jusque-là. Je retins mon souffle jusqu’à ce que les pas s’éloignent, puis pris la parole.
« Beurk. On dirait qu’il y a un tas de monde qui traîne dehors. »
« Ce ne sont sûrement pas des homoncules. Ils ne peuvent pas sortir du Palais doré. C’est probablement les soldats du Seigneur de la Suppression. »
« Si on les attaque, les homoncules se mettront quand même à notre recherche. Ça revient au même. »
Heureusement, ils ne trouvèrent pas la moindre trace de nous. Nous étions cachés sous terre.
Quand nous eûmes suffisamment distancé nos poursuivants, la Régresseuse se servit de Jizan pour creuser sous terre avec une aisance qui trahissait l’habitude. En temps normal, la terre excavée aurait posé problème, mais son Jizan avait le pouvoir remarquable de la compacter plus profondément sous le sol. Nous nous retrouvâmes ainsi dans une cachette confortable, qui n’avait presque rien d’un trou.
Dans la nature, les animaux menacés préféraient instinctivement les endroits sombres et étroits. L’obscurité les dissimulait aux yeux des prédateurs, tandis que les espaces exigus les protégeaient des attaques extérieures.
Les humains, seigneurs de toute la Création, ne faisaient pas exception. Je m’allongeai dans un coin et savourai ce confort.
« Ah… C’est agréable. »
« Toi aussi, tu trouves ? Moi aussi. Pour être honnête, je commençais à en avoir un peu marre : vous essayez tous de sortir en plein jour, ces derniers temps. »
« Non, si on sort, il faut que ce soit de jour. On ne va pas vivre ici pendant mille ans. »
… Même si je ne pouvais toujours pas rivaliser avec un vampire sur ce point.
« Et puis, regarde Perru. Il tousse. L’air est peut-être mauvais, ici. »
« … Hum. C’est à cause de toi… »
Perru parla d’une voix mourante, le visage déformé par la douleur.
Quelle exagération. Je le répétais souvent, mais j’étais un homme ordinaire. Même en frappant de toutes mes forces, un coup de poing sans qi restait dans les limites de l’ordinaire. Perru pouvait encaisser ça.
À bien y réfléchir, c’était le prix à payer pour lui avoir sauvé la vie. J’aurais bien reçu cent coups pour le prix d’une vie.
« Bon, je te le redemande. Tu veux bien coopérer avec nous ? »
« … Hum, hum. Si tu parles de coopération, j’en ai déjà fait suffisamment. »
« Hmm. Tu es d’une obstination sans nom. Shei, un couteau. »
Je tendis naturellement la main vers la Régresseuse.
« Je t’ai laissé quelque chose, peut-être ? Pourquoi tu te permets de donner des ordres ? »
En grommelant, la Régresseuse tira de son espace subdimensionnel un poignard lisse et me le tendit. Ce n’était pas un trésor inestimable, mais il avait été fabriqué à partir du croc d’une bête rare. Même avec de l’argent, il était difficile de s’en procurer un ; si je négociais bien, je pourrais probablement acheter une maison dans une grande ville avec.
… Elle me refilait un objet pareil sans hésiter. À quel point était-elle riche ? Je ferais mieux de le garder plutôt que de le lui rendre.
Hum. Bref. Accroupi comme un malfrat, je pointai le poignard vers Perru. Je n’avais pas l’intention de le poignarder, mais une lame tranchante suffisait à intimider. Il ne pourrait pas résister éternellement.
« On dirait que ta vie ne compte pas pour toi. Même quand je te menace d’un couteau, tu refuses de coopérer… »
Au moment où je fis mine de le poignarder, la lame noircit et s’effrita comme de la poussière. En un instant, le poignard fait d’un croc de bête disparut, ne laissant que son manche de cuir.
« Hein ? »
Mon argent s’était transformé en tas de poussière ? Le pouvoir du Vert-de-gris pouvait réduire en miettes même les dents d’une bête ? Mais quel genre de… Comment quelqu’un doté d’un pouvoir pareil avait-il pu naître dans les États inférieurs ?
Craignant qu’autre chose ne s’effrite à son tour, je jetai le manche de cuir et m’empressai de reculer. La Régresseuse, qui nous observait, lança alors un avertissement sec.
« Seigneur du Vert-de-gris. Ne te sers pas de ton pouvoir à la légère. Tu pourrais en mourir. »
Elle était sérieuse. Son intention meurtrière visait la gorge de Perru. Chanteciel et Jizan ne rouilleraient pas grâce à leur autorité ; même Perru ne pourrait donc pas arrêter l’attaque de la Régresseuse.
Pourtant, Perru resta calme face à cette intention meurtrière.
« … Tue-moi. De toute façon, je… Hum. Je ne sers à rien. »
« … Si j’utilise mon pouvoir, les matériaux dont le Seigneur de l’Or pourrait se servir disparaissent. Même si une guerre éclate, je ne peux pas y prendre part. Un pouvoir qui ne fait que détruire ne vaut rien… »
Perru restait inflexible même au beau milieu du territoire ennemi. Cela ressemblait moins à de la loyauté qu’au désespoir, et le rendait d’autant plus difficile à faire changer d’avis.
La Régresseuse claqua la langue.
« Tss. Hughes. Le menacer avec un couteau ne marche pas. »
« Alors, si je le menace avec de l’argent ? Perru, si tu coopères avec nous, on te donnera la moitié des États inférieurs. Tu seras riche. »
« … Hum ! J’en veux pas. »
À bien y réfléchir, même si Perru avait de l’argent, celui-ci s’effriterait ; il ne pourrait donc pas en faire grand-chose. Hmm. C’était compliqué. On disait que les gens qui n’avaient rien à perdre étaient les plus redoutables. Les couteaux et l’argent n’avaient aucune prise sur Perru, qui avait choisi de vivre sans rien posséder.
J’eus beau lire ses pensées, je ne trouvai aucune réponse. Un être humain normal aurait dû se laisser tenter par l’argent ou intimider par un couteau. Je protestai longuement.
« Les couteaux, ça ne marche pas. L’argent non plus. Qu’est-ce que le Seigneur de l’Or a bien pu faire pour toi, pour que tu lui sois aussi loyal ? On dirait même qu’il ne te paie pas. »
« … Ce n’est pas une question de bien ou de mal. Cette terre, la nourriture qui y pousse, cette vérité qu’est l’alchimie… Tout vient du Seigneur de l’Or. Cette personne est tout pour les États inférieurs… Tu ne comprendrais pas. »
Le Seigneur de l’Or semblait vivre dans le Royaume doré, mais je supposai que celui-ci faisait lui aussi partie des États inférieurs. Dans l’impasse, je me grattai la tête.
Perru n’avait aucune avidité. Le problème, c’était que ce n’était ni de la foi ni une conviction. C’était une conclusion rationnelle.
Pour Perru, qui réduisait tout en miettes, la notion de propriété était floue. Il était toujours plus avantageux de donner aux autres et de s’attirer leur bienveillance que de posséder des choses. S’il utilisait par mégarde son Arcane innée, tout ce qu’il possédait finirait en débris.
C’était une stratégie de survie valable et rationnelle, fondée sur la sociabilité humaine. Je ne pouvais ni nier ni corriger cette façon de vivre. Autrement dit, dans la situation actuelle, je n’avais aucun moyen de persuader Perru.
« Qu’est-ce qu’il avait de si extraordinaire, le Seigneur de l’Or ? »
Je grommelai, puis perçus une présence suspecte au-dessus de nous. Comme si nous nous étions concertés, nous nous tûmes tous. La présence rôda un moment sans raison, avant de se diriger vers l’entrée.
La Régresseuse empoigna Chanteciel et se leva.
« Tss ! On s’est fait repérer parce que tu parlais ? »
« Tout ça, c’est la faute de Perru qui toussait ! Ah, ne me dis pas… Il a toussé exprès pour laisser un indice et signaler notre présence ? »
« … Hum. Je tousse à cause de toi… »
« Vous n’avez pas tous les trois fait du bruit ? »
Nous parlâmes tous en même temps en fixant le trou qui menait à la surface. Nous avions recouvert l’entrée de terre et d’herbe, mais quiconque y regardait de près pouvait la repérer. Tandis que nous échangions nos avis, l’air grave, une voix familière nous parvint à travers l’ouverture.
« Toc, toc~. Il y a quelqu’un~ ? Les émissaires de paix de l’État militaire~ ? »
C’était Hilde.
Enfin, je le savais déjà pour avoir lu ses pensées.
Hilde se glissa naturellement par l’ouverture de l’entrée. À la vue de son air insouciant, la Régresseuse lui demanda d’un ton mécontent :
« Comment tu as su où nous trouver ? »
« Le maïs que vous avez écarté pointait par ici comme une boussole, tu sais ? C’était tellement évident que même avec « mes » rudiments en pistage, je l’ai remarqué tout de suite ! C’était si flagrant que j’ai craint que ce ne soit une fausse piste ! »
« Tu es vraiment douée pour les petits tours inutiles. »
« Tu pourrais juste dire que je suis incroyable. Shei, tu n’es pas très honnête ! »
« Je n’ai jamais pensé ça ! »
Hilde ricana, fit volte-face et prit un ton théâtral.
« Plus important, les amis, on a un problème~. Le Seigneur de l’Or fabrique des armes ! On dirait qu’il se prépare sérieusement à la guerre ! »
« Des armes ? »
« Oui ! Comme ça ! »
Hilde sourit doucement et tendit la main vers l’entrée. Elle saisit quelque chose qu’elle avait laissé dehors et tira de toutes ses forces. Un monticule de terre s’effondra, dévoilant une armure à la texture métallique brute.
Des grèves, un casque, une cuirasse, et même des gantelets. Les différentes pièces de l’armure roulèrent sur le sol, dans un grand fracas.
« Une armure de plates. »
« Oui ! Une armure complète ! Elle était si solide que même « ma » force n’a réussi qu’à la cabosser ! Est-ce qu’il pourrait exister une armure encore plus incroyable ? »
Les armures l’emportaient naturellement sur les mains nues dans un combat, mais les choses étaient différentes face à un maître du qi. En recouvrant son corps de qi, on le rendait aussi dur que l’acier ; certaines techniques permettaient même d’insuffler du qi dans le fer pour le détruire de l’intérieur.
Si cette armure n’avait pu être que cabossée après avoir reçu le coup d’un des Six Généraux, ces combattants les plus puissants de l’État militaire et ces maîtres accomplis, alors elle méritait amplement le titre de trésor du siècle.
Malgré tout, une armure pareille ne pouvait pas être courante. Vu la qualité de l’acier alchimique et les techniques de forge utilisées, une seule devait coûter autant qu’un château entier…
« Ces armures sont alignées dans le champ comme des épis de maïs ! »
Pour le Seigneur de l’Or, le Dieu démoniaque de l’alchimie, elles ne valaient pas plus que du maïs. Non, peut-être étaient-elles encore plus faciles à fabriquer.
« Et ce n’est pas tout. Il y a des armes, des montures… Toutes sortes de choses terrifiantes traînent partout. On dirait que le Seigneur de l’Or compte construire un immense arsenal de l’autre côté du champ. J’imagine… qu’il a trouvé une raison de se servir de ces armes, non ? »
Inutile de le préciser. Elik avait déclaré que la guerre commencerait.
Hilde ramassa un gantelet, puis le laissa tomber en interrogeant la Régresseuse.
« Euh, on n’était pas censés négocier la paix ? Qu’est-ce qui s’est passé, ici ? Vous pourriez m’expliquer en deux mots, en tant qu’émissaires de paix de l’État militaire ? »
« Je vais t’expliquer. »
La Régresseuse n’avait pas été là depuis le début ; elle ne connaissait donc pas toute l’histoire. À sa place, je résumai ce qui s’était passé au Palais doré : Elik voulait poursuivre la guerre. Le Seigneur de l’Or était d’accord avec lui. Les homoncules étaient apparus les uns après les autres. Puis nous nous étions évadés de justesse, dans un final spectaculaire.
Après avoir tout entendu, Hilde se gratta la tête et sourit, embarrassée.
« Ahaha~. J’imagine qu’un cessez-le-feu était vraiment impossible~. C’est fâcheux. Si le Seigneur de l’Or commence ses préparatifs de guerre maintenant, notre plan tombera à l’eau. »
« Un plan ? »
« Oui~. Une guerre mobile menée par les officiers des transmissions de l’État militaire. Nous devions briser la fragile alliance des seigneurs et couper leurs communications pour semer la confusion, occuper diverses régions, puis avancer jusqu’à Claudia~. »
Hilde poussa un léger soupir, enroula une mèche autour de son doigt et se lamenta.
« C’est fâcheux~. Si le Seigneur de l’Or rallie les seigneurs, les États inférieurs ne seront pas faciles à combattre. Si la guerre éclate dans ces conditions, ce sera une véritable guerre totale. L’État militaire comme les États inférieurs subiront d’énormes pertes. Hélas… Que faire ? »
Hilde parlait au nom de l’État militaire. On nous avait envoyés comme émissaires de paix, et voilà que nous avions laissé passer notre chance en éveillant la méfiance de l’autre camp. Hilde présentait les choses avec légèreté, mais les pertes, une fois chiffrées, seraient colossales.
La Régresseuse, qui se retrouvait soudain sous le feu des critiques, bafouilla :
« Euh… Eh bien. »
« Ce n’est pas grave. Ne vous en voulez pas trop, les amis ! Vous avez un moyen de vous rattraper après ce gros échec ! »
Comme si elle s’y était attendue depuis le début, Hilde répondit avec le sourire.
« Si la guerre éclate, elle devra bien finir un jour, non ? Naturellement, mieux vaut y mettre rapidement un terme par une force écrasante. Comme ça, moins de gens mourront et moins de ressources seront gaspillées. Mais les vôtres, Shei comprise, ont peu à peu affaibli la puissance de l’État militaire. Vous l’avez aussi privé de l’un de ses rares avantages, sa mobilité, en menaçant le quartier général, l’épée sous la gorge. »
La Régresseuse avait attaqué l’État militaire uniquement pour empêcher la guerre qui marquerait le début du chaos. Pourtant, si elle échouait à convaincre les États inférieurs, alors, quelles que soient ses intentions, elle avait de fait pris leur parti.
C’était clairement la faute de la Régresseuse : elle s’était servie du cessez-le-feu comme d’un moyen de pression pour menacer l’État militaire.
Hilde insista sur ce point avant de poursuivre :
« Mais si vous prenez tous part à la guerre, l’équilibre sera rétabli ! »
S’ils avaient causé tout ce gâchis, ils devaient en assumer les conséquences. Hilde sourit tout en faisant pression sur la Régresseuse.
Notes :
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