Chapitre 346
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 346 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 6
──────
La première chose qui me parut étrange fut la petite colline visible au loin. Le spectacle n’avait rien d’extraordinaire : une crête s’étirait à l’extrémité de mon champ de vision.
Sauf qu’aucune colline de ce genre n’existait avant que nous arrivions au Palais doré.
Un paysage invisible de l’extérieur. Était-il réel ou illusoire ? Pour quelqu’un comme moi, dépourvu de capacités spéciales, il me fallait la lecture des pensées pour faire la différence.
Mais je n’avais aucun moyen de le découvrir, à présent.
Car pas une seule personne appartenant à ce Palais doré n’était en vie !
Hecto, le seul humain du Palais doré, me désigna du doigt et prit la parole.
« Seigneur d’Or. C’est lui. »
Elik m’examina attentivement. Je lus calmement son expression. Ou devrais-je dire la sienne ?
Les empreintes résiduelles n’étaient pas vivantes. Elles n’étaient que les traces de personnes qui avaient existé ; je pouvais donc apprendre pas mal de choses à leur sujet, mais pas les lire aussi complètement que des humains vivants. Autrement dit, ma lecture des pensées était pratiquement scellée pour l’instant.
Tyr avait disparu, j’étais seul au cœur du territoire ennemi, et ma lecture des pensées ne fonctionnait pas. La situation devenait dangereuse.
Tandis que je me demandais si je devais prendre la fuite, Elik sortit un carnet, y lut quelque chose, puis parla.
« Vous avez dit être venu comme émissaire pour négocier une trêve. »
« C’est exact. Apparemment, ils ne veulent pas de conflit dans les Plaines de l’Abîme. »
« … Le pays des opportunités, maintenant que l’Abîme a disparu ? »
Il feuilleta de nouveau son carnet et y lut quelque chose. J’eus beau fixer le dos du carnet, impossible de voir ce qui était écrit dedans.
Si ma lecture des pensées avait fonctionné normalement, j’aurais lu le contenu du carnet d’Elik, découvert ce qu’il pensait et ce qu’il comptait faire. J’aurais su ce qu’il aimait et détestait, ainsi que ce qui lui était arrivé par le passé. Pourtant, Elik ne dégageait rien de tel.
Seules flottaient dans l’air les causes de la chute du Royaume doré, survenue il y a bien longtemps, et les regrets persistants d’Elik.
Que s’était-il passé, au juste ? Je voulais en savoir davantage, mais ma lecture des pensées ne me servait à rien.
Tandis que je réfléchissais, Elik acheva de se forger un jugement — ou l’équivalent d’une pensée — et ouvrit la bouche.
« Seigneur de la Suppression. Quel est votre avis ? »
Il ne semblait nullement étrange qu’Elik s’adressât de haut à un vieillard. Même s’il était un cadavre, celui d’un roi conservait son autorité.
Peut-être habitué à cette attitude, Hecto s’adressa naturellement à la femme qui paraissait bien plus jeune que lui avec respect.
« Je ne crois pas que ce soit une mauvaise proposition. Cela fait bien trop longtemps que les Petits États ne cultivent plus correctement leurs terres. Même si nous mettions des semences entre les mains de ces chacals, ils les dévoreraient sans doute en un seul repas. Ne serait-il pas plus raisonnable de laisser l’État militaire cultiver ces terres, puis d’en prélever notre part… ? »
« Vous avez tort. »
Elik trancha sans laisser place à la discussion. Hecto pinça les lèvres. Tandis qu’il observait son expression et tentait de saisir le sens des paroles du Seigneur d’Or, Elik se tourna vers moi et tendit une main.
« Les Plaines de l’Abîme appartenaient à l’origine au Royaume doré. Elles lui appartiennent depuis sa fondation et lui appartiendront toujours. »
Le Royaume doré… ? Pourquoi évoquer un pays disparu depuis si longtemps ?
« Si vous n’avez pas oublié l’Histoire, vous savez que la maison Elik utilisait l’Abîme comme dépotoir pour ses ouvrages ratés. N’est-ce pas, émissaire ? »
Elik parlait avec fierté, comme s’il était encore roi. Une attitude bien trop assurée pour un souverain qui avait été « dévoré » par le Seigneur de l’Or.
Peut-être… Si mon hypothèse était juste…
Mais l’était-elle ?
Je pris une profonde inspiration.
Il fallait que je l’accepte. Ma fidèle amie, la lecture des pensées, m’avait accompagné toute ma vie, mais elle ne me servait à rien pour l’instant.
Pourtant, la lecture des pensées n’était pas mon seul atout.
Ma lecture des pensées ne me permettait pas non plus de lire autre chose que les cœurs humains. Je ne pouvais pas lire les pensées des bêtes, ni prévoir la météo du lendemain. J’ignorais même ce que deviendraient les graines que je plantais aujourd’hui. Je n’étais pas prophète.
Pourtant, la véritable capacité de l’humanité n’était pas la lecture des pensées. C’était de mettre tous les moyens disponibles au service d’un objectif.
Les humains étudient le monde, le démontent, le prédisent et l’utilisent. Même lorsqu’ils échouent, ils font de cet échec un tremplin et avancent de nouveau. L’impossibilité n’est un verdict qu’une fois toutes les possibilités épuisées et soigneusement examinées. Parfois, le temps fait apparaître des possibilités qui n’existaient pas auparavant.
Rien ne m’empêchait de déclarer une chose impossible après avoir prouvé qu’elle ne pouvait être faite. Renoncer d’avance, ça, c’était le propre des prophètes.
Essayons. Commençons par mon hypothèse.
« C’est exact. Le Royaume doré, pays des artisans, avait pour coutume de jeter dans l’Abîme les cendres restantes après avoir brûlé du bois de chauffage, ainsi que les débris métalliques qu’on ne pouvait plus réutiliser. Entre le Royaume et le Royaume doré, c’est ce dernier qui s’intéressait davantage à l’Abîme et en exerçait de fait le contrôle. »
« Vous en savez long. »
« Mais cela ne concernait que les relations entre le Royaume doré et le Royaume. »
Le Seigneur de l’Or était connu comme une énigme des Petits États, mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle il portait ce titre.
Le mot « Or » précisait son titre. « Seigneur » désignait un vassal du roi.
Autrement dit, le titre même de Seigneur de l’Or contenait le Royaume doré.
Pourquoi avait-il choisi ce titre ? Peut-être que le Seigneur de l’Or n’avait toujours pas oublié le Royaume doré. Ou peut-être…
« Les relations entre les Petits États et l’État militaire sont précisément l’inverse. Devenus le pays de l’alchimie, les Petits États avaient si peur de perdre définitivement leurs coûts alchimiques qu’ils n’osaient même plus s’en approcher, n’est-ce pas ? Ensuite, l’État militaire a investi dans ces terres abandonnées et obtenu des résultats. N’est-ce donc pas lui qui y a désormais le plus gros intérêt ? »
« Vous prétendez être un émissaire, mais vous ne mentionnez que les arguments favorables à votre pays. Soit. Je vais tout de même vous montrer votre stupidité. »
Et alors ? Peu m’importait que les Plaines de l’Abîme appartiennent à l’État militaire ou aux Petits États. Ce qu’il me fallait, à présent, c’était des informations.
Le Seigneur de l’Or s’activait sans cesse à créer des choses. Pourtant, tout ce qu’il fabriquait était étrange. Le champ de maïs, passe encore, mais les villes de pierre et les remparts gigantesques étaient des ouvrages dépassés. L’alchimie avait tant progressé qu’on prétendait les murs inutiles ; pourtant, le Seigneur de l’Or, à l’origine même des alchimistes, en construisait.
Ils existaient peut-être parce que le Seigneur de l’Or les avait bâtis. Mais la question de savoir pourquoi il les avait construits demeurait entière.
Une simple hypothèse suffisait également à résoudre cette énigme.
« Vous avez tort. Cet endroit est le Royaume doré. »
Peut-être que le Seigneur de l’Or…
Peut-être était-il en train de créer le Royaume doré sur ces terres.
« C’est absurde. Le Royaume doré a été détruit par le Seigneur de l’Or. »
« Vous avez tort. Il y a ici un roi, un territoire et des sujets qui lui obéissent. Ce sont le roi du Royaume doré, le territoire du Royaume doré et le peuple du Royaume doré. Par conséquent, cette nation est le Royaume doré. »
« Le roi Elik du Royaume doré est mort. De la main du Seigneur de l’Or ! Vous n’êtes pas le roi Elik ! »
« J’existe toujours. Comment appelleriez-vous quelqu’un qui possède la mémoire, l’apparence et les capacités du roi ? »
L’élément le plus indispensable au Royaume doré n’était autre que son roi. Pour créer le Royaume doré, le Seigneur de l’Or avait dû commencer par recréer le roi Elik.
Bien. J’en distinguais à présent les grandes lignes. Elik, le Seigneur d’Or, était un homoncule, une création du Seigneur de l’Or. Cela signifiait que le Seigneur de l’Or lui-même devait se trouver quelque part dans cet espace.
« Je suis venu négocier avec le Seigneur de l’Or, souverain des Petits États. Pas avec Elik, roi du Royaume doré. Faites venir le Seigneur de l’Or. Je négocierai avec lui. »
Faisons venir le Seigneur de l’Or. Si je pouvais le voir en personne, tous les mystères seraient résolus.
Mais Elik n’agit pas comme je m’y attendais.
« Vous n’avez pas la moindre manière. Fort bien. Je vais clarifier les choses. »
Elik tendit la main.
Il transmutait le sol, et une immense lance surgit de terre comme un arbre. Transmuter de la terre ordinaire n’aurait pas dû produire de l’acier alchimique coûteux, mais ces terres appartenaient au Seigneur de l’Or. Les vieilles notions comme l’échange équivalent n’avaient pas cours ici.
Elik brandit d’une seule main la lance, qui faisait plus de deux fois sa taille. Forgée dans un métal extraordinaire, elle luisait d’un éclat froid tandis qu’elle se dirigeait vers mon cou.
« Il n’est pas de déclaration de guerre plus claire que la décapitation d’un émissaire. Je vais vous le démontrer par les actes, plutôt que par les paroles. »
Hein ? Avais-je trop insisté ? Je lui avais demandé de faire venir le Seigneur de l’Or, et voilà qu’il voulait soudain me tuer. J’avais dû toucher un point sensible !
« A-attendez un instant. Pensez à ceux qui sont derrière moi. »
« Cela n’a aucune importance. Je vous exécuterai moi-même. »
« Non, Votre Majesté ! Je vous assure ! »
J’allais mourir à ce rythme. Sans la lecture des pensées, je n’avais aucun moyen de tenir tête à cet homoncule. Avec elle, j’aurais pu trouver une échappatoire. Non, je ne lui aurais même pas demandé de faire venir le Seigneur de l’Or ! Rendez-moi ma lecture des pensées !
C’est alors qu’Hecto, qui avait écouté en silence, s’empressa de dissuader Elik.
« Je vous en prie, attendez, Seigneur d’Or. On ne peut pas ignorer leur puissance. »
« D’après le Seigneur du Vert-de-gris, la Progenitrice Tyrkanzyaka fait partie de ses compagnons. Les vampires qui exercent leur domination sur le sang sont redoutables. Si possible, mieux vaudrait l’envoyer au duché sans incident… »
Mais Elik ignora même le conseil d’Hecto et réajusta sa prise sur la lance de fer.
« Peu importe qui viendra, rien n’y changera. Le Royaume doré perdurera à jamais sous forme d’acier. »
« Grr… »
Devais-je me battre ? Je n’avais même pas de diamant. Combien de temps pourrais-je tenir avec mes cartes et ma magie ?
Au moment où je tirai une carte et me préparai à livrer un combat désespéré, une cloche au son clair retentit.
Le son n’était pas fort. Pourtant, sa résonance ample et pure suffisait à me faire comprendre que la cloche avait été façonnée avec soin. Si elle avait été en fer plutôt qu’en or, elle aurait produit une harmonie capable d’émouvoir ceux qui l’entendaient.
Elik tourna le regard. Au bout de celui-ci se trouvait la porte de la salle communale, qui s’ouvrait lentement. Une voix innocente s’éleva dans l’entrebâillement.
« Votre Majesté ! J’ai terminé ! »
Au même instant, une sensation m’étreignit, comme si tout ce qui existait au monde s’était éloigné de moi.
Ce n’était pas qu’une impression. Une barrière invisible, mais ténue, me séparait d’eux. Ma main ne pouvait avancer davantage, comme si l’air s’était changé en verre.
Ma voix ne pouvait probablement pas les atteindre non plus. Peut-être ne me voyaient-ils même pas. Comme si mon existence avait été exclue du monde de l’autre côté.
Ce n’était pas le fruit de mon imagination. La seule arrivée de cet homme suffit à changer les expressions d’Elik et d’Hecto. Arborant un sourire radieux que je ne lui avais pas vu jusque-là, Elik accueillit celui à qui appartenait cette voix.
« Demo. »
Il prononça le nom du Seigneur de l’Or.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>