Chapitre 344
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 344 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 4
──────
Ce fut une embuscade rapide et furtive. Si j’étais venu seul, j’aurais peut-être perdu la vie avant même de comprendre ce qui se passait. Mais pourquoi avais-je emmené Tyr, sinon ? Quand il s’agissait de me protéger des humains, Tyr était la compagne la plus fiable que je pouvais espérer.
Azzy me protégeait aussi, mais elle ne servait pas à grand-chose contre les humains. La régresseuse, elle, était redoutable contre eux, mais ne me protégeait pas.
Les ténèbres jaillirent de sous le parasol noir de Tyr. L’ombre qui m’avait attaqué fut engloutie par elles et plaquée au sol. En me retournant, je vis Tyr, le poing serré.
Elle était vraiment fiable. J’avais misé sur le bon cheval.
« Ça ne pose pas de problème d’utiliser les ténèbres en plein soleil ? »
— Un peu, ça ne fait rien. Et puis, ici aussi, on est à l’ombre.
Tandis que Tyr et moi bavardions tranquillement, une voix s’éleva de l’assaillant prisonnier des ténèbres.
« Je vous préviens. C’est pour votre bien. »
Bien qu’immobilisé au sol, l’assaillant parlait sans la moindre agitation.
« Si vous voulez vous protéger, faites demi-tour et partez tout de suite. Oubliez ce que vous avez vu, effacez de votre mémoire ce que vous avez entendu, et partez. Ne revenez jamais ici. Votre curiosité vous tuera. »
« Vous n’y allez pas un peu fort ? Comment voulez-vous que je ne sois pas curieux ? »
L’assaillant portait une épaisse robe et un masque doré, comme s’il cherchait à dissimuler entièrement son visage et sa silhouette.
Tous ces efforts ne servaient pourtant à rien. Même sous la robe, la bosse proéminente dans son dos sautait douloureusement aux yeux.
Un bossu. Je n’en avais vu qu’un seul dans les États mineurs.
Je m’approchai lentement, posai une main sur le masque doré et pris la parole.
« Vous devriez être mort, et pourtant vous voilà en vie. »
Clic.
Je détachai le fermoir, soulevai le masque doré et m’adressai au visage qui se trouvait dessous.
« N’est-ce pas, Seigneur des Fournaises Rowkett ? »
Le Seigneur des Fournaises, Rowkett. Le seigneur des États mineurs, qui avait manifestement perdu la vie aux mains de Hilde dans le campement, se tenait devant moi.
Une fois son identité révélée, l’homoncule marmonna d’une voix sans émotion :
« L’original est donc mort. Comme prévu, il n’était pas destiné à vivre longtemps. »
« Grâce à ça, je suis sûr que tu es un homoncule. Alors, nous sommes bien au Palais doré ? »
« Vous savez que c’est le Palais doré, et vous avez tout de même l’intention de vous en approcher ? Votre vie n’a donc aucune valeur ? Non. »
Le Seigneur des Fournaises leva les yeux vers moi, toujours à terre.
« N’avez-vous pas peur que votre âme soit souillée ici, que votre dignité soit bafouée, que votre existence soit violée ? »
« Je me moque des âmes, de la dignité et de l’unicité. La seule chose qui me soit précieuse, c’est ma vie. »
« Impressionnant. »
« De quoi tu parles ? Tu es bien plus poli que l’original. »
Nos compliments échangés firent naître une certaine chaleur entre nous. Qui aurait cru que nous pourrions avoir une conversation aussi normale ? Transformer un humain complètement dérangé en homoncule avait-il donc produit quelqu’un de sensé ?
Je m’attendais à trouver quelque chose de ce genre, mais j’avais de la chance que cela se soit présenté si vite. Ça m’épargnait de longues explications.
« Hughes… Ce serait… ? »
Quelqu’un qui était déjà mort se tenait devant nous. Tyr, d’ordinaire, n’était pas facilement étonnée, mais ce spectacle incroyable la stupéfia. Elle avait vécu mille deux cents ans et ne se laissait pas surprendre facilement ; pourtant, même elle avait toutes les raisons d’être bouleversée par la vérité qui venait d’éclater au grand jour.
« Ce que tu veux dire, c’est… que le Seigneur de l’Or peut créer des humains… ? »
C’était une supposition raisonnable, et elle se rapprochait de la vérité. Le Seigneur de l’Or n’avait toutefois pas atteint ce niveau. Je secouai la tête et désignai le Seigneur des Fournaises.
« Il ne peut pas créer des humains au sens propre. S’il en était capable, il n’aurait pas besoin d’imiter le Seigneur des Fournaises. Et s’il le faisait, la copie aurait la personnalité de l’original. »
Si le Seigneur de l’Or pouvait créer des humains, il devrait être le Roi de l’Humanité. Non, à bien y réfléchir, même le Roi de l’Humanité ne pouvait créer des humains qu’en ayant des enfants. Il faudrait l’appeler un dieu, puisqu’il surpasserait même un roi.
Mais le Seigneur de l’Or n’avait pas atteint le royaume des dieux. S’il était devenu un dieu, il n’aurait pas eu besoin de recueillir des humains.
« Mais au moins… il a créé un “corps” humain presque parfait. N’est-ce pas, Seigneur des Fournaises ? »
Le Seigneur des Fournaises secoua la tête.
« Parfait ? Non. Idéal. Le corps créé par le Seigneur de l’Or est une forme ultime qu’aucun humain imparfait ne pourra jamais atteindre. Si l’original avait été intact, ce corps n’aurait présenté aucun défaut. »
« Oh. Donc, une machine faite de chair et de sang. Les récoltes maudites par le Seigneur de l’Or sont pareilles ? »
« Les récoltes créées par le Seigneur de l’Or ne sont pas maudites. Au contraire, ses créations sont “idéales”. Ce sont des récoltes, mais leur affinité alchimique est exceptionnelle. »
L’affinité alchimique désignait la tendance d’une substance à réagir à l’alchimie. On savait que les arbres et l’herbe avaient une faible affinité alchimique en raison de leur structure irrégulière, mais les récoltes du Seigneur de l’Or étaient différentes.
Était-ce pour cette raison que ceux dont le corps avait été rempli des récoltes du Seigneur de l’Or entraient en résonance avec lui ?
« Et… il ne s’agit pas seulement du “corps”. Si l’on est un Seigneur qui comprend ne serait-ce qu’une fraction du grand principe du Seigneur de l’Or, alors même son image mentale… »
À peine le Seigneur des Fournaises eut-il prononcé ces mots que des explosions localisées éclatèrent sur tout son corps.
Les explosions libéraient chaleur et lumière. Les ténèbres volèrent en éclats, et les liens qui retenaient le Seigneur des Fournaises se relâchèrent un instant. Des ailes d’acier jaillirent de cette ouverture. Avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, le Seigneur des Fournaises s’élança haut dans le ciel.
« Les images mentales des Seigneurs de toute la Création ont pour noyau le Seigneur de l’Or. Même l’Arcane innée n’est qu’une technique que le Seigneur de l’Or peut reproduire. »
Le Colosse de Rowkett, le Dragonfaucon, apparut devant nous sous une forme bien plus féroce et puissante qu’auparavant. Le Seigneur des Fournaises enveloppa le Dragonfaucon de flammes et nous lança d’une voix tonitruante :
« Je suis le gardien du Palais doré ! Mourez en regrettant d’être venus ici… ! »
Tss. Quel idiot. Il agissait comme s’il était un véritable humain. S’il en avait été un, j’aurais lu ses pensées et lui aurais volé son Arcane innée.
Mais je ne pouvais pas lire les pensées de cette chose. Pas plus que je ne pouvais lui voler son Arcane innée. À bien y réfléchir, cette chose était…
[Laissez-les faire.]
Une voix s’éleva de quelque part. Le Seigneur des Fournaises, qui s’apprêtait à fondre sur nous en répandant des flammes, s’immobilisa brusquement dans les airs.
« Seigneur d’Or… ! »
Comme pour lui répondre, la voix de la femme appelée Seigneur d’Or résonna avec calme.
[Laissez-les venir. Le Seigneur de l’Or a besoin d’inspiration.]
« Urgh… ! »
Le Seigneur des Fournaises grimaça et retira ses flammes. Privé de sa propulsion, le Dragonfaucon retomba aussitôt au sol. Le Seigneur des Fournaises atterrit lourdement sur ses deux pieds, me lança un regard noir et cria :
« Vous… ! Vous regretterez de ne pas être mort ici… ! »
Il faisait preuve de considération envers nous, alors qu’il n’était rien d’autre que des pensées persistantes ? Quel cadavre.
Amusé, j’esquissai un sourire et tapotai l’épaule du Seigneur des Fournaises.
« Ça n’arrivera pas. Je ne regretterai rien avant de mourir. »
Le Seigneur des Fournaises me lança un regard noir, puis remit son masque doré. Je le laissai derrière moi tandis qu’il se détournait, et me dirigeai vers le Palais doré.
J’y étais presque. Je le sentais.
Le Seigneur de l’Or. Les pensées d’un Dieu démoniaque capable de créer toute chose.
* * *
Uriaa Elik, roi du Royaume doré qui possédait toutes les richesses du monde et Roi d’Acier qui avait maîtrisé toutes les formes de savoir et de technique, frappa sèchement le bureau de l’éventail qu’elle tenait, visiblement mécontente.
Ayant reproduit toutes les techniques du monde et acquis d’innombrables connaissances, elle souffrait désormais d’un ennui terrible.
Née avec l’autorité d’un roi, elle pouvait créer tout ce qui était créable. Dès lors que la frontière entre le possible et l’impossible était si nette, quel sens pouvait bien avoir un défi ? Incapable de goûter à la joie de percer les mystères de l’inconnu, Elik trouvait le monde aussi terne et monotone qu’un manuel scolaire.
La seule chose à laquelle elle se consacrait était la formation de disciples.
Les humains étaient des créatures pétries de chaos. Même Elik, qui comprenait tout, ne pouvait pas les prévoir. Leurs techniques n’arrivaient pas à la cheville des siennes, mais leur imagination, si dérisoire fût-elle, pouvait au moins faire jaillir une étincelle d’inspiration. Comme toutes les autres Elik, Uriaa Elik avait de nombreux disciples.
Dernièrement, même cela avait fini par la lasser.
Tout avait commencé par un exercice qu’Elik avait donné pour plaisanter.
« Remplissez cette pièce avec une seule pièce d’or. »
On disait souvent que c’était une épreuve de sagesse et d’ingéniosité, mais c’était faux.
En utilisant une pièce d’or comme capital de départ et en investissant judicieusement, on pouvait remplir cette pièce. Du moins, Elik en était capable.
Une épée plus tranchante et plus solide que toutes les autres pouvait se vendre plusieurs fois le prix d’une épée ordinaire.
Un alliage obtenu en combinant certains métaux dans des proportions précises pouvait passer pour un métal légendaire et se vendre au prix qu’on voulait.
Il suffisait de n’employer qu’une infime partie des nombreuses compétences d’Elik.
C’était ce qu’Elik attendait d’eux. Elle voulait que ses disciples se creusent la tête, malgré leurs capacités limitées, et tentent tous les moyens possibles pour faire fructifier au maximum leur pièce d’or.
Mais voilà que quelqu’un eut recours à une astuce facile.
« J’ai rempli cette pièce de la lumière des bougies. Même la splendeur de l’or s’efface devant la vraie lumière. N’est-ce pas la seule chose qui puisse véritablement remplir cette pièce ? »
C’était enfantin, mais parmi d’innombrables échecs, la réponse avait au moins le mérite d’être plutôt originale. Elik couvrit le disciple d’éloges. Ce n’était pas la direction qu’elle espérait, mais cela suffisait tout de même à l’inspirer.
Le problème survint ensuite.
« Une torche ! »
« Des bougies parfumées ! »
« De la fumée ! »
À partir de là, tout le monde se mit à donner la même réponse, comme s’il s’agissait de la bonne.
Même une réponse originale finissait par lasser à force d’être répétée. Si ce n’était qu’un raccourci, elle devenait agaçante. Elik prépara donc une deuxième question.
« Transformez ce que vous avez utilisé pour la remplir en or. »
Tout le monde en resterait bouche bée et s’arracherait les cheveux.
La question n’avait aucun sens profond. Elik cherchait simplement à se montrer cruelle. La lumière et le parfum perdaient toute valeur une fois dispersés ; elle voulait seulement tourmenter ceux qui avaient osé lui présenter, avec fierté, une solution facile qui ne durerait pas.
Le plan d’Elik fonctionna à merveille, et les disciples qui recouraient à des astuces faciles se firent peu à peu plus rares.
Puis un disciple, apparemment mal informé, arriva avec une petite cloche.
« Une cloche ! J’ai rempli cette pièce de son tintement ! »
Comme toujours, Elik lui donna la deuxième consigne.
« Transformez-la en or. »
« E-Excusez-moi ? En or ? »
Le disciple paniqua. Elik claqua bruyamment la langue, ayant deviné ses pensées.
Il y avait des artisans de ce genre. Ils savaient acheter et fabriquer, mais pas vendre. Ils pouvaient avoir tout le talent du monde ; s’ils n’avaient aucun sens des affaires, ils étaient condamnés à trimer toute leur vie et à mourir loin de chez eux. Elik fronça délibérément les sourcils.
« Vous voulez dire que vous en êtes incapable ? »
« Je… Je suis désolé. Je ne vois pas comment… Je vous en prie, apprenez-moi… »
La colère monta en elle.
Beaucoup avaient apporté des bougies ou de l’encens. Par pure méchanceté, Elik leur avait demandé de les transformer en or, car elle détestait les voir présenter fièrement une solution facile qui ne durerait pas. Ces fainéants qui copiaient l’astuce de quelqu’un d’autre sans réfléchir en pâliraient.
Pourtant, contrairement aux choses qui perdaient leur valeur avec le temps, une cloche conservait la sienne. Ce n’était pas la réponse qu’Elik espérait, mais celle que le disciple avait fabriquée était de bonne qualité ; son tintement clair résonnait au plus profond de l’âme. La vendre telle quelle aurait facilement permis de récupérer l’or dépensé pour la fabriquer.
Et le disciple prétendait que c’était impossible ?
Quand Elik avait loué l’ingéniosité de remplir la pièce de la lumière des bougies, elle avait récompensé sa pensée souple et son aplomb effronté. Mais cet imbécile répétait comme un perroquet une astuce entendue ailleurs, n’avait aucun sens des affaires et venait maintenant lui demander de le former.
Le visage d’Elik se déforma horriblement.
« Vous avez transformé de l’or en métal sans valeur, mais vous ne savez même pas transformer du métal en or ! Vous faites de l’or une ordure, et vous voulez devenir le disciple du roi ?! Sortez ! Ne revenez pas avant d’avoir transformé ça en or ! »
Au rugissement d’Elik, le disciple se retira, terrorisé. Après avoir chassé ce disciple pitoyable d’un seul coup, Elik s’assit en claquant la langue.
Le son de la cloche était agréable. Le son de la cloche.
Mais une telle technique était bien trop insignifiante pour Elik, qui possédait l’autorité de la compréhension. Dès qu’elle la comprenait, elle devenait trop facile…
De toute façon, aucune technique ne pouvait émouvoir Elik. Dans ce cas, un disciple ne devait-il pas au moins faire preuve d’un peu d’ingéniosité, comme l’insolent qui avait apporté des bougies ?
Si elle avait su que les choses tourneraient ainsi, elle n’aurait jamais dû féliciter ce disciple. Tout en se lamentant, Elik fit appeler le visiteur suivant.
Un jour passa.
Puis deux.
Pendant plus de trois jours, Elik s’occupa d’innombrables disciples et reçut des visiteurs venus de loin. Alors que le souvenir du disciple qui avait fabriqué cette jolie cloche commençait à s’effacer au fil de ses activités quotidiennes…
« J-J’ai réussi ! Éternelle Elik, j’ai accompli ce que Votre Majesté m’avait ordonné ! »
Le disciple avait tenu sa promesse : transformer la cloche en or.
La méthode, toutefois, dépassait de loin même l’imagination d’Elik, qui avait maîtrisé toutes les techniques et toutes les formes de savoir.
Devant Elik se trouvait une cloche d’or qui brillait d’un éclat éblouissant.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>