Chapitre 343
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 343 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 3
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Personne ne choisit la façon dont il naît. Le Roi de l’Humanité ne faisait pas exception. Existait-il une lignée spéciale réservée aux rois et aux nobles ? J’ouvris les yeux et découvris que j’étais le Roi de l’Humanité.
Vous pourriez croire que le Roi de l’Humanité était quelqu’un d’extraordinaire, mais un roi sans pays n’était rien de plus qu’un fou qui se prenait pour un roi. Et le Roi de l’Humanité après avoir perdu tous ses pouvoirs ? Un simple fou, un peu plus doué que la moyenne pour comprendre les gens.
Je voulais donc mener une vie ordinaire, en enchaînant les petits boulots et en me débrouillant comme tout le monde.
Le problème, c’était que le monde ne me laissait pas tranquille. Je m’étais retrouvé mêlé à des gens extraordinaires et, en animal adaptable que j’étais, je m’étais adapté à ma façon. Ça ne changeait pas ma nature pour autant.
Puis une Sainte Vierge était venue me mettre en garde. Elle avait dit que, si les choses tournaient mal, elle me punirait de ses propres poings. C’était injuste. Ça n’avait aucun sens ! Pourquoi fallait-il qu’on me batte à mort ?
L’émotion m’envahit. Je hurlai de toutes mes forces, animé par un profond sentiment d’injustice.
« Qu’est-ce que vous croyez que j’essaie de faire ? Je voulais juste mener une vie ordinaire, et voilà que je me retrouve embarqué dans une histoire bizarre ! »
« Vous avez touché au Jardin du Dieu démoniaque dans l’Abîme, et maintenant vous le niez ? »
« Le Jardin du Dieu démoniaque ? Qu’est-ce que c’est ? Ça se mange ? Qui a dit que j’y avais touché ? Vous avez rampé en moi pour vérifier ? En tout cas, c’est plutôt au Dieu céleste que je devrais demander des comptes ! On m’a capturé et jeté dans l’Abîme sans prévenir. Comme si j’avais eu mon mot à dire ! »
« Ne faites pas l’idiot ! Vous avez comploté avec le sorcier Lankart… ! »
Peruel, qui s’apprêtait à hurler de colère, se couvrit soudain la bouche et marmonna :
« … Non. C’est stupide de parler à un sauvage ! Je ne me laisserai pas berner ! »
« Berner ? Vous appelez la supplique d’un innocent petit agneau une tromperie ? Depuis quand Dieu est-il aussi cruel ? »
« Ne souillez pas le nom de Dieu ! Vos actes ont déjà tout révélé ! »
« Je vous dis que je n’ai rien fait. Je crois qu’on ne se comprend pas, alors prenons le temps d’en discuter. »
« Inutile ! »
« Pourquoi donc ? Les Écritures ne disent-elles pas que la capacité de communiquer est le plus noble privilège de l’humanité ? Si c’est si noble, autant en profiter, non ? »
« C’est aussi ce dont les démons savent le mieux tirer parti ! Inutile de vous parler ! »
Peruel prit appui sur le sol et bondit. Elle avait semblé se donner une légère impulsion, mais son corps s’éleva très haut dans les airs. En un instant, elle était revenue à l’entrée de la rue. Elle me désigna du doigt et déclara :
« Cette servante se retire pour aujourd’hui. Mais n’oubliez pas ! Des yeux vous observent en permanence ! »
« Pourquoi vous répétez sans arrêt que quelqu’un m’observe d’un air aussi glauque ? Vous êtes une perverse ? Si vous comptez continuer à me regarder, autant tout mettre à plat et parler franchement. Il y a plein de maisons vides dans le coin, alors allons d’abord dans l’une d’elles… »
Peruel plaqua les mains sur ses oreilles et s’enfuit sans se retourner. Je l’appelai de toutes mes forces, mais le tissu sacré qui lui couvrait les oreilles ne laissait pas passer ma voix.
Tss. Quel dommage. J’aurais pu lire ses pensées un peu plus longtemps.
Ma lecture des pensées ne fonctionnait que sur les humains. Les Saintes Vierges étaient humaines, alors je pouvais lire dans leurs pensées. En revanche, je ne pouvais pas leur dérober directement un aperçu de l’avenir qu’elles avaient vu. La vérité avait beau exister dans le monde, cela ne signifiait pas que tous les humains pouvaient la voir.
Et puis, la prescience de la Vierge d’Acier était particulièrement singulière, ce qui compliquait encore les choses.
J’avais dû lui soutirer lentement des informations au fil de la conversation… Son entraînement était poussé.
Plus j’y réfléchissais, plus le monde me semblait injuste. Sans pouvoir, je devais me creuser la tête et user de tous les stratagèmes possibles pour survivre. Pendant ce temps, des gens comme elle apparaissaient, escortés par le destin lui-même. Et ensuite, ils s’en prenaient à moi, alors que je m’étais contenté de me retrouver mêlé à toute cette histoire.
Une force irrésistible. Pour moi, c’était littéralement une catastrophe naturelle.
Mais si Peruel avait fait tout ce chemin pour me prévenir, ça voulait dire que… je pouvais en être sûr, maintenant, non ?
Le Seigneur de l’Or était aussi un Dieu démoniaque.
Après avoir retourné cette idée dans ma tête un moment, je repris calmement ma route. Peruel avait apparemment prévenu que quiconque répandrait le chaos serait tué, mais en quoi cela me concernait-il ? Je ne savais même pas ce qu’était le chaos. Comment étais-je censé deviner où se trouvaient les mines ?
C’est alors que cela se produisit.
L’obscurité ondula. Une silhouette se faufila dans les ombres des bâtiments, ses yeux rouges luisant tandis qu’elle scrutait les environs. Tyr s’approcha peu après, répandant autour d’elle une aura sinistre. Les lèvres serrées, elle fixait l’endroit où se trouvait la présence. Elle avait l’air si terrifiante que tous les poils de mon corps se hérissèrent.
« Oh. Tyr. Qu’est-ce qui t’amène jusqu’ici ? Tu n’as pas dit que tu détestais la lumière du soleil et que tu voulais rester dans ta chambre ? »
« J’ai senti quelque chose de désagréable… »
Tyr marmonna d’une voix glaciale.
« Une sensation si horriblement irritante qu’elle m’a conduite ici. Comme si nous ne pouvions pas fouler la même terre. Comme si quelque chose me criait de l’écraser, de le tuer et de boire son sang… Hyu, tu n’as rien vu ? »
Si. Une Sainte Vierge venait de me mettre en garde. Si Peruel était partie ne serait-ce qu’un peu plus tard, j’aurais découvert la réponse à cette question puérile : qui l’emporterait dans un combat entre une Sainte Vierge et la Progenitrice ?
Hum. J’étais curieux, mais je n’allais pas regarder les deux se battre pendant des semaines juste pour le savoir. Je jetai un coup d’œil autour de moi et feignis l’ignorance.
« Il n’y a que moi, là. Ce n’était pas moi, au moins ? »
« Ç-ça ne pouvait pas être toi ! C’était une sensation clairement désagréable, complètement différente de toi ou de n’importe qui d’autre. Il n’y avait vraiment rien ? »
« Je n’ai rien senti. Quelqu’un m’a béni avant de partir ? Qu’est-ce qu’on fait ? Tyr, tu pourrais me laver avec tes ténèbres ? »
« T-te laver ? »
Tyr hésita un instant. Qu’est-ce qui n’allait pas à m’envelopper dans ses ténèbres ?
« Les ténèbres font partie de moi. Dire qu’il va laver son corps avec… Il ne sait pas ce qu’il dit, mais c’est un peu gênant. »
« Attends. Maintenant que j’y pense, les bénédictions, c’est une bonne chose, non ? Laisse tomber. Autant en rester là. »
« Ne bouge pas un instant. »
Les ténèbres m’enveloppèrent comme si elles recouvraient mon corps. Elles passèrent sur moi comme le vent, sans sensation particulière, mais après avoir lu les pensées de Tyr, je trouvai cela étrangement suggestif. Ce n’était qu’une impression, alors je pouvais l’ignorer.
Les ténèbres me dissimuleraient peut-être un temps aux yeux du destin… mais pas longtemps.
Inutile de remettre ça à plus tard. Allons-y.
« Tyr. On va se promener ? Je sais que tu détestes le soleil, mais je tiendrai un parasol pour toi. »
« Quoi ? »
Ma proposition l’avait peut-être prise au dépourvu. Tyr tressaillit, puis toussota doucement et me tendit la main.
« Ce n’est pas que j’en aie particulièrement envie, mais je t’accompagnerai pour te faire plaisir. Passe devant. »
« Tu vas voir. Je vais t’offrir un souvenir inoubliable. »
« Héhé. Tu as l’air bien sûr de toi. Qu’as-tu donc si hâte de me montrer ? »
Je pris doucement sa main, acceptai le parasol et me plaçai à côté de Tyr en souriant.
« Un champ de maïs. »
Le maïs ressemblait davantage à des roseaux qu’à des arbres, et pourtant, il poussait avec arrogance aussi haut qu’il le voulait. Il pompait les forces de la terre, puis dissimulait les fruits qu’il portait dans de petites poches bien serrées. Une plante sacrément cupide.
Pas autant que les humains qui le volaient pour le manger, cela dit.
À notre approche du champ, un homme leva la main et cria :
« Arrêtez-vous. Ce champ est géré par la Compagnie de tambours du Seigneur de la Suppression. Il est interdit de s’en approcher. »
« Oh, monsieur. Je n’ai rien mangé depuis hier. J’ai tellement faim que je voulais juste prendre un épi de maïs. Il y en a tant… Un seul, ça ne ferait de mal à personne, si ? »
Je m’approchai en prenant l’air le plus misérable possible. Mais l’homme ne se laissa pas convaincre par mon numéro et agita la main.
« Si tu veux voler, comporte-toi comme un chacal et contente-toi de fouiller les abords ! Personne en dehors de la Compagnie de tambours n’a le droit d’entrer dans cette zone centrale… ! »
« Monopoliser la nourriture ! Sale bourgeois ! Crève ! Coup étourdissant ! »
Arrivé à portée de bras, je levai la main et le frappai au cou. Pris par surprise, il toussa violemment et me lança un regard noir.
« Kof ! Kof ! Espèce de lâche… ! »
Oh, il n’était pas tombé en un seul coup. Quel ennui.
« Poing étourdissant ! Pour ta gouverne, je frappe les gens jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent. Alors, aie l’obligeance de perdre connaissance. »
Je lui expliquai gentiment la chose en lui assénant un coup à la tête. Le brave garde de la Compagnie de tambours, chargé de protéger le champ pour empêcher quiconque de devenir un homoncule, s’effondra sous mes coups répétés.
« Kof… Espèce d’enfoiré… Attends un peu. Dès que j’aurai repris mon souffle, j’appellerai tous les membres de la compagnie ! Tu ne repartiras pas entier ! »
Qu’il les amène tous. C’était exactement ce que je voulais.
J’écartai gracieusement les tiges de maïs et poursuivis mon chemin.
« Tyr, allons-y. »
« Hyu. Il semble encore conscient. »
« Laisse-le. Inutile de salir tes belles mains avec une chose aussi répugnante. Je m’en occupe. »
« Héhé. Je te le confie. »
Tyr me suivit dans le champ avec un sourire ravi. Chaque fois qu’une feuille de maïs menaçait de lui cogner la tête, je l’écartais discrètement, gagnant ainsi quelques points. Ce petit geste semblait lui plaire et elle se couvrait la bouche en riant.
« Tu veux que j’en cueille un pour toi ? »
« Nous ne pouvons pas le manger, mais regardons-le. »
Je cassai un épi et en retirai les nombreuses couches de feuilles. Peu importe avec quel soin on l’enveloppait de fines étoffes, pour les humains, ce n’était qu’une faible résistance qui attisait le désir de conquête. J’arrachai les couches une à une et dévoilai la chair cachée à l’intérieur.
Les grains étaient bien dodus. Ce maïs incarnait l’idéal dont nous rêvions.
« La récolte est abondante. »
« Les grains ont l’air prêts à éclater. On goûte ? »
Le maïs fraîchement récolté était sucré, même cru. Je mordis à belles dents dans le maïs du Seigneur de l’Or.
Comme prévu, c’était délicieux. Rien à voir avec les haricots chimériques de l’État militaire. Ceux-là avaient sacrifié leur goût au profit de la praticité, tandis que celui-ci les surpassait en quantité comme en saveur.
Du moins, si l’on faisait abstraction de la malédiction du Seigneur de l’Or.
Pendant que je le savourais, Tyr pâlit et s’écria :
« Hyu ! Ne t’ai-je pas dit de ne pas en manger ?! »
« Ce n’est qu’un peu. Même si j’en mange, il ne sera pas digéré tout de suite, et mon corps est déjà fait de choses qui viennent de l’extérieur des Petits États. »
« Mais… »
« Je te dis que ça va. »
À vrai dire, j’en avais même besoin si je voulais entrer en résonance avec le Seigneur de l’Or, ne serait-ce qu’un peu.
Sous le regard inquiet de Tyr, je mâchai soigneusement le maïs et l’avalai. Mon estomac, qui ne faisait pas de discrimination, se mit à le digérer sans même vérifier ce qu’il venait d’avaler. Quel altruisme !
Après l’avoir avalé, je donnai mon avis sincère :
« C’est bon, mais il faut le manger vite. Le maïs perd sa saveur une fois récolté. »
« Mais il n’a pas encore été récolté. »
« C’est tout comme. Le Seigneur de l’Or est un alchimiste. Pour produire autant de maïs, il lui a fallu des matériaux. De même que le maïs puise les forces de la terre pour porter ses fruits, le Seigneur de l’Or a dû épuiser toute la force de cette terre. »
Le sol était complètement sec et s’effritait. Il n’était pas simplement stérile. Il était mort. La magie était le pouvoir qui accélérait des phénomènes déjà présents dans le monde, tandis que l’alchimie transformait la matière.
Le Seigneur de l’Or avait probablement forcé en un instant tous les processus que le maïs aurait normalement traversés en plusieurs mois. Grâce à l’alchimie.
« Les épis sont encore sur leurs tiges, mais c’est comme s’ils avaient déjà été jetés au sol. Même les haricots chimériques ne pousseraient pas dans une terre aussi sèche, privée d’eau et de vitalité. »
Hecto n’avait pas pu ne pas s’en rendre compte. Ils auraient dû se dépêcher de récolter, alors pourquoi ne l’avaient-ils pas encore fait… ?
Je le savais. J’avais lu les pensées d’Hecto. Je savais aussi pourquoi Hecto avait eu besoin d’une journée entière.
Tyr regarda autour d’elle et marmonna :
« Je ne saurais même pas deviner quelle sorte d’être est le Seigneur de l’Or. Qu’est-ce donc, exactement ? »
« Tyr, tu connais les Dieux démoniaques ? »
La question était inattendue, mais Tyr ne me la retourna pas. Elle réfléchit sérieusement, fouillant dans ses souvenirs, puis se rappela quelque chose.
« Un Dieu démoniaque… J’en ai entendu parler. Un être que le Sanctuaire cherche désespérément à détruire. »
« Tu n’en as jamais vu, n’est-ce pas ? »
« J’ai cherché des informations à leur sujet, mais il était difficile de comprendre leur nature. Les explications étaient vagues, comme si l’on voulait saisir des nuages, et chacun en disait quelque chose de différent. »
« Alors je vais te l’expliquer. Un Dieu démoniaque est un dieu qui a atteint un grand principe. »
« Hum. »
La réponse de Tyr était brève, mais claire. Elle ne réagissait pas de façon théâtrale, mais sa compagnie n’en était pas moins agréable. Cela valait la peine de lui expliquer les choses.
« Et un Dieu démoniaque est aussi un humain. »
Cette fois, elle fut légèrement surprise, mais m’écouta sans m’interrompre. C’était vraiment la personne idéale à qui expliquer les choses.
« Tyr. Je t’ai déjà parlé de l’Arcane innée, n’est-ce pas ? L’Arcane innée est le prolongement de l’image mentale de son détenteur. »
« Je sais. »
« Mais il existe deux sortes de prolongement : celui d’un objet et celui d’une image mentale. »
Je levai un doigt en parlant.
« Quand une image mentale se rapporte à un objet ou à sa fonction, comme les engrenages de Maximilien, le prolongement de l’objet se produit lorsque l’image mentale est contenue dans un outil distinctif. Son champ d’application est limité, mais le mage acquiert une maîtrise puissante des fonctions de cet objet. »
Dans ce cas, modifier l’objet affaiblissait l’Arcane innée. J’avais même neutralisé l’arme de Maximilien en insérant de petits engrenages entre les siens, plus grands.
Moi seul pouvais la retourner contre lui en entrant moi-même en contact avec l’objet… mais ce n’était pas chose facile avec ce corps pathétique.
« Si l’image mentale se rapporte à un phénomène, c’est l’inverse. Le mage ne peut pas exercer un contrôle aussi puissant en modifiant les règles dans un périmètre donné. En revanche, les règles changent dans l’espace qu’il maîtrise. Pour tout le monde. »
Rowkett et Perru étaient dans ce cas. Rowkett transformait en explosifs l’acier présent dans un certain périmètre, tandis que Perru accélérait la décomposition de toute matière. Ils ne pouvaient pas choisir facilement les cibles qu’ils voulaient. Ce qu’ils changeaient, c’étaient les règles.
Mon pouvoir était lui aussi malcommode dans ce genre de situation. Même si je dérobais un aperçu de leurs capacités, je ne pouvais qu’en renforcer légèrement la tendance, pas l’annuler.
« Malgré tout, aucune Arcane innée ne peut modifier directement le corps d’autrui. Le corps d’une autre personne est un microcosme complètement isolé du monde. Il constitue en lui-même l’Arcane innée la plus puissante, et l’aura garantit une protection absolue à ce microcosme. Si le mana est le prolongement de l’image mentale, alors les arts de l’aura sont le prolongement du corps. Voilà pourquoi même l’Arcane innée peine à affecter directement une armure ou une arme recouverte d’aura. »
« C’est sûrement pour cela que les chevaliers d’autrefois pouvaient combattre les mages maléfiques à armes égales. »
« Oui. Le vieux dicton selon lequel l’aura repousse la magie n’est pas tout à fait faux. »
C’était un cours sur l’aura et la magie, niveau avancé. Tyr restait intéressée même par des notions théoriques que la plupart des gens auraient trouvées ennuyeuses.
Comme prévu, les élèves adultes étaient les meilleurs. Ils savaient combien il était précieux d’apprendre.
« Tu as dit qu’on ne pouvait pas affecter le corps d’autrui… C’est ce que tu avais expliqué en parlant du dilemme des homoncules. »
« Tu t’en souviens parfaitement. C’est pour cela que j’ai dit qu’on ne pouvait transformer que les morts avec le mana d’autrui. Même si cela ne les tuait pas directement, un corps privé de sa résistance pouvait mourir à tout moment. »
« Quel rapport avec les Dieux démoniaques, alors ? Ont-ils dépassé cette limite ? »
Je secouai la tête. Pour un Dieu démoniaque, une chose aussi insignifiante ne posait même pas problème.
Bien sûr, un Dieu démoniaque pourrait obtenir ce résultat en utilisant son pouvoir pour tuer un humain. Mais ce serait comme tuer un poulet avec un couteau de boucher… Non, comme exécuter une fourmi à la guillotine. Un gaspillage absurde.
« Il existe une sorte d’Arcane innée dont l’image mentale appartient en propre à l’humain qui la possède… tout en étant aussi un grand principe qui traverse ce monde. De tels principes existent même sans Arcane innée, si bien que leur pouvoir entre en résonance avec le monde lui-même. »
Pas la vie et la mort, mais le principe qui les séparait.
Pas la dignité, mais la croyance qui la soutenait.
Un Dieu démoniaque piétinait ces petits souhaits que l’humanité avait protégés avec tant d’acharnement.
« Leur cible, c’est tout ce qui existe dans le monde. Leur portée, c’est l’univers entier. Ils n’ont aucune limite de temps. Même après leur mort. Car leur principe existait de leur vivant et continuera à exister éternellement après leur mort. »
Quelque chose qui existait avant l’humanité. Quelque chose qui existait indépendamment d’elle.
« Voilà ce qu’est un Dieu démoniaque. Un mage qui a atteint la divinité. »
Face à une grande vérité, même les humains qui se proclamaient maîtres de la terre n’étaient qu’un vent de passage.
Et… face à la vérité, l’humanité se heurtait à un nouvel obstacle.
« Alors voici la question suivante. Si les humains font eux aussi partie de ce monde… s’ils sont l’une des choses qui obéissent aux grandes règles ? »
Je traversai lentement le champ de maïs. Tyr me suivait comme envoûtée. Après avoir franchi plusieurs rangées, je sus instinctivement que j’étais arrivé à un espace invisible.
C’était ici.
Le Palais doré, où résidait le Seigneur de l’Or… se trouvait au beau milieu de ce champ de maïs.
« Qu’est-ce qu’un corps ? »
Au moment où j’écartai la tige suivante, une lame acérée fila vers ma gorge.
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