Chapitre 342
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 342 : Le roi qui tue les autres, le dieu qui se tue lui-même - 2
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Le Seigneur de l’Or n’avait aucun sens artistique. Hilde l’avait appris à ses dépens. En y regardant de plus près, je remarquai que la ville ne réutilisait clairement qu’une poignée de motifs.
Cette statue, en revanche, était incroyablement travaillée. Des rides autour de la bouche à la barbe et aux cheveux finement sculptés, en passant par l’expression si vivante… Elle n’aurait jamais pu être réalisée par quelqu’un qui se contentait de recycler des motifs.
On aurait dit qu’une personne vivante avait été pétrifiée sur place.
Les yeux de Hilde étincelèrent et elle hocha vigoureusement la tête.
« Comme on pouvait s’y attendre de Père ! Vous avez vraiment l’œil pour l’art ! Après tout, l’art appartient aux humains. Le Roi de l’Humanité s’y connaît forcément ! »
J’avais appris tout ça en lisant tes pensées, en fait.
Mais ça faisait peur. Tandis que tout le monde pensait aux négociations, elle avait examiné la statue sous toutes les coutures. Quel genre de personne était-elle donc ?
« … Bande de salauds. Je ne peux plus tolérer ça. Je vous ai témoigné assez de bienveillance… »
Le corps de Hecto trembla de rage. De l’air brûlant jaillit violemment de ses pistons. La pression se transforma en chaleur et réchauffa l’air.
Non, la régresseuse avait déjà soulevé tous les points importants, et je n’avais fait que conclure. Pourquoi me regardaient-ils comme s’ils voulaient me tuer ? C’était une partie de Jenga ? Celui qui faisait s’écrouler la tour portait-il toute la responsabilité ?
Hecto, littéralement bouillant de rage, tendit la main. Plus d’une dizaine de pistons jaillirent de son corps et se braquèrent tous sur moi. À sa guise, il pouvait les faire partir en un instant et me rouer de coups.
« Vous essayez de me menacer ?! »
Un tabou restait un tabou.
Les habitants des Petits États avaient beau vivre comme des éphémères, ils n’avaient pas vraiment envie de mourir dès le lendemain. Que se passerait-il si l’on apprenait partout que la nourriture des Petits États provoquait des malformations et pouvait même tuer ?
Ils cesseraient d’acheter les denrées du Seigneur de la Suppression. Puis ils s’efforceraient de vivre à Claudia.
Pour une ou deux personnes, ça irait. Un être d’exception comme un Seigneur pouvait répondre à une telle demande. Mais si tout le monde tentait de vivre à Claudia, la société s’effondrerait.
Si chacun voulait de la nourriture de Claudia, l’économie serait ruinée.
Pour que les Petits États conservent ne serait-ce que l’apparence d’un pays, ce tabou devait rester caché. Pourtant, un étranger venu d’une nation ennemie avec laquelle ils étaient en guerre avait découvert jusqu’à ce secret.
« S’il le faut, je me battrai jusqu’à la mort… ! Si ma force ne suffit pas, j’utiliserai le pouvoir du Palais doré ! »
Hecto prit la parole avec la résolution de mourir. C’était vraiment un sujet loyal.
« Non. Je posais simplement la question, par précaution. Il ne faudrait pas tirer de conclusions hâtives. Si nous voulions vous menacer avec ça, vous aurions-nous fait part de nos soupçons devant vous tous ? »
« … »
Il était tout simplement trop honnête. Quelqu’un de plus méfiant et de plus irascible aurait refusé de m’écouter, par principe. Hecto, lui, m’avait prêté une oreille attentive et compris que ma question venait d’une pure curiosité.
« Ils ont peur de devenir des statues en rencontrant le Seigneur de l’Or… ? Ha. S’ils ont deviné jusque-là, je comprends qu’ils aient peur. Je ne peux pas continuer à rester vague. »
Après m’avoir dévisagé en silence, Hecto prit une profonde inspiration et rentra ses pistons.
« … La résonance avec le Seigneur de l’Or ne vous transformera ni en or ni en acier. Ces statues n’ont pas été faites à partir d’êtres humains vivants. Vous pouvez être rassurés. »
« Alors, que se passe-t-il ? »
« Ne posez pas d’autres questions. Je ne pourrai jamais vous le dire. Mais je peux vous garantir que vous, les étrangers, ne risquez rien. »
Ça suffisait. Il me suffisait de réfléchir un peu plus clairement à sa réponse pour la déchiffrer parfaitement grâce à ma lecture des pensées.
Même Hecto ignorait les détails exacts. Seul le Seigneur de l’Or savait comment fonctionnait le processus de « résonance ». Pourtant, même sans en connaître le principe, Hecto avait servi le Seigneur de l’Or longtemps et savait ce qui arrivait.
Les humains qui résonnaient avec le Seigneur de l’Or étaient… « recueillis ». Ainsi, on pouvait les « rappeler » à tout moment.
Bien. J’avais obtenu un nouvel indice. Ma curiosité étant pleinement satisfaite, je hochai la tête comme si j’avais compris et que je n’avais plus la moindre question.
« Si vous ne voulez pas en parler, inutile de vous forcer. Je voulais seulement vérifier que je ne risquais rien. »
« … Merci de votre compréhension. »
Il n’avait pas du tout l’air reconnaissant. Enfin, ce n’était sans doute que de la politesse diplomatique.
Il y eut un bref désaccord, mais la régresseuse accepta la proposition de Hecto et décida de lui accorder un jour de répit. Hecto, assis là avec l’expression gênée de quelqu’un qu’on venait de berner de bout en bout, maintint le couvercle d’acier en place et fit venir Perru à part. Il comptait glaner au moins quelques renseignements sur nous.
Il était aussi bienveillant que consciencieux. C’était atypique pour les Petits États, mais il fallait des gens comme lui pour qu’un pays ressemble au moins à un pays.
La régresseuse franchit le couvercle d’acier et s’éloigna d’un pas tranquille, puis jeta un regard en arrière.
« Alors, ils n’utilisaient pas des êtres vivants pour en faire des statues ? C’est encore plus surprenant. »
« Quoi ? Shei, tu le savais aussi ? »
« Évidemment. Quand on voit une sculpture d’un réalisme excessif, la première chose à se demander, c’est si ce n’est pas vraiment une personne. »
La réaction normale, ce ne serait pas plutôt : « Waouh, quel travail ! » ? Quelle vie avait-elle bien pu mener ?
« Mais toi aussi, tu l’avais remarqué ? »
« J’ai seulement relevé quelque chose que le Seigneur de la Suppression a laissé échapper. L’idée qu’une personne résonne avec quelque chose était inquiétante. Shei avait raison. Heureusement qu’on n’a pas mangé de nourriture des Petits États. »
« Il a dit que les étrangers n’étaient pas vraiment touchés, mais tout de même. »
« Si je ne me contente pas de mourir dans les Petits États et que je finis par résonner avec le Seigneur de l’Or, est-ce que je pourrais régresser… ? Beurk. Je n’ai pas spécialement envie de le découvrir. »
La régresseuse secoua la tête, se prépara, puis prit la parole.
« Je vais d’abord chercher le Seigneur de l’Or. Si le Seigneur de la Suppression disait vrai, il devrait se trouver dans les environs. Connaître sa position à l’avance nous donnera davantage d’options. Au besoin, nous pourrons semer le Seigneur de la Suppression et aller le rencontrer nous-mêmes. »
Elle déclara sans détour qu’elle n’avait aucune intention de tenir sa promesse. C’était bien la régresseuse, ça.
Hilde fit une remarque qui n’était pas tout à fait un compliment, mais qui trahissait une certaine admiration.
« Waouh~. Tu n’as même pas l’intention de tenir la promesse que tu viens de faire ! Incroyable ! Je suis bouleversée ! »
« Tais-toi. Qu’est-ce que tu vas faire pendant cette journée ? »
« Moi ? Je vais me déguiser et récolter des renseignements ! »
« C’est pareil ! »
« C’est toi qui as accepté la proposition, pas moi ! Et puis, quand je me transforme, je deviens quelqu’un d’autre, tu sais ? »
« Quelqu’un d’autre ? Même transformée, tu restes toi. Tu ne deviens pas une autre personne. »
La remarque irréfléchie de la régresseuse tomba par hasard sur un point sensible de Hilde. C’était peut-être exactement ce qu’avait besoin d’entendre une métamorphe qui s’était perdue elle-même.
Mais le message dépendait parfois de la personne qui le transmettait. Hilde effaça son sourire et répondit :
« Tu n’as pas le droit de dire ça. Tu ne peux pas me trouver. »
« Si. J’ai deviné juste plusieurs fois. »
« Grâce à tes “yeux” ? Pff. N’importe qui peut trouver quand il part d’un soupçon. Et quand tu veux en avoir le cœur net, tu dois t’en remettre à l’Autorité de la Lumière, pas vrai ? C’est lâche. Et le pire, c’est que tu ne sais même pas que tu agis lâchement. Le seul à m’avoir reconnue dès le début, c’est Père. »
Euh… Moi aussi, j’avais utilisé quelque chose de semblable à une Autorité : la lecture des pensées. Je me sentais terriblement mal chaque fois qu’elle me couvrait d’éloges.
Mais puisque je savais que j’étais lâche, est-ce que ça rendait la chose acceptable ?
« Qu’est-ce qui te prend, tout à coup ? »
« Tu as blessé ma fierté en portant un jugement sur ma magie de transformation. Je m’en vais. Il faut que je prépare mon infiltration~. »
Hilde agita la main et se dirigea vers un coin isolé de la ruelle. La régresseuse la regarda s’éloigner, l’air déconcerté.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? »
« Je ne sais pas, mais on dirait que tu l’as vexée, Shei. »
« Tu es en train de dire que c’est ma faute ? »
Ce n’était pas ta faute. Vous n’étiez probablement tout simplement pas faites pour vous entendre.
Nous avions parlé de nous séparer pour récolter des renseignements, mais je n’avais aucune intention de courir partout moi-même. J’étais nul pour les efforts physiques.
Le Seigneur de l’Or. Voulait-il devenir roi ? Ou dieu ?
Je ne comprenais absolument pas ses intentions. Ses actes manquaient de cohérence. À voir comment il produisait de la nourriture et bâtissait des villes, il semblait vouloir sauver les humains. Pourtant, après en avoir créé tant, il ne faisait que les recueillir.
Un roi tuait les autres et vivait de leur sang et de leur sueur.
Un dieu se divisait et offrait des fragments de lui-même aux gens.
Les actes du Seigneur de l’Or se situaient entre les deux. Il mettait ses pouvoirs à profit pour offrir aux autres un endroit où vivre, mais les habitants finissaient par être « recueillis ». En fin de compte, ils devenaient une partie du Seigneur de l’Or. S’ils vivaient, ils étaient « recueillis » ; s’ils mouraient, ils étaient « désassemblés ».
Mais… rien ne justifiait de recueillir des êtres comme les humains.
Était-ce pour cela qu’il tenait au titre de Seigneur de l’Or ? Parce qu’il n’était ni roi ni dieu ?
« Il faut vraiment que je le rencontre. »
Je marmonnai ces mots tout en revenant sur mes pas.
C’est alors que j’entendis de l’agitation dans la rue, devant moi. En levant les yeux, je vis un sac de nœuds autour d’une charrette, sur une route légèrement en pente. Ceux qui semblaient en être les propriétaires criaient à s’en faire péter les veines du cou.
« Qui diable a amené une charrette en ville ?! »
« C’est eux qui ont pilé, là-bas ! »
« Et alors ? En quoi le fait que je me sois arrêté un instant justifie que vous vous écrasiez contre le mur ?! »
Un accident de la circulation. Rien de plus courant.
La ville était temporairement occupée par les alchimistes du Seigneur de la Suppression et par des chacals qui lorgnaient les champs de maïs. Le pouvoir et la réputation du Seigneur de la Suppression maintenaient l’ordre public, mais quand tant de chacals indisciplinés vivaient ensemble, les ennuis étaient inévitables.
Je n’y pouvais rien. Devais-je faire un détour ? Je ne connaissais pas bien le plan de la ville, mais tant que je savais à peu près où j’allais, je finirais par atteindre ma destination.
Quoi ? J’étais nul en orientation ? Je refusais de considérer ces créatures de fantasy comme des humains. Quelle honte pour un humain, qui ne pouvait compter que sur son intelligence, d’être incapable de s’orienter ! Il ne méritait pas d’être humain.
Je m’engageai dans une ruelle latérale et m’apprêtais à rejoindre la suivante.
« Hein ? Il n’y a pas de passage par là. »
C’était étrange. D’après mes calculs, il aurait dû y avoir un chemin. Fallait-il avancer un peu plus ? Voyons… la ruelle suivante.
Oui. En passant par là, j’arriverais dans la rue suivante. Mais au moment d’entrer dans la ruelle, je m’arrêtai brusquement en entendant une pensée qui en venait.
« Si quelqu’un passe, je le chope. Je plante un richard et je rafle le magot. Un seul coup, c’est tout ce qu’il me faut ! »
Il y avait aussi un agresseur ? Il tenait un poignard et ne cachait pas ses intentions meurtrières. Une attaque surprise après avoir baissé ma garde ne marcherait pas contre un type pareil. Dès que je lui adresserais la parole, il tenterait de me poignarder.
Fuir. Je devais naturellement tourner à droite, ici.
Je n’étais pas encore perdu. Je savais de quel côté le soleil s’était levé et je m’orientais parfaitement selon les points cardinaux. En cas de besoin, je n’aurais qu’à grimper sur les toits et à courir. Je n’étais pas nul en orientation.
Et c’était bien ce qui rendait la situation si étrange.
Je n’en avais pas eu l’intention et j’avais fait chaque choix sans trop y réfléchir, mais j’avais l’impression qu’on me menait tout naturellement sur un chemin précis. C’était sans doute le bon itinéraire, et pourtant je me retrouvais poussé vers une ruelle plutôt isolée, où il n’aurait rien eu d’étonnant que quelqu’un me saute dessus.
C’était bizarre. Comment expliquer ça ? Comme si aucun de mes choix n’avait eu le moindre sens et que j’étais devenu une marionnette, m’agitant selon les ordres d’un autre. C’était désagréable, comme si je dansais dans la paume d’un joueur d’échecs capable de prévoir dix coups à l’avance.
Mais c’était impossible. Je lisais dans les pensées. J’étais un escroc rompu à la guerre psychologique, capable de lire les pensées d’un joueur qui prévoyait dix coups à l’avance et de lui tendre des pièges en retour. Pourtant, ma lecture des pensées ne percevait rien.
Les chacals qui bloquaient la route, le brigand en herbe, et même le mur sans issue… Aucun d’eux n’avait délibérément barré mon chemin. Si quelqu’un l’avait su, je l’aurais lu dans ses pensées et j’aurais agi en conséquence. Et même si quelqu’un avait tout manigancé, comment aurait-il pu savoir que je passerais dans cette rue-là, à ce moment précis, et préparer un tel dispositif ?
Je n’étais arrivé ici que par pure coïncidence…
« Je vais vous mettre en garde, barbare. »
… Non, il restait une autre possibilité.
Le « destin » dont parlait le Sanctuaire.
Une femme, le visage dissimulé sous une robe rabattue bas, barrait l’étroite ruelle. Seuls dépassaient ses lèvres fines, ses cheveux gris cendré et son poing serré, visible sous sa manche.
Comme je m’y attendais.
J’avais lu ses pensées, mais maintenant que j’étais arrivé jusque-là, je ne pouvais plus fuir. Dès l’instant où j’avais changé de direction dans la première rue, cette rencontre avait déjà été « prédestinée ».
Par la Sainte Vierge du Sanctuaire.
Elle se tenait là comme le destin l’avait ordonné et me fixait, comme le destin l’avait ordonné. Elle était hostile, mais n’avait aucune intention de m’attaquer. Elle était venue uniquement pour me mettre en garde.
« Si vous cherchez à mettre fin à la guerre, je vous observerai sans intervenir. En échange, des bénédictions vous attendront à l’avenir. Mais si vous cherchez à semer davantage le chaos, si vous comptez réduire une fois encore l’humanité à des bêtes agissant à leur guise… »
La Vierge d’Acier. Peruel.
Parmi les Saintes Vierges au sommet du Sanctuaire, elle était la seule à ne compter que sur sa force martiale.
La Vierge d’Acier leva son poing serré et le pointa vers moi. Son poing, qui pulvérisait les hérétiques d’un seul coup, était enveloppé d’un tissu sacré, non pour le protéger, lui, mais pour protéger celui qu’il frappait. Pourtant, malgré cette attention digne des larmes, on disait que personne n’avait jamais été protégé.
Tous ceux que touchait le poing de la Sainte Vierge finissaient broyés.
« Par la volonté de la Première Sainte Vierge, qui bénit sa servante et maudit la barbarie. »
J’étais venu seul sans me méfier, mais je n’aurais pas été plus en sécurité si j’avais été accompagné. On ne pouvait pas arrêter la Vierge d’Acier. Au sens propre.
Peruel me désigna et me lança son avertissement :
« De ce poing même, je vous infligerai moi-même le châtiment divin ! »
Non, pas à moi. Au Roi de l’Humanité.
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