Chapitre 340
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 340 : Ville mosaïque
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Le mastodonte s’immobilisa brusquement. Sa proue se dressa comme si elle avait heurté une marche, faisant trembler les meubles et tomber des objets au sol.
J’étais assis avec élégance sur une chaise, en train de boire du thé, mais j’en renversai sur le devant de mes vêtements. Le vieil adage selon lequel l’eau venait à bout du feu était vrai. L’eau chaude était plus chaude que le feu.
« Aïe, c’est brûlant ! »
Je secouai vivement mes vêtements pour refroidir le thé. La nature était mystérieuse. Il suffisait de remuer ses vêtements pour que le thé brûlant perde sa chaleur en un rien de temps.
C’était ça, la magie. C’était ça, la nature. Le plus étrange, c’était de recourir aux arts énergétiques ou à la magie sous prétexte que quelque chose était chaud.
« Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! Un tremblement de terre ! Un tremblement de terre ! Danger ! »
« Azzy. Ce n’est pas le sol. Il ne peut pas y avoir de tremblement de terre. »
Azzy continuait de bondir, affolée. Le voyage à bord du mastodonte avait-il été trop confortable jusque-là ? Elle semblait avoir pris cet endroit pour la terre ferme.
« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Il n’a pas tremblé une seule fois jusqu’ici. »
La régresseuse posa la question au vide, mais Perru était le seul à pouvoir lui répondre. Tous les regards se tournèrent naturellement vers lui.
« … Probablement. »
Perru se dirigea lentement vers la fenêtre.
L’Arche d’Or avait de petites fenêtres, mais même celles-ci étaient couvertes d’épais rideaux, grâce à la détermination farouche de Tyrkanzyaka. Perru souleva légèrement l’un d’eux et regarda dehors.
Puis il murmura :
« … Nous sommes tout près. »
Perru s’exprimait d’ordinaire par phrases courtes, mais cette fois, nul besoin de préciser ce qu’il voulait dire. Dans les Petits États, il n’y avait qu’un seul endroit dont nous pouvions approcher.
Le Seigneur de l’Or.
Comme si nous nous étions donné le mot, nous sortîmes de la cabine. Nous gravîmes l’étroit escalier, gagnâmes le pont et plissâmes les yeux sous le soleil éclatant en regardant autour de nous.
À l’autre bout du pont exigu, Aurea renâclait avec excitation. Tandis que Perru s’occupait d’elle, je m’approchai lentement de la proue. Le paysage dissimulé derrière l’horizon de l’Arche d’Or se dévoila peu à peu.
« Je ne m’en étais pas rendu compte, enfermé dans la cabine, mais le paysage a beaucoup changé. »
Une fois arrivé à la proue, je marmonnai en contemplant le spectacle qui s’offrait à moi.
Un champ de maïs sans fin s’étendait sur toute une moitié de mon champ de vision. Des épis assez hauts pour recouvrir la tête d’une personne emplissaient le paysage.
Le bord du champ avait été défriché, sans doute pour la récolte, mais comparé à son immensité, ce n’était pas plus qu’un rognure d’ongle. Si tout ce maïs était récolté, les Petits États n’auraient pas à se soucier de nourriture pendant des années.
La mer de maïs, qui semblait devoir s’étendre à l’infini, s’interrompait soudain en un point.
Au-delà d’un petit mur de pierre se trouvait une ville. Une cité magnifique, entièrement bâtie en pierre d’un blanc pur, des fondations jusqu’aux toits. Des aqueducs enjambaient les bâtiments, des routes sinueuses la traversaient et, au loin, se dressait un palais immense et majestueux. C’était à n’en pas douter une cité historique, vestige d’une grande civilisation…
« Ce n’est pas le Palais doré, si ? »
« … Non. »
« Alors, c’est le Seigneur de l’Or qui a créé tout ça. Le champ et la ville. »
… Si seulement nous n’avions pas été dans les Petits États.
En y regardant de plus près, quelque chose me parut étrange. Inutile de chercher bien loin la raison : un champ de maïs planté à découvert juste à côté de la ville, c’était déjà assez bizarre.
« Cette ville n’a aucun plan d’urbanisme. Il a installé un champ aussi vaste à côté d’une ville immense, alors qu’il n’y a pas la moindre source d’eau ? En quelques semaines, le champ se desséchera et la ville deviendra un foyer de maladies et d’insectes. Quelle ville gâchée. »
À ces mots, Hilde, qui observait attentivement la ville, ajouta son commentaire.
« Tu crois~ ? La ville n’a pas l’air si ratée que ça, pourtant. Elle est splendide et imposante en apparence, mais son sens de la beauté est absolument affreux. Affreux. L’État militaire est plus joli ! »
« Je n’y connais pas grand-chose en art, mais je ne vois pas comment quoi que ce soit pourrait être pire que l’État militaire. Ce n’est pas mieux qu’un pays fait de blocs carrés empilés ? »
« Père a lui aussi un sens de la beauté absolument affreux ! Tu ne sens pas à quel point c’est désagréable ? »
Un sens de la beauté ? N’était-ce pas étrange d’être gêné par quelque chose qu’on ne pouvait même pas manger ? La beauté était une notion bien trop subjective. En tant que lecteur de pensées, je n’avais pas de tels critères. À moins qu’ils ne soient assez universels pour faire l’unanimité.
« Je vais te mettre sur la voie. Regarde les piliers. Tu comprendras ! »
Comme Hilde me l’avait conseillé, je prêtai attention aux piliers de la ville.
Piliers de temple. Piliers de pont. Piliers de bâtiments. Ils ne soutenaient pas les mêmes choses, n’étaient pas construits par les mêmes personnes et, naturellement, leurs méthodes de construction différaient. Il existait peut-être des styles à la mode, mais ceux-ci aussi variaient. Même face au même objet, chacun le reproduisait à sa manière.
Mais cette ville ne ressemblait pas aux autres.
Tout était pareil. Les piliers des ponts, des temples, des bâtiments. Même ceux qui bordaient les routes à seule fin décorative se ressemblaient tous.
Leur taille, leur épaisseur et leurs motifs secondaires variaient… mais ils ne semblaient pas issus d’une même racine. On aurait dit qu’ils avaient poussé sur une même branche.
« Je n’y avais pas prêté attention avant que tu le dises, mais maintenant que tu l’as fait remarquer, ça me gêne un peu. »
« Ce n’est pas tout. Les motifs des briques. La façon dont elles sont posées. La disposition des bâtiments. La forme des quartiers. Tout est pareil. Des motifs répétés. Ce n’est pas seulement monotone, c’est grotesque. »
Était-ce donc ce que cette personne observait depuis le début ? Pendant que tout le monde regardait la ville et le champ de maïs, Hilde seule examinait chaque pilier et chaque motif. Devais-je parler d’un sens de l’observation aiguisé, ou simplement trouver ça un peu inquiétant ?
Quelles que fussent les capacités d’observation du métamorphe, plus je l’écoutais, plus je me sentais mal à l’aise. Les connaissances que je tirais de la lecture des pensées d’Hilde ne m’affectaient pas d’elles-mêmes. Pourtant, chaque fois que je remarquais un détail qu’elle m’avait signalé, mes sens me rapportaient une sensation de gêne.
Il y avait des choses qu’on n’aimait pas sans pouvoir expliquer pourquoi. Cette ville en faisait partie. Elle était splendide, rayonnante et majestueuse, mais chaque fois que je la regardais, j’avais l’impression qu’une partie de mon champ de vision était couverte de mosaïques. J’avais du mal à distinguer la gauche de la droite. De petits blocs semblaient identiques à d’immenses bâtiments. C’était comme contempler une forêt dont chaque feuille serait faite de mosaïques.
Peut-être que le sens de la beauté était une sorte de prolongement de l’instinct. Je haussai les épaules.
« Enfin, qu’est-ce qu’on y peut ? Le Seigneur de l’Or a bâti cette ville tout seul. »
Le pouvoir du Seigneur de l’Or était divin, mais le monde qu’il créait ne pouvait s’étendre au-delà des limites de son imagination. Il pouvait façonner toutes les choses du monde, mais ne pouvait pas toutes les connaître.
Autrement dit, les défauts visibles de cette ville prouvaient que le Seigneur de l’Or n’était pas parfait. Hilde s’en était rendu compte et s’en réjouissait comme un enfant.
« Le Seigneur de l’Or est peut-être un grand alchimiste, mais il n’a pas l’air d’être un grand artiste~. Aussi grand soit-il, j’imagine qu’il ne peut pas tout faire, hein ? Hé hé. »
Qui, au monde, pouvait tout faire tout seul ? Le Seigneur de l’Or était un être humain, lui aussi. Voilà tout.
Pourtant, l’attitude moqueuse d’Hilde déplut à Perru. Il s’approcha, les sourcils légèrement froncés.
« … Alors. Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ? Il faut aller au Palais doré… Ah. »
Pourquoi étions-nous sortis ? L’Arche d’Or s’était immobilisée brusquement, et nous étions sortis pour comprendre ce qui se passait. J’avais oublié tout ça en faisant du tourisme.
« … Regardez en bas. »
Perru désigna l’arrière du navire. N’avait-on pas dit que c’était sous la lampe qu’il faisait le plus sombre ? Trop occupés à admirer le paysage, nous n’avions pas prêté attention à ce qui se trouvait juste sous nos pieds. Ce n’est qu’alors que nous baissâmes les yeux.
L’Arche d’Or faisait tourner ses chenilles dans le vide, la proue relevée.
Un ascenseur muni d’énormes pistons de chaque côté s’était glissé sous l’Arche d’Or et l’avait soulevée. Ses chenilles ne touchaient plus le sol : elles ne pouvaient que brasser l’air lamentablement.
Quel que fût le degré d’avancement de son système de déplacement par substitution, il lui fallait toujours toucher le sol pour avancer. Impossible de bouger en flottant dans les airs. Il suffisait donc de soulever le mastodonte pour l’arrêter… C’était du bon sens.
Sauf que la cible n’avait rien d’ordinaire.
« Ils ont soulevé cet énorme bloc de métal ? »
Pourquoi appelait-on ce véhicule un mastodonte ? Parce que c’était une masse de métal gigantesque, plus haute que la plupart des bâtiments. À l’intérieur se trouvaient des mécanismes que seul le Seigneur de l’Or pouvait concevoir et fabriquer, le tout protégé par de l’acier alchimique d’un poids et d’une résistance extraordinaires, que le Seigneur de l’Or avait lui-même raffiné.
Il était forcément très lourd, et aucun matériau au monde ne pouvait rivaliser avec sa résistance. Même un ascenseur extrêmement puissant aurait dû s’effondrer sous son poids, au lieu de le soulever.
L’ascenseur était solide, mais… la force produite par ses pistons était tout aussi stupéfiante. Il fallait une puissance hors du commun pour y parvenir. Est-ce que ce serait…
« … Atlas Winnie. L’équipement du Seigneur de la Suppression. »
Perru répondit à ma question.
« … Ils ont arrêté l’Arche d’Or. Peut-être parce qu’ils craignaient qu’elle ne détruise la ville. »
En regardant autour de moi, je vis des chacals montés sur leurs montures, qui nous observaient depuis le flanc de l’Arche d’Or. Je m’étais demandé pourquoi la ville était déserte, mais ses habitants avaient dû fuir en apercevant l’Arche d’Or.
« De leur point de vue, un énorme bloc de métal complètement fou devait foncer droit sur la ville. On devrait s’excuser et faire un détour ? »
« … Non. Nous y sommes. »
Perru arrêta l’Arche d’Or. Lorsqu’il retira cette force, la corne discrète du navire retentit pour annoncer l’arrêt du moteur. Les chenilles, qui tournaient à toute vitesse, s’immobilisèrent. Bientôt, l’Arche d’Or n’eut plus de puissance et se refroidit, inerte comme du métal mort.
Pschhh.
Comme pour lui répondre, de l’air s’échappa en sifflant des pistons en dessous. Je me sentis plus léger un instant, puis l’Arche d’Or s’inclina brusquement et retomba lourdement. L’ascenseur avait cessé de fonctionner, lui aussi.
Le face-à-face entre les géants d’acier prit fin. Le monde sembla s’apaiser un instant. Dans le silence creux, Perru prit la parole.
« … Le Seigneur de la Suppression est l’un des plus proches serviteurs du Palais doré. Le Palais doré est près du Seigneur de la Suppression. Nous sommes arrivés. »
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