Chapitre 334
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 334 : Le château mobile de Perru
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Au matin, les horreurs de la veille apparurent au grand jour.
La vaste plaine était jonchée des vestiges de la bataille : des traînées de sang, des tas de cendres et même des cratères hideusement creusés. Balafrée de toutes les façons imaginables, la terre était non seulement affreuse, mais pitoyable.
Malgré tout, les chacals fouillaient joyeusement les cadavres.
Montures, armes, outils… Tout ce que les morts portaient sur eux avait de la valeur. Les chacals qui avaient fui revenaient en masse pour s’emparer du butin abandonné par le Corps des Dragonfaucons et les autres.
Les chacals se remplissaient la panse au milieu de ce festin de cadavres. Si de nouveaux corps ne s’entassaient pas, c’était sans doute parce que le chef du camp maintenait une discipline stricte.
« Hé ! Enterrez correctement les cadavres que vous dépouillez ! »
Un charognard, qui s’apprêtait à prendre les objets de valeur et à laisser le corps sur place, claqua la langue.
« Tss. Quelle corvée. Ils sont déjà morts, de toute façon. »
« Je ne vous demande pas de respecter les morts. Respectez au moins la personne qui vous finance ! »
« Bon, d’accord. Creuser un trou pour enterrer un bienfaiteur, ça ne coûte pas grand-chose. »
Le charognard maugréa en ensevelissant le cadavre. Le chef du camp poussa un profond soupir et s’approcha de nous.
« Désolé de vous avoir fait attendre. Je voulais m’occuper des corps avant le départ de Perru. Si on les laisse là, le Corps des Dragonfaucons en fuite pourrait revenir les récupérer. »
Bien sûr, ce n’était pas par camaraderie. Les corps des membres du Corps des Dragonfaucons regorgeaient de ressources dont ils avaient grand besoin. Grâce à leur mobilité, les Dragonfaucons pouvaient lancer un raid, ne prendre que les ailes et les moteurs, puis s’enfuir. C’était probablement ce que craignait le chef du camp.
Et pourtant…
Je jetai un coup d’œil à Hilde. Hilde remarqua mon regard et m’adressa un sourire insouciant.
« Hé hé. Qu’est-ce qu’il y a, Père ? »
« Rien. »
Vraiment ? Hilde avait tué plus de la moitié du Corps des Dragonfaucons en prenant le visage de leurs camarades, en sillonnant le ciel et en les assassinant un à un depuis les airs. Le Corps des Dragonfaucons s’était dispersé et avait fui, non parce qu’il formait une bande désorganisée, mais parce que ses membres ne parvenaient plus à distinguer leurs alliés de leurs ennemis.
Terrifiant. J’en avais des frissons.
La régresseuse demanda au chef du camp : « Où est le Seigneur du Vert-de-gris ? »
« Au camp. Perru désassemble le juggernaut. »
« Encore ? »
« Ça devrait être terminé, maintenant. Suivez-moi. »
Le chef du camp confia la suite des opérations à ses subordonnés et prit la direction du camp.
La plupart des chacals étaient dehors, en train de profiter de leur aubaine, si bien que le camp était agréablement peu fréquenté. Il y régnait une telle animation qu’on aurait eu du mal à croire que des centaines de personnes étaient mortes sur ce sol.
Ce n’était pas si étonnant. Les États mineurs étaient une terre de nomades. Il était extrêmement rare que des chacals, une fois séparés, se croisent à nouveau. Pour eux, mourir revenait à être séparés pour toujours.
Tout en se faufilant entre ceux qui ramassaient les objets de valeur, le chef du camp prit la parole.
« Puisque c’est déjà connu, autant le dire franchement. Perru est le Seigneur du Vert-de-gris. Elle voyage simplement seule et n’a jamais fondé sa propre faction. »
« Donc, c’est une solitaire. Ça se voyait. »
« …Ce n’est pas faux. Son pouvoir l’empêche d’amasser facilement des richesses. »
Après avoir énoncé cette vérité gênante, le chef du camp ajouta, comme pour se justifier :
« Cela dit, si on voit les choses autrement, difficile de trouver un seigneur plus inoffensif que Perru. Regardez le Seigneur des Fournaises Rowkett. Lui et ses subordonnés dépensent leur argent à tour de bras. Peu importe combien ils dépensent, ce n’est jamais assez, alors ils sont toujours à la chasse aux autres. Perru, en comparaison, s’intéresse peu à l’argent. »
« Parce que tout ce qu’elle amasse finit par disparaître à cause de son pouvoir ? »
« …Je n’ai pas lu les pensées de Perru, alors je ne peux pas l’affirmer. Quoi qu’il en soit, c’est une personne douce qui évite les conflits. »
Le chef du camp me lança un regard en coin, puis détourna les yeux.
« Elle ne sera peut-être pas accueillie à bras ouverts, mais vous n’avez aucune raison de lui être hostile. Veuillez veiller sur elle. »
« Oui, Père. Ne t’inquiète pas. On s’en occupera de notre côté. »
« …Excusez-moi, cette personne est toujours aussi bruyante ? »
À bout de patience, le chef du camp se plaignit à la régresseuse. Celle-ci me demanda alors : « Qu’est-ce qui te déplaît ? »
« Il n’arrête pas de tourner autour du pot. J’ai essayé de le pousser à dire ce qu’il pensait vraiment, au lieu de faire semblant d’être poli. »
« C’est ce qu’il dit. »
« …Laissez tomber. Je n’aurais pas dû dire quoi que ce soit. »
Le chef du camp secoua la tête et reprit sa route. Nous nous enfonçâmes peu à peu dans le camp.
« Nous y sommes. C’est là. »
Perru se tenait devant un fourneau d’où s’échappait une épaisse fumée blanche. La voir y jeter des morceaux de métal brisés avait quelque chose de désolant. Le chef du camp l’interpella.
« Perru. Ils sont arrivés. »
Perru se retourna en entendant sa voix. Après avoir constaté notre présence, elle reporta son attention sur le fourneau.
« …Attendez. Il en reste encore. »
« Entendu. J’ai du travail, je vais donc vous laisser. Prenez soin de vous. »
« …Merci. »
Le chef du camp s’inclina légèrement et s’éloigna.
Le silence retomba. Perru continua de jeter des morceaux de métal dans le fourneau sans dire un mot, jusqu’à ce que la régresseuse, impatiente, lui demande : « Qu’est-ce qu’il reste, pour que tu continues à mettre des choses là-dedans ? »
« …Le Dragonfaucon. »
« Le Dragonfaucon ? L’animal ? »
« …Non. L’arme de Rowkett. »
Il n’y avait qu’une seule arme qui pouvait désigner : le Dragonfaucon, son juggernaut.
La régresseuse comprit et s’exclama, stupéfaite : « Un juggernaut ? Il y a un juggernaut dans ce fourneau ? »
« …Oui. »
« J’ai entendu dire que seul le Seigneur de l’Or pouvait en raffiner un. Qu’est-ce que tu es ? »
« …Ce n’est pas du raffinage. Je ne peux que décomposer les choses. »
Perru secoua la tête et plaça dans le fourneau le dernier morceau restant. Après avoir englouti tant de matières premières, celui-ci tremblait comme s’il allait exploser d’un instant à l’autre.
« …Le Seigneur des Fournaises a essayé de se faire exploser avec son juggernaut. Si ça s’était produit, on aurait perdu un précieux juggernaut. C’est pour ça que je l’ai arrêté. Je n’avais pas l’intention de vous sauver. »
« Hmph. Tu crois que je mourrais juste parce qu’un truc pareil explosait ? »
« …Ce n’est pas important. »
Perru secoua la tête et tourna le levier fixé au fourneau. Le couvercle se referma en biais, et un rauque coup de corne de navire retentit dans l’interstice. La voix grave de Perru s’éleva entre deux coups de corne.
« …Quand la guerre éclate et que les débris s’accumulent, les États mineurs s’enrichissent. Mais beaucoup de gens meurent. Les chacals, et aussi les soldats de l’État militaire. »
« Hmm ? Je ne pense pas que l’État militaire puisse perdre contre les États mineurs, moi~. »
« …Ça non plus, ce n’est pas important. »
Ni la régresseuse ni Hilde ne semblaient comprendre ce que voulait dire Perru.
Leurs valeurs différaient, si bien qu’elles ne se comprenaient pas. La régresseuse et Hilde parlaient de l’issue d’une bataille, mais Perru s’en moquait. Pour une alchimiste comme elle, le camp auquel appartenait une personne n’avait aucune importance.
« Ce qui compte pour toi, ce n’est pas la victoire ou la défaite, mais la valeur totale, pas vrai ? Tu détestes les pertes causées par les batailles et les guerres. »
« …Oui. »
« C’est une façon de penser d’alchimiste. Je ne m’attendais juste pas à ce que la valeur d’un pays entier se retrouve d’un côté de la balance. »
« …Ce n’est pas ma balance. C’est celle du Seigneur de l’Or. »
Enfin, Perru activa son Arcane innée.
Je reculai, alarmé, mais heureusement, cette fois, son Arcane innée ne m’atteignit pas. Le pouvoir de Perru, qui décomposait la matière, n’affectait que l’intérieur du fourneau.
Amplifié par le pouvoir de Perru, le fourneau se mit à chauffer pour de bon.
La plupart des fourneaux fonctionnaient au mana. Avant l’apparition de l’alchimie, les gens auraient, paraît-il, allumé d’immenses feux pour faire fondre le métal, mais cette méthode avait disparu avec les progrès de l’alchimie et de la magie blanche. On raffinait le métal directement avec du mana ou, lorsque c’était trop difficile, on créait des flammes grâce au mana pour le travailler.
Pourtant, le juggernaut accordé par le Seigneur de l’Or chauffait le fourneau à l’aide de l’Arcane innée de Perru. Une Arcane innée consistait à imposer ses propres règles au monde. Comme ces règles étaient uniques, elles étaient généralement incompatibles avec tout le reste…
Mais le juggernaut du Seigneur de l’Or était un mystère qui dépassait même une Arcane innée.
La puissance et la chaleur s’échappèrent de l’acier décomposé par l’Arcane innée de Perru. Elles furent enfermées dans le métal du Seigneur de l’Or, puis comprimées davantage encore. Dès qu’elles franchirent un certain seuil, elles parcoururent des mécanismes complexes et se répandirent dans tout le juggernaut.
Le fourneau se mit en mouvement dans un lourd fracas.
Une poupe émergea de sous le monticule de terre. D’énormes chenilles gravirent la terre et le sable qui s’écoulaient en cascade. Le juggernaut, dissimulé sous un océan de terre et de sable, se dévoila en nageant à travers lui.
Le fourneau n’était qu’une partie du juggernaut. En comptant les sections enfouies sous terre, celui-ci était plusieurs fois plus grand. Avec ses chenilles profilées, il ressemblait à un immense navire dont le fourneau aurait fait office de corne.
Le juggernaut retomba lourdement au sol. Une malheureuse clôture devant lui vola en éclats dans un fracas, mais personne n’eut le temps d’y prêter attention. Face à un véhicule si gigantesque que ses roues dépassaient les trois mètres de haut, une clôture n’était même pas un caillou sur la route.
« …C’est pour ça que j’espère que vous ne vous battrez pas. »
Perru monta à bord. Arrivée devant l’escalier qui menait à l’intérieur, elle se retourna vers nous.
« …Montez. Je vais vous guider. »
Nous n’avions aucune raison de refuser. Nous hochâmes la tête et montâmes en silence à bord du juggernaut…
Hilde demanda soudain, comme si quelque chose venait de lui revenir :
« Attends. Et notre Cataphract ? »
« Celui-ci a l’air bien mieux, alors laissons-le derrière nous. »
« Qu’est-ce que tu racontes ?! Le Cataphract de l’État militaire est le véhicule tout-terrain le plus avancé et le plus remarquable qui soit ! Il est plus économique et plus silencieux qu’un juggernaut inutilement gigantesque, et même de simples soldats peuvent s’en servir. C’est l’essence même de la technologie de l’État militaire ! »
« Désolé, Hilde. Mais maintenant que j’ai fait un tour en juggernaut… Ce petit véhicule ne me suffit plus. »
« Voilà pourquoi on ne peut pas faire confiance aux hommes ! Vous pensez tous que plus c’est grand et majestueux, mieux c’est ! Tu ne devrais pas abandonner ta première épouse ! »
« Avant le Cataphract, il y avait le traîneau à chiens d’Azzy. Si on compte, c’était notre premier véhicule. »
« Ouaf ! Plus jamais ! C’était épuisant ! »
Azzy secoua la tête, comme si cette idée l’écœurait. Elle ne parlait probablement pas de l’effort que demandait le fait de tirer le traîneau, mais de la difficulté à me protéger quand je m’accrochais à l’arrière. On aurait dit que les promenades en traîneau à chiens étaient désormais exclues.
À cet instant, Perru, qui avait écouté notre conversation, désigna le pont.
« …Emmenez-le. Il y a de la place pour le charger. »
« Je n’aime pas cette proposition ! On dirait que tu te vantes en disant que ton juggernaut est si incroyable qu’il peut transporter mon Cataphract sans même être encombré ! »
« C’était probablement une offre sincère, jusqu’à ce que tu le dises toi-même. »
« Ça me déplaît encore plus ! J’aurais préféré que tu te vantes ! »
Pourquoi Hilde faisait-elle autant d’histoires ? Détestait-elle qu’on la compare aux États mineurs ? Ah… C’était évident : Hilde aimait l’État militaire plus que quiconque.
Oh, attendez.
« Hé, Hilde. Où est-ce qu’on a garé le Cataphract ? »
« De l’autre côté de la clôture, évidemment… Hein ? »
Hilde baissa les yeux. Sous la clôture écrasée se trouvait un spectacle familier.
Et juste à côté, une machine tout aussi familière, réduite en morceaux et projetée au loin.
L’État militaire venait de subir une nouvelle perte.
Notes de bas de page :
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