Chapitre 333
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 333 : Chant du Vert-de-gris et des Fournaises — Conclusion
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Les Colosses étaient des objets spéciaux que le Seigneur de l’Or octroyait à ses Seigneurs. Ces outils uniques ne pouvaient être maniés correctement que par leur Seigneur respectif. Conçus dès le départ en fonction des capacités d’un Seigneur, ils pouvaient remplir une infinité de fonctions entre les mains d’un utilisateur adapté.
Mais puisqu’il s’agissait d’un outil humain, moi, le Roi de l’Humanité, je pouvais aussi m’en servir.
Je serrai le poing.
L’une des ailes de Rowkett explosa d’un seul coup. Ce n’était pas une attaque extérieure : les explosions jaillirent de l’intérieur, tordant sa charpente et détruisant sa structure. Le souffle fut assez puissant pour déclencher une tempête en un instant ; à bout portant, l’impact encaissé par Rowkett fut donc terrible.
« Argh… ! »
« Maintenant ! »
La régresseuse préparait une attaque et, Rowkett déséquilibré, l’occasion était idéale. Elle fit glisser Chanteciel le long de Jizan, dans un ample mouvement ascendant.
Le fer qui frottait contre le fer produisit des étincelles. Mais quand la terre et le ciel s’entrechoquaient, c’était la foudre qui jaillissait. Libérant une énergie bien trop violente pour être qualifiée d’électricité statique, la régresseuse cria :
« Épée et bâton du Ciel et de la Terre : Foudre inversée ! »
La foudre jaillit du sol vers le ciel. Sur son chemin vers les cieux, elle trouva dans les airs un point d’ancrage : un humain pitoyable qui titubait au milieu de débris de fer épars, le corps entièrement recouvert d’acier.
Rowkett vacillait encore sous la violence du choc, mais la foudre n’avait que faire des menus tracas d’une minuscule créature.
Elle se répandit dans l’acier en des milliers de ramifications. Des flots d’électricité innombrables engloutirent Rowkett. Emporté par ce courant déchaîné, iel poussa un cri terrifiant tandis que son corps tout entier brûlait.
« Graaaaaaah ! »
Ce ne fut pas suffisant pour le mettre à terre. La foudre aussi savait prendre des raccourcis. Lorsqu’un chemin facile se présentait, elle ne jetait même pas un regard au chemin difficile. L’essentiel du courant passa par le Colosse, et le corps de Rowkett subit donc relativement peu de dégâts.
Le combat était néanmoins joué. Frappé par les explosions et l’électricité, Rowkett ne pouvait plus se battre.
« Seigneur Rowkett ! Vous allez bien ?! »
Une personne qui semblait être un subordonné de Rowkett se précipita vers ellui. Le combat avait duré assez longtemps pour que d’innombrables spectateurs se soient rassemblés. Rien d’étonnant à ce que les subordonnés de Rowkett, qui n’avaient pas osé intervenir, s’approchent maintenant.
« Seigneur Rowkett ! Par ici ! »
La femme déploya ses ailes et rattrapa Rowkett au-dessous, alors qu’iel tombait. Elle faillit s’écrouler sous le poids du Colosse, mais Rowkett reprit à peine ses esprits et relança les propulseurs, ce qui lui permit de retrouver l’équilibre.
Tout en soutenant Rowkett, elle demanda avec inquiétude : « Vous allez bien ? »
« Urgh… Première Plume. Le Corps des Dragonfaucons… »
Leur « subordonnée » répondit avec entrain :
« Ne vous inquiétez pas ! Tout le monde attend ! »
« … Ne les faites pas attendre. Amenez-les tous ici… ! Qu’ils viennent tuer ces choses ! »
La « subordonnée » de Rowkett eut l’air embarrassée quand iel entra soudain dans une colère noire.
« C-ce sera peut-être difficile. »
« Vous avez peur ?! Vous avez oublié que vos vies sont entre mes mains ? C’est un ordre. Attaquez-les immédiatement… ! Ou je fais exploser tous vos propulseurs… ! »
« Ce que je veux dire, c’est que… »
« Quoi ?! »
Au moment où Rowkett fronçait les sourcils devant l’hésitation de sa subordonnée, quelque chose de froid et de tranchant se glissa dans son corps. Le geste était si furtif et précis que Rowkett ne comprit ce qui s’était passé qu’une fois la lame enfoncée dans sa chair.
Quand Rowkett comprit enfin et ouvrit la bouche, muet de stupeur, sa « subordonnée » prit la parole d’un ton détendu.
« C’est parce qu’ils sont de l’autre côté de la rivière dont personne ne revient~. Comment voulez-vous qu’on fasse venir des morts ? »
Avant que quiconque s’en rende compte, le visage avait changé et c’était celui de Hilde. Les yeux de Rowkett s’écarquillèrent à cette vue inattendue.
Une énorme explosion retentit. Rowkett déclencha des explosions dans tout son corps pour projeter Hilde au loin. Même un maître du qigong ne pouvait absorber le recul sans avoir où prendre appui. Les deux furent éjectés dans des directions opposées.
Rowkett tournoya dans les airs avant de s’écraser au sol. Iel heurta la terre, puis rabattit aussitôt sa cape, sans même avoir eu le temps de reprendre ses esprits. Du sang rouge vif jaillit à l’endroit où la lame s’était brièvement enfoncée avant de ressortir.
« Khk… ! Hum. Kgh ! »
Hilde atterrit avec légèreté à quelque distance, faisant tournoyer une lame ensanglantée tout en marmonnant :
« Hmm~. Je me demandais pourquoi la lame ne pénétrait pas très bien~. »
Hilde se tut en regardant le corps de Rowkett sous la cape.
Le dos de Rowkett était courbé.
Caché sous la cape et le Colosse, cet amas semblait être un sac à dos. En réalité, la masse se trouvait dans son abdomen. Voilà pourquoi Rowkett était encore en vie, même si Hilde l’avait poignardé avec l’intention de le tuer.
Mais plus pour longtemps.
« Seigneur des Fournaises Rowkett. Le faucon de guerre le plus redoutable des États mineurs. Vous commandez un corps qui sillonne les cieux grâce à ses propulseurs, pas vrai ? D’après nos renseignements, le Corps des Dragonfaucons sert aussi de messager au Palais doré. »
« Kh, ngh… ! »
« Sans Historia, ça aurait été un corps pénible à neutraliser. Je ne m’attendais pas à pouvoir m’en charger ici. On a de la chance~. »
Hilde sourit avec innocence et se tourna vers moi.
« On peut le tuer, Père ? »
« Attends un instant. »
« Oh ? Pourquoi encore ? Il y a quelque chose que vous voulez vérifier ? »
La régresseuse s’avança à grands pas et enfonça Chanteciel dans l’aile de Rowkett. Elle posa le pied sur l’épée pour l’empêcher de se relever, puis demanda d’un ton menaçant :
« C’est votre dernière chance. Dites-moi où se trouve le Palais doré. »
« Hum… ! Bande de salauds… ! »
« Si vous vous prétendez messager du Palais doré, vous devez savoir où il se trouve actuellement et à quoi il ressemble. Si vous voulez vivre, répondez honnêtement. Je vous laisserai la vie sauve. »
« Hah, hah… Ça, je peux… »
Ils en savent autant… ? L’État militaire ne devrait être qu’une bande d’imbéciles qui ont tué leur propre Roi de leurs mains… Comment peuvent-ils savoir ça, en plus… ?
Rowkett eut un petit rire.
Comme si iel s’était résolu à parler, Rowkett cracha une écume sanglante et s’exprima par bribes.
« … Hum. D’accord. Je vais vous le dire… »
Mes troupes, ma réputation, ma fortune, même mon Colosse. J’ai déjà tout perdu. Je n’ai aucune raison de vivre… et ces salauds ne me laisseront pas en vie de toute façon. Dans ce cas…
Iel marmonna ensuite quelque chose, mais ne comptait pas se faire entendre ; la régresseuse ne parvint donc pas à comprendre. Agacée, elle s’approcha de Rowkett.
« Qu’avez-vous dit ? Parlez clairement. »
Lorsque la régresseuse avança, Hilde se pencha naturellement à son tour, prête à ôter la vie à Rowkett si nécessaire.
C’était précisément ce qu’attendait Rowkett.
Rowkett activa son Arcane innée.
Le métal constituant son Colosse, le Dragonfaucon, était un acier alchimique que le Seigneur de l’Or avait créé personnellement pour Rowkett. C’était un alliage immortel qui ne se consumait pas, quelle que soit la quantité de métal que Rowkett brûlait ou faisait exploser. Grâce à lui, iel pouvait voler presque éternellement sans craindre de manquer de métal.
Mais, à l’extrême limite, iel pouvait même utiliser cette immortalité comme combustible et la faire détoner.
« Vous… allez mourir… »
« Quoi ? »
Rowkett leva un bras ensanglanté. Ses dernières réserves de mana le traversèrent et se déversèrent dans le Colosse. Le métal forgé par le Seigneur de l’Or était d’une qualité transcendante, mais un Seigneur pouvait en modifier la structure, même légèrement.
Iel transforma le métal immortel en métal mortel.
Afin de réduire ses ennemis en cendres en une seule explosion.
« … Grâce à cet héritage que m’a accordé le Seigneur de l’Or… je vous emporterai avec moi ! »
Rowkett cria en libérant son Arcane innée.
Il était trop tard pour réagir. L’explosion finale, qui allait réduire en ruines tout ce qui se trouvait dans un rayon de plusieurs centaines de mètres, était sur le point d’engloutir la régresseuse et Hilde…
Sauf que…
« Qu’est-ce que vous faites ? »
La régresseuse marmonna d’un ton absent.
La Frontière d’inversion céleste ne réagit pas. Le qigong défensif gravé dans le corps de la régresseuse ne donna aucun avertissement de danger.
Parce qu’il n’y avait aucun danger.
« P-pourquoi… ? »
Rowkett fixa le Colosse dont la lueur s’éteignait. L’héritage accordé en personne par le Seigneur de l’Or, la dernière carte cachée que Rowkett avait gardée jusqu’au seuil de la mort, se couvrait de rouille.
Seul le métal pouvait servir de sacrifice aux explosions. Mais le métal rouillé et usé perdait cette propriété. Un métal qui avait perdu sa valeur ne pouvait plus être utilisé.
Pas même par un Seigneur.
« Vert-de… gris… ! »
Clop, clop.
Le bruit tranquille de sabots résonna sur le sol aride. Perru s’approcha de Rowkett, montée sur Aurea. Soutenant le regard impassible de Perru, Rowkett cria avec fureur :
« Pourquoi… ? Pourquoi vous en prenez-vous à moi, Seigneur du Vert-de-gris… ?! »
Perru ouvrit lentement la bouche.
« … Vous alliez vous autodétruire. »
« Ils auraient dû mourir ici… ! Cette terre nous aurait alors appartenu… ! Pourquoi ?! Pourquoi avez-vous changé mon Colosse en vert-de-gris… ?! »
« … C’est pareil. Vos Fournaises et mon Vert-de-gris. C’est la même chose. Ça rend le Colosse inutilisable. »
… Et puisque les deux produisent le même résultat, si cet acte doit faire disparaître un Colosse des États mineurs…
Perru parla à voix basse.
« … Mieux vaut qu’il y ait moins de morts. »
Perru évitait les combats non pas parce qu’elle en était incapable, mais parce que son pouvoir effaçait la valeur.
Mais lorsque, comme à présent, le Seigneur des Fournaises était sur le point de sacrifier jusqu’à la dernière parcelle de valeur pour ne laisser derrière lui que la destruction, sans rien d’autre, quelque chose de plus terrible encore que le Vert-de-gris, Perru l’arrêtait.
Le Colosse cessa de répondre. Sentant le chef-d’œuvre du Seigneur de l’Or toucher au terme de son existence, le Seigneur des Fournaises Rowkett poussa un cri.
« Ne me faites pas rire !!! Vous connaissez notre vœu le plus cher… ! Vous… ! Vous nous avez pris notre seconde patrie… !! »
« Oui~. Je vous ai entendu. »
Fchlak.
Le cri s’interrompit comme tranché par une lame. Un instant plus tard, la tête de Rowkett tomba de biais.
Le Seigneur des Fournaises, qui avait déversé sa fureur sur la régresseuse, l’État militaire, puis enfin Perru pour l’avoir arrêté, affichait encore un visage empreint de ressentiment dans la mort.
Un point final venait d’être posé au terme d’un livre couvert de suie. À quelque distance, je lui fis mes adieux en mon for intérieur.
Reposez en paix, Seigneur Rowkett. Vous étiez comme une flamme, brûlant jusqu’à votre dernier souffle.
Quand je relevai la tête après lui avoir dit adieu, Hilde dissimulait sa lame derrière son dos et adressait un sourire gêné à la régresseuse et à Perru.
« Ne me regardez pas comme ça~. « Je » n’ai fait que le sale boulot qu’aucun de vous n’arrivait à se résoudre à faire. On allait quand même pas simplement s’en aller sans le tuer, si ? Je mérite plutôt des félicitations ! »
Elle faisait l’innocente. Hilde avait voulu tuer Rowkett depuis le début.
C’était pourtant moi qui avais le plus contribué à mettre Rowkett hors d’état de nuire. On disait qu’il ne fallait pas que la main gauche sache ce que faisait la main droite, mais je ne travaillais pas un peu trop dur sans jamais recevoir de reconnaissance ?
Quoi qu’il en soit, avant que la situation ne devienne encore plus gênante, je ferais mieux d’aller jouer les médiateurs. Je soupirai intérieurement et appelai Azzy.
« Azzy. »
« Beau travail, ouaf ! »
« … Non, je ne te demandais pas de me féliciter. »
Notes :
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