Chapitre 330
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 330 : Chant du Vert-de-gris et des Fournaises – 2
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Dans la nation alchimique des États mineurs, les factions puissantes avaient tendance à être riches. Pourtant, contre toute attente, le Seigneur des Fournaises, l’une des figures les plus puissantes du pays, ne roulait pas sur l’or.
Leurs pouvoirs reposaient sur la chaleur et les explosions. Tout ce qu’ils produisaient était extrêmement instable. Si la demande avait été forte, ils auraient pu faire fortune, mais les bombes se vendaient mal dans les États mineurs. Elles étaient difficiles à viser, compliquées à stocker et perdaient beaucoup de leur efficacité face à des adversaires plus puissants. Comme il s’agissait d’armes à usage unique, les chacals hésitaient à en acheter.
Malgré tout, d’innombrables personnes suivaient le Seigneur des Fournaises pour un maigre salaire.
Pour une seule raison.
« Hahahahahahaha ! C’est génial ! Tellement génial ! »
Le plaisir à l’état pur.
Ils fendaient les cieux, des moteurs attachés dans le dos. Ils planaient librement dans le vent, dominaient le monde du regard, puis chassaient les petites créatures rampant au sol et se remplissaient la panse.
Même quelqu’un qui n’était qu’un insecte à terre pouvait connaître cette sensation grisante à sa guise en devenant une Plume du Corps des Dragonfaucons.
« Cette liberté ! Cette sensation de m’affranchir de tout ! Vous, les rampants, ne pourrez jamais comprendre ! »
Les oiseaux étaient vraiment des créatures bénies. La liberté leur était innée.
Victor, une Plume de la Quatrième Aile, le pensait tout en dégainant une lame et en cherchant leur prochaine proie.
Une cible idéale ne tarda pas à attirer son regard. Une jeune femme fuyait sur un deux-roues auquel était attelée une remorque. Son chapeau avait dû tomber, car ses longs cheveux flottaient derrière elle. Même en pleine nuit, Victor la distinguait parfaitement.
Sa décision prise, Victor se lécha les lèvres et lança :
« Parfait. Je peux bien garder une femme pour moi, non ? »
Victor inclina ses ailes et plongea droit sur elle.
« Aaaaaah ! »
La femme poussa un cri désespéré, mais, pour Victor, ce n’était qu’un accompagnement à la chasse. Il atterrit sans bruit sur la plate-forme de la remorque et éclata de rire.
« Hé hé hé. Ne bouge pas. »
« Q-qui êtes-vous ?! Je pars pour l’État militaire ! Ne me touchez pas ! »
« Doucement, doucement. Tout le monde n’a pas besoin de partir pour l’État militaire. Quelques-uns d’entre vous peuvent rester ici. »
« Aaaaah ! Ne vous approchez pas ! Laissez-moi ! »
Elle secoua le guidon d’un côté puis de l’autre pour faire tomber Victor, mais, pour le Corps des Dragonfaucons, ces secousses n’étaient qu’une brise légère. Victor passa aisément derrière elle.
« Tu as du tempérament. Tant mieux, j’aime ça ! »
Il lui suffisait de lui saisir l’épaule et de s’envoler. Suspendue dans le vide, impuissante, elle ne pourrait plus résister…
Victor afficha un large sourire et lui agrippa l’épaule.
Quelque chose clochait.
Elle ne bougea pas. Elle était solide.
Victor l’avait saisie et avait essayé de la soulever, mais il avait l’impression de s’agripper à un rocher.
« … Tes cheveux ? »
« Je t’avais bien dit~ de ne pas t’approcher~. »
Quelque chose clochait. Non, c’était bien pire que ça. C’était grotesque.
Quelques instants plus tôt, elle avait clairement été une femme aux longs cheveux. Même dans l’obscurité, son apparence était si nette qu’on ne pouvait pas se tromper…
Et pourtant, elle était différente, maintenant.
Non, elle était en train de changer. De femme à l’air enjoué, elle devenait quelqu’un au visage un peu sombre. Quelqu’un que Victor croisait rarement, mais dont le visage lui était familier.
Sans comprendre pourquoi, Victor appela la personne à qui appartenait ce visage.
« … Moi ? »
« Victor » lui sourit largement et répondit :
« Enchanté, “moi”. »
Un instant plus tard, un cadavre roula au sol.
Pourtant, le nombre de membres du Corps des Dragonfaucons resta inchangé.
Une ombre d’un noir d’encre fila au ras du sol. Dissimulée dans les ténèbres, elle était difficile à distinguer à l’œil nu. Mais les membres du Corps des Dragonfaucons avaient des lumières fixées à la queue ; ainsi, la lumière de celui qui précédait devenait la vue de celui qui suivait.
L’un d’eux aperçut l’ombre dans la lumière et ricana.
« Ha ! Tu croyais qu’on ne te verrait pas sous prétexte que tu courais partout habillé en noir ? »
Elle était aussi noire que si elle s’était fondue dans l’obscurité. Pourtant, en ouvrant grand les yeux et en se concentrant, le membre du Corps parvint à distinguer clairement sa forme. Une Plume replia les ailes et piqua à toute vitesse.
« Bien tenté, mais tu n’iras pas plus loin ! »
Il cria avec assurance et tendit la lame fixée à son pied. Aiguisée encore par la vitesse, elle transperça le corps de la silhouette noire…
Pourtant, aucun bruit ne suivit.
Pas de sang qui giclait. Pas de cri humain. Pas le moindre son d’une vie quittant un corps, pas un sanglot… Rien.
À la place, la silhouette noire bougea un bras et lui agrippa fermement la jambe. Les ténèbres enveloppèrent ses serres et remontèrent le long de sa jambe.
« Euh, qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Tous les membres du Corps des Dragonfaucons étaient des combattants aguerris, qui avaient même appris l’Art du qi céleste. Ils repoussèrent les ténèbres avec leur qi et se dégagèrent.
Ils eurent à peine le temps de reprendre leur souffle que quelque chose leur grimpa sur le dos et leur fit perdre l’équilibre.
Ils forcèrent sur le moteur, mais cela ne servit à rien : ils ne savaient plus où était le haut ni le bas. Après s’être écrasés au sol, ils glissèrent sur une longue distance dans la poussière avant de s’immobiliser.
Pendant ce temps, d’autres ombres noires se rassemblèrent autour d’eux.
Ils se débattirent et hurlèrent :
« V-vous êtes complètement dingues ! Vous vous jetez vraiment sur moi pour m’arrêter ?! Vous voulez tous mourir avec moi ?! »
Cela n’avait aucun sens. Sous le coup de la rage, les humains pouvaient tenter d’emporter un ennemi dans la tombe, mais il fallait pour cela que leurs sentiments soient assez intenses pour rendre leur propre mort insignifiante. La plupart des gens luttaient jusqu’au bout pour survivre, puis mouraient en continuant de se battre.
Or, des dizaines d’individus se sacrifiaient pour en attraper un seul. Une réaction aussi inhumaine avait de quoi surprendre…
Inhumaine.
La Plume ne comprit qu’alors.
« Attendez… Vous n’êtes pas humains ?! »
Ceux qui l’entouraient. Ceux qui l’immobilisaient. Même celui que sa lame avait transpercé.
Tous ressemblaient à des esprits maléfiques vêtus d’une armure noire.
Ils ne portaient pas des vêtements noirs. S’ils étaient si difficiles à voir, c’était parce qu’ils étaient des vassaux faits d’ombre.
« Des ténèbres… ?! Des vampires ?! Mais il ne peut pas y avoir autant de vassaux… ! »
La Plume avait entendu les rumeurs.
Au-delà de la Chaîne de Brume, dans des contrées que le soleil n’éclairait jamais, vivaient des vampires. Ils élevaient les humains comme du bétail et buvaient leur sang, tout en blasphémant contre tous les dieux. Ils haïssaient la lumière du soleil et ne franchissaient pas les montagnes, mais, disait-on, ils apparaissaient parfois dans Claudia, perpétuellement couverte de nuages.
Tandis que la terreur submergeait la Plume, une personne en couleurs s’approcha.
« Ouf. On a fini par en attraper un. Cette petite mouche allait si vite que ça nous a donné du fil à retordre. »
Une peau pâle sous la lune. Des yeux qui semblaient luire d’un rouge écarlate, même dans l’obscurité. Une beauté si tranchante qu’elle vous glaçait les os.
C’était une vampire jusqu’au bout des ongles. L’une de ces créatures buveuses de sang qui, disait-on, régnaient sur les humains au-delà de la Chaîne de Brume.
« J’ai une question à te poser. »
Elle ordonna aux Chevaliers noirs de mettre la Plume à genoux, puis demanda :
« Qui m’a tiré ça dessus ? »
La Plume dut relever la tête et vit l’objet qu’elle lui montrait : un long cylindre muni d’une mèche calcinée. Malgré une légère bosse, c’était sans conteste l’une des roquettes du Seigneur des Fournaises.
Elle l’avait probablement reçue de plein fouet.
Tandis que la Plume tremblait de terreur, elle l’exhorta à répondre d’un ton parfaitement calme, comme si c’était elle qui était pressée.
« Tu ferais mieux de répondre vite. Si tu refuses, je devrai en interroger un autre. »
Derrière elle, des dizaines de flammes tombaient comme des météores.
Vous voyez ? Je savais que ça finirait comme ça.
Je n’avais même pas eu besoin de lever le petit doigt. Des membres du Corps des Dragonfaucons s’écrasaient au sol de toutes parts. Mes alliés s’étaient tous lancés à l’attaque avec enthousiasme, sans même attendre mes ordres.
Hilde et Tyr chassaient elles aussi de leur côté…
Mais, dans un combat comme celui-ci, aucune des deux ne pouvait rivaliser avec la régresseuse.
La régresseuse se tenait alors au-dessus des nuages. En équilibre sur des nuages qui lui servaient de marchepied, elle prit une posture de cavalier et décrivit un large arc avec Chanteciel.
« Technique de l’Épée céleste. Rupture du vide. »
Fwooooum.
Le vent disparut.
Même Chanteciel ne pouvait trancher un espace aussi vaste. Même s’il n’y avait que de l’air, la lame s’alourdissait à mesure qu’elle s’étendait.
Alors, au lieu de trancher avec son épée, la régresseuse transforma la nature du vent.
Le vent s’arrêta. L’air se durcit. Dans une certaine zone, il devint réfractaire au changement : les flammes ne pouvaient s’allumer et les odeurs ne pouvaient se répandre.
Quand les membres du Corps des Dragonfaucons traversèrent sans le savoir l’espace tranché, leurs moteurs s’éteignirent tous en même temps.
« Q-quoi ?! Les moteurs ! »
« Rallumez-les ! »
Ceux qui déployèrent leurs ailes, planèrent et réussirent à rallumer leurs moteurs survécurent. Les autres s’écrasèrent au sol. Leurs ailes leur sauvèrent de justesse la vie, mais ce ne fut que provisoire.
Les oiseaux qui tombaient à terre devenaient la proie des bêtes. Plusieurs chacals aperçurent le Corps des Dragonfaucons et leurs yeux s’illuminèrent. Des crochets, des lames, des pointes de lance et des roues avant modifiées se braquèrent sur eux.
Le Corps des Dragonfaucons avait dominé ses ennemis depuis les airs, grâce à sa vitesse. Une fois privés de leur vitesse et de leur altitude, ses membres s’écrasèrent au sol et devinrent les proies des chacals.
Je n’avais vraiment pas besoin d’intervenir. Corps des Dragonfaucons ou pas, ils tombaient comme des gouttes de pluie. Quel bonheur d’avoir des gens aussi puissants de mon côté.
Je m’agrippai à la remorque, bien plus détendu, quand quelqu’un qui roulait à notre hauteur aperçut la scène et s’écria :
« Q-qu’est-ce que c’est que ces trucs ?! Qu’est-ce qui se passe ?! »
Il s’agissait probablement d’une réflexion à voix haute, mais aujourd’hui, j’allais faire une exception et répondre. Je courus à ses côtés et lui expliquai aimablement :
« Nous sommes des émissaires de paix de passage. »
Il tourna brusquement la tête vers moi, stupéfait.
« Mais qu’est-ce que tu es, au juste ?! Comment tu fais pour suivre mon rythme ?! »
« Ça ne se voit pas ? C’est un traîneau à chiens. Ce chien est incroyablement rapide. »
« Ouaf, ouaf ! »
Azzy aboya comme si elle approuvait, tout en gardant le timon dans sa gueule. Elle avait dû prendre ça pour un compliment.
Mon explication ne semblant pas le satisfaire, il entra brusquement dans une colère noire et hurla :
« Arrête de raconter n’importe quoi ! Comment un simple homme-bête canin peut-il suivre ma vitesse ?! C’est ça que je te demande ! C’est complètement absurde, peu importe comment on regarde la situation !! »
« Arrête de raconter n’importe quoi. Tu crois que quelques moteurs de fusée peuvent semer Azzy ? Un peu de bon sens, Seigneur des Fournaises. »
Azzy était le Roi des Chiens. Il était hors de question qu’un traîneau tiré par le Roi des Chiens soit plus lent que ces jouets. Cette personne n’avait donc aucun bon sens ?
Je lui prodiguai ce conseil sincèrement, et son visage vira soudain au rouge vif. Sur le point d’exploser, il couina :
« Ne m’appelle pas Seigneur des Fournaises ! »
Notes de bas de page :
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