Chapitre 328
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 328 : Dois-je faire des histoires ce soir ?
──────
Après avoir pris son temps, elle parla à voix basse.
« … Tu n’as pas besoin de payer. »
« Ah ! Pas question de revenir sur ta parole. Mais pourquoi ? »
« … Je n’ai pas particulièrement besoin d’argent. »
« J’ai entendu dire que les alchimistes accordaient toujours le même poids aux deux côtés de la balance. Accepter de ne rien recevoir en échange irait à l’encontre de tes principes, non ? »
« … Ça va. »
« … Ceux que le Seigneur de l’Or a choisis, dont l’Arcane innée et l’alchimie ne font plus qu’un, brouillent les marques de la balance. »
Qu’était-ce censé vouloir dire ? Ne brouille pas les marques. Si elles étaient là, c’était pour qu’on les voie.
Mais les marques m’intéressaient moins qu’autre chose. C’était un Seigneur des petits États, et pourtant il se montrait discrètement coopératif avec moi. Il n’avait pas non plus l’air de préparer une guerre.
Hum. Devais-je le sonder une nouvelle fois ? J’y réfléchissais quand quelqu’un écarta le rabat de la tente et entra.
Débarquer ainsi alors qu’un client se trouvait déjà là était plutôt contraire aux usages commerciaux, mais la personne n’en eut cure et s’engouffra dans la tente avec son énorme carrure.
« Excusez-moi, seigneur Perru. Auriez-vous un instant ? »
Tu étais déjà entré. À quoi bon t’excuser ? Tandis qu’on me repoussait dans un coin, Perru demanda calmement :
« … Commandant du camp ? Pourquoi ? »
Sans même me jeter un regard, le robuste commandant s’adressa aussitôt à Perru.
« Je viens pour un incident survenu au camp. »
« … Moi ? »
Perru le dévisagea, perplexe. C’était le commandant du camp. Il l’avait fondé et était chargé de le diriger.
À quoi pouvais-je comparer un commandant de camp ? Ce n’était pas tout à fait adapté aux gens des petits États, qui pouvaient partir quand bon leur semblait, mais un seigneur féodal était sans doute ce qui s’en rapprochait le plus. Il entretenait le camp, y garantissait la paix et l’ordre, et percevait au passage un modeste droit d’entrée. Une sorte d’impôt, en somme.
Bien sûr, garantir la paix supposait d’avoir le pouvoir de régler les différends. À la hauteur du chef d’un grand camp, le commandant comptait parmi les personnalités les plus puissantes des petits États. Dans l’État militaire, son équivalent serait à peu près un général.
Quel problème avait donc surgi pour qu’une personne de son envergure ne puisse le résoudre elle-même ? Perru et moi attendîmes la suite, intrigués.
« Il y a un jeune morveux dehors qui attrape tous ceux qu’il croise pour leur demander où se trouve le Palais doré. Il fait un tel vacarme que le camp intérieur est sens dessus dessous. »
« … »
Perru me fixa sans ciller.
Quoi ? Pourquoi ?
Ah, oui. C’était probablement la régresseuse. Son comportement était assez suspect pour attirer l’attention. Qu’y pouvait-elle ? Elle était née comme ça.
Après m’avoir fusillé du regard assez longtemps pour me faire frémir, Perru répondit avec désinvolture :
« … Il a causé des problèmes ? »
« Pas encore, du moins. Il n’a pas fait de mal à qui que ce soit. Mais il distribue des sommes colossales en échange d’informations. Tant de monnaie alchimique a inondé le camp que nous n’avons presque plus de marchandises à vendre. J’espérais que le camp croulerait sous l’argent, mais à ce rythme, nous devrons le fermer juste pour écouler tout ça. »
Une richesse écrasante devenait une forme de violence. Le camp semblait si désorienté par l’assouplissement quantitatif de la régresseuse qu’il était au bord de l’effondrement.
Non, régresseuse ! Si tu as autant d’argent, donne-m’en ! Je pourrais lire les pensées de tout le monde ici et marquer l’emplacement approximatif du Palais doré sur une carte pour moitié moins cher !
« … »
Perru continuait à me fusiller du regard.
Quoi ? Pourquoi ? Moi aussi, je trouve ça dommage ! Je suis tellement jaloux que j’en mourrais ! Une bonne partie devait être en monnaie alchimique ou en marchandises. Combien tout ça valait-il ? Pourquoi la régresseuse roulait-elle sur l’or sans fin ?!
« Ce n’est pas suspect ? Dès que les garanties de pillage sont proclamées, les chacals se dirigent naturellement vers l’État militaire. Pourtant, lui, il fait le chemin inverse pour chercher le Palais doré. Sans parler de tout cet argent, bien trop important pour un jeune homme… En temps normal, je l’aurais laissé faire, mais vu la situation, j’ai pensé qu’il valait mieux demander votre avis, seigneur Perru. »
Exact. À vrai dire, c’était suspect. Même moi, qui pouvais lire dans les pensées, je la surveillais. À leurs yeux, la situation devait sembler encore plus louche.
« … Il se montre ouvertement suspect, mais si c’est un émissaire de l’État militaire, il est peut-être pressé. »
Tandis que j’acquiesçais, Perru soupira et répondit à voix basse :
« … Laissez-le. Ce n’est rien. »
« Vous savez quelque chose ? »
« … Plus ou moins. »
« Compris. Alors, je n’interviendrai pas et le laisserai tranquille. Tss… »
« J’envisageais de l’accuser d’espionnage et de confisquer ses biens, mais le seigneur Perru n’a pas l’air de vouloir m’aider. Il pourrait être quelqu’un d’important. Je devrais dire aux autres de ne pas le toucher. »
Le commandant nourrissait donc aussi une avidité éhontée. Était-ce typique des petits États, ou la preuve de son caractère qu’il n’ait pas agi à la légère ?
Perru leva les yeux vers lui et demanda :
« … C’est tout ? »
« Ah, il y a encore autre chose. En plus de l’argent, le garçon distribuait ceci. »
Le commandant sortit un objet métallique de ses vêtements. C’était un icosaèdre composé de différents métaux, dont chaque face arborait une couleur différente. Il semblait trop lourd pour servir de dé, et je ne parvenais pas à deviner son utilité.
Le commandant expliqua :
« J’ai un peu honte de l’avouer, mais même mon alchimie n’a pas réussi à le décomposer. Je me suis demandé si vous pourriez y parvenir, seigneur Perru. »
« … Ça. »
Les yeux de Perru s’écarquillèrent ; il lui arracha l’objet des mains. D’ordinaire, il avait l’air aussi léthargique qu’un paresseux, mais, cette fois, il bondit comme un chat à qui l’on venait de marcher sur la queue.
Le commandant, qui venait de voir l’objet lui échapper sous ses yeux, se gratta la tête d’un air embarrassé.
« Enfin, je me suis dit que vous sauriez peut-être quelque chose à son sujet. »
« … L’Or de la Compréhension. »
« Pardon ? »
« … L’héritage d’Elik. Où avez-vous trouvé ça ? »
« Je vous l’ai dit tout à l’heure. Un drôle de jeune morveux… »
Stupéfait par la réaction inhabituelle de Perru, le commandant finit par comprendre que son regard était tourné vers moi.
Tss. Pas étonnant qu’elle ait eu autant d’argent. Avait-elle découvert le trésor secret de l’ancien Royaume doré ? S’en servait-elle comme d’une « poche », reliée à un sous-espace ? Quelle vie facile. Elle n’avait sûrement jamais eu à se soucier d’argent de toute son existence.
Mais surtout, si elle l’avait en sa possession maintenant, elle l’avait obtenu au cours de ce cycle. Pourquoi ma lecture des pensées ne l’avait-elle pas révélé ? Si c’était un souvenir de ce cycle, n’aurais-je pas dû pouvoir le lire ?
Était-ce une habitude répétée à chaque cycle, ou y avait-il une autre raison que j’ignorais ? Elle était vraiment suspecte.
« … Comment l’avez-vous obtenu ? »
Je vais être honnête : je n’en avais pas la moindre idée, moi non plus. Mais je ne pouvais pas le reconnaître si facilement. Si j’avouais ne rien savoir, tout s’arrêterait là. En revanche, si je faisais semblant d’être au courant, je pourrais m’en servir pour faire bouger l’autre camp.
J’entrouvris les yeux et répondis d’un ton désinvolte :
« Qui sait ? »
« … C’est votre compagnon. »
« C’est vrai. Mais vous n’êtes pas mon compagnon, si ? À qui dois-je penser d’abord : à mon compagnon ou à quelqu’un qui ne l’est pas ? »
« … À toi. »
« Espèce de salaud ! Comment oses-tu parler ainsi à un Seigneur ! »
Le commandant porta aussitôt la main à mon col. Son geste était rapide et puissant, mais prévisible. Même sans être capable de lire dans les pensées, j’aurais pu l’éviter.
Et puis, je lisais dans les pensées. Avant que sa main ne m’atteigne, je saisis une carte sur la table et la transformai en fil métallique. Quand il arriva à ma hauteur, le fil s’était déjà enroulé une fois autour de son poignet.
« Toi aussi. Qui crois-tu être pour vouloir m’attraper au col ? Tu devrais savoir quand garder tes mains pour toi. »
Un geste aussi banal que de saisir quelqu’un au col, contre le plus grand magicien du monde et un pickpocket qui avait marqué toute une époque. Ça ne marcherait pas. Combien de fois pensait-il que j’avais échappé à ce genre de prise ?
« Un fil créé par alchimie ? De l’acier… ! En si peu de temps ! »
Bien sûr, ce serait embêtant s’il forçait le passage. Je pouvais insuffler du qi dans le fil et projeter un tranchant, mais avec un qi aussi faible, je ne lui laisserais tout au plus qu’une égratignure.
« Bon sang. Je ne m’y attendais pas ! J’aurais dû me méfier quand il était seul avec le seigneur Perru… ! »
Malgré tout, s’il croyait que j’en étais capable, c’est ainsi qu’il me verrait. Du calme. Je vais relâcher un peu le fil, comme si je te laissais une chance. Retire ton bras tant que tu le peux…
C’est alors que cela arriva.
« … Devant moi. »
Crriiic.
Mes mains perdirent leur force. Celles qui avaient tendu le fil s’écartèrent lentement l’une de l’autre.
Au même instant, une voix qui semblait s’éloigner parvint à mes oreilles.
« … N’utilisez pas mon travail comme une arme. »
L’acier s’effrita. Le fil que je venais de fabriquer se transforma aussitôt en poussière et disparut. Heureusement, seule la partie que j’avais transformée par alchimie s’était volatilisée…
Si elle le voulait, toutes les cartes dissimulées dans mes vêtements pourraient perdre leur forme et disparaître.
Bon sang. J’avais oublié ça.
Triomphant, le commandant leva de nouveau le bras qu’il venait de libérer.
« Imbécile ! Tu comptes sur l’acier devant le Seigneur du Vert-de-gris ! Tu es fini ! »
« … Arrêtez. »
« Tout de suite ! Je vais le faire taire ! »
Le commandant tenta de m’asséner un coup de poing. Mais, à cet instant, la table s’allongea et passa juste devant son nez. Son coin étiré s’aiguisa, déchira la tente à moitié et dépassa à l’extérieur.
Le commandant, stupéfait, déglutit. Après un long silence, Perru reprit :
« … Tous les deux. »
Il parlait si lentement que ses mots arrivaient après ses actes. Si possible, j’aurais préféré recevoir un avertissement avant la démonstration de force.
Quoi qu’il en soit, il avait atteint son but. Le commandant et moi étions figés, incapables de bouger. Perru soupira profondément et me regarda.
« … Qu’avez-vous l’intention d’en faire ? »
Hum. La régresseuse n’y avait sans doute pas réfléchi à deux fois. C’était un métal précieux, alors elle l’avait probablement distribué en pensant que les gens l’apprécieraient.
Mais je ne pouvais pas leur révéler qu’elle était à ce point tête en l’air. Autant les berner, comme si elle avait un plan.
« Eh bien, disons que ça montre que nous ne sommes pas venus les mains vides. Regardez. Vous avez tous réagi à ce métal, non ? Nous nous sommes dit qu’avec quelque chose comme ça, nous pourrions peut-être rencontrer le Seigneur de l’Or. »
« … Ne faites pas de bêtise. »
« … La relique du roi Elik peut… éveiller le Seigneur de l’Or. »
Oh ? Voilà qui était nouveau. Elle n’en était pas sûre elle-même, mais cet objet pouvait éveiller le Seigneur de l’Or ? De quel genre de métal s’agissait-il ?
… Régresseuse. Qu’avais-tu donc distribué avec tant de désinvolture ? Ça commençait à me faire peur.
« Sérieusement. Si vous vous contentez de me dire de ne pas faire de bêtise sans m’expliquer laquelle, vous pensez que je vais vous écouter ? Je suis votre fils ? Ça vous suffit de m’interdire quelque chose alors que je n’y connais rien ? Si vous ne voulez pas que la balance penche, vous ne devriez pas mettre quelque chose de l’autre côté ? »
« … »
« Je ne sais pas à quelle arnaque vous jouez, mais vous pouvez bien tromper la balance, vous ne me tromperez pas. Allez-y. Faites votre offre. »
« … »
Non, arrête de me mettre à l’épreuve et parle. Dis simplement que tu nous accompagnes, ou donne-moi quelques explications de plus. Ugh, c’était frustrant. Pourquoi fallait-il qu’elle pèse tout autant ?
« Seigneur Perru ! »
Le commandant cria avec urgence. Il ne cherchait pas à la presser de répondre ni à interrompre une nouvelle fois la conversation.
Quelque chose se reflétait dans ses yeux. Un mystérieux objet volant, suivi d’une traînée de flammes, fonçait vers nous.
Hein ? Qu’est-ce que c’était ?
« À couvert ! »
Fwoooooosh.
Au cri du commandant, un long sifflement déchira l’air et fendit le ciel. Une lueur ardente le traversa, comme si quelqu’un découpait la nuit avec des ciseaux. Une flèche enflammée — non, une longue fusée — s’abattit sur une tente au loin.
Puis,
BOUM.
La détonation retentit une seconde plus tard. Un soleil éphémère se leva au-dessus du camp. Les tentes furent plongées dans l’ombre, et une bourrasque brûlante les secoua violemment.
Des cris s’élevèrent. La peur et la confusion se répandirent parmi la foule. Pris de panique, les gens couraient à perdre haleine dans le camp. Les habitants des petits États étaient toujours prêts à fuir. Leur talent était pleinement mis à profit, maintenant.
Plissant les yeux devant les flammes, Perru demanda :
« … Que se passe-t-il ? »
« Je l’ignore ! Nous sommes attaqués. Est-ce l’État militaire ? »
« … Des obus ? Non. Si le but était une frappe tactique, des obus bruyants seraient inefficaces. En semant le chaos, on disperse les chacals. Ce n’est pas une méthode de soldat. C’est celle d’un chasseur. »
« … Non. Cette méthode… »
Avant que Perru, qui avait pensé à quelqu’un, puisse prononcer son nom, les explosions formèrent une voix et annoncèrent l’identité de leur propriétaire.
« Lord Rowkett s’adresse à vous. »
Une voix étrange. Chaque explosion était assourdissante, mais, assemblées d’une manière singulière, elles formaient la voix d’une seule personne.
Du pointillisme sonore. Quelle technique avait-on mêlée à tout ça ? Sans lire les pensées, difficile de le deviner.
Le commandant reconnut le nom et marmonna :
« Rowkett ? Le Seigneur des Fournaises ? »
« Le grand Seigneur de l’Or vous donne l’ordre d’attaquer l’État militaire. »
Un seigneur de la chaleur et des explosions. Chacun de ces titres était terrifiant à lui seul ; ensemble, ils donnaient plutôt l’impression d’un complexe d’infériorité qui avait explosé. Si je le rencontrais un jour en personne, je lui demanderais si ce nom était volontaire. S’il se mettait en colère, j’aurais ma réponse.
La voix du Seigneur des Fournaises reprit :
« Mais vous, bande de porcs, vous avez installé des camps et vous vous serrez les uns contre les autres, à vous lécher le cul ! Vous ne pensez qu’à vous remplir la panse ! Pourquoi n’êtes-vous pas partis ? Pourquoi n’obéissez-vous pas aux ordres ?! »
Sa voix irritée sermonnait une foule indéterminée. Quelqu’un tenta de se justifier d’un faible « Nous allions… », mais il n’y avait aucune chance qu’on l’entende.
Et, de toute façon, il ne voulait sans doute pas écouter.
« Tout ce que vous mangez. Tout ce que vous portez. Tout ce sur quoi vous vous déplacez. Le Seigneur de l’Or a tout créé. Tout ce qui fait de vous ce que vous êtes vous a été accordé par le Seigneur de l’Or ! Notre dieu est le Seigneur de l’Or ! Et vous ! Vous avez entendu l’ordre de votre dieu et vous l’avez ignoré ! »
Il y ajouta même une bonne dose de blasphème.
« Alors, je vais vous faire obéir ! Moi, Lord Rowkett, fidèle serviteur du Seigneur de l’Or, je vais commencer dès maintenant à traquer les apostats ! »
À la fin de son cri, des dizaines d’explosions déchirèrent l’air. Le temps, qui s’était brièvement arrêté, se remit en marche. Ceux qui avaient écouté la voix se mirent à courir. Les hurlements de Lord Rowkett poursuivaient les fuyards.
« Si vous voulez vivre, partez ! Pillez ! Comme l’a ordonné le Seigneur de l’Or… Le seul or que vous puissiez obtenir, c’est celui de l’État militaire, où le pillage est garanti ! »
Bon sang. Quel bazar. Ils allaient vraiment s’en prendre à cet endroit ? À leurs propres compatriotes des petits États ?
Je commençais à comprendre comment les petits États avaient pu perdre contre l’État militaire en sept jours.
À cet instant, une tragédie atroce se déroula devant la taverne sous la tente.
Une jeune fille aux cheveux blancs argentés apparut. Sa beauté irréelle semblait tout droit sortie d’un conte de fées. Vêtue d’une robe et portant une ombrelle noire sur l’épaule, elle avançait tranquillement dans ce lieu inconnu.
Elle ne parlait que de choses impossibles. Elle disait avoir rencontré le roi du Royaume doré et promettait de récompenser quiconque connaîtrait l’emplacement du Palais doré. Pourtant, personne ne lui demanda de précisions, car celle qui parlait semblait encore moins réelle que ses paroles. Elle avait l’air d’une fée sortie d’un livre d’images, d’une illusion qui pouvait s’évanouir à tout instant…
Mais personne ne s’attendait à ce qu’elle disparaisse en recevant de plein fouet une fusée traversant le ciel.
Son bras se brisa et son corps fut transpercé. Du sang rouge sombre fleurit au milieu des flammes écarlates. Quelqu’un murmura que le corps humain ressemblait à une fleur ; ceux qui comprirent enfin ce qui s’était passé poussèrent des cris.
« Aaaaaah ! »
« Une personne ! Quelqu’un est mort ! »
« C’était seulement une personne, ça ? »
« Peu importe ! »
Au moment où ceux qui avaient compris la situation avec un temps de retard s’apprêtaient à fuir, pris de panique,
« Je ne suis pas morte. »
La jeune fille, qui semblait avoir perdu ses membres sous l’impact de la fusée, prit la parole. Une épaisse obscurité jaillit de son corps, qui paraissait transpercé, et engloutit la fusée. À demi immergée dans les ténèbres, celle-ci ne crachait plus que les faibles flammes de son agonie.
La jeune fille contempla la fusée de ses yeux rouges. La seule émotion qu’on y lisait était… du déplaisir.
« Une flèche porteuse de flammes… Comme c’est profondément déplaisant. Pour une fois, j’allais obtenir des informations par mes propres moyens. »
Personne ne l’entendit. Tous fuyaient, terrorisés par une menace plus effrayante encore que la fusée.
À ce moment-là, Azzy courait sur le sol.
Difficile d’exprimer ses pensées en langage humain, mais si l’on osait les interpréter, c’était de la joie. Jusqu’ici, Azzy avait attrapé des choses volantes avec sa gueule, et le résultat s’était généralement révélé plaisant. Par induction, elle en conclut qu’en répétant la même action, elle obtiendrait le même résultat.
La lueur étincelante éveillait aussi son instinct de chasse. Où trouverait-on une traînée de flammes aussi visible ?
Alors Azzy courut droit vers le point de chute de la fusée.
Heureusement, elle en sentit l’odeur avant l’explosion. D’instinct, Azzy changea de direction et bondit dans les airs.
« Ouaf ! »
Les flammes engloutirent Azzy. Elle poussa un cri plaintif. Elle n’était pas gravement blessée, mais l’explosion, la fumée et le feu étaient éprouvants en soi. Azzy détala à toute allure.
Complètement affolée, Azzy courut vers quelqu’un en qui elle pouvait au moins avoir confiance.
Vers le meilleur ami d’un chien : un humain.
À cet instant, quelqu’un ouvrit les yeux. En entendant les explosions, elle se leva comme si elle les attendait et marmonna :
« Ils ont fini par arriver. Je les ai attendus longtemps. Je pensais qu’ils se montreraient peu après que j’aurais dispersé l’Or de la Compréhension… »
Pourtant, en entendant la voix qui suivit et en voyant les fusées broder le ciel, elle fronça les sourcils.
« … Pff. Mais pourquoi un Colosse arrive-t-il ? Et de l’extérieur du camp, en plus ? C’est beaucoup trop rapide. Enfin. »
Une fusée se dirigea par hasard vers elle. Elle ne provoquait plus la moindre émotion chez la régresseuse. D’un mouvement du poignet, Shei la fendit en deux dans sa trajectoire, et elle explosa.
Elle avait assurément été menaçante. Un épais morceau de métal qui filait à toute vitesse et risquait d’exploser. Une arme, capable de mettre sa vie en danger.
Mais à présent, ce n’était plus qu’un des menus problèmes auxquels son corps avait appris à répondre.
Et le propriétaire de cette arme ne faisait pas exception.
« Je peux les déterrer et leur poser la question. »
La régresseuse, Shei, marmonna d’un ton égal.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre serveur Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>