Chapitre 326
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 326 : Même pris la main dans le sac, il reste toujours une échappatoire
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Grandimoor, roi du Royaume.
Un monarque dont l’autorité empêchait ses semblables de ressentir de l’hostilité à son égard avait été emporté et tué par la volonté irrésistible du peuple.
Sa mort ne faisait aucun doute. Même si l’État militaire avait survécu grâce à la Sainte Vierge, la mort du roi était entièrement due à la main des hommes. Même une autorité qui empêchait les autres de lui vouer de l’hostilité ne pouvait venir à bout de la corruption et du chaos d’une société qui avait pris une ampleur considérable.
La princesse, héritière de sang du monarque, était toujours en vie, mais cela n’avait plus d’importance.
La preuve était faite : ne pas être haï par les autres, être quelqu’un de bien, ne suffisait pas pour devenir roi.
Tss. Sans la Sainte Vierge, tout aurait été beaucoup plus simple. Elle n’arrêtait pas d’insister sur un avenir où l’État militaire survivait… Tout était entouré de mystère, alors j’avais dû courir partout.
Quoi qu’il en soit, il en restait quatre.
Le prochain était Elik, roi du Royaume doré. Le Roi de la Technologie et de la Métallurgie, capable de saisir et de comprendre instantanément n’importe quelle structure, avait été dévoré par le Seigneur de l’Or. Quant à ce qui s’était passé… il ne me restait plus qu’à le découvrir.
Heureusement, la Sainte Vierge ne semblait pas être intervenue cette fois-ci. Si je me rendais là-bas et lisais quelques pensées, je devrais pouvoir apprendre comment Elik était tombé.
Ah, rien que d’y penser, ça me remettait en colère. J’avais cru avoir de la chance en trouvant des traces du Suzerain et de la Grande Maîtresse dans l’Abîme. Mais la Sainte Vierge avait insisté pour que le Suzerain y survive aussi…
Moi, le Roi de l’Humanité, je voulais simplement en apprendre un peu plus sur l’humanité, mais elle me mettait des bâtons dans les roues à chaque occasion. Le Dieu céleste était vraiment le problème. Il prétendait veiller sur tout, mais n’était-il pas plutôt un harceleur de l’humanité entière ? Il faudrait que quelqu’un l’embarque.
À ce stade, j’avais eu de la chance que la régresseuse apparaisse. Seul, je n’aurais jamais pu percer les interférences du Sanctuaire et trouver des traces des Cinq Seigneurs. Dans les cycles précédents de la régresseuse, j’avais apparemment échoué dès l’Abîme.
Ouf. Sans la régresseuse, ça aurait été une catastrophe…
Ah, non.
Même si je les trouvais, tout deviendrait comme si rien ne s’était passé si elle régressait. Je ne serais pas simplement en train de donner des informations à l’ennemi, par hasard ?
Après tout, la régresseuse était peut-être une Sainte Vierge, elle aussi.
« Hum. Je crois qu’on est arrivés~. »
La voix de Hilde retentit. Je relevai la tête et regardai dans la direction où se dirigeait le Cataphract. Au bout d’une route tracée par le seul passage d’innombrables personnes, un spectacle impressionnant s’offrit à nous.
« On est arrivés. »
Une vaste prairie s’étendait devant nous. Des chevaux et des moutons grignotaient des touffes d’herbe sur un tapis tissé sans façon par la nature. Des humains montés sur leurs bêtes les surveillaient d’un œil perçant, veillant à ce qu’aucun cheval ni mouton ne disparaisse. Comme ils regardaient surtout vers l’extérieur, ils semblaient croire que les animaux risquaient davantage de disparaître à cause d’une intervention extérieure que de leur propre chef.
Au-delà, des centaines de tentes formaient un immense campement sur une plaine encerclée de barbelés. Le claquement des toiles dans le vent était assourdissant. Même d’ici, je sentais l’énergie débordante de la foule.
La régresseuse marmonna :
« C’est un camp. »
Le lieu était clairement différent de la ville fantôme que nous avions vue auparavant. Il était bien plus sale et en désordre, mais la saleté était ce qui restait après le passage des gens. Cette ville de tentes était plus vivante que je ne l’aurais cru.
« On entre ! »
Hilde se dirigea vers l’entrée entre les clôtures de barbelés.
Le camp avait lui aussi ses gardes. L’un d’eux, qui n’avait pas l’air particulièrement zélé, nous arrêta et nous demanda ce que nous venions faire.
« Pas un pas de plus. Qu’est-ce qui vous amène ? Vous restez longtemps ou vous repartez bientôt ? »
« On ne reste qu’une journée ! »
« Donc, vous repartez ? Dans ce cas, pas de frais. Laissez votre monture près de la clôture et entrez à pied. »
Le garde se contenta de ces quelques mots, puis agita la main comme s’il n’avait rien d’autre à ajouter. Peut-être était-il las de ses longues heures de garde, mais sa voix avait un léger tranchant. Hilde se moqua de son état d’esprit et me demanda mon avis d’un regard.
« Pour un simple garde de camp, il est sacrément insolent avec une envoyée diplomatique~. Père, qu’est-ce qu’on fait ? On lui coupe la tête et on se fraie un passage ? »
Qu’est-ce qu’elle entendait par « se frayer un passage » ? Cette fille était-elle vraiment une envoyée ? Elle ne savait pas faire la différence entre un armistice et une escalade ? Si on voulait les déranger, autant le faire quand personne ne regardait.
« Suivons les règles pour l’instant. »
« Quel dommage~. D’accord~. »
Hilde conduisit le Cataphract jusqu’au bord extérieur de la clôture.
Les montures des voyageurs étaient alignées dehors. Craignant qu’on ne les leur vole, leurs propriétaires s’appuyaient contre la clôture, une arme à la main, tout en somnolant. Et cela alors qu’un simple grillage de barbelés les séparait du camp.
« Ils ne peuvent pas laisser leurs montures sans surveillance, de peur qu’on les leur vole. Le camp a bien réfléchi à la question. Ils veulent sans doute que ceux qui repartent bientôt répartissent leurs effectifs. »
« Oui. Si on ne laisse personne ici non plus, on va nous le voler. »
Comme elle l’avait dit, dans les États mineurs, tout objet sans propriétaire appartenait à la première personne qui le ramassait. Tous ceux qui prenaient la route étaient des voleurs en puissance. Le laisser sans surveillance serait dangereux.
Tyr s’avança.
« Aucun problème. Je laisserai mon Chevalier Noir ici. »
« Non, je ne fais pas vraiment confiance au Chevalier Noir. Et puis, le soleil ne s’est même pas encore couché. »
« …Est-il vraiment si peu fiable ? »
« Depuis que j’ai retrouvé mon cœur, je ne parviens plus à commander correctement mon serviteur et je dois supporter toutes sortes d’affronts. Il faut que je trouve une solution au plus vite. Sinon, ces mauvais traitements ne cesseront jamais… »
Non, ce n’était pas de la maltraitance. C’était une évaluation sérieuse de la situation.
Le rôle d’un garde n’était pas d’empêcher le vol, mais de dissuader les gens de voler. Or, un Chevalier Noir noir de la tête aux pieds risquait d’être pris pour une statue d’obsidienne. Il ne ferait qu’encourager les voleurs.
En plus, quelqu’un était bien plus indiqué que le Chevalier Noir. La cible facile de l’humanité… non, son amie. Elle n’était peut-être pas très fiable, mais Azzy était faite pour ce genre de situation.
« Azzy. »
« Ouaf ? Pourquoi ? »
« Tu peux garder cette voiture pendant qu’on s’en va ? »
« Ouaf ouaf ? La garder ? »
Exactement. Azzy avait l’instinct de défendre son territoire. Il y avait une bonne raison pour que les humains élèvent des chiens de garde.
J’ignorais si Azzy se méfierait des inconnus… Mais sa seule présence suffirait peut-être à décourager les gens de voler. Même si elle était le Roi des Chiens, elle avait l’air d’une humaine avec des oreilles d’animal.
« Tu n’as pas besoin d’attaquer qui que ce soit. Si quelqu’un rôde autour du Cataphract ou le touche sans faire attention, aboie fort. Assez fort pour que tout le monde t’entende. Ça suffira. »
« Ouaf ! Compte sur moi ! »
« Brave fille ! Je compte sur toi. Ne suis personne, même si on te propose à manger. Et ne te laisse pas distraire par ce qui passe. »
« À manger ? Qui passe ? Où ça ? Où ça ? »
« Non, je ne voulais pas dire que la nourriture allait passer. Par exemple, comme ce cheval, là-bas… »
À cet instant, le bruit de sabots nous parvint. Un instant plus tard, un cheval qui galopait le long de la clôture passa devant nous. Sa queue dorée, dont les crins frôlaient presque le sol, flottait dans le vent qu’il soulevait.
Un exemple parfait venait justement de passer. Azzy avait aussi l’instinct de chasse. Elle ne pouvait pas se mettre à courir après ce genre de chose.
« Comme ce cheval, même si quelque chose passe en courant, ne t’excite pas et ne pars pas à sa poursuite… »
« Ouaf. »
Oh non. Les yeux d’Azzy brillaient.
La queue du cheval, qui se balançait, avait réveillé son instinct de chasse. Sa tête suivait le mouvement comme un pendule. Puis, à un moment, Azzy sauta à terre et s’écria :
« Ouaf ouaf ! Arrête-toi tout de suite ! »
« Héééé ! Je t’ai dit de ne pas faire ça ! »
Mais Azzy était le Roi des Chiens. En un clin d’œil, elle avait rattrapé le cheval. Elle ne semblait pas vouloir l’attaquer : elle aboyait et lui tapotait doucement la queue. Effrayé, le cheval secoua furieusement la tête et s’enfuit au galop.
Tss. À ce rythme, elle allait réussir à se dégoter un cheval. Savait-elle combien ça coûtait, ces bêtes-là ?
« Ça ne va pas ! Je vais aller chercher Azzy. Décidez entre vous qui va entrer ! »
« Tu vas la rattraper ? »
« Tu crois que j’y vais parce que je peux la rattraper ? J’y vais parce que je n’ai pas le choix ! »
« Très bien. Je vais rencontrer le chef du camp, alors ramène Azzy. »
Je rassemblai les affaires dont j’avais besoin et me lançai à la poursuite de l’ombre d’Azzy. La régresseuse suivit mon départ du regard, puis se souvint soudain de quelque chose.
« Pourquoi prend-il une corde pour aller chercher Azzy ? »
Parce que, dans les États mineurs, la première personne à ramasser quelque chose en devenait propriétaire. Le cheval avait l’air plutôt beau, mais avec Azzy, je pourrais le coincer.
À cheval sur le Cataphract, je n’aurais pas besoin d’une monture, mais les humains avaient inventé le troc. Si je n’en avais pas l’utilité, je pourrais l’échanger chez un prêteur sur gages. J’en tirerais sûrement un bon prix.
Qui que tu sois, merci pour cette aubaine.
« Ouaf ouaf ! Ouaf ouaf ! Ne bouge pas, ouaf ! »
— Hiiii !
Je n’eus pas longtemps à chercher. Azzy tournait autour d’un cheval, dans un enclos bas, en le fixant d’un regard noir. La pauvre bête, prise pour cible par le Roi des Bêtes, hennissait pitoyablement, morte de peur.
Je me dépêchai de la rejoindre.
« Azzy, ma bonne petite chienne ! Bravo ! »
« Ouaf ? J’ai bien fait ? »
« Bien sûr ! Tu as fait quelque chose de formidable, alors on mangera de la viande ce soir ! »
« Aouuuuu ! Super ! Super ! »
« Reste là ! Attends que j’arrive… ! »
Je nouai rapidement la corde en lasso. Je le lui passerais autour du cou et je tirerais. Ah, si je tirais sur la corde, elle m’entraînerait et me déchirerait en deux. Je ferais donc mieux de laisser Azzy tirer.
Je fis tournoyer le lasso au-dessus de ma tête et m’approchai lentement du cheval immobile. Peut-être effrayé par l’apparition d’un humain suspect, il se rapprocha de sa propriétaire.
Tiens, sa propriétaire ?
« …Ce chacal essaie vraiment de voler un cheval en plein jour ? …Et près d’un camp, en plus ? Il me prend pour une proie facile… ? »
Des pensées me parvinrent de quelqu’un qui se cachait dans l’ombre du cheval. En y regardant mieux, le cheval n’avait pas échoué à s’échapper. Il était arrivé.
Aux côtés de sa propriétaire.
« …Et il garde aussi une femme-bête comme esclave. Quel salaud irrécupérable. »
Tss. J’avais beau être assez respectueux des lois pour vivre sans elles, je n’étais pas pour autant un partisan du vol. Le vol était un crime violent.
Un crime violent, c’était un crime que seuls les forts pouvaient commettre. Comme j’étais faible, je ne pouvais pas commettre de crimes violents et devais me contenter de la petite délinquance. Bien sûr, si mon adversaire était plus faible que moi, je pouvais commettre des crimes violents grâce à ma force relative, mais…
« …Je le fais fondre ? »
Ça n’allait pas. Je lançai le lasso tournoyant.
Pas sur le cheval, mais sur Azzy.
« Ouaf ? »
Azzy attrapa le lasso en plein vol avec sa gueule. Elle me regarda tout de même d’un air perplexe, se demandant pourquoi je le lui avais lancé.
Après m’être discrètement raclé la gorge, je grondai soudain Azzy :
« Espèce de petite peste, Azzy ! Comment as-tu pu embêter le cheval de quelqu’un d’autre ? »
« Ouaf ouaf ? »
« Les chevaux sont les amis de l’humanité, ses montures et sa propriété ! Il faut en prendre soin, pas les embêter ! Pourquoi lui fais-tu peur ? C’est comme ça que je t’ai élevée ? »
Elle ne comprenait toujours pas ? Je la grondais. Elle se faisait réprimander.
Azzy pencha la tête, toujours incapable de comprendre la situation, puis sembla décider que c’était un jeu et secoua brusquement la tête.
« Ouaf ! »
« Aaah ! Ne tire pas ! Je vais tomber ! »
Mon corps fut projeté dans les airs avant de s’écraser au sol. Avant la douleur, je ressentis de l’humiliation et du chagrin. Était-ce ce que ressentait un poisson d’eau douce quand on le remontait au bout d’une ligne ?
Quelqu’un s’approcha de mon corps inerte. C’était la propriétaire du cheval.
Ses cheveux d’un roux pâle, couleur rouille, étaient attachés en queue-de-cheval. Sa salopette ample était maculée de taches d’huile noire et de morceaux de fer fondus qui y avaient adhéré. Elle avait l’air calme, même si les bandages collés sur son visage lui donnaient l’impression d’avoir du mal à exprimer ses émotions.
La femme, qui avait l’air d’être à mi-chemin entre une alchimiste et une ingénieure militaire, me regarda de haut et demanda :
« …C’est à vous ? »
« Si elle m’appartenait, ce serait merveilleux. Quel propriétaire la nourrit, l’habille et joue avec elle ? À bien y réfléchir, c’est plutôt elle, ma propriétaire. »
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! Je suis pas sa propriétaire ! Je suis son actionnaire majoritaire ! »
Elle n’était pas encore actionnaire majoritaire, si ? Et surtout, comment pouvait-elle se prétendre telle alors que j’étais encore parfaitement vivant ?
La femme jeta un coup d’œil à Azzy, puis reprit, comme pour s’en assurer :
« …Vous avez essayé de voler le cheval. »
« Non. Je voulais arrêter Azzy au cas où elle lui ferait du mal. Ce serait embêtant qu’elle blesse le cheval de quelqu’un d’autre. »
« …Le lasso ? »
« Je l’ai lancé pour attraper Azzy. Il fallait que je l’arrête avant qu’elle ne s’en prenne au cheval. »
« …Et le dîner à la viande ? »
« Je ne pouvais pas laisser Azzy manger le cheval, tout de même. Il fallait d’abord la distraire en lui promettant de la viande. C’était une mesure de sécurité. »
Que pensait-elle de mon excuse parfaitement logique ?
Face à un raisonnement aussi irréprochable, la femme ne sut que répondre. Sa détermination transparaissait dans ses lèvres étroitement pincées.
« …Le fait qu’il trouve même des excuses le place dans les dix pour cent des chacals les moins minables. »
À quoi ressemblaient donc les États mineurs, si trouver des excuses plaçait quelqu’un dans les dix pour cent du haut du panier ? Je n’y comprenais rien. La femme hocha légèrement la tête et se détourna.
« …Très bien. Je laisse tomber. »
« Comment ça, vous laissez tomber ? Si on cherche un responsable, c’est le cheval qui s’est échappé du pâturage qui est en tort. Vous devriez mieux surveiller votre monture. Et si quelqu’un avait volé un cheval aussi précieux ? »
La femme ne réagit guère à mes absurdités. Elle ignorait les paroles inutiles. Un genre de personne qui ne laissait aucune prise. J’allais donc essayer autre chose.
La femme caressa la crinière du cheval et murmura :
« …Aurea est venue m’aider. »
« Aurea ? »
« …C’est le nom de mon cheval. »
« Ah, vraiment ? Je suppose que c’est le moment de présenter nos compagnons. Je vais faire pareil. Voici Azzy. Elle a la mauvaise habitude de courir après tout ce qui bouge. »
« …Une femme-bête est un animal de compagnie… Je devrais peut-être revoir mon jugement. Même les chacals les plus méprisables n’ont pas une personnalité aussi lamentable. »
Je ne comprenais vraiment pas les critères des États mineurs. Traiter un chien de chien m’avait fait passer des dix pour cent du haut du panier aux dix pour cent du bas. Quelle chute !
Azzy me tapota les pieds et remua la queue.
« Ouaf ouaf ! Cet humain est doué pour mentir ! »
« Hé. Pas besoin de le préciser. Tout le monde ici sait que je suis humain. »
« Présentations terminées ! »
« Tu m’as présenté parce que tu croyais que c’était l’heure de présenter nos animaux ?! »
« …Pfft. Quelle relation amusante. Ils s’entendent bien. »
La femme rit en silence, dans ses pensées, puis détourna la tête.
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