Chapitre 325
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 325 : La terre où erre un vieillard sénile
──────
Le paysage changea radicalement dès que nous eûmes franchi la Grande Muraille.
Des constructions artificielles commencèrent à apparaître ici et là. Les environs se firent peu à peu plus complexes et, bientôt, le Cataphract se retrouva au milieu d’une ville.
De petites maisons de briques bordaient un côté de mon champ de vision. Au loin, un pavillon de quatre étages dominait le paysage. De longues routes pavées de pierres polies s’étendaient devant nous. On aurait dit une ville prospère, dont chaque brique avait été soigneusement pensée et posée.
Pourtant, tout cela était encore l’œuvre du Seigneur de l’Or. La ville se dressait là, mais on n’y voyait pas la moindre âme humaine.
Il n’y avait personne pour la faire fonctionner, ni de quoi nourrir ses habitants.
« C’est incroyable. Un simple humain a créé toute une ville à lui seul… »
Les yeux de Tyr brillaient comme ceux d’une enfant. Même une ville fantôme avait de quoi fasciner une vampire qui avait dormi trois cents ans.
À vrai dire, Tyr n’était pas la seule. J’éprouvais quelque chose de semblable, quoique pour une autre raison.
« Euh, monsieur Shei. Je viens de penser à quelque chose. »
« Qu’est-ce qu’il y a, cette fois ? »
« Nous apportons l’accord d’armistice au Seigneur de l’Or, c’est bien ça ? »
« Probablement. J’imagine que c’est ce qui va se passer. »
« Mais il y aura vraiment une trêve ? Maintenant que j’ai vu le pouvoir du Seigneur de l’Or de mes propres yeux, il me paraît encore plus écrasant. »
L’autorité du Seigneur de l’Or relevait de l’alchimie, si proche de la création elle-même qu’elle pouvait bâtir d’immenses châteaux et des villes en un instant, tout en façonnant chaque brique différemment. C’était un alchimiste capable de créer le ciel et la terre.
Ce qui soulevait une question.
La régresseuse avait dit que l’État militaire vaincrait les États mineurs. Autrement dit, il vaincrait le Seigneur de l’Or.
Comment l’État militaire était-il devenu une nation puissante ? Grâce à sa seule armée ?
« Et si le Seigneur de l’Or refusait l’accord d’armistice ? S’il nous changeait tous en or pour notre insolence, puis marchait fièrement sur l’État militaire et l’attaquait ? »
C’était important.
La régresseuse avait été certaine que les États mineurs accepteraient une trêve. Après avoir lu ses souvenirs, je m’étais laissé entraîner dans cette expédition sans réfléchir.
Mais après avoir vu l’autorité du Seigneur de l’Or de mes propres yeux, le doute commençait à m’envahir.
Quel que fût l’angle sous lequel je l’observais, sa puissance était terrifiante. S’il faisait apparaître un château au-dessus de ma tête et le laissait s’effondrer, je finirais écrasé comme un insecte.
« L’État militaire a une histoire courte et ne bénéficie donc d’aucun pouvoir mystique pour protéger le pays… Mais les États mineurs ont l’alchimie et le Seigneur de l’Or. Monsieur Shei, pouvez-vous le battre ? »
« … Si je donnais tout ce que j’avais. »
La réponse de la régresseuse était bien trop hésitante. Voyons ce qu’elle pensait.
« Le Seigneur de l’Or n’est pas quelqu’un qu’on peut vaincre ou qui peut perdre. Il est encore plus étranger à ce monde que Tyrkanzyaka. Mais je ne peux pas l’expliquer, et ce serait problématique si je disais quelque chose d’inutile et lui faisais peur… »
Tu vois ? Toi non plus, tu n’étais pas sûre de gagner !
Comme Tyr et Ria me l’avaient montré, quand je me retrouvais face à une puissance que je ne pouvais pas affronter, je préférais en faire une alliée.
Quelle était la meilleure façon de gagner un combat à un contre dix-sept ? Rejoindre les dix-sept. Comment pouvais-je espérer en vaincre dix-sept tout seul ?
De toute façon, j’avais quelque chose à régler avec le Seigneur de l’Or, mais rien ne m’obligeait à l’aborder comme la régresseuse le voulait. Un accord d’armistice portait inévitablement en lui les germes d’un conflit. Si j’affrontais un Seigneur de l’Or offensé et qu’un château s’écroulait sur ma tête, je disparaîtrais avant même d’avoir eu l’occasion d’utiliser mon pouvoir.
« Soyez honnête avec moi. Je suis prêt. »
La régresseuse devait tout de même savoir quelque chose. Sinon, elle ne s’avancerait pas avec autant d’assurance.
Quand j’insistai, elle changea d’avis et se mit à parler.
« C’est vrai. Ce type se contente de se plaindre, mais il foncerait dans un champ de mines sans sourciller. Il ne va pas renoncer juste parce que je lui dis que je ne suis pas sûre de moi. »
Ayant tiré cette conclusion toute seule, la régresseuse se remémora le Seigneur de l’Or de sa vie précédente et me répondit franchement.
« Je ne pense pas pouvoir le battre. L’autorité du Seigneur de l’Or dépasse tout ce qui est étranger à ce monde ; elle est grotesque. Même avec Jizan, je ne pourrais pas l’atteindre. »
« Je vois. »
Je m’y attendais, mais quand même. Elle n’était vraiment pas certaine de pouvoir gagner.
Après avoir hoché la tête un long moment, je donnai un ordre à Hilde.
« Hilde, fais demi-tour. Je veux rentrer. »
« Oui ! Demi-tour immédiatement ! Youpi ! En route pour la guerre !! »
« Non, vous ne pouvez pas ! Attendez ! »
La régresseuse m’attrapa précipitamment par le col et s’écria :
« Hé ! Tu as dit que tu étais prêt ! »
« Prêt à fuir ! Prêt à sacrifier mon honneur dérisoire pour sauver ma précieuse vie ! »
« Ce n’est pas ça, être prêt ! Et qu’est-ce que tu comptes faire si on rentre maintenant ? »
« C’est plutôt à moi de poser la question ! Pourquoi aller là-bas si tu n’es pas sûre de pouvoir gagner ? À part pour mourir ! »
J’essayai de me dégager, mais elle était trop forte. À force de me débattre, je donnais seulement l’impression de faire un caprice en criant.
« Tu as l’air sacrément fière d’avoir réussi un assaut contre l’État militaire, mais ce n’est même pas vraiment un pays ! C’est un État mal fichu, à la structure inutilement complexe et fragile, sans pouvoir mystique pour protéger la nation et sans roi doté d’autorité ! C’est pour ça qu’on a pu le dépouiller ! »
« Hé hé… C’est vrai, mais c’est étrange d’entendre ça quand on est citoyenne de l’État militaire. »
En vérité, l’État militaire n’avait survécu que grâce à la bénédiction de la Sainte Vierge…
Non, oublions le mot « bénédiction ». « Hypocrisie », peut-être, mais « bénédiction » sonnait bien trop sacré.
Quoi qu’il en soit, il n’avait tenu bon que parce que la Sainte Vierge avait repéré puis écarté toutes les possibilités de destruction de l’État militaire qu’elle avait vues dans le futur.
L’État militaire aurait pu s’effondrer à tout moment et de n’importe quelle manière. Même la Sainte Vierge s’était tant affaiblie qu’elle avait créé des officiers des transmissions pour la remplacer. Si quelqu’un avait réellement entrepris de lui nuire, il se serait écroulé en un instant.
Il avait failli tomber alors que seules trois personnes avaient uni leurs forces.
Les États mineurs, eux, étaient différents. Peu importaient leur taille et leur envergure, leurs fondations étaient solides.
Democrias, le Seigneur de l’Or. Il était les États mineurs, et les États mineurs étaient lui. Même si tous leurs habitants mouraient, tant que le Seigneur de l’Or subsisterait, la même nation renaîtrait un jour.
Et tant que je ne pourrais pas vaincre le Seigneur de l’Or, lui remettre l’accord d’armistice reviendrait à lui confier ma vie. S’il rejetait la trêve, je serais simplement démantelé sur place.
« Je ne me bats pas ! Je m’en vais ! Je ne veux pas mourir ! »
« Écoute jusqu’au bout ! Nous n’aurons pas à affronter le Seigneur de l’Or directement ! »
« Ah bon ? Alors je me rassois. »
Franchement. Elle aurait dû commencer par là. Je savais que je pouvais te faire confiance, régresseuse !
« Tu changes d’avis beaucoup trop facilement ! Tu n’as donc aucun principe ? »
« Tu pourrais appeler ça de la souplesse d’esprit ? »
Ça allait de soi, non ? Si la situation changeait, mon attitude devait changer aussi.
La régresseuse avait tout de même réfléchi à la question. Je croyais que nous allions devoir affronter le Seigneur de l’Or. Même si elle pouvait régresser, elle ne foncerait pas tête baissée sans avoir de plan.
« Pourquoi n’aurons-nous pas à nous battre contre lui ? Le Seigneur de l’Or est-il du genre à signer tout de suite un accord d’armistice ? »
La régresseuse secoua la tête et révéla à contrecœur ce qu’elle savait.
« Non, le Seigneur de l’Or ne coopérera pas avec nous. Mais il ne nous attaquera pas non plus. Il sera probablement… indifférent. »
« Quand j’ai visité les États mineurs, avant la destruction du monde dans ma vie précédente… je n’ai même pas réussi à parler au Seigneur de l’Or. »
La régresseuse choisit soigneusement ses mots en se remémorant sa vie précédente. La silhouette du Seigneur de l’Or, aperçue de loin, lui revint à l’esprit.
Avant l’apparition du Roi du Péché, les gardiens du Palais doré avaient donné à la régresseuse la possibilité de rencontrer seule le Seigneur de l’Or, alors que le monde était menacé. Après avoir grimpé jusqu’au palais et pénétré dans sa grande salle déserte, elle avait tout expliqué au Seigneur de l’Or et l’avait imploré de les aider.
Mais le Seigneur de l’Or ne l’avait jamais regardée. Il n’avait pas davantage écouté sa voix. Perdu dans ses pensées, il s’était contenté de fabriquer des objets grâce à l’alchimie. Derrière lui, des jouets inutiles s’empilaient.
La régresseuse avait tenté d’attirer son attention en le frappant. Mais lorsqu’elle s’était approchée suffisamment, une force intangible l’avait repoussée. Le champ de force du Seigneur de l’Or était assez puissant pour repousser même la régresseuse, qui s’était renforcée à l’aide de toutes sortes de trésors du monde à l’approche de sa fin.
Le Mur de la Séparation. De l’autre côté du champ de force, le Seigneur de l’Or poursuivait son alchimie.
Comme si la destruction imminente n’avait rien à voir avec lui.
Ne pouvant plus le supporter, la régresseuse avait brandi Jizan contre lui…
Au moment où elle avait franchi le champ de force et pénétré dans le domaine du Seigneur de l’Or, le monde lui-même s’était mis à l’exclure.
L’autorité du Seigneur de l’Or était l’alchimie. Portée à son apogée, elle créait toute chose. Toutes les choses créées pour tuer les humains s’étaient jetées sur la régresseuse. Même elle, qui avait alors atteint un niveau élevé, avait failli mourir.
Ensuite, les gardiens qui l’avaient suivie l’avaient attaquée, et la régresseuse avait été chassée sans pouvoir tenter quoi que ce soit d’autre…
Mais cela n’en restait pas moins une information précieuse pour une régresseuse revenue à la vie après sa mort.
« Le Seigneur de l’Or est fou. »
Ah. Donc, si je lui adressais la parole de travers, il m’effacerait du monde ? Oui, oui. Compris.
Je me levai de nouveau.
« J’ai vraiment envie de rentrer. »
« Attends ! Je ne veux pas dire que c’est un tyran fou. Il est juste entièrement absorbé par ses créations en ce moment, comme s’il avait l’esprit ailleurs. On dirait qu’il veut remplir tous les États mineurs de bric-à-brac ! »
« Pourquoi apporter un accord d’armistice à quelqu’un comme ça ? Ce n’est pas réaliste. »
« Je te dis que ce n’est pas ça ! Nous ne sommes pas venus montrer l’accord au Seigneur de l’Or. Si nous parvenons à convaincre les seuls gardiens du Palais doré, nous pourrons mettre fin à la guerre ! Le Seigneur de l’Or se moque de ce qui arrive au pays, et ce sont les gardiens qui dirigent réellement les États mineurs ! »
Je compris enfin. Le Seigneur de l’Or était puissant, mais ce n’était qu’un vieil homme vagabond atteint de démence ? Le véritable pouvoir appartenait aux gardiens ? Elle aurait dû me le dire dès le début.
Lire les pensées de la régresseuse était épuisant. Je ne pouvais pas accéder aux informations qu’elle avait obtenues dans une vie antérieure, au-delà du temps lui-même ; je devais donc lui faire se remémorer ces souvenirs chaque fois que j’en avais besoin.
« Qu’est-ce qu’il y a, monsieur Shei ? Vous auriez pu expliquer tout ça depuis le début. Pourquoi le cacher ? »
« … Tout le monde sait que le Seigneur de l’Or règne sur les États mineurs. Les gardiens lui sont également loyaux. C’était assez proche de la vérité pour que je ne pense pas devoir apporter de précision. »
La régresseuse marmonna une excuse, mais je lus chacune de ses pensées cachées.
« C’est un secret du Palais doré. Impossible de le savoir sans avoir rencontré directement le Seigneur de l’Or. Si je lui raconte ça, je ne pourrai pas éviter qu’il soupçonne que je suis la Sainte Vierge. Si je lui en dis trop, je devrai aussi lui expliquer la régression… Heureusement, il n’a pas encore l’air de se méfier. »
Vraiment ? Ça ne commençait pas à devenir dangereux, justement ?
Quoi qu’il en soit, c’était une bonne nouvelle. Les gardiens du Palais doré seraient donc au Palais doré, tout comme le Seigneur de l’Or. En tant que citoyen d’un autre pays, j’aurais rarement l’occasion de m’approcher ouvertement du Seigneur de l’Or et de lire ses pensées.
Je devais y aller.
Ainsi, je pourrais lire les pensées du Seigneur de l’Or et découvrir comment Elik, roi du Royaume doré et descendant de l’un des Cinq Seigneurs, avait chuté.
Non, m’étais-je mal exprimé ? Pour être plus clair :
Je devais découvrir par moi-même pourquoi les Cinq Seigneurs, qui avaient volé le pouvoir du Roi de l’Humanité, avaient été abandonnés par l’humanité.
Alors seulement… pourrais-je récupérer mon droit de représenter l’humanité.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>