Chapitre 323
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 323 : Mon corps ne le supporte pas bien
──────
Les créatures de grande taille et à la longue existence possédaient forcément de l’énergie vitale. Pas seulement les humains. Toute bête qui existait et apportait un changement au monde en acquérait. Elles utilisaient même instinctivement l’énergie vitale qu’elles accumulaient.
Bien sûr, les humains étaient les seuls à s’en servir grâce à des techniques délibérées.
Les humains maîtrisaient les arbres, les rochers, le fer et même le mana par la technique. Il n’était guère étonnant qu’ils utilisent de la même façon l’énergie vitale contenue dans leur propre corps.
Pourtant, les humains, qui vivaient à peine une soixantaine d’années, manquaient chroniquement d’énergie vitale lorsqu’ils pratiquaient les arts complexes de cultivation énergétique. Dans ces moments-là, ils cherchaient quelque chose à l’extérieur de leur corps pour compenser ce qui leur faisait défaut.
Cette chose, c’était l’énergie vitale des autres bêtes. L’essence des créatures vivantes, que l’on appelait désormais des élixirs. Les humains chassaient les bêtes, se remplissaient l’estomac tout en faisant le plein de l’énergie vitale qui leur manquait…
Mais les humains d’aujourd’hui le savaient-ils ? L’énergie vitale d’une bête et celle d’un humain étaient exactement les mêmes.
Et quand les humains étaient encore des bêtes, la bête la plus facile à trouver était un autre humain.
Tabou de classe 1 : la Gourmandise. Le tabou qui consistait, pour les humains, à dévorer leurs semblables afin de s’emparer de leur mana et de leur énergie vitale…
Tout le monde considérait cette pratique comme taboue, et même le simple fait d’y penser était tenu pour un péché. Pourtant, ce tabou était toujours mis en œuvre.
Dans mon estomac.
Haa… Alors, ça ne marchait vraiment pas. J’avais beau m’y prendre de toutes les façons, impossible d’en tirer le moindre bénéfice. L’élixir se trouvait bel et bien dans mon estomac, mais rien n’indiquait qu’une réaction se produisait.
À vrai dire, j’ignorais pourquoi. Rien n’empêchait un Roi des Bêtes de changer, mais mon corps semblait figé… Non, défini. À ce rythme, que je mange un ou cent élixirs, ou que je dévore des centaines de personnes avec la Gourmandise, ça ne changerait pas grand-chose.
L’énergie vitale que je pouvais tirer de cet élixir précieux n’était qu’un grain de poussière. Et même celui-là finirait sans doute par s’évanouir. Mais si je voulais faire une montagne, il me fallait bien rassembler ces grains de poussière.
Tandis que je m’efforçais d’amasser le moindre soupçon d’énergie, une voix me parvint à l’oreille.
« … J’ai entendu dire que les élixirs étaient dangereux. Ils n’ont pas d’effets secondaires ? »
« Il y a presque aucune chance que ça devienne dangereux~. En général, les gens pensent que les élixirs sont dangereux à cause de leurs effets secondaires, mais ceux-ci se produisent quand l’énergie vitale du corps est stimulée par une énergie extérieure et se déchaîne ! Comme une allergie ! »
« C’est justement ça qui est dangereux ! »
« Mais l’énergie vitale de Père, c’est à peine la queue d’une souris ! Même si elle la fouette de toutes ses forces, ça ne ferait que chatouiller ! Donc, même si Père a des effets secondaires, il aura tout au plus des démangeaisons partout ! Ne t’inquiète pas ! J’en ai déjà tenu compte ! »
Une queue de souris ? Même si c’était vrai, la comparaison était cruelle.
Attends un peu. Si je réussissais à devenir plus fort, la première chose que je ferais, ce serait de lui donner une tape sur la tête.
Malgré les assurances de Hilde, Tyr avait toujours l’air inquiète.
« Mais Shei a dit que tu devais rester immobile pour absorber un élixir. Si ce n’est pas à cause des effets secondaires, pourquoi a-t-il dit ça ? »
« Ça, c’est après l’avoir avalé. C’est encore plus problématique si l’énergie vitale ne se stabilise pas correctement dans ton corps une fois absorbée. L’énergie vitale qui n’est pas entièrement digérée et qui flotte simplement dans ton corps risque beaucoup plus de provoquer des effets secondaires par la suite ! »
« Ah. Donc, la raison pour laquelle nous ne devons pas toucher son corps ni troubler sa concentration, c’est… »
« On dit que bouger son corps pendant qu’on absorbe de l’énergie vitale perturbe l’Art du qi aquatique, tandis que troubler son esprit perturbe l’Art du qi Li ! Enfin, je l’ai seulement entendu dire et je n’en ai jamais fait l’expérience moi-même, alors je ne peux pas en être sûre ! »
Voilà donc comment ça fonctionnait. Puisque je ne pouvais de toute façon pas le digérer, ces conseils ne m’étaient d’aucune utilité. Sans énergie, je ne risquais pas d’avoir du mal à la maîtriser.
« Oh, et pour ne pas perturber l’Art du qi céleste, il faut éviter autant que possible que quoi que ce soit touche ton corps ! »
« Que quoi que ce soit touche son corps… »
Tyr, qui m’examinait distraitement, releva soudain la tête.
« Attends ! Hyu ne porte pas de vêtements ? Il a du tissu plaqué sur tout le corps ! »
… Non, les vêtements ne posaient pas de problème. J’en portais tous les jours, et sans eux, le vent et la poussière qui me touchaient seraient bien plus gênants.
Enfin, Hilde allait sûrement la corriger d’elle-même.
« Hum ? Certaines personnes les enlèvent, selon la personne, mais les vêtements ne changent pas grand-chose~. Cela dit, ça a l’air amusant. Et si je l’encourageais ? »
Ne l’encourage pas.
« Oh là là, qu’allons-nous faire ! J’avais oublié, puisqu’il en porte tous les jours ! Il faut vite les lui enlever ! »
Ne me les enlève pas.
« Attends ! Un instant ! Comment peux-tu dire que tu vas déshabiller un homme qui n’a aucun lien avec toi… ! »
« Oh ? C’est ça, le problème ? »
« Bien sûr ! C’est quelque chose que seuls peuvent faire ceux qui ont promis de passer leur vie ensemble ! »
« Mais c’est mon père, à moi ? Je veux seulement m’acquitter de mon devoir filial. Ce n’est toujours pas permis ? »
« Argh, ça… Non ! Vous n’êtes pas vraiment père et fille ! C’est hors de question ! Et si quoi que ce soit, ça rend la chose encore plus inacceptable ! »
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Si ses vêtements restent collés à son corps pendant que l’énergie vitale se stabilise, il ne pourra plus jamais les enlever ! »
Ça n’arriverait jamais.
« C-comment une chose aussi terrible pourrait-elle… Nous sommes dans une impasse, sans issue ni retour possible. Alors, que devons-nous faire… ? »
« Il n’y a pas le choix, il faut le déshabiller ! »
« Mais… »
« La décision est déjà prise, il ne reste plus qu’à trouver le courage ! Tyrkanzyaka. Quand on est dans une impasse, sans issue ni retour possible, il faut se ressaisir ! Il faut trouver le courage de surmonter les difficultés et d’aller de l’avant ! »
« D-du courage ? Alors ça veut dire… Passer notre vie ensemble… »
Tyr déglutit malgré l’absence de salive et me regarda. Tandis que je restais assis, les yeux fermés, elle tendit lentement une main pâle vers moi. Ses doigts se dirigèrent avec précaution vers mes vêtements.
Puis Tyr remarqua quelque chose et prit la parole.
« … Je ne vois aucune couture sur ces vêtements. Où sont les boutons ou les liens ? »
« Ah. C’est un vêtement en nanomatériau, il faut donc envoyer du mana dans le bio-terminal. »
« Je ne maîtrise pas le mana ! »
« Alors il faut le déchirer. Tu veux le déchirer ? »
« Quelle indécence… Non ! Ça n’irait pas à l’encontre du but recherché ? Si je le déchire de force, les vêtements tireront sur son corps et le feront bouger ! »
« Héhé. Tu as raison ! »
« C’est terrible… ! Que devons-nous faire ? »
« Oh là là. Je disais ça pour plaisanter. Elle le prend beaucoup plus au sérieux que je ne le pensais~. Qu’est-ce que je fais ? Si je lui dis maintenant que c’était une blague, elle risque de me détester. »
Laisse-la te détester. Si tu as menti, aie le courage d’assumer qu’on te déteste.
C’est alors que la régresseuse écarta le pan de la tente et entra, l’air remarquablement reposée. Elle était peut-être fière d’avoir obtenu des renseignements. Je ne lui avais même rien demandé, mais elle nous raconta aussitôt tout ce qu’elle avait découvert.
« J’ai obtenu tous les renseignements. Il y a un grand campement à environ une journée de marche d’ici. Notre prochaine destination est… »
« Shei ! Tu tombes à pic. Viens ici et enlève les vêtements de Hyu ! »
« Pourquoi ?! »
À ce stade, même un repas ordinaire devait suffire à me donner une indigestion. Je me levai en fronçant les sourcils.
« Ça suffit, ces bêtises. Tout le monde, arrêtez. »
« Hyu ! Tu ne dois pas te lever ! »
La régresseuse, qu’on avait presque forcée à déshabiller un inconnu sans crier gare, ne comprenait toujours pas la situation.
« Hein ? Pourquoi ? Pourquoi ne peut-il pas se lever ? »
« Il a avalé un élixir ! C’est dangereux s’il bouge ! »
« Quoi ? Tu as déjà mangé l’élixir ? Sans rien dire… Attends une seconde ! »
La régresseuse ouvrit ses Yeux aux Sept Couleurs et m’observa. Le septième coloris, l’œil violet qui voyait la puissance. Elle examina mon corps de ses yeux violets, qui percevaient vaguement la quantité totale de force que je possédais, puis prit un air perplexe.
« … Ton énergie vitale n’a pas augmenté du tout. Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu as fait semblant de le manger et tu l’as caché quelque part ? »
« C’est déjà assez pénible que mon énergie vitale n’ait pas augmenté. Il faut aussi que tu me prennes pour un voleur ? »
« Non, tu as dit que tu avais mangé un élixir ! Alors, qui a volé ton énergie vitale ? »
« Préviens-moi si tu le trouves. Je lui couperai le poignet. »
La régresseuse m’examina tour à tour avec chacun de ses sept yeux colorés. Au départ, elle voulait surtout vérifier si j’avais caché l’élixir, mais après m’avoir passé au crible avec toutes sortes de visions, elle comprit que je disais la vérité.
« Attends. Ça… Il n’y a pas d’autre explication. »
La régresseuse se souvint de quelque chose, se tut et se plongea dans ses pensées. Tyr attendait d’ordinaire patiemment que les gens parlent, mais elle devait être inquiète, car elle insista pour avoir une réponse.
« Qu’y a-t-il ? »
« … Ça veut dire que tu n’as aucun talent. »
« Aucun talent ? Tu le penses vraiment… ? »
« À part sa force et ses trésors, Hyu ne me semble pas moins doué que Shei… »
Heureusement, la régresseuse dissipa les doutes de Tyr.
« Pas le talent pour apprendre. Je parle de l’aptitude physique à faire se stabiliser l’énergie vitale dans ton corps. Comme un aveugle ne peut pas connaître les couleurs et un sourd ne peut pas parler, on dirait que tu es né avec un problème qui t’empêche d’accumuler l’énergie vitale. Il semble que tu ne puisses absorber aucune énergie autre que celle que tu possédais à l’origine. »
« C’est ce que je pensais aussi. Ce n’est pas comme si j’avais grandi en mourant de faim, même si je n’ai jamais connu richesse ni gloire. L’énergie vitale ne s’est simplement jamais stabilisée en moi. »
Voilà pourquoi c’était tabou. Une méthode comme la Gourmandise ne fonctionnerait sans doute pas sur moi non plus. Ça devenait de plus en plus évident.
« Tss. Quel dommage… Tu avais vraiment l’air doué. »
« Tu comprends, maintenant ? À partir de maintenant, ne me traîne plus derrière un traîneau sous prétexte de m’entraîner. Ça ne fait que m’épuiser pour rien. »
« C’est ça, qui t’inquiète ? Ça veut dire que tu ne pourras jamais devenir plus fort ! »
« Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre, que je pleure sur mon triste sort ? Même si je le faisais, tout ce qui arriverait, c’est que monsieur Shei me tapoterait l’épaule en me réconfortant. Ça ne servirait à rien. »
« Je ne te tapoterais pas l’épaule, même si tu pleurais ! »
« Je pensais qu’un élixir réglerait le problème. Tss, à ce rythme, il ne sera qu’un poids mort, je ne pourrai pas l’emmener partout. Peut-être dans ce cycle, mais au prochain… »
Hein ? Ça ne me déplairait peut-être pas. Si la régresseuse me sauvait, puis m’abandonnait au cycle suivant, je pourrais tenter différentes méthodes à chaque fois.
Bien sûr, ça n’aidait en rien le moi actuel, qu’on traînait partout comme un poids mort.
« C’est comme si on avait jeté un élixir par terre. Quel gâchis. Bon, c’est fait, alors on va dormir ? À partir de demain, ce sera une marche infernale. »
« Attends. Il y a une chose que je veux essayer. »
« Laisse-moi utiliser l’Œil du destin pour voir le destin de ce type. Ça me coûtera une partie de ma vie, mais… Enfin, ce n’est pas comme si j’allais vivre jusqu’au terme naturel de mes jours. Ça vaut bien le coup de voir son destin. »
La régresseuse fit mine de repousser ses cheveux, puis ouvrit tous ses Yeux aux Sept Couleurs entre ses doigts. Ses yeux colorés brillèrent l’un après l’autre et formèrent un petit cercle. Au fond de son œil apparut un autre œil, qui luisait de mille feux.
« Œil céleste de la Roue tournante. Voyons le destin de ce type… Même si je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. »
L’Œil du destin s’était ouvert pour la raison la plus futile au monde.
Mon image se refléta dans les yeux de la régresseuse. Elle vit jusqu’où je pourrais aller, au fil de mon destin, qui s’étirait à travers le passé, le présent et l’avenir.
On disait que l’œil qui voyait le destin consumait la vie. La raison était moins dramatique qu’il n’y paraissait. La quantité d’informations qu’un humain pouvait traiter au cours de son existence avait ses limites ; si on en entassait une quantité démesurée, comme le destin d’une personne, dans son cerveau en un bref instant, sa santé ne pouvait que se détériorer. C’est ce qu’on décrivait comme une vie écourtée.
Je me demandai si le jeu en valait la chandelle, mais la régresseuse observa mon destin malgré le risque.
Peut-être que ces yeux le sauraient. La poitrine légèrement serrée, je lus les pensées de la régresseuse.
Et le résultat de son regard furtif sur mon destin fut…
« … Ça ne change pas ? Même à l’avenir ? C’est la limite absolue que peut atteindre un humain du nom de Hughes… ? »
Elle avait déjà pris sa décision. Pas vrai ? Je me doutais que ça finirait ainsi. Je n’en étais même plus déçu.
La régresseuse s’approcha alors de moi. D’un air compatissant qu’on lui voyait rarement, elle me tapota l’épaule.
« Pauvre de toi. Tiens bon… »
Tu avais dit que tu ne le ferais pas. Tu avais dit que tu ne me tapoterais pas l’épaule !
Je le pris encore plus mal que je ne l’aurais cru.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>