Chapitre 322
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 322 : Un remède bon pour la santé
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En général, on se méfiait des inconnus lorsqu’on se trouvait en terre étrangère. Mais dans les Petits États, où tout le monde errait, où tout était inconnu et où chacun, sauf soi-même, était un étranger, il suffisait de voir assez souvent une chose inconnue pour qu’elle devienne familière.
À mesure que nous approchions, ils ne se montrèrent pas plus méfiants que nécessaire. Ils nous observaient simplement du haut de leurs montures, prêts à fuir à tout instant.
« Excusez-moi. Pourrais-je vous demander quelque chose… »
Dès que le Cataphract apparut entièrement dans la lumière du feu, ils détalèrent sans se retourner.
Une dizaine de montures s’éparpillèrent dans toutes les directions. Leurs mouvements étaient étonnamment coordonnés : chacune se servait des autres comme appât. En les regardant s’enfuir comme une meute de rats, la régresseuse claqua la langue.
« Tss. Je voulais seulement demander mon chemin. Ils ont paniqué parce qu’on voyage en Cataphract ? »
« Ça n’a rien à voir avec le Cataphract. Les montures à l’allure étrange sont courantes dans les Petits États. »
Autrement dit, rien n’avait rien de particulier tant qu’il ne s’agissait pas d’un Colosse.
Mes muscles me faisaient toujours souffrir et je voulais prendre l’élixir puis me reposer au plus vite. Je donnai donc mes instructions.
« Monsieur Shei, sortez quelques vieilleries. Prenez les objets qui ont le moins de valeur. Peu importe lesquels, du moment qu’ils sont encombrants. Tyr, recouvrez-les de ténèbres pour donner l’impression qu’il y en a beaucoup plus. Azzy, toi… Oui. Grimpe tout en haut et assieds-toi. »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Ils ont fui parce que notre charrette avait l’air vide. Il faut donner l’impression qu’on est le plus riche possible. »
« Ça ne va pas leur donner envie de nous détrousser ? »
« Au moins, ils ne croiront pas qu’on est là pour les détrousser. Une bête repue se montre souvent généreuse. »
Suivant mes instructions, la régresseuse sortit de sa poche de l’acier alchimique et en fit un tas. Tyr le recouvrit de ténèbres, et Azzy bondit dessus pour s’installer au sommet.
Avec Azzy assise dans la lueur du feu, au sommet d’une montagne de bric-à-brac, notre Cataphract ressemblait à un véritable monticule de trésors. La régresseuse ne semblait pas ravie du spectacle.
« On dirait un chacal qui revient d’un pillage réussi. »
« C’est le but. Ce que les habitants des Petits États redoutent le plus, c’est un voisin affamé ; ce qu’ils aiment le plus, c’est un voisin repu. Surtout s’il est si rassasié qu’il ne peut plus avaler une bouchée. »
« Un voisin affamé fait peur parce qu’on ne sait pas ce qu’il pourrait faire. Mais pourquoi un voisin repu ? »
« Parce que s’il a le ventre plein, il ne pensera pas à ouvrir celui de quelqu’un d’autre. Moi, peut-être, en revanche. »
Comme je l’avais dit, les chacals qui avaient fui nous encerclèrent à distance. Lorsqu’ils virent que le Cataphract, malgré les ténèbres qui le recouvraient, semblait chargé de marchandises, ils revinrent lentement.
« Ils reviennent vraiment ? »
« On dirait bien qu’il n’y a plus de place dans la soute, non ? En raisonnant, ils en déduiront qu’on ne convoite pas leurs affaires. Ils n’ont rien, et nous n’avons nulle part où mettre quoi que ce soit. »
Comme je l’avais dit, un homme qui s’était approché nettement plus que les autres se pencha en avant et cria :
« Hé ! Vous venez de faire une belle razzia dans l’État militaire ? »
J’étais plus à même de m’occuper de ça que la régresseuse. Je pris sa place, m’avançai et lui fis signe.
« C’est exact. Vous partez, maintenant ? »
« Bien sûr ! Je crois que l’autorisation de pillage a été délivrée avant-hier ! »
« Une autorisation de pillage ? »
L’homme me regarda avec méfiance.
« Vous ne connaissez pas les certificats de garantie de pillage ? »
« Ils garantissent que tout ce que je pille sera racheté en bloc. Le Palais doré garantit l’opération. C’est l’occasion de faire fortune sans craindre de se faire voler, et comme beaucoup voyagent ensemble, c’est aussi plus sûr. Mais ils ont franchi la frontière et fait une razzia sans en avoir un ? »
Un certificat qui garantissait votre butin parce que vous craigniez que quelqu’un ne vous vole ce que vous aviez volé. Quelle drôle d’idée. Le plus surprenant, c’était que ça puisse réellement inciter les gens à se déplacer.
Bon, j’avais lu dans ses pensées. Je lui répondis donc :
« Bien sûr que je connais. C’est une assurance qui garantit les objets que vous pillez, n’est-ce pas ? »
« Si vous savez ça, alors pourquoi… »
« Mais pourquoi en auriez-vous besoin ? À quel point manquiez-vous de confiance en vous pour vous inquiéter de ce genre de choses chaque fois que vous partiez piller ? »
À mon signal, Hilde comprit ce que je voulais dire. Elle sourit d’un air menaçant et laissa émaner son intention meurtrière. Les rudiments de l’Art du qi céleste, le qi qui se répandait dans l’espace, piquèrent la peau de l’homme.
La présence de Hilde l’écrasa. Il se recroquevilla et se mit à trembler.
« Quelle pression écrasante… ! Ce ne sont pas des chacals ordinaires ! Ce sont des prédateurs ! Je ferais mieux de renoncer à essayer de les voler ! »
L’homme avait réfléchi à la manière de nous escroquer, mais il changea d’avis et se répandit en compliments admiratifs.
« Vous êtes très courageux ! Incroyable ! »
« Bien. Je vous l’ai dit : comme ça, aucun des deux camps n’aura à s’embêter. »
« Ça veut dire qu’il ne faut même pas rêver de leur voler leurs affaires. Enfin, nous nous dirigeons nous aussi vers l’État militaire. Tant qu’on ne les provoque pas, inutile de remuer un nid de frelons… »
L’homme nous fit signe que la voie était libre. À son signal, les chacals qui avaient fui se remirent à dériver vers le campement. De nombreuses montures formèrent de nouveau un cercle autour du feu.
Les arbres des Petits États dégageaient beaucoup de chaleur ; un petit feu suffisait donc à réchauffer tout le monde. Pour camper, ils se rassemblaient en cercle afin de couper le vent, puis se servaient de leurs montures comme de piliers pour dresser leurs tentes.
Le soleil ne s’était pas encore tout à fait couché, mais rien ne nous obligeait à poursuivre notre route. Dans les Petits États, où tout changeait, la seule chose à laquelle on pouvait se fier, c’était ses propres yeux. Dès qu’il faisait ne serait-ce qu’un peu sombre, les risques d’accident grimpaient de façon exponentielle.
Même si l’on avait le corps en bon état grâce à l’apprentissage des arts du qi, une monture brisée n’était pas différente de la mort.
Le soleil ordonnait à tout ce qui se trouvait sous lui de se préparer à dormir, car il allait bientôt pointer sa sortie. Autant l’écouter. La journée touchait à sa fin ; je devais prendre l’élixir et me reposer.
« Très bien. Allez vous occuper de vos affaires. »
Alors que je me retournais pour rentrer, l’homme hésita, puis prit son courage à deux mains pour m’interpeller.
« Euh, excusez-moi. Puis-je vous poser une question ? »
« Qu’y a-t-il ? »
« Est-ce vrai que l’acier pousse à même le sol dans l’État militaire ? De l’acier raffiné au mana ? »
C’était donc ça, la question qu’il avait eu tant de mal à poser ?
Je plongeai mon regard dans le sien et lus ses pensées.
« J’ai entendu les rumeurs et je me dirige vers l’État militaire, mais ça m’ennuierait qu’il n’y ait rien à voler là-bas. Je pourrais peut-être m’enfuir, mais faire tout ce chemin pour revenir les mains vides, ce serait comme mourir ! »
C’était la première fois que je voyais quelqu’un témoigner d’une détermination aussi féroce à partir piller.
Voyons voir. C’était un habitant des Petits États. Il aimait l’acier facile à transformer et les matériaux adaptés à l’alchimie. Les pièces alchimiques lui plairaient sans doute aussi, quoique moins qu’aux habitants de l’État militaire. Ce qu’il y avait de mieux, c’était quelque chose de lourd et d’utile.
Quelle réponse lui conviendrait ?
« C’est un peu différent. Au lieu de rouler par terre, ça pousse dans tout l’État militaire, comme des plantes. »
« D-des plantes ? Comme des arbres ? »
« Des lampadaires et des clôtures poussent soudain un peu partout. J’ai entendu dire qu’ils utilisent même de l’acier alchimique pour les supports des bâtiments. Alors, partez avec l’âme d’un bûcheron plutôt que celle d’un guerrier. Vous gagnerez bien plus comme ça. »
« O-oh ! Merci ! Je garderai précieusement ces informations ! »
« Eh bien, si je vous ai donné ces informations, ce n’était pas pour rien. Nous aussi, nous avons quelque chose à vous demander. »
« Demandez tout ce que vous voulez ! »
Je lui avais donné la réponse qu’il voulait et préparé le terrain. Je fis signe à la régresseuse d’un doigt.
« Monsieur Shei, allez vous en occuper. Je vais monter la tente. »
« D’accord. »
« … Hum. Il est vraiment utile. Il ne les menace même pas par la force ; comment fait-il pour tirer si naturellement des informations à des inconnus ? Surtout à des chacals des Petits États, qui cherchent à vous poignarder dans le dos dès qu’ils en ont l’occasion ? »
Ça ne marcherait pas en faisant l’inverse de ce qu’on faisait d’habitude ?
Et franchement, je l’enviais. N’était-il pas plus facile de menacer les gens grâce à sa force que de lire leurs pensées, de deviner les réponses qu’ils voulaient entendre et d’orienter la conversation en conséquence ?
Quand je revins au Cataphract après avoir laissé la régresseuse derrière moi, Hilde avait déjà monté la tente. Elle était non seulement habile, mais rapide. On disait que les généraux étaient mauvais en construction, mais peut-être que les choses étaient différentes pour l’une des Six Généraux.
Dès que j’écartai le pan de la tente et entrai, Hilde m’accueillit, les mains sagement jointes.
« Vous avez bien travaillé, Père ! Bon retour ! »
« Me voilà. Ouf. C’était épuisant. »
Le cercueil de Tyr était installé d’un côté, tandis qu’Azzy s’étirait dans un autre coin. Je m’effondrai à l’endroit où deux couvertures avaient été étendues. Hilde posa devant moi un verre d’eau et une lanterne, puis soupira.
« Je n’arrive pas à croire qu’un ordre soit venu du Palais doré. La région frontalière va sombrer dans le chaos. J’ai pitié des habitants de l’État militaire. »
Intriguée, Tyr demanda : « Qu’est-ce qu’un certificat de garantie de pillage ? »
Je me lavai les mains et les pieds avec l’eau que Hilde avait versée, puis répondis :
« Hum, c’est compliqué à expliquer. Pour faire simple, c’est un ordre qui dit : “Allez les dépouiller.” Les chacals éparpillés dans les Petits États entendent alors la rumeur et se précipitent pour les mettre en pièces. »
« Pourquoi se donner tant de mal ? Ne serait-il pas plus simple de rassembler des soldats et d’envahir le territoire ? »
« Contrairement à l’État militaire ou aux autres nations, les Petits États n’ont pas de chaîne de commandement clairement définie. Tout le monde y erre autour du Palais doré. Les nouvelles se répandent vite pour cette raison, mais pas la force. Les gens sont éparpillés dans toutes les directions, alors on ne peut pas contraindre les chacals. »
« Cela signifie qu’ils n’ont pas de centre autour duquel se rassembler. Quelle nation curieuse, sans le moindre attachement à la terre. »
Tyr comprenait vite. Non, peut-être devrais-je plutôt dire qu’elle acceptait vite les choses.
Elle ne se demandait ni pourquoi les Petits États erraient de la sorte, ni pourquoi leurs habitants n’étaient pas attachés à la terre. Elle se contentait de prendre pour vrai tout ce que je lui racontais, ce qui facilitait les explications. Je devrais lui expliquer cette partie petit à petit.
« Voilà pourquoi le Palais doré fait appel à des incitations financières pour mobiliser les nomades. Il les encourage à piller l’État militaire et leur garantit qu’il rachètera tout le butin. Alors les nomades accourent comme des bêtes attirées par une bonne odeur. Qu’ils pillent, qu’ils pillent les chacals qui ont pillé ou qu’ils protègent les gens des pillards. »
« Je vois. Ils ne rassemblent pas de soldats, mais obtiennent un résultat similaire. »
« C’est ça. Tu comprends bien. »
Hilde, qui préparait et versait de l’eau grâce à la magie, grommela d’un ton mécontent.
« Au prix de la mort des officiers des transmissions et des civils de l’État militaire, cela dit. Ah, ça m’agace. Je devrais peut-être tous les assassiner au beau milieu de la nuit ? »
Ça avait de quoi faire froid dans le dos, mais la personne qui se tenait devant moi était le Cercueil de l’Ombre, l’une des Six Généraux et la terreur de l’État militaire. Elle pouvait assassiner qui bon lui semblait et l’avait déjà fait.
Je tentai mollement de dissuader Hilde.
« Ce n’est pas le genre de chose que devrait faire un émissaire chargé de proposer une trêve. »
« Et alors ? Si personne ne le sait, ça n’est jamais arrivé ! »
« Mais nous, on le sait déjà. »
À ma remarque, Hilde eut un sourire malicieux et posa un doigt sur ses lèvres. Malgré son sourire inquiétant, sa voix était enjouée.
« Hé hé. Tu garderas le silence, n’est-ce pas ? »
« J’ai l’impression que tu m’empêcherais d’ouvrir la bouche si je ne le faisais pas… »
Enfin, tant qu’elle ne me tuait pas, je la laisserais s’en charger.
Je m’essuyai les mains et les pieds avec un linge humide et, à peu près propre, poussai un profond soupir. J’avais un peu mal aux bras et aux jambes, mais pour le reste, j’allais bien. Cela devrait suffire.
Lorsque j’eus fini de me préparer, je sortis l’élixir de la boîte en bois. Un élixir. Je n’en attendais pas grand-chose, mais je me dirais que c’était un repas réparateur.
« Très bien. Je le prends, maintenant. »
« Roulement de tambour ! Roulement de tambour ! J’ai hâte que Père renaisse après avoir pris l’élixir ! »
« Si je retrouve mes forces, je n’oublierai pas les efforts de tous ceux qui m’ont suivi et fait confiance. Vous savez ce que vous devez faire pendant que je prends l’élixir, n’est-ce pas ? Ne me dérangez pas et ne me parlez pas, sauf en cas de nécessité absolue. »
Ça n’aurait probablement pas grande importance, mais mieux valait prendre ses précautions. Cet élixir pourrait mieux convenir à mon corps que prévu.
Tyr demanda avec curiosité : « Nous ne devons ni vous déranger ni vous parler ? »
« Pas besoin d’aller jusque-là. Si quelque chose d’urgent se produit, comme si la tente prend feu, partez immédiatement. Mais mieux vaut me laisser tranquille, pour que je ne gaspille pas mon qi. »
« Hum. Comme c’est curieux. Très bien. »
Tyr déplaça son cercueil pour le mettre à côté de moi. Elle s’assit dessus et se mit à m’observer en silence. On aurait dit qu’elle comptait me surveiller jusqu’à ce que j’aie fini de digérer l’élixir.
C’était un peu gênant, mais si elle se contentait de me regarder, peu importait.
« Très bien. Je le prends. »
Je soulevai l’élixir. Une odeur âcre s’en dégageait. Il n’avait pas l’air appétissant, mais je fermai les yeux très fort et le versai dans ma bouche.
Notes :
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