Chapitre 321
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 321 : Ça ne peut tout simplement pas te tuer
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Je me détournai de la régresseuse et me concentrai.
Ciel, Terre, Eau, Feu. Les quatre directions dans lesquelles les humains pouvaient déployer leur qi.
Geon, c’était le ciel. Autrement dit, le Tout. Il me plaçait au centre et influençait chaque chose du monde. Je déployai mon qi grâce à l’Art du qi céleste et empoignai la poignée. Ma main et celle-ci ne firent plus qu’un.
Gon, c’était la terre. Le monde se trouvait au centre, et moi, solidement ancré en son sein. L’essence de l’Art du qi terrestre consistait à reconnaître combien j’étais insignifiant face à l’immensité du monde, puis à planter fermement les pieds au sol. Grâce à mon sens du qi, je sentis le courant sous mes pieds.
Gam, c’était le corps. À partir de là, le monde et tout le reste n’avaient plus aucune importance. Le corps était un petit univers, isolé par une simple pellicule de peau. J’insufflai du qi dans mes muscles, mes os et ma chair, dépassant les limites du corps humain…
« Urgh. Je suis déjà à court de qi. »
… C’était là que le bât blessait. Comme l’Art du qi aquatique affectait le corps entier, il consommait plusieurs fois plus de qi. Une arme pouvait bien se briser, mais il n’en allait pas de même pour mon corps.
Après avoir corrigé ma posture autant que possible, je rassemblai un minimum de qi au point de jonction entre ma taille et mes bras, puis m’y cramponnai. Même cette infime quantité m’aidait. Si seulement je pouvais tenir ainsi…
« Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! »
Avait-elle senti que j’étais en danger ? Azzy pencha la tête vers moi et aboya avec férocité. Elle tressaillait même, comme si elle allait bondir d’un instant à l’autre.
Oui, le meilleur ami de l’humanité. Tu te contentais d’aboyer, mais merci. Les chiens avaient vraiment quelque chose de réconfortant.
« Azzy. Tu es tout ce qu’il me reste. Mais ne t’inquiète pas. Je vais sans aucun doute… »
« Ouaf ! Je ne peux plus me retenir ! »
Sur cette déclaration, Azzy sauta soudain de l’attelage.
Sa silhouette fila derrière moi. Après m’avoir dépassé d’un bond et avoir atterri bien plus loin, elle se lança à ma poursuite à toute allure.
Attends, non… L’excitation que j’avais ressentie chez Azzy, c’était vraiment de la joie ?
« Ouaf, ouaf ! À la poursuite de la queue ! »
« C’était donc ton instinct de chasse ? Aaaaaah ! »
« Mordu ! Ouaf, je l’ai eue ! Je la lâche ! »
« Alors ne l’attrape pas ! Tu me fais trembler ! »
Chaque fois qu’Azzy apparaissait au bord de mon champ de vision, le traîneau était secoué violemment. Heureusement, elle ne semblait pas vouloir me bondir dessus et me faire tomber, mais elle n’arrêtait pas de donner des coups dans l’attelage, me faisant perdre l’équilibre.
Ça tournait mal. Si un humain avait tripoté le traîneau, j’aurais pu lire ses pensées et anticiper, mais c’était Azzy. Je devais compter uniquement sur mes propres compétences ! Et je n’en menais pas large !
« C’est vraiment dangereux ! Hilde ! Urgence ! Urgeeeence ! Aide-moi ! »
Quand j’appelai au secours, Hilde sourit innocemment et me demanda :
« Voulez-vous que je vous aide ? »
« Oui ! Dépêche-toi ! »
Hilde se leva d’un bond. L’air sérieux, elle posa les mains sur les hanches, étira tour à tour chacun de ses membres et s’écria :
« Allez, allez ! Père, tu peux le faire ! Tu m’as, moi ! »
« Ne te contente pas de m’encourager ! Aide-moi pour de vrai ! »
« Si je peux me permettre un conseil, pliez davantage les genoux ! Père semble manquer de force dans le bas du corps ! »
« En quoi un conseil, c’est une aide concrète ?! »
Et je ne pouvais rien faire contre la faiblesse de mon bas du corps ! Le Roi de l’Humanité n’avait pas grand-chose dans les jambes !
Bon sang. Elles se réjouissaient toutes de me voir souffrir, là-bas. J’avais traversé bien des situations humiliantes, mais je restais tout de même le Roi de l’Humanité.
Enragé, je lançai :
« Attendez un peu ! Quand je serai plus fort, je ferai en sorte que tout le monde là-bas prenne un coup avant moi ! »
« Oui, je vous en prie. »
Toi surtout ! Régresseuse, tu ne perds rien pour attendre !
* * *
« Ouaf. J’ai tout donné. »
Azzy me sauva alors que j’étais sur le point de m’effondrer d’épuisement.
Enfin, pouvait-on vraiment appeler ça me sauver ? Elle m’avait simplement mordu la nuque et avait bondi aussitôt qu’elle avait compris que je ne tiendrais plus longtemps.
J’avais mal aux bras. Ma taille me lançait. Mes mains tremblaient sur la poignée et mes mollets avaient terriblement enflé. Je n’avais plus la moindre force et mon qi ne circulait même plus comme je le voulais.
« C’était amusant ! Ouaf ! On recommencera plus tard ! »
« Quel chien, toi. Chaque fois que tu ouvres la gueule… »
Nous étions tous deux des Rois des Bêtes, et pourtant l’un de nous devait dépenser du qi rien que pour s’accrocher à un traîneau, tandis que l’autre pouvait courir à une vitesse similaire sans même être essoufflée. C’était clairement injuste.
J’étais étendu à plat ventre sur le plancher du Cataphract, avec pour seule ressource ma rancœur, quand la régresseuse prit la parole.
« Tu es déjà à court de qi ? Incroyable ! Alors que tu as même appris l’Art du qi terrestre, c’est lamentable ! »
« … Ce n’est pas comme si j’avais choisi de naître comme ça. Si j’avais pu choisir mon corps avant ma naissance, j’aurais pris le tien, madame Shei. »
« Tu crois que j’ai obtenu ma force sans rien faire ? »
Je ne savais pas ce qu’il en était de sa force, mais elle, elle avait bel et bien obtenu sa régression gratuitement. Et si c’était grâce à elle qu’elle avait acquis ses arts du qi, son mana et ses artefacts, alors elle les avait obtenus gratuitement, eux aussi.
La régresseuse se gratta le menton en me regardant de haut.
« Bref, tu as un meilleur équilibre que je ne le pensais. Tu n’as aucun problème à libérer ni à maîtriser ton qi. C’est juste que… »
« Juste que quoi ? »
« … Tu as une quantité de qi ridiculement faible. À peine plus qu’une personne ordinaire qui n’a rien appris. »
Merci. Je le savais déjà, mais merci de me le confirmer.
« Mais ce n’est pas grave ! Ça simplifie les choses. Si tu manques de qi, tu n’as qu’à en augmenter la quantité ! »
« Facile à dire. Comment ? »
« Il existe une méthode toute simple. Elle coûte cher, en revanche. »
La régresseuse traça un cercle dans l’air du doigt. Un trou rond apparut dans le vide, suivant le mouvement de son index. Elle y plongea la main et fouilla quelque chose.
Hilde la vit et se couvrit la bouche.
« Waouh. Shei. Ce serait… ? »
« C’est ma bourse. »
« La Bourse de Rene ? Toi aussi, tu avais un truc pareil ? »
« Une seule. »
« Il n’y en a que quatre dans le monde ! Qu’est-ce que tu veux dire, “une seule” ? Tu es le fils d’un roi ou quoi ? »
« Si seulement. »
« Ça… Hmm, des pièces alchimiques. Celles-là, c’est pour les urgences. Pas ça non plus. Ah. Je l’ai trouvé. »
Éludant la question embarrassante, la régresseuse agita plusieurs fois la main, puis en sortit quelque chose. C’était une petite boîte en bois fermée par un cadenas noir. Elle l’ouvrit nonchalamment et me la tendit.
« Tiens. C’est un élixir. »
Une pilule blanche reposait dans son enveloppe médicinale. Un parfum légèrement poissonneux, mais frais, se répandit dans l’air. Je relevai à peine la tête pour la regarder.
« Un élixir ? »
« Ouais. La quantité que tu en absorberas dépend de tes capacités, mais… »
Un élixir. C’était bien vague.
Mais je n’avais aucune raison de refuser un cadeau. C’était la première fois que je prenais un véritable élixir. Qui sait ? Peut-être retrouverais-je mes forces après l’avoir avalé.
Et cet élixir, c’était…
« Waouh, une pilule d’ivoire ! C’est un élixir précieux, fabriqué uniquement à partir de l’essence des éléphants ! »
Après l’avoir reniflé, Hilde reconnut l’élixir et s’exclama, admirative. Elle était sincèrement impressionnée, mais cherchait aussi à engager la conversation en réagissant comme son interlocutrice l’espérait.
C’était une tactique sociale ordinaire, mais la régresseuse était tout sauf ordinaire. Elle répondit sans entrain :
« C’est ça. »
« Comment tu l’as eue ? J’ai entendu dire que les éléphants chérissaient même leurs congénères morts. Il est donc difficile de mettre la main ne serait-ce que sur le cadavre d’un éléphant fraîchement mort ! »
« Je l’ai trouvée quelque part. »
« Waouh. Quelle réponse désinvolte, et on voit tout de suite que tu n’as pas envie de me le dire ! Tu as dit que tu avais trouvé le Dieu démoniaque, et maintenant, tu as trouvé un élixir. Mais qu’est-ce qui vous prend de faire confiance à quelqu’un comme ça, quand vous voyagez avec elle ? »
Tyr répondit aux récriminations de Hilde.
« Je répondrais : l’affection. Et si cela ne suffit pas, j’ajouterais : l’affection née de l’irritation. Nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais nous nous entendons remarquablement bien. »
« De… l’affection née de l’irritation… ? »
Tu étais choquée par le détail le plus étrange. Évidemment que c’était une affection née de l’irritation. Tu croyais que c’était de l’affection tout court ?
« Au fait, Shei. J’ai entendu dire qu’il fallait prendre un élixir dans les conditions les plus confortables et stables possible. »
« C’est exact. »
« Pourtant, j’ai beau y réfléchir, une voiture qui cahote autant ne me semble pas offrir des “conditions stables”. Ne devriez-vous pas d’abord installer Hyu quelque part où il ne sera pas secoué avant qu’il ne prenne l’élixir ? »
« Ce serait préférable. »
« Par exemple, un endroit aussi confortable et immobile que mon cercueil ferait parfaitement l’affaire… »
« Mon cercueil est pratiquement le prolongement de mon corps. Je peux garantir qu’il n’y aura pas la moindre vibration. Hé hé, j’avais toujours voulu mettre Hyu tout seul dans mon cercueil, ne serait-ce qu’une fois. Quelle belle occasion. »
« Ah, ça ne marchera pas. Mieux vaut assimiler le qi sur la terre ferme. »
« … Pourquoi ? »
« Le qi ne se fixe pas bien quand on est en mouvement. En particulier, ça pose un léger problème si tu utilises ce qi avec l’Art du qi terrestre. Mieux vaut d’abord s’arrêter, puis l’absorber lentement. »
« Même dans mon cercueil ? »
« Un cercueil, ça bouge quand même, non ? »
Un peu déçue, Tyr répondit sèchement :
« Alors, puisque nous ne nous arrêterons pas, Hyu n’aura jamais l’occasion de prendre l’élixir. »
« Si, il commence à faire sombre, et nous entrons dans la sphère d’influence des Petits États. On va se reposer un peu avant de repartir. Le golem a aussi atteint la limite de portée de ses communications, non ? »
Le golem ne répondit pas et garda simplement les mains sur le volant. Comme il n’y avait même pas de grésillement, la portée maximale devait avoir été dépassée depuis longtemps.
« N’avez-vous pas dit que nous étions pressés ? Avons-nous une raison de nous reposer ? »
« Hum. Mieux vaut traverser les Petits États de jour, si possible. Tu comprendras dès que tu verras les lieux, mais… »
C’était vrai.
Les Petits États étaient une terre où tout changeait. Le terrain lui-même n’échappait pas à la règle. Une journée identique à celle de la veille ne garantissait pas que le lendemain serait pareil. C’était une terre de méfiance où rien n’était digne de confiance, puisque tout changeait.
« Regardez. On dirait que quelqu’un a installé un camp là-bas. Allons nous arrêter près d’eux. »
La régresseuse marmonna ces mots en observant le feu de camp au loin et les silhouettes indistinctes qui l’entouraient.
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