Chapitre 320
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 320 : Ce qui ne te tue pas
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Malgré l’angoisse de ne plus avoir de place pour moi, le Cataphract, dépouillé de ses panneaux latéraux et de son toit, filait à une vitesse remarquable. Grâce aux talents de conduite d’un golem qui mourait d’envie d’aller vite, il dévalait la route plus vite que la plupart des bêtes ne pouvaient le suivre.
À part le vent violent, je pensais que le trajet serait tranquille et confortable…
« Cercueil de l’Ombre. Tiens ça bien stable, là-bas. »
« Tu me fais travailler gratuitement ! Pour cette fois seulement. La prochaine, demande plus gentiment ! »
Clang, clang. Le bruit régulier de l’acier qu’on martelait retentit. La régresseuse se servait de Jizan comme d’un marteau pour fabriquer quelque chose.
Il y avait une large planche pour les pieds et un guidon en forme de T, solidement attaché avec une corde résistante. À première vue, on aurait dit une luge sur laquelle on pouvait se tenir debout.
Mais à quoi pouvait-elle bien servir ? Le Cataphract avançait déjà à toute allure.
Je ne peux pas rester là à ne rien faire pendant le trajet. Autant mettre ce temps à profit ! Je vais entraîner ce gamin de Hughes !
… Je le savais parce que j’avais lu dans ses pensées. Quand je m’en rendis compte, je maudis ma lecture des pensées de m’avoir révélé une vérité aussi interdite. Mais que je le sache ou non, j’allais y passer de toute façon. La seule différence, c’était de souffrir en connaissance de cause ou pas.
Je lui posai prudemment la question.
« Shei. »
« Hum ? »
« Qu’est-ce que c’est, exactement ? »
La régresseuse souleva légèrement la luge.
« Bonne question. C’est un équipement pour t’aider à t’entraîner ! »
« M’entraîner ? »
« Oui ! Je t’ai dit que je t’aiderais à t’entraîner, non ? »
Ce n’était pas la question. En quoi une luge était-elle un équipement d’entraînement ? Je changeai désespérément de sujet.
« Je suis censé l’attraper et la soulever ? Elle a l’air lourde, mais ça pourrait faire du bien. »
« Imbécile. Si c’était juste pour ça, pourquoi en faire une luge ? »
« Tu viens de l’appeler une luge ! C’est encore plus bizarre ! Comment une luge est-elle censée servir à l’entraînement ? »
« C’est simple. Avant de t’entraîner, je dois déterminer la quantité de qi que tu possèdes. »
La régresseuse posa la luge devant moi.
« Tu connais les bases des arts du qi : le Ciel, la Terre, l’Eau et le Li, pas vrai ? Tu nous as même fait une démonstration de tes connaissances à Tartare. »
« Bien sûr que oui. »
Les arts du qi étaient des techniques qui renforçaient le corps grâce au qi.
L’Art du qi céleste infusait le qi dans tout ce qui existait. L’Art du qi terrestre étendait le qi sous les pieds pour ne faire qu’un avec la terre. L’Art du qi aquatique renforçait le corps lui-même, tandis que le Li infléchissait les principes.
Je savais tout ça. Je pouvais même tous les utiliser, à l’exception du Li. C’était simplement mon corps qui ne suivait pas.
« D’ordinaire, savoir utiliser les Arts du qi céleste et terrestre, c’est déjà pas mal. Si tu maîtrises aussi l’Art du qi aquatique, on te considère comme un remarquable artiste du qi. La maîtrise de cet art était même une condition de base pour devenir général de l’État militaire. Une fois arrivé à ce stade, tout dépend de l’ampleur de ta maîtrise. Le Li est exclu parce qu’il varie trop d’une personne à l’autre. »
« Pourquoi le Li est-il exclu ? C’est parce que tu n’as pas réussi à l’apprendre, Shei ? »
« Non ! C’est parce que chacun atteint un niveau différent, alors on ne peut pas les comparer ! »
Moi non plus, je n’ai pas réussi à l’apprendre… Tss. J’ai beau m’être entraînée et avoir élargi mes horizons, je ne comprends toujours pas le Li !
Bon, demander à quelqu’un qui avait remonté le temps d’imaginer l’idéal qu’il voulait atteindre, c’était ridicule. Elle n’avait qu’à y arriver à sa prochaine régression. Si elle pouvait vaincre la mort, avait-elle vraiment besoin d’infléchir les principes ?
« Bref. Quand je t’ai vu, tu maîtrisais clairement l’Art du qi aquatique, pas vrai ? Certains le maîtrisent en premier, selon leurs dispositions ou leur méthode d’entraînement, mais le programme de l’État militaire suit l’ordre suivant : Ciel, Terre, Eau et Li. J’ai cru pendant un moment que tu étais au niveau d’un général. »
« Hahaha. Je ne sais plus où me mettre. »
« Enfin, je pense toujours que tu pourrais tout à fait atteindre le niveau d’un général, selon la manière dont tu t’entraînes. C’est pour ça que je dois évaluer précisément ta condition actuelle. »
La régresseuse secoua la tête et me fourra le guidon dans les mains.
« Agrippe-le fermement avec l’Art du qi céleste et ancre tes pieds sur la planche avec l’Art du qi terrestre. Monte sur la luge et garde l’équilibre. Tiens aussi longtemps que possible. Considère ça comme un entraînement. »
Ah, je vois.
Elle comptait attacher la luge à l’arrière de ce Cataphract cahotant, m’installer dessus et me traîner derrière. Azzy allait adorer ce jeu. Hahaha.
… Tu te fiches de moi ?!
Le Cataphract filait à toute allure. Pour ne pas tomber, je devais m’agripper à cette corde de toutes mes forces. Mes mains, mes bras, ma taille, mes jambes… À la moindre défaillance d’une partie de mon corps, je perdrais l’équilibre et m’écraserais au sol.
Je ne saurais même pas où j’étais mort. Mon corps serait réduit en miettes au contact du sol, et des débris s’éparpilleraient sur des centaines de mètres avant que je ne passe l’arme à gauche !
« En quoi c’est de l’entraînement ? C’est une punition, non, une exécution ! »
« Si ce n’est ni difficile ni douloureux, ce n’est pas de l’entraînement. »
« Je ne le ferai pas ! Tu crois qu’on est à quelle époque ? Qui développe sa force avec des méthodes aussi barbares, de nos jours ? »
Qu’est-ce qu’il y a de si terrible ? J’ai déjà été traînée partout en sandales de paille. Si je ne protégeais pas mes pieds avec des arts du qi, je m’écorchais la plante des pieds. C’est mieux que ça, non ?
Quelle pratique ignoble ! Tu l’as subie, alors tu veux me l’imposer à moi aussi ? C’est à cause de gens comme toi, qui perpétuent les mauvaises pratiques sans se poser de questions, que la société ne progresse jamais !
« Je pensais que tu me donnerais un élixir ou un trésor. Pourquoi est-ce que je m’infligerais ça de mon plein gré ? Mets plutôt Azzy sur la luge ! »
« Ouaf ? »
« Oui, Azzy. Tu tombes à pic. Ça sera plus amusant que de sortir la tête et de regarder dans le vide. »
Quand j’agitai le guidon, Azzy, qui bâillait en passant le haut du corps à l’extérieur, s’y intéressa et s’approcha.
Cette fichue poignée pouvait devenir son jouet. Je la laissai la mordre, puis tirai sur la corde pour jouer à tirer à la corde avec elle. Et encore, c’était un bien grand mot. Chaque fois qu’Azzy tournait la tête, je n’avais d’autre choix que de lutter pour ne pas lâcher prise.
« Waouh, tu es forte. »
« Ouaf ouaf ! Plus fort ! »
« Doucement, doucement. Tu es plusieurs fois plus forte que moi. Qu’est-ce que ça changerait que je force davantage ? »
La régresseuse claqua la langue en me voyant jouer avec Azzy au lieu de m’entraîner.
… De toutes les personnes que j’ai rencontrées au fil de mes régressions, c’est lui qui est le plus réfractaire à l’entraînement. N’est-ce pas instinctif de vouloir devenir plus fort ? Un maître lui propose de l’entraîner, et il s’obstine à refuser.
Comme j’avais refusé si catégoriquement, la régresseuse changea quelque peu d’approche.
« Je pense que tu as un énorme potentiel. »
« Le responsable de l’éducation de l’État militaire m’a dit la même chose. Il avait sorti un truc du genre : “Ce bâtard a l’air doué, mais il ne fait manifestement aucun effort.” À l’époque, je lui en ai voulu, mais maintenant, je suis reconnaissant qu’il ait cru en mon potentiel. »
« Je ne suis pas sarcastique ! D’après ce que j’ai vu, tu maîtrises assez bien les arts du qi, le mana et l’alchimie. Tu ne manques pas de talent. C’est juste que… comment dire ? On dirait qu’il y a un blocage quelque part. »
Tu me connais bien. J’ai atteint mes limites ! Et quelqu’un qui le sait veut quand même me forcer à suivre un entraînement barbare ?
« Désolé, mais je suis trop vieux pour imaginer de nouvelles possibilités pour mon avenir. Hélas, j’ai atteint mes limites. »
« Non, ce n’est pas ça. En y réfléchissant, je crois que ton corps a perdu son équilibre. »
« Son équilibre ? »
« Oui. Ça m’est déjà arrivé, à moi aussi, mais quand tu apprends des techniques de natures différentes, comme la magie et les arts du qi… comment dire ? Ton corps penche d’un côté. Il se déséquilibre. C’est important de rétablir cet équilibre… »
Quelle absurdité. Je n’avais jamais rencontré le problème qu’elle décrivait.
J’étais le Roi de l’Humanité. Je pouvais m’approprier toutes les connaissances et techniques offertes à l’humanité comme si elles étaient miennes. Je ne pouvais tout simplement pas les reproduire, faute de mana et de qi en quantité suffisante.
On aurait pu croire qu’il me suffisait d’augmenter mes réserves de mana et de qi, mais quoi que je fasse, je ne parvenais jamais à accumuler de pouvoir au-delà d’un certain seuil.
J’ignorais pourquoi. C’était probablement lié à l’incident au cours duquel le Roi de l’Humanité avait perdu ses pouvoirs.
Quel était cet incident, déjà… ?
Je n’en savais rien. Vraiment.
En fait, c’était moi qui voulais le savoir.
Je ne mentais pas. Azzy avait hérité d’une promesse faite dans un passé lointain, mais quand je lui demandais de quoi il s’agissait, elle me répondait simplement : « Ouaf ? »
Même le plus grand détective ne pouvait reconstituer les circonstances d’un accord en lisant seulement le contrat. De la même manière, une promesse pouvait se transmettre sans les souvenirs qui s’y rattachaient. Je supposais qu’il s’agissait d’une sorte de malédiction, de sceau ou de quelque chose du même genre. Probablement un truc lié à la Première Sainte Vierge…
Quoi qu’il en soit, comme ce n’était pas qu’une question d’équilibre, je répondis avec indifférence :
« Est-ce que ça me rendra vraiment plus fort ? Tu ne pourrais pas plutôt me donner un élixir ou un trésor ? Je saurais en faire bon usage. »
« Tu ne sauras pas bien utiliser un pouvoir obtenu sans effort ! J’ai vécu quelque chose de semblable, moi aussi ! Si tout se passe bien, tu pourras franchir ce mur ! »
La façon dont tu manies le qi et celle dont tu manies le mana sont complètement différentes. Le qi est une force qui anime mon corps pour transformer le monde, tandis que le mana recrée les transformations du monde à travers mon corps. De l’intérieur vers l’extérieur, et de l’extérieur vers l’intérieur. Ces natures sont opposées, alors, dès qu’on essaie d’utiliser les deux en même temps, elles interfèrent sans cesse… Hum. Comment lui expliquer ?
Humph. Je n’avais rien à perdre ? Dès que je fournirais un effort, j’aurais déjà perdu quelque chose. Je n’allais pas m’y mettre, vous allez voir !
Ah, tant pis. Je vais d’abord le faire commencer.
La régresseuse me poussa. Son geste coïncida avec sa pensée : je n’eus pas le temps de réagir et lâchai stupidement :
« Hein ? »
Elle avait même renforcé sa poussée avec du qi, si bien que je fus projeté en arrière sans pouvoir résister. Je trébuchai sur la luge, puis dévalai la pente arrière du Cataphract. Quand je compris ce qui se passait, je raclais déjà le sol.
Attends, une seconde. Elle venait de me pousser ?
« Tiens. »
La régresseuse arracha le guidon de la gueule d’Azzy et me le lança. Un noyé s’accrocherait à la moindre brindille. Je saisis le guidon au vol, juste avant qu’il ne m’arrive en pleine figure.
« Accroche-toi bien si tu ne veux pas tomber. »
La corde se tendit devant moi. Par réflexe, je serrai le guidon de toutes mes forces. Aussitôt, je sentis mes mains, mes bras, mes jambes et ma taille tirés à se rompre.
Quand je repris mes esprits, j’étais sur la luge, exactement comme la régresseuse l’avait prévu. Je m’efforçai de stabiliser mon corps tremblant et hurlai de toutes mes forces :
« Aaaaaah ! Qu-Qu’est-ce que tu fais ?! »
Elle est folle ! Elle venait de me pousser, comme ça ? Sans même y réfléchir ?
J’avais rencontré une foule de gens, mais jamais quelqu’un d’aussi impulsif que cette régresseuse ! Elle avait agi au moment même où elle en avait eu l’idée, sans me laisser le temps de me préparer !
Alors que je criais, la régresseuse tira calmement sur la corde.
« Hum. Tu t’en sors bien. Tiens aussi longtemps que possible. Essaie de ne pas tomber, ça fait mal. »
« Tu crois que ça me rassure ? Évidemment que ça fait mal ! »
Bon, je le rattraperai s’il a l’air de tomber. Mais si je le lui dis, il sera moins tendu. Pour l’instant, il ferait mieux de s’accrocher à la vie.
Je peux lire toutes tes pensées !
Ça ne voulait pas dire que je pouvais lâcher prise. Même si quelqu’un me promettait de me rattraper, même s’il était sincère, difficile de lui faire assez confiance pour se laisser tomber en arrière.
Et si cette régresseuse peu fiable échouait à me rattraper ? Je mourrais !
Tss, je n’avais pas le choix ! C’était humiliant, mais…
« Tyr ! S’il te plaît, remonte-moi ! »
Je criai de toutes mes forces, mais Tyr n’y prêta guère attention. À vrai dire, elle semblait même plutôt contente de me voir dans cet état.
« C’est agréable de te voir faire des efforts. »
« Tu trouves que ça a l’air agréable ? Je frôle la mort à chaque instant ! »
« Ce qui ne te tue pas te rendra plus fort. Si tu deviens plus fort, ne pourras-tu pas surmonter des menaces plus grandes ? »
« Si ça me tue maintenant, c’est terminé ! »
J’étais quoi, un pari ? La récompense augmentait si je risquais davantage ? Et si j’échouais et que je perdais tout ?
« Tout ira bien. Je veillerai sur toi pour que la situation ne devienne pas dangereuse. Et… »
Il ne mourra pas, même s’il tombe. S’il est assez gravement blessé pour avoir besoin de mes forces, je lui donnerai mon sang sans hésiter. Peut-être… le Roi de l’Humanité deviendra-t-il le Roi des vampires.
Hors de question que je tombe. J’allais tenir bon, coûte que coûte.
La régresseuse n’avait pas entièrement tort. J’étais un lecteur de pensées. Au lieu de renforcer ma propre main, je lisais celle de mon adversaire pour la retourner contre lui.
Si je ne pouvais pas gagner, j’évitais l’affrontement direct ou je recrutais l’adversaire. Si on m’imposait une stratégie, je la retournais contre son auteur. Ma façon de gagner consistait à longer la ligne de crête, à un cheveu près, sans jamais écraser complètement mon adversaire. C’est ainsi que j’avais renforcé ma main : en multipliant les cartes à jouer.
Pourtant… face à une puissance écrasante, le nombre de cartes qu’on avait en main ne signifiait rien. Le papier pouvait battre la pierre, mais une feuille de la taille d’une paume ne pouvait pas retenir un glissement de terrain qui déferlait sur elle.
L’entraînement ne me rendrait pas plus fort, mais s’il me donnait ne serait-ce qu’une meilleure carte à jouer, je le supporterais !
« Fais ce que tu veux ! Je vais voir par moi-même de combien cet entraînement minable peut me rendre plus fort ! »
« C’est toi qui t’entraînes, alors pourquoi est-ce que tu serres les dents… ? »
Notes :
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