Chapitre 318
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 318 : Une histoire racontée, prélude à la guerre
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La Lance absolue Partlaxion avançait vers les Plaines de l’Abîme aux côtés de la Mage de guerre.
Jusqu’à récemment, la Lance absolue avait rassemblé des troupes pour chasser Tyrkanzyaka, la Progenitrice des vampires. Il avait trouvé cette opération tout à fait naturelle.
La Progenitrice des vampires était une figure bien trop importante pour qu’on la laisse parcourir librement le pays, tant sur le plan politique que militaire. De plus, l’État militaire avait bien des choses à se reprocher.
L’État militaire était né du démantèlement puis de la reconstruction de tous les systèmes et de toutes les technologies du monde. Cela incluait les méthodes du Sanctuaire.
Quelle serait la réaction de la Progenitrice face à tout cela ? La question était intrigante, mais il n’avait jamais souhaité vérifier par lui-même.
La chasser discrètement était la solution la plus raisonnable. C’était ainsi que la Lance absolue avait abordé l’opération.
Bien sûr, ce n’était qu’un prétexte pour justifier le combat. En réalité, il avait rejoint l’opération parce qu’il était un fanatique des duels.
Voilà pourquoi il avait failli refuser l’ordre de se rendre dans l’Abîme.
« Franchement. Alors c’est pour ça qu’on nous a soudainement envoyés dans l’Abîme. »
À califourchon sur un cataphracte, la Lance absolue rejeta ses cheveux en arrière.
Il avait appris que Jiseon s’était rendu dans l’Abîme sans prévenir. Un officier des transmissions lui avait également fourni une explication minutieuse : Jiseon avait accompli un rituel pour libérer l’Abîme, alors même que la Progenitrice et plusieurs autres résidaient dans le Tartare.
Quoi qu’on en dise, mieux valait voir de ses propres yeux que d’entendre cent fois le récit. Rien de ce qu’on lui avait raconté ne pouvait égaler ce qu’il avait sous les yeux. En découvrant le résultat de ses propres yeux, la Lance absolue en resta bouche bée.
Un trou d’une taille irréelle, et le Tartare renversé à côté, réduit à un amas sinistre. Le sol de béton, qui s’était affaissé sous son propre poids, formait une pente oblique. On aurait dit qu’un géant avait soulevé le couvercle qui scellait le trou avant de s’en aller.
Le spectacle à lui seul imposait le respect. La Lance absolue s’adressa à la Mage de guerre.
« On dirait que la Terre Mère existe bel et bien. Pas vrai, vieille dame ? »
« Chaque foi repose sur des raisons qui lui sont propres. Même si ce n’est pas un dieu, une puissance comparable à la sienne ne vaut pas moins qu’un dieu. La magie, elle aussi, fut autrefois appelée le pouvoir des dieux. »
« … Je ne vous demandais pas un cours de magie, vieille dame. »
« J’ai participé à l’opération qui a déplacé le Tartare dans l’Abîme. Rien de tout cela n’est nouveau. »
« Donc, ce n’est vraiment pas nouveau. »
La Lance absolue secoua la tête d’un air las et contempla le Tartare. Puis il repéra quelque chose qui rôdait dans les parages et plissa les yeux.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Des groupes suspects rôdaient autour du Tartare, un bien de l’État militaire. Rien chez eux ne rappelait une armée ordinaire. Partlaxion reconnut donc aussitôt de qui il s’agissait. Ancien commandant du Nord, il avait eu affaire à ces ennemis plus souvent qu’à n’importe quels autres.
« Des chacals viennent déjà flairer le coin en meute ? Ils ont un flair incroyable, ces salauds… Attendez. »
Il était naturel que des chacals viennent rôder autour d’une proie aussi imposante que le Tartare. Les chacals dispersés dans toutes les directions avaient dû être les premiers à sentir que quelque chose clochait. Pourtant, parmi eux se trouvait un objet colossal qu’on ne pouvait réduire à un simple chacal.
« Un Colosse ? »
Comme le soleil émergeant lentement derrière la lune, une immense structure, dissimulée dans l’ombre du Tartare, se dévoila peu à peu à mesure que la Lance absolue approchait.
C’était un navire qui parcourait les terres. Un vaisseau aussi grand qu’une colline avançait péniblement sur des dizaines de roues auxiliaires.
La seule chose qu’on pouvait appeler une ville parmi les États mineurs, perpétuellement en mouvement. Elle était plus petite que le Tartare, mais il était stupéfiant qu’une structure aussi vaste qu’une région entière puisse se déplacer.
À cette vue, le visage de la Mage de guerre s’assombrit.
« Si c’est un Colosse, il s’agit de l’une des grandes puissances des États mineurs. Pourquoi ceux qui ne quittent jamais leur patrie sont-ils ici ? »
« On dirait qu’ils comptent en faire leur patrie. »
La Lance absolue marmonna en regardant au loin.
« On nous a soudainement envoyés dans l’Abîme. Ça ne ressemble pas à une simple excursion touristique. »
« En effet. La légion que nous avons rassemblée était bien trop importante pour s’occuper de quelques individus. Le Quartier général de l’État militaire avait-il prévu tout cela depuis le début… ? »
« Face à un Colosse, une unité ordinaire ne suffirait jamais. »
À mesure que l’ennemi grandissait devant ses yeux, les épaules de la Lance absolue se mirent à trembler. La Mage de guerre observa son dos en silence, puis prit la parole.
« Partlaxion. »
« Quoi, vieille dame ? »
« Vous souriez, là ? »
La Lance absolue hocha la tête sans répondre.
Lorsqu’ils furent assez proches, une petite ombre jaillit du Colosse. La bête à quatre pattes atterrit au sol, le martela de ses sabots et s’approcha à une vitesse prodigieuse.
Le cavalier arrêta sa monture devant le cataphracte qui portait la Lance absolue et la Mage de guerre. Gardant ses distances, il interpella la Mage de guerre.
« L’État militaire, c’est quand même bien pratique. On voit tout de suite qui est le chef. Vous, là, vous êtes le commandant ? »
« Je suis la générale Prelvior, de l’État militaire. »
La Mage de guerre répondit d’un hochement de tête. Le cavalier semblait connaître le nom de l’une des Six Généraux et feignit la surprise.
« Oh ! L’une des célèbres Six Généraux ! Nous avons un invité de marque ! »
« Êtes-vous l’émissaire du Colosse ? »
« On peut dire ça. Mais surtout, qu’est-ce que la légion de l’État militaire fait près de la frontière ? »
La Mage de guerre répondit en croisant les bras.
« … C’est plutôt à nous de poser la question. Pourquoi le Colosse s’est-il approché du territoire de l’État militaire ? »
« Hahaha ! Pourquoi des chacals comme nous viendraient-ils, sinon ? On a entendu dire qu’il y avait du grabuge, alors on est venus voir s’il y avait quelque chose à récupérer ! »
« Avec un Colosse ? »
« On dirait qu’il y a plus que ce qu’on peut porter ! Quand on a plus que ce qu’on peut tenir à deux mains, il faut une charrette ; et si elle ne peut pas tout contenir, il en faut une encore plus grande ! La petite gueule d’un chacal ne peut pas tout engloutir, alors on est venus avec un Colosse ! Mais… Attendez. »
Le visage du cavalier changea brusquement.
« Vous ne trouvez pas ça bizarre ? On est du genre à agir comme ça, mais pourquoi l’État militaire a-t-il traîné sa lente légion jusqu’ici alors que la guerre n’a même pas commencé ? »
La Mage de guerre répondit avec calme.
« Ceci est le territoire de l’État militaire. Ses forces peuvent s’y rendre. »
« Non, nous sommes à la frontière. Depuis quand les Plaines de l’Abîme, où personne ne peut vivre, font-elles partie de votre territoire ? »
« Cet endroit était administré par le Royaume depuis l’époque du Royaume. »
« Puhaha ! Quelle blague. Vous êtes l’État militaire, pas le Royaume. Pourquoi parler du Royaume ? L’État militaire a-t-il enfin décidé de servir un nouveau roi ? Après en avoir tué un de ses propres mains ? »
Pour ceux qui avaient vécu à l’époque du Royaume, le roi était toujours un sujet délicat. Ceux qui lui avaient été fidèles éprouvaient une aversion instinctive à l’idée de ne pas avoir su le protéger, tandis que ceux qui s’étaient rebellés contre lui ressentaient la même chose parce qu’ils l’avaient tué de leurs propres mains. Si tyrannique qu’il eût été, le roi restait le roi.
Si elle avait dû choisir un camp, la Mage de guerre avait fait partie de ceux qui s’étaient rebellés contre le roi. Pourtant, même elle, l’une des Six Généraux, n’avait pas souhaité sa mort.
Comme la plupart des participants au coup d’État, la Mage de guerre avait voulu prendre le roi en otage et transformer le pays. Il était plus facile de réparer ce qui existait déjà que de tout démolir pour repartir de zéro.
Pourtant, le roi était mort dans un accident. Une foule enragée l’avait emporté et piétiné à mort. Personne n’ayant voulu sa mort, le roi que nul ne pouvait tuer avait péri. La fin d’un roi contre lequel personne ne pouvait diriger sa haine avait été vaine.
La Mage de guerre fronça davantage les sourcils, mécontente. Le cavalier ricana et poursuivit :
« Ce n’était pas votre territoire à l’époque non plus. Et voilà que les rebelles qui ont tué leur grand roi de leurs propres mains veulent hériter des frontières du Royaume telles quelles ? Puhahahaha ! Quel spectacle ! »
« Assez de sophismes ! Le Tartare est un bien de l’État militaire. L’État militaire a conquis l’Abîme. Quelle que soit votre raison, vous n’avez pas le droit de piller le Tartare avec votre Colosse ! Vous comptez déclencher une guerre en envahissant nos terres sans prévenir ? »
« Envahir ? Quelle absurdité ! Si ces terres étaient vraiment à vous, vous n’auriez pas amené une légion ici ! Qui envoie une légion envahir son propre territoire ? Vous l’avez amenée parce que vous savez avoir quelque chose à vous reprocher ! »
Le cavalier jeta un coup d’œil autour de lui avant de poursuivre.
« C’est ça qui me paraît suspect. Le Colosse est toujours en mouvement, alors nous avons pu arriver rapidement. Mais comment l’État militaire a-t-il rassemblé une légion et débarqué ici presque en même temps ? Vous deviez avoir l’intention de déclencher une guerre depuis le début ! »
« Vous délirez, maintenant. »
« Je délire ? Nous ne sommes arrivés qu’il y a une heure ! Et pourtant, seul un Colosse, qui ne s’arrête jamais, a réussi à venir jusqu’ici ! En revanche, vous avez rassemblé toutes ces légions, qui ne se déplacent normalement pas, et les avez amenées jusqu’ici ! Vos forces sont au moins deux fois plus nombreuses que les nôtres. Alors, qui est l’envahisseur ? »
Même en tant que l’une des Six Généraux, la Mage de guerre eut du mal à répondre. Jusqu’à peu de temps avant d’arriver, elle ignorait la situation. Elle n’avait fait qu’obéir aux ordres du Quartier général de l’État militaire.
À ce stade, il fallait presque admirer le Quartier général de l’État militaire, qui avait tout prévu et rassemblé ses forces. Ce n’était sans doute pas une simple prédiction, mais une conclusion tirée des informations transmises par les officiers des transmissions.
« Pourquoi vous ne répondez pas ? Vous avez vu l’avenir ou quoi ? Vous êtes la Sainte Vierge ? Vous avez décidé de vous préparer à la guerre dès maintenant, pour pouvoir réagir quand elle éclatera plus tard ? »
Pourtant, la Mage de guerre ne pouvait pas dévoiler à l’ennemi les secrets militaires du Quartier général de l’État militaire. Alors qu’elle cherchait une réponse,
« Bon, ça suffit, tous les deux. »
Assise au bord du cataphracte, la Lance absolue se mêla à la conversation.
« Vous pouvez tourner les choses comme vous voulez, on en arrive bien à la même conclusion, non ? La malédiction de la Terre Mère a été levée de cette terre. L’Abîme qui engloutissait tout a disparu, alors cet endroit redeviendra fertile. Forcément, aucun des deux camps ne compte le céder. »
L’État militaire avait négocié directement avec Jiseon, construit le Tartare et l’avait précipité dans l’Abîme. Jiseon l’avait exigé en échange de la création du Convoyeur méta, mais l’État militaire avait indéniablement des droits importants sur ces terres.
Et les États mineurs voulaient des terres où s’installer.
L’Abîme était un trou qui engloutissait tout. Dans les États mineurs, où le poids faisait la valeur, jeter quelque chose dans l’Abîme revenait à le perdre à jamais. Voilà pourquoi ils vivaient dans la peur et ne s’en étaient jamais approchés. Mais maintenant qu’il avait disparu, ils ne pourraient plus s’étendre sans faire de cet endroit une tête de pont.
Une terre qu’aucun des deux camps ne pouvait céder. Deux pays qui la convoitaient.
« Alors, il ne reste qu’une solution. »
La Lance absolue posa sa lance sur son épaule et prononça les mots qu’il était difficile de dire à voix haute.
« La guerre. »
Les mots avaient un étrange pouvoir. Tous y avaient pensé, mais personne ne s’en était fait une image claire. Pourtant, à l’instant où la Lance absolue prononça ce mot, tout fut décidé, comme si quelque chose venait d’éclater.
Le cavalier fut le premier à réagir.
« … Vous montrez enfin votre vrai visage ! C’est vous qui avez commencé ! »
Un nuage de sable s’éleva derrière la Mage de guerre.
Le cataphracte qui portait la Mage de guerre s’était légèrement avancé pendant qu’elle discutait avec le cavalier. Ceux qui suivaient n’avaient donc ni remarqué la scène ni interrompu leur progression. Dans l’intervalle, trois assaillants jaillirent du sol et fondirent droit sur la Mage de guerre.
Le cavalier poussa un cri ravi.
« J’aime bien, chez l’État militaire, qu’on comprenne tout de suite comment ça marche ! On voit clairement qui est le chef ! »
Les États mineurs étaient une nation d’alchimistes. Transformer à leur guise toute matière qu’ils touchaient était une compétence élémentaire. Les alchimistes de combat qui s’étaient enfouis sous terre avaient creusé un tunnel à l’aide d’une alchimie simple, jusqu’à s’approcher suffisamment.
Une embuscade tout à fait inattendue, venue du sous-sol. Mais alors,
« Pitoyable. »
Avant même qu’ils aient pu grimper sur le cataphracte, des trous ronds apparurent dans la poitrine des assaillants.
Un nuage rouge se répandit derrière eux. Le sable imbibé de sang s’aggloméra et retomba. C’étaient des guerriers choisis pour cette mission, équipés d’une solide armure digne des États mineurs. Pourtant, ils n’avaient pas résisté à une seule frappe avant de retourner à la terre.
Il était évident de savoir qui avait frappé. Le coupable était toujours assis, sa lance tendue devant lui.
« Oui. C’est ça. J’avais oublié depuis si longtemps… C’était ça. »
« Une lance… Serait-ce… ? »
La Lance absolue ne portait ni cape ni insigne. Pourtant, il était difficile de confondre avec quelqu’un d’autre ce maître de la lance qui se tenait près de la Mage de guerre.
Le cavalier prononça son nom d’une voix tremblante.
« Partlaxion ? Le Chevalier de la rébellion ? »
La Lance absolue ne prit pas la peine de confirmer l’évidence. À la place, il leva sa lance et la pointa devant lui. Visant à la fois le cavalier décontenancé et le Colosse derrière lui, il sourit comme il s’en était privé si longtemps.
« Un duel exige un adversaire. Quelqu’un qui désire quelque chose au point d’y risquer son corps et son âme. La Progenitrice… Elle était un adversaire satisfaisant, mais son âme ne résonnait pas assez. C’est bien plus agréable que d’imposer un combat à quelqu’un qui n’a pas envie de se battre. »
Le mot « guerre » recelait d’innombrables tragédies. Les gens tremblaient rien qu’en l’entendant, tant il était terrifiant et douloureux.
Mais la Lance absolue souriait. Tout ce que trahissaient ses tremblements, c’était son bonheur.
La Lance absolue Partlaxion avait défié une nation entière en duel et était réellement parvenu à ses fins.
Se rappelant cette histoire, le cavalier cracha une insulte.
« … Espèce de taré. »
« Un duel. Prenez les armes. La victoire fait la justice, alors le vainqueur s’emparera de ces terres. Le Dieu céleste… Non, cette fois, c’est la Terre Mère qui accordera sa bénédiction. »
Pourtant, ils ne pouvaient pas battre en retraite. Même si l’autre camp était prêt à risquer la guerre, reculer ne ferait qu’entraîner des pertes plus importantes.
Voilà pourquoi la guerre ne disparaissait pas simplement parce que tout le monde cherchait à l’éviter. Le cavalier cria :
« Nous ne nous retirerons pas sans combattre ! »
« Hahahahahaha ! C’est exactement ce que je voulais ! »
La guerre entre l’État militaire et les États mineurs commença par le cri d’un seul homme.
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