Chapitre 317
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 317 : Plus jamais de guerre
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À l’avertissement du golem, la régresseuse bondit par réflexe et se posta sur le cataphracte, ouvrant ses Yeux aux Sept Couleurs. Elle balaya la ligne de crête de son sixième œil, l’Œil indigo qui voyait au loin, puis marmonna :
« … Je ne vois rien. »
Comme elle venait de le dire, il n’y avait pas trace d’ennemis sur le trajet du cataphracte. Le golem des transmissions DG répondit :
[Nous pensons qu’ils ne sont pas encore arrivés !]
« Je sais. Je ne les vois pas. Si même moi, je ne les vois pas, à quoi nous préparons-nous ? Et surtout, comment sais-tu qu’il va y avoir une attaque ? »
[Nous avons reçu un avertissement similaire d’un autre officier des transmissions ! Une attaque est attendue sous peu !]
Je ne doutais pas de l’authenticité du rapport. C’était le réseau des officiers des transmissions. Leur trait distinctif, et leur plus grande force, était une transparence si totale que la notion même de suspicion n’existait pas.
Le golem grommela néanmoins à voix basse en tenant les commandes.
[Cependant, cet avertissement a été émis bien trop tôt au regard des règles d’engagement. D’après celui-ci, ils auraient déjà dû apparaître… C’était pareil avec le pont temporaire. AB semble totalement incapable de calculer correctement les heures d’arrivée estimées. Peut-être que conduire n’est pas son fort.]
Il se plaignait même d’AB en plein milieu de tout ça. Était-ce l’influence d’AB qui lui faisait exprimer ses sentiments personnels par les transmissions… ?
Non, il en avait toujours été capable. Il ne l’avait simplement pas montré jusqu’à présent. Quoi qu’il en soit, c’était bon signe. Je répondis d’un ton désinvolte :
« Eh bien, les erreurs, ça arrive. »
[Comment une chose aussi simple a-t-elle pu provoquer une erreur… C’est difficile à comprendre, mais je vais essayer… Attendez, je reçois une alerte ! Ils arrivent !]
Cette fois, la régresseuse les vit elle aussi. Un nuage de poussière brune s’élevait derrière la colline et s’épaississait à vue d’œil.
Nous n’eûmes pas longtemps à attendre. Le premier son que nous entendîmes fut celui de sabots martelant le sol. Puis quelqu’un cria :
« Youhou ! Je les ai trouvés ! »
Leur apparence était des plus singulières.
Ils portaient tous des vêtements rapiécés. Aucun souci esthétique, aucun motif visible. Ils avaient dû ajouter des pièces ou reboucher des trous au gré des besoins. De la tête aux pieds, leurs habits n’avaient pas la moindre cohérence.
Mais ils avaient tous un point commun.
Ils chevauchaient tous quelque chose.
« Je vous l’avais pas dit ? J’avais dit qu’une unité de ravitaillement finirait par passer ! Si on l’attend et qu’on lui pique sa cargaison, on va faire fortune ! »
Un humain juché sur un gros véhicule à deux roues cria. Avec une roue à l’avant et une à l’arrière, l’engin avait l’air terriblement instable, et pourtant son conducteur parvenait à garder l’équilibre grâce aux longues barres de fer qui dépassaient de chaque côté.
Un humain à cheval poussa sa monture et le suivit.
« L’argent est là, bien emballé, juste devant nous ! Y a qu’à se servir ! »
« Même pas besoin de roues ! Il en a déjà des énormes ! »
« Kahahahaha ! À votre avis, ça vaut combien, ce truc ? Ramasser des bricoles, ça sert à rien. Faut viser le gros lot ! »
« Si c’était un peu plus rapide, je le conduirais moi-même ! »
Le cataphracte que j’occupais était l’une des armes stratégiques de l’État militaire, une forteresse d’acier pesant des dizaines de tonnes. Sans même parler de la façon dont ils comptaient s’en emparer, je doutais qu’ils puissent seulement le ramener chez eux, mais cela ne les préoccupait pas le moins du monde.
Le poids du cataphracte était justement ce qui les intéressait.
Dans les Petits États, l’argent avait une valeur un peu différente.
Le Royaume doré, terre de technologie et de métallurgie gouvernée par un roi béni et dirigée par les descendants des Cinq Seigneurs, avait été renversé par un seul homme.
Le Seigneur de l’Or, Demo. Un génie qu’on surnommait le monstre de l’entendement.
Un être absolu qui avait détruit le Royaume doré à coups d’or et plongé le continent dans le chaos.
Sous le règne du Seigneur de l’Or sur les Petits États, l’or avait perdu toute valeur. Là-bas, l’adage selon lequel il fallait considérer l’or comme de la pierre était devenu une évidence, non pas au sens moral, mais au sens économique.
Peut-être à cause de cela… les Petits États avaient développé un système économique unique.
« C’est de l’acier alchimique de première qualité. Ça doit peser des dizaines de tonnes, au bas mot ! Avec tout ça, on pourra manger et boire jusqu’à la fin de nos jours ! »
Le poids, rien que ça.
À moins qu’il ne s’agît d’un matériau exceptionnellement rare, le poids et la valeur étaient généralement proportionnels dans les Petits États. Il fallait donc des moyens de transport capables d’embarquer de lourdes charges. Combiné aux particularités des Petits États, ce système avait fait de toute la nation un immense État nomade.
C’était peut-être un pays d’alchimie, mais même les pièces alchimiques, qui renfermaient une valeur alchimique, avaient perdu leur éclat dans les Petits États.
Le Seigneur de l’Or était le plus grand alchimiste du monde. Il pouvait fabriquer jusqu’au coût alchimique lui-même.
« Tss. Toujours aussi avides, ils foncent tête baissée. Ces chacals… »
Leurs montures étaient toutes différentes, mais les chacals se ruèrent sur nous avec la même férocité. Leurs yeux luisaient de convoitise, sans la moindre hésitation.
Le cataphracte n’était pas lent, mais il n’allait pas assez vite pour semer des chacals affamés. Je demandai :
« Qu’est-ce qu’on fait ? On les laisse approcher autant ? »
La régresseuse répondit comme si la question n’avait aucune importance :
« Laissons-les venir pour l’instant. Il nous faut des informations. »
« Quelles informations ? Ce ne sont que de la racaille envoyée au cœur de l’État militaire pour saboter l’arrière. Ils ne peuvent rien savoir d’utile. On ne pourrait pas simplement les éliminer ? »
« Alors, comment obtiendrons-nous ces informations ? »
« Shei, as-tu oublié ce qui fait avancer ce cataphracte ? C’est un golem des transmissions. Combien de temps vas-tu continuer à recueillir des informations de manière aussi primitive ? Utilisons une méthode plus sophistiquée. »
Convaincue, la régresseuse dégaina Chanteciel et la pointa vers les ennemis qui fonçaient sur nous en oblique. Les vents qui nous fouettaient tandis que le cataphracte filait à toute allure se dirigèrent soudain vers Chanteciel. Le bourdonnement s’amplifia peu à peu.
« Technique de l’Épée céleste : Tir sur le Soleil. »
La régresseuse lança alors Chanteciel en avant.
Boum.
Quelque chose de ténu s’étira dans le prolongement de son estoc. Cela ressemblait moins à une flèche ou à une balle qu’à un espace déformé. Lorsque cette distorsion, qui semblait pouvoir atteindre le bout du monde, toucha le premier chacal, le cavalier s’envola comme s’il avait été accroché par un hameçon, puis s’écrasa au sol.
Le véhicule à deux roues avait à peine tenu debout, mais, son conducteur disparu, il perdit l’équilibre. Le cavalier et son engin roulèrent ensemble sur le sol.
Le chef devint un obstacle et percuta les humains qui suivaient. Un cavalier changea brusquement de direction et s’écria, stupéfait :
« Vous avez vu ça ? »
« J’ai rien vu ! »
Ceux qui ne connaissaient pas leurs limites ne croyaient pas ce qu’ils ne voyaient pas et refusaient d’en reconnaître l’existence. S’ils n’avaient été que des idiots ordinaires, ils auraient peut-être pensé que le cavalier avait dérapé, puis auraient continué à foncer sur nous.
Les chacals des Petits États étaient un peu différents. Les embuscades étaient leur quotidien, et la fuite, leur gagne-pain. Ils reconnaissaient instinctivement la trempe de leur adversaire.
« À cette distance, et personne n’a vu l’attaque ? C’est un monstre ! »
« C’était pas de la racaille ! »
« Fuyons ! »
Les chacals firent aussitôt demi-tour. Les roues raclèrent violemment le sol et les chevaux cabrés pivotèrent sans tarder. Dès qu’ils furent certains de la puissance de leur adversaire, les chacals des Petits États s’enfuirent à toute vitesse.
« Ah, c’est vrai ! Faut aussi qu’on ramasse celui-là ! »
Même alors, le dernier de la troupe récupéra son camarade tombé avant de partir. Je ne savais pas si traîner quelqu’un par une chaîne pouvait vraiment compter comme le récupérer, mais bon. Abandonnant le cataphracte poussif derrière eux, ils disparurent au loin comme des flèches.
Tyr les observa en silence, puis marmonna :
« Ils n’abandonnent pas leurs camarades. Ils ont beau avoir cette allure, ils doivent être solidaires. »
« Solidaires ? Pas du tout. Ils espéraient probablement que le type était mort. »
« Pourquoi ? »
« S’il n’est pas mort, ils ne peuvent pas le vendre. Il risque de s’enfuir tout seul. »
Ils n’avaient qu’une seule raison de récupérer les restes de leurs camarades. L’acier lourd, comme celui du cataphracte qu’ils avaient pris pour cible, valait une petite fortune. Et un véhicule en valait encore plus.
Leurs propres camarades ne faisaient pas exception. La balance ne pesait pas moins lourd parce qu’il s’agissait des restes d’un compagnon.
« Ils chevauchent tous des montures comme des bandits. Je comprends maintenant pourquoi le terrain mouvant peut leur servir de douve. »
J’acquiesçai aux paroles de Tyr.
« C’est ça. Ce sont des pillards qui envahissent le territoire, chargent leurs prises et s’enfuient. Le Convoyeur méta leur pose pas mal de problèmes. Rien que pour y monter, il faut accomplir des acrobaties dangereuses, tandis que l’État militaire s’en sert pour déplacer rapidement ses troupes. »
« Des bandits obsédés par le vol. Tu as des voisins bien encombrants. »
« Oui. À l’échelle nationale, des raids de cette ampleur ne sont qu’une nuisance, mais c’est justement suffisant pour saboter l’arrière. »
Quoi qu’il en fût, la première attaque des Petits États se termina lamentablement. Notre puissance de combat était bien trop écrasante pour qu’une poignée de chacals puisse nous inquiéter.
Et puis, Chanteciel, l’épée de la régresseuse, était une arme polyvalente, adaptée aussi bien au combat à moyenne qu’à longue portée. Elle pouvait anéantir d’un seul coup même les chacals qui ne craignaient ni les balles ni les flèches.
Hilde, cependant, poussa un profond soupir en les voyant.
« Ça ne présage rien de bon… Depuis combien de temps la guerre dure-t-elle pour qu’ils soient déjà descendus jusque-là à rôder ? Si nous pouvons les rencontrer sans traverser le Convoyeur méta, certaines villes ont déjà dû être pillées. »
Elle l’avait presque murmuré pour elle-même, mais un mot attira l’attention de la régresseuse. Celle-ci demanda :
« La guerre a déjà commencé ? »
Hilde répondit avec autant de désinvolture que si elle parlait d’un en-cas de la veille.
« Oui… Enfin, c’est plutôt une bataille qu’une guerre, mais ça a déjà commencé, non ? »
« Quand ? Non, comment ? Les troupes de l’État militaire circulaient encore sur le Convoyeur méta il y a peu. »
« Tu sous-estimes beaucoup trop l’État militaire. Quelle que soit la taille de l’armée, avec son organisation, il lui faudrait même pas deux jours pour préparer et envoyer des troupes dans la plaine de l’Abîme. »
« Exactement ! Deux jours seulement. Comment une guerre aurait-elle déjà pu commencer ? »
Quand j’avais rencontré Yuel, j’avais appris que des affrontements épars avaient déjà éclaté. Une journée entière s’était écoulée depuis, alors il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que la guerre commence.
C’était pourtant la première fois que la régresseuse en entendait parler.
Une guerre, ce n’est pas un jeu d’enfant. C’est une affaire grave qui met en jeu le destin des nations ! Combien de temps s’est écoulé depuis la disparition de l’Abîme ? Comment ont-ils pu déclencher une guerre aussi vite ?
Du point de vue du bon sens, elle avait raison.
Mais, régresseuse, tu le savais aussi. L’État militaire comme les Petits États étaient des nations étranges, qui défiaient le bon sens.
« L’État militaire n’était pas le seul à avoir envoyé des troupes dans le Désert de l’Abîme… »
« Quoi ? »
« On pourrait demander à l’officier des transmissions, mais je ne veux pas distraire le conducteur, alors c’est “moi” qui vais vous expliquer. Hum. Écoutez bien. »
Avant de commencer son long récit, Hilde se racla doucement la gorge. Comme un acteur se préparant à donner une représentation en solo, Hilde régla sa respiration, puis entreprit de raconter l’histoire la plus grave du monde avec la voix la plus légère qui soit.
« Quand l’avant-garde est arrivée dans le Désert de l’Abîme, les Petits États tentaient déjà d’occuper Tartare ! »
Notes de bas de page :
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