Chapitre 315
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 315 : incapable d’appeler son père « père »
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L’État militaire exploitait ses citoyens. Il leur fournissait de quoi survivre et leur accordait quelques plaisirs modestes, mais ne leur permettait même pas de rêver à mieux. En les faisant trimer sans relâche par des méthodes plutôt brutales, l’État militaire avait amassé une immense richesse matérielle.
Mais même une fortune ne valait pas mieux qu’un tas de cailloux si elle restait enfermée dans un entrepôt.
À quoi donc avait travaillé sans relâche cette gigantesque machine qui traitait les gens comme des pièces destinées à produire des richesses colossales ?
« Une question au sujet de l’État militaire. Où est passée toute cette richesse accumulée ? La réponse est juste là ! »
Je déclarai cela en tapotant le Cataphract.
Le Cataphract était l’arme stratégique de l’État militaire. Tout son extérieur était recouvert d’acier alchimique hors de prix, ce qui lui conférait une puissance défensive écrasante, tandis que sa conception simple, mais novatrice, lui assurait également une grande mobilité. C’était une forteresse sur roues.
Avec les rations de combat et l’équipement militaire, le Cataphract était considéré comme une ressource stratégique de niveau quatre, l’essence même de l’État militaire. Son poids et sa puissance suffisaient à surpasser aisément ceux d’un cavalier cuirassé. Même un excellent cheval de guerre ne pouvait rivaliser avec la force brute du Cataphract.
Tyr observa l’intérieur et marmonna : « J’ai déjà vu quelque chose de semblable. Un tyran du Royaume doré, qui a jadis régné, se déplaçait dans de luxueux carrosses qui ressemblaient à celui-ci. J’ai entendu dire qu’il fallait mobiliser tout un château pour en fabriquer un, mais elle en possédait des dizaines. »
« Le Cataphract est moins luxueux, mais plus fonctionnel, donc il coûte probablement à peu près autant. Et comme il n’est pas destiné à l’usage d’une seule personne, il y en a davantage que de ces carrosses. »
« Ils ont donc essoré le sang de leur peuple pour fabriquer des objets aussi extravagants. Hm. Pas étonnant que le pays décline. »
Hilde, que venait d’accuser une vampire d’essorer le sang du peuple, protesta comme si on lui avait fait une injustice.
« Je suis innocente ! Ce Cataphract n’est pas à moi ! »
« Même s’il ne t’appartient pas, tu es générale. Tu peux t’en servir comme bon te semble. »
« C’est faux aussi ! Le Cataphract est une ressource stratégique de l’État militaire, alors personne ne peut en disposer librement ! Pas même moi, l’une des Six Généraux ! »
C’était vrai.
L’État militaire était un pays qui ne permettait même pas à ses généraux de la classe dirigeante de se laisser aller au luxe. Les logements réservés aux généraux étaient plus miteux que la chambre que j’avais obtenue grâce à mes relations. Bien sûr, les généraux pouvaient posséder des biens, alors ils avaient la possibilité d’économiser leur solde et de s’offrir tous les luxes imaginables… Mais devoir économiser sa solde pour se payer un peu de luxe, c’était déjà bien loin du luxe ordinaire.
Tyr, qui était à la fois une nation et une aristocrate, avait toutefois du mal à distinguer la classe dirigeante de l’État.
« Pourtant, quand tu l’as demandé, on te l’a donné tout de suite. »
« C’est parce que les supérieurs l’ont approuvé ! »
« Tu ne fais que dire la même chose autrement. Si tu peux t’en servir avec une autorisation, n’est-ce pas que cela t’appartient ? »
« Ça n’a rien à voir ! Si j’ai besoin de l’aval de mes supérieurs rien que pour le déplacer, il n’est pas à moi. Et si moi, la directrice du Bureau de la Sécurité publique, je demandais quelque chose d’aussi voyant, on me le refuserait faute de motifs suffisants ! S’ils nous prêtent un Cataphract pour transporter quelques personnes, c’est une exception ! Vous profitez tous d’un privilège auquel je n’ai même jamais eu droit ! »
Hilde sautillait en expliquant à quel point la situation était injuste. Emportée par son agitation, Tyr agita la main d’un air indifférent.
« Très bien, j’ai compris. Arrête de sauter. Le carrosse tremble. »
« Quoi ?! Impossible que ce gros tas de métal tremble juste parce qu’une jeune fille légère et délicate comme moi tape du pied ! C’est affreux ! »
Elle avait tout à fait l’air d’une enfant espiègle qui parlait à la vieille dame d’à côté. Vu que son interlocutrice était la Progenitrice des vampires, on aurait dit qu’elle n’avait aucun souci de sa propre vie. Pourtant, à ma grande surprise, Tyr prêta l’oreille à Hilde malgré son agacement.
« Oui, oui. Je me suis mal exprimée. »
Pas étonnant qu’elles soient père et fille ; elles en font toutes les deux tout un plat. Je ferais mieux de la calmer pour l’instant. On dit que, pour attaquer un général, il faut d’abord capturer son cheval. Si elle est la fille de Hyu, mieux vaut que je noue des liens avec elle à l’avance.
Ma fille ? Tu y crois vraiment ?
Cette personne était étrange. C’était une vampire, et pourtant elle ne savait absolument pas se méfier des paroles d’un humain. Hilde disait que j’étais son père, et Tyr l’acceptait sans la moindre réserve. Elle ne trouvait pas ça louche ?
Bon, je pouvais comprendre en gros comment elle en était arrivée là. C’était sans doute comme les humains qui ne se méfient pas du bétail. Les vampires étaient des humains, mais aussi des prédateurs qui considéraient le sang humain comme une proie. Même s’ils se faisaient berner, ils n’avaient qu’à dévorer l’imposteur le moment venu. Ils pouvaient donc se permettre de baisser leur garde.
Un jour, elle risquait de le regretter amèrement. Non, peut-être que c’était déjà arrivé. Mais qu’y pouvais-je ? Tout le monde apprenait en se faisant mal. Les expériences gravées dans les blessures duraient longtemps.
Après tout, j’étais un roi bienveillant, mais sévère, qui protégeait jusqu’au droit des gens de souffrir.
« … Attends, Tyrkanzyaka. Tu crois vraiment à cette histoire absurde ? »
Mais la régresseuse tenait à priver Tyr jusqu’au droit de souffrir. Les bras croisés, elle lui fit remarquer l’incohérence.
« Je ne sais pas pourquoi le Cercueil de l’Ombre appelle Hughes “père”, mais ça n’a aucun sens. Il n’y a pas la moindre logique là-dedans. »
« Qu’est-ce qui n’a aucun sens ? »
« Le Cercueil de l’Ombre est l’une des Six Généraux. On sait qu’elle œuvre dans l’ombre depuis la fondation de l’État militaire. Si elle était déjà active il y a vingt-cinq ans, à la création de l’État militaire, alors, même en étant très généreux, elle doit avoir au moins la quarantaine. »
Elle débita cela sèchement, comme une détective. Le raisonnement était si élémentaire qu’un élève de primaire aurait pu le faire, mais Tyr n’y avait pas pensé.
Ah, j’avais oublié. J’ai toujours eu du mal à saisir l’âge des autres…
Non, ce n’était pas qu’elle n’y avait pas pensé. Le chiffre était simplement trop petit pour qu’elle s’en soucie. Des durées de quelques décennies à peine devaient lui sembler insignifiantes, à elle qui avait douze siècles.
… Hm. Qu’est-ce que l’âge vient faire là-dedans…
Tandis que Tyr hésitait devant une vérité interdite, la régresseuse lui retira même le droit de se faire du mal.
« Cette vieille dame a seulement pris cette apparence grâce à son pouvoir de transformation. En réalité, elle est bien plus âgée ! Tss, elle appelle “père” un homme assez jeune pour être son fils. Elle n’a pas honte ? »
Ouah, c’était dur. Même si c’était vrai, aucune considération ? Ses paroles étaient si cruelles que Tyr, à côté d’elle, en eut elle aussi un léger pincement au cœur.
« Waouh. »
Hilde, qu’on venait de traiter de vieille dame en face, laissa un peu tomber son masque. Son sourire s’effaça et elle lança un regard noir à la régresseuse.
« C’est dur. Plus qu’impoli, c’est carrément cruel. Franchement, je comprends maintenant pourquoi les femmes n’aiment pas quelqu’un d’aussi jolie que toi. »
« Je n’ai pas besoin d’être populaire ! De toute façon, je refuserais ! »
« Pfiou. Moi aussi, j’ai un problème : je me laisse provoquer par des remarques aussi minables. Voilà pourquoi je dois porter un masque. Si ce n’est pas moi, je peux laisser passer tout ce qu’on dit, mais dès que je montre mon vrai visage, je m’énerve aussitôt. »
Hilde se calma rapidement, se donnant du courage en silence.
« C’est vraiment, vraiment confidentiel, alors je ne comptais rien dire. Mais on m’a tellement calomniée que je n’ai pas le choix. Shei, tu crois qu’Eimeder est l’ange gardien de l’État militaire, et que Zikhrund est un assassin dont personne ne connaît l’identité, pas vrai ? »
« … Ce n’est pas le cas ? »
« Non. Je ne suis pas Zikhrund. Et Eimeder n’est pas un ange non plus. »
Visiblement piquée au vif, Hilde se mit à révéler sans difficulté des informations qu’elle seule connaissait, sans que personne ait eu besoin de le lui demander.
« Les trois héros amenés par le Héros de guerre : Zikhrund, Eimeder et Maximilien. Zikhrund serait un assassin dont personne ne connaît le visage, et Eimeder un ange qui protège l’État militaire ? C’est impossible. Ils ont dû rebâtir un pays sur ses ruines. Qui croirait à quelque chose d’aussi intangible que la foi ? »
« Attends. Tu veux dire que… »
« Oui. Zikhrund et Eimeder sont de vraies personnes. Aucun des deux ne se trouve encore dans l’État militaire, mais on dirait que l’État militaire veut faire croire qu’ils y sont toujours. C’est pour ça qu’on m’a fait jouer le rôle de Zikhrund ! »
Ou peut-être qu’ils leur ont gardé une place. Pour qu’ils puissent revenir quand ils le voudraient.
Hilde ravala ces mots.
Les gardes de la Sainte Vierge, le Corps de l’Épée sacrée. Quand Yuel avait été excommuniée par le Sanctuaire, elle avait renoncé à tous ses pouvoirs et à tous ses biens en tant que Sainte Vierge, mais on ne lui avait pas retiré son pouvoir divin. Non, même le Sanctuaire n’en était pas capable.
La Sainte Vierge était l’agente de Dieu et l’instrument de ses prophéties. Qu’elle ait été excommuniée ou qu’elle ait fui sa maison, chacun de ses pas constituait un événement sacré ordonné par le Dieu céleste. Deux membres du Corps de l’Épée sacrée, les plus dévoués, avaient accompagné la Sainte Vierge excommuniée jusqu’à l’État militaire.
Ces deux-là, c’étaient Eimeder et Zikhrund. Enfin, tous deux étaient partis quelques années après que Yuel se fut enfermée avec le cadavre d’un homme.
Je pouvais deviner à peu près pourquoi ils étaient partis. Si j’avais été à leur place, et que la Sainte Vierge que je servais s’était enfermée dans sa chambre pour se couvrir de ridicule, le peu d’affection qu’il me restait se serait aussi évaporé. Je ne les avais jamais rencontrés, alors j’ignorais les détails, mais cela devait ressembler à ça.
Ce n’est pas une histoire très agréable pour quelqu’un comme moi, qu’on a fait venir sans prévenir et qu’on a forcé à travailler à leur guise~.
« Qui sont-ils ? »
Après avoir entendu ces révélations inattendues, la régresseuse écouta attentivement tout ce que disait Hilde.
Tss. Je n’arrêtais pas de le constater, mais la régresseuse en savait vraiment très peu pour une régresseuse. À cause de ça, même après avoir pris toutes sortes de risques pour entrevoir ses souvenirs, je ne pouvais pas leur faire entièrement confiance.
Elle était censée avoir noué des liens étroits avec le Sanctuaire lors de la boucle précédente, et elle ne connaissait même pas l’histoire secrète entre l’État militaire et le Sanctuaire ? Ce n’était pas comme si tous les membres du Sanctuaire s’étaient entendus pour cacher ces informations.
Hm. Je ferais peut-être mieux de m’arrêter là. Si j’en dis davantage, notre pauvre Sainte Vierge se retrouvera dans une situation encore plus difficile.
Convaincue d’avoir suffisamment pris l’avantage, Hilde se tut. Elle sourit à la régresseuse, qui continuait à l’interroger, posa son index sur ses lèvres et pencha la tête.
« Je n’ai pas envie de te le dire~. »
« Quoi ?! »
« Les vieilles dames sont très capricieuses, tu sais. Je suis soudain de mauvaise humeur, alors je n’ai plus envie de rien dire ! Tss ! »
Hilde gonfla les joues et détourna sèchement la tête. La régresseuse la regarda, incrédule devant une réaction aussi puérile.
« Tu boudes, là ? Tu n’es plus une enfant. »
« Si on doit me traiter de vieille dame, autant que je sois une gamine capricieuse. »
« Très bien ! Tu t’énerves pour si peu. Je retire ce que j’ai dit ! »
« Tu retires tes paroles ? Tu peux les ramasser une fois qu’elles sont sorties ? Les mots sont comme des épées. Retirer une épée qu’on a enfoncée ne guérit pas la blessure qu’elle laisse. Pour refermer une plaie, il n’y a qu’une solution : présenter des excuses sincères. »
Autrement dit, elle voulait des excuses. Face à l’entêtement de Hilde, la régresseuse siffla doucement entre ses dents.
Très bien. M’incliner une fois pour obtenir des informations, ça ne coûte rien ! J’ai été un peu trop dure, moi aussi !
Sa décision prise, la régresseuse baissa légèrement la tête et lui présenta des excuses calculées.
« Je suis désolée. Je… n’ai pas fait preuve de considération. »
« Hm. Tu me présentes tes excuses parce que je te les ai arrachées, mais je les accepte. Fais plus attention la prochaine fois. »
« Pff. Très bien. »
« C’est bien, Shei. Tu dois faire plus attention à tes paroles et à tes actes. »
« Je m’en souviendrai… Attends, Tyrkanzyaka ? Pourquoi tu acceptes ses excuses, toi aussi ? »
Elle s’était retrouvée à présenter ses excuses à deux personnes, mais une fois sa tâche accomplie, la régresseuse réclama de nouvelles informations.
« Alors, où sont les vrais Eimeder et Zikhrund ? Où sont-ils ? »
« Je n’en sais rien ! »
« Quoi ? »
Hilde répondit avec candeur.
« Comment veux-tu que je sache ce que faisait mon prédécesseur ici ou où il est allé après avoir quitté ce travail ? On ne m’a fait venir qu’en cours de route, puis on m’a forcée à travailler ! Ne l’oublie pas : quoi qu’il soit arrivé au Zikhrund d’origine, j’ai pris sa place ! »
« Hé ! Alors, rien n’a changé ! »
La régresseuse bondit sur ses pieds et pointa Hilde du doigt.
« Quoi qu’il en soit, tu es le Cercueil de l’Ombre et tu es plus âgée que Hughes. Ça, ça ne change pas ! »
« Hé hé. Tu m’as eue. »
« Ne dis pas “tu m’as eue” ! Qu’est-ce que tu as nié pendant tout ce temps ? »
« Que je suis une vieille dame ! Je ne voulais pas qu’on me traite comme ça devant Père ! »
« Pour que Hughes soit ton père, il aurait fallu qu’il te donne naissance avant même d’être né ! Ça a le moindre sens ? »
Bien sûr que non.
Pourtant, après avoir tourné en rond, elle avait enfin remarqué ce renversement de cause à effet. Je ne m’attendais pas à ce que la régresseuse s’en aperçoive avant Tyr…
Ce n’est pas impossible. Si Hyu est cet être-là.
Hein ?
C’était étrange. Quelle pensée étais-je en train de lire ?
Tout s’explique. Ce pouvoir mystérieux, et la manière dont il a restauré mon cœur alors même qu’il se perdait lui-même. Les battements d’un cœur qui s’était arrêté dans un passé lointain. Je suis la seule, à notre époque, à le savoir, mais… si Hyu est le Roi de l’Humanité, s’il représente tous les humains, alors il a peut-être découvert ce secret.
Tyr croyait étrangement facilement les gens. Ce n’était pas parce qu’elle était stupide ou naïve, mais parce qu’une vieille maison avait abaissé autant que possible son seuil pour accueillir de nouveaux invités. Voilà pourquoi elle avait cru toutes mes absurdités dans l’Abîme et accepté, pour l’instant, les informations données par la régresseuse. Elle avait même pris au pied de la lettre les affirmations de Hilde, qui disait que j’étais son père.
Je m’en souviens parfaitement. Cet homme étrange, au sang qui sentait la rouille, a parlé à Hyu. Il lui a demandé s’il était le Roi de l’Humanité.
Était-ce pour ça ? Tyr ne l’avait pas montré, mais elle avait gardé dans un coin de son cœur le moment où Maximilien m’avait appelé le Roi de l’Humanité. Pour s’en servir maintenant.
Très bien. Puisque j’étais le Roi de l’Humanité, je pouvais dire que la sagesse de Tyr brillait en cet instant.
Mais…
Alors, il est logique que cette enfant appelle Hyu “père” ! Si elle est née avant lui, elle doit être la fille du précédent Roi de l’Humanité !
Pourquoi est-ce que tu rends ça logique comme ça ?!
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