Chapitre 313
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 313 : Quiz du bon matin
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Même visage, même carrure, même voix. Même les vêtements confectionnés grâce à un nécessaire de couture étaient exactement identiques, au point que je me demandai s’il y avait un miroir entre elles.
Elles se ressemblaient tant que, même après que les yeux de Shei eurent défilé par les sept couleurs tandis qu’elle passait de l’une à l’autre, elle ne parvint pas à déterminer laquelle était la vraie Historia.
« Elles ne sont pas parfaitement identiques. Le problème, c’est que je ne sais pas laquelle est la vraie. À bien y réfléchir, contrairement à une capacité ou à une forme de mysticisme, il s’agit purement d’une technique née de son propre art énergétique. Elle a peut-être même atteint les principes du monde… Tss, pas étonnant que je n’aie pas réussi à découvrir son identité au cycle précédent ! »
Lors de son cycle précédent, la régresseuse s’était approchée du cœur de l’État militaire, sans toutefois en percer les secrets. Peut-être parce que ceux-ci étaient bien trop inattendus. Ou peut-être que, de son point de vue, l’État militaire n’était qu’une étape à franchir.
Quoi qu’il en fût, ravie de cette découverte, la régresseuse me regarda d’un air plein d’espoir.
« Mais je ne peux pas être la seule à ne pas savoir. Allez, toi aussi, essaie de deviner ! »
Son regard pétillant me mit mal à l’aise.
« … Shei. Pourquoi tu me fixes tout à coup ? »
« Ah, rien. Et toi, tu arrives à les différencier ? »
« Pour qui tu me prends ? Je suis celui qui repérait les minuscules éraflures au dos des cartes. Bien sûr que je peux les différencier. Et toi, Shei ? »
« Moi ? Si je m’y mets, je peux aussi les distinguer. »
« Alors vas-y. »
À ma demande, la régresseuse se gratta le menton, embarrassée.
« … Mais pour les différencier, il faudrait que j’active mon Œil du destin. D’habitude, je ne ménage pas mon espérance de vie, mais l’utiliser pour une chose pareille, c’est un peu… »
« Je ne voulais pas le dire, mais si tu as besoin d’une capacité complètement pétée qui te permet de voir le destin de quelqu’un pour le savoir, ça veut dire que tu n’en as tout simplement aucune idée, non ? »
« T-Tais-toi ! Si tu es si sûr de toi, alors devine ! »
Tss, tss. Je n’avais qu’à lire dans ses pensées pour le savoir. Je secouai la tête et lus celles d’Historia.
« Je ne veux pas l’admettre, mais elle est parfaitement identique à moi. Son apparence, sa voix, même la démarche caractéristique de ceux qui ont appris mon art énergétique, le Tir explosif… Même Hui ne pourrait pas… »
Mais alors, pourquoi me demander de deviner si tu penses que je n’y arriverai pas ? Tu aurais au moins pu me faire un signe discret. Tu es plutôt maligne, toi aussi, non ?
Je me redressai et demandai :
« Bref, pourquoi tu me fais passer un quiz en plein milieu de la journée ? »
« … Pour rien. La cheffe du Bureau de la Sécurité publique s’est transformée toute seule et m’a suivie. »
« Historia » parlait exactement comme Historia, mais cela ne servait à rien face à quelqu’un comme moi, qui reconnaissait les gens à leur cœur. Qu’importaient leurs voix et leurs apparences, si elles étaient identiques ? Leurs pensées, elles, différaient.
Je regardai l’« Historia » qui venait de parler et répondis d’un ton neutre :
« Puisque Hilde a imaginé ça toute seule, c’est Hilde qui me donnera le prix. »
« Qui sait ? Je me demande si j’en ai préparé un. »
« Comment ça, tu ne sais pas ? Ne me dis pas que tu n’as rien préparé et que tu essaies maintenant de nier l’évidence. »
À cette remarque, « Historia » se figea. Elle me fixa, le visage raide, puis éclata en un large sourire et ouvrit grand les bras.
« Exact ! Incroyable, Père ! Comment tu as deviné ? J’ai mis tout mon cœur dans “mon” jeu d’actrice ! Même les vêtements du nécessaire de couture étaient parfaitement identiques ! »
« C’est un secret. Un magicien ne révèle jamais ses tours avant d’être à l’article de la mort. »
« Roh ! C’est injuste ! Vous vous êtes fait un signe pendant que “je” ne regardais pas ? »
« Je suis un magicien de troisième ordre qui truque même ses tours avec le public, mais Ria ne ferait jamais ça par fierté. »
« Et ma fierté, alors, elle devient quoi ?! »
« Historia » tapa du pied comme une enfant, une attitude qui ne lui allait pas du tout.
Inutile de le préciser, cette Historia-là était Hilde. Comme elle n’avait plus l’intention de me tromper, je lui demandai d’un ton neutre :
« Bon, alors, c’est quoi, le prix ? »
« Le prix ? C’est “moi” ! »
« Ce n’est pas un prix. C’est juste un objet. Donne-moi une vraie récompense. »
« C’est trop cruel ! Si tu m’as, je peux te faire un massage ! »
Un massage. Maintenant que j’y pensais, Hilde m’avait dit qu’elle pouvait utiliser le pouvoir divin et la technique de pression des points vitaux, non ?
Ce n’était pas étonnant. Quiconque possédait une foi sincère et comprenait les rites sacrés pouvait utiliser le pouvoir divin. Bien sûr, la condition d’une « foi sincère » était si stricte que la moindre croyance concurrente rendait cela impossible… Il y avait une raison pour laquelle on disait que les mages ne pouvaient pas utiliser le pouvoir divin.
Mais peut-être que c’était différent pour cette métamorphe devant moi, capable de se tromper elle-même.
« Ouf. Je ne dirais pas non… mais ce n’est pas pour ça que tu es venue, si ? »
« Oui ! Notre Tireuse dit qu’elle a besoin de te parler de toute urgence, Père ! »
« De toute urgence ? »
Ça tombait bien. Si je restais dans la même pièce que Tyr, je ne pourrais pas recevoir de soins par le pouvoir divin. Je ne voulais pas assister en direct à la transformation d’une guérisseuse en patiente ; je pris donc appui contre le mur et me forçai à sortir.
« Je vais me laver et me faire soigner. J’en profiterai pour écouter ce que tu as d’urgent à me dire. Pas besoin de me suivre. »
« Mm. D’accord. Vas-y, alors. »
« Dire que la vraie était à gauche… La prochaine fois, je trouverai sans faute. »
Tu vois ? Je n’étais pas le seul à avoir cru que c’était un quiz.
Toujours plié en deux à cause de mes douleurs musculaires, je sortis. Historia et « Historia » me suivirent, l’une de chaque côté. Même si je reconnaissais très bien les gens à leurs pensées, avoir deux Historia juste à côté de moi m’empêchait de me souvenir laquelle se trouvait de quel côté. Sans la lecture des pensées, j’aurais vraiment été perdu.
Mais surtout, pourquoi avais-je l’impression d’avoir passé un test sans raison ni récompense ? Vexé par toute cette histoire, je demandai à Historia :
« Au fait, Ria, pourquoi tu as participé au quiz du bon matin de Hilde ? »
Historia ne me regarda même pas.
« … Je n’ai pas participé. »
« Celle-là s’est évidemment approchée avec ton visage et m’a demandé qui elle était. C’était bien un quiz censé me faire deviner laquelle de vous deux était la vraie. »
« La cheffe du Bureau de la Sécurité publique l’a fait de son propre chef. Je ne l’en ai simplement pas empêchée. »
« Ça se comprendrait si Hilde était venue seule. Mais tu te tenais juste à côté d’elle. Ce n’est pas une forme de complicité, ça ? »
Historia gardait toujours la tête tournée et ne répondit pas. À sa place, Hilde, qui avait le même visage qu’elle, prit la parole avec enthousiasme.
« C’est parce que les femmes sont des créatures qui veulent que les autres remarquent ces petits traits uniques qui les distinguent ! La générale de division est une femme, elle aussi ! »
« … Cheffe du Bureau de la Sécurité publique. »
« Tu vois ? Son ton s’est même adouci ! Père, tu as déjà vu Historia comme ça ? »
Pourquoi cette personne était-elle encore si surexcitée ? D’habitude, j’aurais joué le jeu, mais j’avais trop mal pour suivre son énergie.
Tandis que je gémissais, « Historia » me détailla sans la moindre gêne et demanda :
« Alors, Père, qu’est-ce que tu vas faire en premier ? Un massage ? Une douche ? Ou les deux en même temps ? »
Qu’est-ce qu’elle voulait dire, les deux en même temps ? Même une vraie fille ne ferait pas une chose pareille. Historia finit enfin par réagir.
« Qu’est-ce que tu veux dire, les deux en même temps ?! »
« Ne t’inquiète pas, Historia ! Je le ferai dans ce corps ! »
« C’est encore pire ! Ne fais pas ça dans mon corps ! »
« Mm. Je n’ai pas le choix, alors ? Très bien. Puisque c’est ce que souhaite Historia, je me déguiserai en homme et je le ferai de façon décente. »
« Je n’ai jamais dit que c’était ce que je voulais ! Ce n’est même pas le sujet ! »
Exact. Historia avait mis le doigt sur le vrai problème.
« Ria a raison. Le plus important, c’est ce que je veux. »
« Peu importe ce que tu veux, non ! »
Quoi ? Non ?
Écoute, Historia. Je suis le Roi de l’Humanité, l’espèce dominante de ce monde. Il n’y a rien que je ne puisse faire à une bête. C’est toi qui décides arbitrairement de ce que les humains…
« Essaie seulement de dire que tu pourrais le faire… ! Je te passerai un savon s’il le faut ! »
Malgré tout, certaines choses m’étaient impossibles faute de capacités. On dirait que je venais d’en ajouter une à la liste.
« Ouf. Bon, d’accord. Je vais d’abord écouter Ria. »
« Et le massage, alors ? »
« Franchement, le massage n’est pas le plus important, si ? Si vous êtes venues ensemble après en avoir discuté, c’est que vous êtes là pour une affaire concernant Ria. À propos de devenir l’otage de l’État militaire… non, de prendre l’État militaire en otage. C’est bien ça ? »
« Vraiment, Père, il est impossible de te cacher quoi que ce soit. C’est ça. »
Évidemment. Je lisais dans ses pensées. Hilde commença à reprendre son apparence et haussa les épaules.
« Tant pis. Je te laisse l’honneur de toucher le corps de Père, Historia ! »
« Je ne ferai rien de ce genre. »
« Ce serait gênant que quelqu’un reste dans les parages pendant que tu dois le toucher partout, non ? Alors “je” vais vous laisser seuls ! »
Hilde s’éloigna en agitant la main au-dessus de sa tête. Elle avançait d’un pas léger.
Elle était de mon côté, mais Hilde était manifestement très attachée à l’État militaire. Elle restait tranquillement près de nous, tout en évitant subtilement de faire quoi que ce soit qui puisse lui nuire.
Son attitude était à l’opposé de celle de Yuel. Yuel essayait activement de nous éloigner, Tyr et moi, tandis que Hilde tentait de trouver des compromis avec souplesse. Si Yuel était un faucon, Hilde était une colombe… non, un coucou ? Elle s’insinuait au milieu de gens qui avaient été ennemis quelques instants plus tôt et s’y faisait une place.
Enfin, je le savais, mais je la laisserais quand même me duper. Moi aussi, je voulais que tout se termine en paix.
« Entre. »
La chambre d’Historia était particulièrement grande et luxueuse, même parmi celles de l’annexe. Enfin, le luxe à l’État militaire se résumait à un canapé un peu plus moelleux, un lit un peu plus large et une couverture un peu plus chaude. C’était censé être une chambre d’amis pour les dignitaires ?
À mes yeux, un canapé plus dur qu’un coussin de laine n’en était pas un. Je ne voulais pas confier mon corps endolori à cette chose ; je traînai donc les pieds jusqu’au lit et m’y laissai tomber.
Historia me demanda, inquiète :
« … Tu as très mal ? »
« Sans doute moins mal que toi, mais je supporte moins bien la douleur. »
« Allonge-toi sur le ventre. Je vais utiliser la technique de pression des points vitaux sur toi. »
La technique de pression des points vitaux consistait à guérir le corps en le frappant avec de l’énergie, non ? Elle savait que si ça tournait mal, l’énergie pouvait pénétrer dans le corps et le ravager de l’intérieur ? J’étais inquiet.
« Tu as appris cette technique, toi aussi ? »
« J’ai vu la cheffe du Bureau de la Sécurité publique la pratiquer. »
Non, si tu pouvais l’apprendre après l’avoir vue une seule fois, à quoi bon étudier ou apprendre des techniques ? Aussi géniale que tu sois, la technique de pression des points vitaux avait toute une histoire et une tradition derrière elle…
« Haaaa… Ça fait du bien. »
Ça marchait.
Les mains d’Historia parcouraient délicatement mes muscles. Elle diffusait une faible énergie dans mon corps, en percevait la résonance, puis se concentrait instinctivement sur les zones nouées. J’avais l’impression qu’elle caressait directement l’intérieur de mon corps.
C’était dommage qu’elle n’ait pas le pouvoir divin, mais si elle l’avait eu, je n’aurais probablement pas ressenti un tel plaisir. Le plaisir naissait lorsqu’on comblait un manque. Le pouvoir divin, qui « restaurait » les choses, ne procurait aucun plaisir.
« Hui. Numéro six. »
« Euh, d’accord. »
Le numéro six correspondait à la posture de frappe du genou… Mon corps bougea avant que j’aie le temps de réfléchir. Tandis que je relevais un genou, toujours allongé sur le ventre, des zones jusque-là épargnées furent stimulées. Je poussai un long gémissement.
À part quelques indications pour me faire bouger, elle poursuivit le massage en silence. Quand mon corps fut un peu détendu, Historia appuya fermement sur mon dos et prit la parole.
« … Moi. »
Nous y voilà. Je retins mes gémissements et me concentrai sur ses paroles.
« Je voulais te faire une place dans l’État militaire, pour que tu puisses y revenir quand tu le voudrais. »
On disait que ceux qui maîtrisaient l’Art du qi aquatique pouvaient contrôler parfaitement leur corps comme ils le souhaitaient… mais était-ce vraiment vrai ? La volonté aussi vacillait sous l’effet des émotions. Pouvait-on vraiment parler de « perfection » ?
Les mains et la voix d’Historia tremblaient sans qu’elle puisse les maîtriser.
« Ça ne concernait pas que toi. Il y avait aussi quelques enfants qui avaient survécu à Hamelin, dont Siati. Les élèves de l’académie militaire qui n’avaient pas participé à l’examen de fin d’études, mais qui recevaient malgré tout des regards compatissants à cause de l’incident de Hamelin. Tous ont souffert, à des degrés divers, à cause de cet incident. Je… voulais leur offrir un endroit où ils pourraient trouver leur place. Alors… j’ai fidèlement exécuté les ordres et je suis devenue l’un des Six Généraux. »
Parce qu’Historia était devenue l’un des Six Généraux, les élèves de l’Académie militaire de Hamelin ne pouvaient pas faire l’objet de discriminations.
Parce qu’Historia avait participé activement à toutes sortes de missions, la Résistance, dont Siati, avait survécu.
Parce qu’Historia avait laissé vacant le poste de son adjudant, une personne chanceuse qui avait attiré son attention pouvait obtenir, après avoir passé le strict minimum d’examens, un poste que beaucoup auraient envié…
Mais ce poste était resté vacant.
« … Tu as dit que tu étais le Roi de l’Humanité. Tu as dit que tu exauçais les souhaits. Mais… »
Elle me frappa le dos avec rancœur. Le coup atteignit davantage mon cœur que mon corps.
Historia s’était battue seule pour leur faire une place. Tout cela était devenu inutile après sa trahison de l’État militaire, mais cela ne justifiait pas de nier ses efforts.
Mais malgré tout.
Ton souhait, ce n’était pas de pourvoir le poste. C’était d’abord de créer une place.
« Ria. Tu voulais une amie qui soit ton égale, n’est-ce pas ? Quelqu’un avec qui tu pourrais partager ton cœur. »
Quelqu’un avec qui échanger d’égal à égal, au-delà de la force et de l’autorité.
Voilà quel était le souhait d’Historia.
« Pour partager ton cœur, tu dois d’abord en détacher une partie et l’offrir. Tu en étais capable. Tu avais la force et les aptitudes nécessaires. C’est simplement que les voix des autres ne t’atteignaient jamais, tout comme celles des enfants n’avaient jamais atteint l’État militaire. »
Je me contentais de poser le cœur d’une autre personne sur le mien. Je ne le partageais pas vraiment. C’était pour cela que je pouvais exaucer les souhaits, mais pas devenir l’objet de ces souhaits.
L’affection d’Historia pour moi était un raccourci rendu possible par la lecture des pensées. Pour qu’Historia partage vraiment son cœur, elle devait d’abord l’ouvrir elle-même.
« L’État militaire n’a pas beaucoup changé, même après Hamelin. Mais le cri que ces enfants ont poussé au péril de leur vie t’a changée, et c’est grâce à cela que l’État militaire a changé aujourd’hui. Leur souhait s’est réalisé… parce que tu as accueilli leur cœur et partagé le tien avec eux. »
« C’était difficile. »
« Pourtant, tu l’as fait. Tu n’es plus la louve solitaire que tu étais à Hamelin. On peut compter sur toi, te respecter et te voir tenir tes engagements. »
C’était pour cela qu’Historia devait créer une place. Seul un espace vide pouvait être rempli.
Historia s’en était rendu compte après avoir tant perdu.
Sa main se resserra autour de mon épaule, puis se détendit un instant plus tard. Baissant les yeux vers moi, Historia dit :
« … La cheffe du Bureau de la Sécurité publique a dit qu’il fallait qu’au moins l’un des Six Généraux au sein de l’État militaire connaisse le secret. »
« Sinon, il ne resterait personne pour le protéger. »
« Hui, qu’est-ce que je devrais faire ? »
« Fais ce que tu veux. »
« Mais toi, alors ? J’aurais beau créer autant de places que je veux, elles ne serviraient à rien si personne ne venait les occuper. Même si je reste ici pour protéger l’État militaire, tu n’y reviendras pas… »
« Ah, à ce propos. »
Je regardai autour de nous et, après avoir vérifié grâce à la lecture des pensées que personne ne nous espionnait, baissai la voix.
« Je suis le Roi de l’Humanité, tu sais ? »
« … Je n’arrive toujours pas à le croire et, même si c’était vrai, je ne sais pas ce que ça changerait. Et alors ? »
« Dans ce cas, pourquoi le Roi de l’Humanité est-il apparu dans l’État militaire ? »
« Pourquoi tu me demandes ça, toi qui te prétends Roi de l’Humanité ? »
« Évidemment, parce que je n’en sais rien non plus. Comme toi, je suis humain, alors je ne peux pas choisir le lieu où je nais. Quand j’ai été en âge de comprendre quoi que ce soit, je traînais déjà dans les ruelles de l’État militaire. »
Les Rois des Bêtes suivaient généralement le principe d’universalité. Ce n’était pas une règle absolue, mais elle s’avérait juste dans la plupart des cas. Le fait que je me trouve dans l’État militaire signifiait que, dans une certaine mesure, cet État pouvait être considéré comme représentatif de l’universalité de l’humanité.
… Le problème, c’était que j’ignorais pourquoi.
« Un Roi des Bêtes n’a rien de spécial. Surtout pas un Roi de l’Humanité qui a perdu ses pouvoirs. Puisque je suis né ici, je dois vivre dans l’État militaire. C’est pour ça que j’ai fréquenté l’école primaire des citoyens et le collège militaire. Si rien ne s’était passé, j’aurais peut-être suivi tout le cursus de l’Académie militaire supérieure et découvert peu à peu les secrets de l’État militaire par les voies ordinaires. »
Mais je n’étais finalement pas entré à l’Académie militaire supérieure. Y accéder aurait été un événement extraordinaire. C’était facile à dire après coup, mais les souhaits des humains suivaient ce genre d’universalité.
J’essayais donc de m’y prendre un peu autrement.
« Ensuite, j’ai rencontré Shei et appris quelque chose. »
« Le Roi du… Péché ? »
« Oui. Je dois vérifier ça. Je ne sais pas comment ça se terminera, moi non plus. Peut-être que je m’en sortirai et que ça suffira, ou peut-être que même ça ne suffira pas. »
Je n’en savais vraiment rien. À partir de là, tout était territoire inconnu, alors je ne pouvais pas agir à la légère. Cela dit, je n’étais pas du genre à énumérer toutes les possibilités comme un prophète et à avancer avec prudence.
« Mais une chose est sûre. Quand tout sera terminé, je retournerai dans l’État militaire. »
C’était la vérité. Si l’on me laissait mener une vie ordinaire, je resterais dans l’État militaire et chercherais lentement à en découvrir les secrets. Comme avant d’entrer dans l’Abîme.
Historia retourna mes paroles dans son esprit à plusieurs reprises. Puis elle dit :
« On dirait un mensonge. »
Sérieusement ? Je lui disais la vérité par affection, et ça ressemblait à un mensonge ?
« Je ne peux pas te faire confiance. Ni l’État militaire, ni moi. Tu nous as abandonnés si facilement. Rien ne peut devenir ton otage… »
Évidemment. J’étais le Roi de l’Humanité. À moins que quelqu’un ne prenne tous les humains en otage, les choses ne pouvaient que rester ainsi.
Mais je tenais mes promesses.
« Tiens, Ria. Merci pour le massage. Ah, c’est vrai. La dernière fois qu’on est descendus au sous-sol du quartier général des transmissions, j’avais dit que je te rendrais la pareille en remontant, non ? Je ne peux pas exactement appeler ça un remerciement, mais enfin… »
Je lui tendis la main. Historia la prit pour m’aider à me relever. Un geste tout à fait ordinaire, comme deux amis auraient pu en faire.
J’y ajoutai une petite chose.
« Numéro huit. »
Le mouvement qui inversait nos positions. Historia réagit par réflexe. En un instant, nous échangeâmes nos places. J’aurais beau lutter et user de ma force, Historia ne tomberait jamais, mais un seul mot murmuré suffit à la faire basculer sur le lit.
Je baissai les yeux vers Historia et retroussai mes manches.
« Toi aussi, tu as mal aux muscles, non ? Ça doit être au moins aussi douloureux que pour moi, voire pire. »
« Euh… »
« C’est pour te rendre la pareille. Je vais te masser. »
« Hui, tu… la technique de pression des points vitaux… »
« Je l’ai apprise. À l’instant. »
J’en étais incapable. Mais Historia, elle, en était capable. Dans ce cas, moi aussi, puisque je lisais ses pensées.
La technique de pression des points vitaux reposait beaucoup sur les sensations, mais ce n’était pas un problème. Je pouvais lire les sensations d’Historia.
« Numéro zéro. »
Ce qui était gravé avant de durcir restait le plus longtemps. Suivant l’instruction que nous avions convenue à l’avance, à l’époque où elle était encore maladroite, Historia expira profondément et se détendit.
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