Chapitre 312
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 312 : Vous avez bien travaillé, reposez-vous maintenant
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On avait beau nous dire qu’on nous traiterait comme des généraux, je ne pouvais pas me détendre au quartier général du commandement du cercle intérieur, où les véritables généraux étaient partout. Si je me relâchais vraiment en faisant comme si j’étais leur égal, je risquais de me faire tirer dessus. En situation de crise, il fallait savoir quand baisser la tête.
Surtout quand c’était nous qui avions provoqué la crise.
Nous quittâmes donc le quartier général du commandement du cercle intérieur pour nous rendre dans un hôtel des environs. C’était un établissement spécial destiné aux étrangers qui avaient affaire au quartier général sans être soldats.
L’adjudant-chef Elpasa, le plus haut gradé du service administratif et du ravitaillement de l’établissement, adressa un salut d’une ampleur démesurée à Historia.
« C-c-c’est un honneur ! Générale de division Historia et quatre autres personnes, confirmées ! L’ordre a été donné de vous traiter comme des généraux ! En conséquence, l’adjudant-chef Elpasa, du corps administratif et du ravitaillement de l’État militaire, se tiendra à votre service ! »
« Ouah… C’est vraiment l’une des Six Généraux ! C’est vraiment la générale de division Historia ! Je croyais que je ne verrais jamais son visage, puisque les étrangers ne séjournent pas dans cet hôtel ! Les rêves finissent vraiment par se réaliser ! »
L’adjudant-chef Elpasa avait l’air d’un dévot accueillant une divinité. Tyr se pencha vers moi et me chuchota à l’oreille :
« On dirait que cette humaine n’a pas appris que la générale a trahi l’État militaire pour un homme. »
« Eh bien, l’État militaire ne va pas expliquer les circonstances à quelqu’un d’aussi bas placé dans la hiérarchie. »
« N’ont-ils pas dit qu’ils avaient reçu une transmission ? »
« Il existe plusieurs types de transmissions dans l’État militaire. Les établissements de niveau deux ou inférieur, comme celui-ci, ne disposent que de golems de communication pour les urgences ; la plupart des ordres sont transmis par des émetteurs. »
« Des émetteurs ? »
« Oui. Tu vois celui-là, là-bas ? »
À l’endroit que je désignais se dressait une gigantesque statue de golem couverte de cercles magiques complexes. Un sous-officier était assis à côté, à un bureau, si ébloui par la présence d’Historia qu’il n’arrivait même pas à se lever.
« Cette immense statue est un émetteur. C’est une installation qui ne renforce qu’une partie des fonctions d’un golem de communication. Elle relaie les ordres d’un officier des transmissions, les amplifie et les envoie à d’autres émetteurs. On peut transmettre des voix par son intermédiaire sans qu’un officier des transmissions s’y connecte directement. »
À cet instant, la bouche du golem remua. Le sous-officier, qui avait tendu le cou pour regarder Historia, saisit précipitamment une plume et se mit à noter mot pour mot l’ordre transmis.
En voyant cela, Tyr grogna comme si quelque chose venait de lui revenir en mémoire.
« Hum. »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Rien. Cela me déplaît, c’est tout. N’y prête pas attention. »
« Tu piques ma curiosité, puis tu me dis de ne pas y prêter attention. Arrête de tâter le terrain et dis-le franchement. Je peux répondre à presque tout. »
J’avais déjà lu ses pensées ; ne pas répondre aurait donc été étrange.
Tyr fronça les sourcils.
« … Ça me rappelle le Mur blanc du temple. »
« Tu veux dire la Grande Muraille de Rakion ? »
Au quartier général du Sanctuaire se dressait un mur si vaste qu’on aurait pu le comparer aux remparts d’une forteresse.
La Grande Muraille de Rakion.
Un mur pur et noble, blanc comme la neige fraîchement tombée, dont on disait qu’il transmettait la volonté divine.
Tyr grimaça, comme si le simple fait d’en entendre parler la répugnait.
« Pourrais-tu, si possible, ajouter quelque chose de désagréable avant ce nom quand tu le prononces devant moi ? »
« Ah, pardon. Tu veux dire ce mur atrocement blanc, si éblouissant qu’il pourrait rendre fou rien qu’en le regardant ? »
Si la Grande Muraille de Rakion était entretenue sans la moindre imperfection, ce n’était pas sans raison.
Le papier devait être blanc. Sinon, l’écriture noire ne se verrait pas clairement.
Si quelqu’un écrivait sur la Grande Muraille à l’encre, ces mots apparaissaient simultanément sur le mur blanc de tous les temples du monde.
La forme et le matériau n’avaient aucune importance. Si l’endroit était un temple et qu’un côté du mur était blanc, les mots écrits sur la Grande Muraille y apparaissaient tels quels. Quelle que soit la distance ou l’isolement du lieu, ils s’affichaient partout de la même manière.
C’était un pouvoir divin fondé sur la légende selon laquelle la Première Sainte Vierge avait autrefois écrit dans le ciel. C’était aussi pour cela que les souverains avaient hésité à détruire les temples, malgré les innombrables périodes de chaos.
Ça n’avait pourtant protégé personne des vampires.
« Bien. Quoi qu’il en soit, c’est ce que je voulais dire. La scène, avec un scribe qui attend devant, ressemble beaucoup au Mur blanc. »
« Eh bien, je suppose que oui. »
L’État militaire était un pays où la Sainte Vierge, qui avait tout vu du monde, avait rassemblé toutes les « bonnes choses » du monde pour les assembler en un tout.
Tyr interpréta mes paroles un peu différemment et hocha la tête.
« C’est vrai. Quand des choses ont des fonctions semblables, elles sont utilisées de la même manière. »
Historia termina les formalités d’enregistrement pendant notre conversation. L’adjudant-chef Elpasa lui remit plusieurs clés et des paquets de vêtements, puis salua, les larmes aux yeux.
« B-bien compris. Nous vous réservons toute l’annexe. Nous éviterons de vous déranger autant que possible ; reposez-vous à votre aise. Si vous souhaitez un repas, nous le préparerons immédiatement. »
« … Bon travail. »
« Non, madame ! C’est un honneur de servir une héroïne telle que vous ! »
Historia, qui avait l’air un peu fatiguée, ramassa les bagages et nous fit signe de la suivre. Nous quittâmes le bâtiment principal pour gagner l’annexe.
L’annexe avait déjà été préparée avec tant de soin que nous aurions pu nous allonger sans attendre. L’État militaire savait vraiment se montrer à la hauteur de sa réputation.
« Hum. Je ne vois aucun golem caché. Bien. L’endroit est sûr. »
La régresseuse balaya le bâtiment de son regard vert et hocha la tête.
« Bon, pour la suite du programme… »
« Quel programme ? »
Quelle vie bien remplie. Quel programme ?
Je gagnai la pièce du fond, y passai la moitié du corps et fis signe aux autres.
« On a bien travaillé, alors reposons-nous d’abord. Bonne nuit, tout le monde. »
« Dormir ? Il fait jour. »
« Le jour, la nuit… Ne t’attarde pas sur des détails aussi insignifiants. Quand on est fatigué, on dort. Ne te plie pas au monde : plie le monde à ton corps. Deviens le roi de toi-même ! »
« Qu’est-ce que c’est que… »
« Hum, hum. Voilà des paroles parfaitement justes. Pourquoi le corps devrait-il être soumis à quelque chose d’aussi insignifiant que le soleil ? »
La régresseuse me regarda, abasourdie, mais Tyr hocha la tête à côté d’elle, ce qui la laissa sans voix un instant.
« Attends ! On a le temps de dormir ? Il reste encore des choses à décider… »
Hé hé, régresseuse. Le repos n’était pas une activité à inscrire au programme. On se contentait de suivre les indications de son corps.
Ah, j’étais à bout. Mon corps ordinaire avait tenu bon pendant un sacré moment.
Alors que la voix de la régresseuse semblait s’éloigner, je m’affalai, la tête la première, à l’entrée et m’endormis.
Quand j’ouvris les yeux, le monde était plongé dans le noir complet.
Faisait-il trop sombre pour voir parce qu’il faisait nuit ? Non, nous étions dans l’État militaire. C’était un pays de fous où la nuit et l’obscurité n’excusaient jamais qu’on arrête de travailler. Les lampes à mana restaient toujours allumées dans les rues ; à moins que les rideaux ne soient soigneusement tirés, assez de lumière aurait dû filtrer pour dessiner les contours des objets.
Pourtant, je ne voyais même pas ma propre main.
Serait-ce l’au-delà… ? Gardons ce genre de remarque stupide pour plaisanter. Ce monde impitoyable ne ferait jamais de place à une pauvre bête morte.
Alors, qu’était cette obscurité qui m’enveloppait ?
Ce n’était pas difficile à deviner. Cette texture qui dissimulait jusqu’à ma propre main. Une obscurité pareille à de la cendre noire…
C’était l’obscurité de Tyrkanzyaka, la Progenitrice.
Il était donc facile de s’en dégager. Je me redressai d’un bond et m’écriai :
« La réponse, c’est que Tyr m’a recouvert d’obscurité ! »
Enfin, je le savais déjà grâce aux pensées que j’entendais à côté de moi.
Une fois debout, je vis le ciel lumineux par la fenêtre. Le temps était clair, pourtant la pièce restait sombre. La responsable se trouvait juste à côté de moi.
Quand je tournai la tête, Tyr était assise sur un cercueil et me contemplait en silence. Elle m’adressa un sourire doux et inclina légèrement son ombrelle.
« Hyu. Tu es réveillé. »
« À en juger par la luminosité dehors, je suppose que je n’ai pas dormi très longtemps. »
« Bien sûr que non. Tu as dormi un jour entier. »
« Ah, oui. Un jour seulement… Attends, toute une journée ? »
Du point de vue d’une vampire, même une journée devait passer pour un court instant. Hum. Ma fatigue s’était-elle vraiment accumulée à ce point ? Mon corps était étrangement raide.
Je joignis les mains et les étirai au-dessus de ma tête…
« Aaaah ! Mes bras ! Mes muscles ! »
« Q-qu’y a-t-il, Hyu ? »
Je ne m’en étais pas rendu compte parce que mes muscles s’étaient raidis pendant mon sommeil, mais dès que je bougeai, une douleur atroce se répandit dans tout mon corps.
J’étais le Roi de l’Humanité, mais certains événements m’avaient fait perdre mes forces. Ce corps était d’une banalité affligeante. Pourtant, la veille, j’avais passé la journée à marcher grâce aux drogues et à la lecture des pensées, à monter et descendre des échelles, à courir entre les engrenages et même à me battre.
Mon corps épuisé déclara une grève spectaculaire contre mon cerveau.
Je gémis et criai :
« V-vite, des drogues ! S’il n’y en a pas, appelez-moi un médecin ! »
« Ne devrais-tu pas inverser l’ordre ? Très bien, je vais appeler un médecin… »
« Attends un instant. Même si c’était il y a plus de mille ans, j’ai exercé la médecine… d’une certaine façon. »
« Hum, Hyu. Je connais une technique qui dissout le sang coagulé. »
« Désolé, mais si tu comptes introduire du sang dans mon corps pour lui faire je ne sais quoi, je refuse. Ne fais pas ça, à moins que je sois sur le point de mourir. »
« Comme tu es froid… »
Bien sûr que ça me répugnait. Elle venait de dire qu’elle comptait me pétrir directement les vaisseaux sanguins. J’avais beau vivre avec insouciance, je n’allais pas rallonger mes jours en me faisant injecter le sang de quelqu’un d’autre.
Peut-être que ça ne m’aurait pas dérangé si c’était devenu normal pour tout le monde, mais c’était impossible.
À quel point le monde devrait-il être sens dessus dessous pour que ça arrive ?
« Urgh. Il n’y a vraiment personne pour soigner ces courbatures… ? Je devrais demander des herbes de mana à Shei. »
Justement, la régresseuse était assise dans un coin, le dos contre le mur, et somnolait. Je forçai mon corps raidi à se mettre en mouvement et m’approchai d’elle.
« Excuse-moi, Shei. Tu somnoles en plein jour ? Arrête de dormir et donne-moi un médicament efficace… »
Juste avant que ma main ne touche le corps de la régresseuse,
une lame invisible fila vers mon cou.
Un souffle tranchant me frôla la gorge, puis se dissipa. Le frisson qui me parcourut me cloua sur place. Si j’avançais ne serait-ce qu’un peu, mon cou serait tranché d’autant.
… Attends. Qu’est-ce que c’était ? Je n’avais rien lu du tout.
Non, surtout !
Elle dormait encore !
Je savais que la régresseuse pouvait se déplacer plus vite qu’on ne l’aurait cru grâce à la Frontière d’inversion céleste. Mais, à l’époque, elle avait été consciente d’utiliser son qi.
Là, elle dormait profondément.
« … Bâille. Quoi ? Pourquoi ? »
Elle avait réagi même en dormant ? Qu’avait-elle bien pu graver dans son corps ?
Je levai légèrement le menton et pris la parole.
« Tu pourrais d’abord ranger ça ? »
« Hein ? Ah. Hum. »
La régresseuse bâilla paresseusement et rappela Chanteciel. Après un autre petit bâillement, elle déclara d’un ton sec :
« La prochaine fois, évite de me toucher sans précaution quand je dors. Pour le moment, je suis relativement en sécurité, alors ça s’est arrêté à ton cou. Mais si je suis gravement blessée ou épuisée mentalement, je risque de te trancher la gorge sans m’en rendre compte. »
« Qui aurait cru qu’on se ferait attaquer en réveillant quelqu’un qui dormait profondément en plein jour ? Tu ne crois pas que tu exagères un peu pour quelqu’un qui se réveille de mauvaise humeur ? »
« Hmph. Écoute-toi parler. Toi aussi, tu as dormi toute la journée, hier. »
« J’avais bien mérité ce repos. Avec Ria, j’ai éliminé Maximilien. »
« Moi aussi, je pourrais éliminer quelqu’un comme Maximilien ! Pour une broutille pareille ! »
« C’est ça. Tu as eu de la chance de l’éliminer. Avant d’avoir l’Épée terrestre Jizan, je parvenais à peine à vaincre Maximilien, et seulement quand je le surprenais séparé de ce machin métallique… Même avec l’Intention totale de l’épée-fusil, la Tireuse aurait eu du mal. »
Ses pensées étaient secrètement bienveillantes. Pourquoi ne pas essayer de faire l’inverse ?
« Bref, tu n’aurais pas un médicament ? De préférence un truc qui me ferait oublier la douleur. »
« Je te l’ai dit, je ne prends pas de drogues. Quand on commence à en prendre, on a envie de continuer à s’y fier. »
« Et alors ? C’est si mal de se fier à quelque chose ? »
« Ça me déplaît d’être liée à quoi que ce soit. »
La seule raison pour laquelle elle évitait les drogues, c’était qu’elle n’aimait pas en dépendre. Tout à fait digne d’une régresseuse.
Elle était étrange. Ses pensées n’avaient rien de particulièrement profond et elle ne se tourmentait pas avec des questions existentielles compliquées. Même sauver le monde relevait davantage de l’instinct de survie que du sens du devoir.
Pour les herbes de mana, c’était pareil. Il était normal qu’elle n’aime pas contrôler son corps à l’aide de substances extérieures.
Peut-être était-elle la personne la plus humaine ici.
« C’est vrai. Tu as dit que tu étais une enfant qui n’avait pas encore assez goûté à l’amertume du monde. »
« N’importe quoi ! J’ai vécu plusieurs fois plus de choses que toi ! »
« Environ treize fois plus ! »
« Et, pour mon qi, la Frontière d’inversion céleste, je dois toujours garder les sens en éveil ! Si je prenais des drogues, je perdrais d’autant plus en vigilance ! »
En vérité, mieux valait ne pas en prendre du tout. J’étais un cas à part : la lecture des pensées m’épargnait presque tous les effets secondaires…
Mais je devenais quand même idiot quand il n’y avait personne autour dont les pensées fussent normales.
« Aïe… Je dois juste supporter cette douleur ? »
« Il ne faut pas, Père ! »
La porte s’ouvrit à la volée, et Historia et « Historia » apparurent.
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