Chapitre 310
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Traducteur : Hydrogen B
Éditrice : Hydrogen B
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Chapitre 310 : Qui est l’otage ?
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Jusqu’à présent, la régresseuse avait négocié. Aussi mécontente fût-elle, elle n’avait pas tenté de recourir à la force et avait poursuivi la conversation.
Mais à présent, les choses étaient différentes.
Elle avait l’air assez féroce pour dégainer son épée à tout moment. Ce n’était pas cette intention meurtrière acérée qu’on dirigeait contre un ennemi, mais l’entêtement violent d’un enfant piquant une crise jusqu’à obtenir ce qu’il voulait.
La seule différence, c’était qu’elle possédait une puissance digne d’un Dieu démoniaque.
« Je vous l’ai dit, non ? Je n’aime pas les otages, quels qu’ils soient. »
« Oh là là… »
Hilde esquissa un sourire gêné, mais le visage de la régresseuse s’assombrit davantage.
Jusqu’ici, elle n’avait employé sa force que dans la mesure nécessaire à ses objectifs. Mais si elle décidait vraiment de se déchaîner, elle détruirait un pays entier, même si cela devait lui prendre du temps.
Et ce serait encore plus facile s’il s’agissait de l’État militaire, qu’elle avait détruit à plusieurs reprises au cours de ses précédentes régressions.
La régresseuse posa la main sur la garde de Chanteciel et gronda :
« Vous croyez que j’ai fait tout ce chemin pour me laisser manipuler pendant qu’on prend des otages ? Rendez-les-moi. Maintenant. »
Une pression terrifiante émana de la régresseuse et s’abattit droit sur Hilde.
Bien sûr, Hilde était assise sur mes genoux ; je la subis donc de plein fouet, moi aussi.
Hilde prit un air préoccupé et me demanda : « Hum. C’est problématique. Je ne crois pas qu’on devrait le menacer en mettant en danger les otages. Père, vous ne pourriez pas faire quelque chose ? »
Non, qu’est-ce que je pouvais bien faire parce qu’elle me le demandait ? Mes mains tremblaient aussi.
« Hughes. »
Bon sang. Ça y était.
Je répondis d’une voix plutôt timide : « Ah, oui ? »
« Je te considère comme un camarade. Si tu étais pris en otage ou quoi que ce soit de ce genre, je le prendrais très mal. »
Tu venais justement de proposer de me livrer en otage !
… Bien sûr, elle ne l’avait probablement pas pensé.
La régresseuse était très dévouée à ceux qu’elle acceptait comme compagnons. C’était déjà le cas quand Nevida avait tenté de m’emmener. Même en sachant qu’elle ne pourrait jamais l’emporter, la régresseuse s’était quand même jetée dans la mêlée.
Elle aurait pu mourir si les choses avaient mal tourné, mais elle ne regrettait pas sa décision.
Et cette fois, c’était pareil.
« Tu n’aurais pas proposé toi-même de prendre ton ami et la princesse en otages. Mais si c’était la seule façon de négocier… Même si la princesse ne risquait rien, si tu acceptais… »
Je sentis chez la régresseuse une légère déception.
Elle était minime, mais cette petite différence aurait des conséquences énormes sur mon sort.
Pas seulement dans cette vie, mais aussi dans la suivante.
« Je l’admets. Hughes est une chance inouïe. Les choses ne se sont jamais aussi bien passées au cours de mes vies. C’est sûrement grâce à Hughes. Mais… je ne sais toujours pas. Puis-je vraiment lui faire confiance ? »
Compétent ou incompétent ? J’étais sans conteste du côté des gens compétents.
Pourtant, ça n’avait pas tellement d’importance aux yeux de la régresseuse.
« Hughes. Réponds-moi. Où sont-ils ? »
« Euh… Ils ne devraient pas tarder… »
À peine eus-je fini de parler que la porte s’ouvrit à la volée.
Tyr apparut, un parasol sur une épaule et un golem sur l’autre. Elle promena son regard dans la pièce, puis m’aperçut.
« Hyu ! »
Tyr me sourit joyeusement et s’avança droit vers moi. Ses pas étaient puissants, mais sa foulée courte ; il lui fallut donc un bon moment pour m’atteindre.
Après Historia, elle était la compagne qui m’aimait le plus et l’alliée la plus fiable que je pouvais avoir à mes côtés.
Tyrkanzyaka, la Progenitrice des vampires.
Quel dommage. Si la Sainte Vierge n’avait pas été la puissance cachée derrière l’État militaire, Tyr m’aurait été d’une aide considérable. Je ne pouvais pas l’emmener avec moi, car sa présence n’aurait entraîné que destruction et carnage.
Je saluai Tyr chaleureusement.
« Ça fait un moment, on dirait. Désolé d’être parti sans rien dire. J’avais quelque chose à faire… »
Tyr désigna d’un petit geste l’épaule qui portait le golem.
« J’ai appris ce qui s’était passé par cette poupée. Elle m’a dit que tu étais parti négocier seul. Je comprends tes intentions, mais comment as-tu pu partir sans même me prévenir ? Tu ne pensais pas que je m’inquiéterais ? Mais… pourquoi es-tu assis comme ça ? »
Tyr, qui s’était approchée de moi avec entrain, pencha la tête en voyant la régresseuse nous faire face. Elle avait compris que quelque chose clochait dans son expression.
Toutefois, Tyr avait de quoi régler le problème.
Ou, plus exactement, la chose posée sur son épaule en avait les moyens.
J’interpellai le golem.
« AB. »
Elle devait être très occupée, car le golem mit un moment à répondre.
[Ici le capitaine AB, de l’État militaire. Monsieur, les négociations se sont-elles bien déroulées ?]
« Pas encore. AB, Shei s’inquiète pour la sécurité de sa chère princesse. »
[Sa chère princesse… ? Parlez-vous de Yerien Grandiomor ?]
« Oui. Elle se demande si la princesse est en sécurité. Pourrais-tu la mettre en communication ? »
Le golem pencha la tête, puis s’adressa à quelqu’un tout en maintenant la communication.
[Yerien Grandiomor. Quelqu’un vous cherche. Affirmatif. Shei s’inquiète pour votre sécurité… Attendez. Crier à l’oreille de ce bureau ne transmettra rien par le golem. La synchronisation ne fonctionne pas ainsi. Arrêtez. Ne bougez plus ! Même si vous parlez les lèvres collées aux miennes, ça ne transmettra rien non plus ! Ce n’est pas ainsi qu’il est conçu et, même si cela fonctionnait, ce bureau refuserait de toutes ses forces !]
Je ne pouvais pas lire dans les pensées, mais je devinais à peu près ce qui se passait.
Était-ce vraiment une conversation entre la dirigeante de l’État militaire et la princesse d’une nation déchue ? Quelle dignité, quelle distinction. L’avenir de l’État militaire s’annonçait radieux.
Assez radieux pour faire pleurer n’importe quel soldat qui en serait témoin.
Après cette conversation dépourvue de dignité et de tout danger apparent, le golem parvint à une conclusion spectaculaire.
[Affirmatif. Compte tenu du fonctionnement de la synchronisation, votre voix devrait être transmise si vous restez en contact aussi étroit que possible avec ce bureau. Peut-être… qu’une étreinte par derrière pourrait fonctionner…]
La voix hésitante d’AB se fit plus discrète, et celle de la princesse commença peu à peu à filtrer entre ses mots. Elle était étouffée, comme si la princesse parlait dans le dos de quelqu’un, mais assez claire pour qu’on la reconnaisse.
[Seigneur Shei ? J’ai entendu dire que vous me cherchiez. Euh… Je suis désolée de vous avoir inquiétée, mais je suis aussi heureuse que vous soyez venue me chercher… Hé hé hé…]
Sa voix innocente suffit à dissiper toute la tension. Elle avait l’air non seulement en sécurité, mais aussi à l’aise.
Elle était sans doute très différente de la princesse dont la régresseuse gardait le souvenir.
« Attendez. Qu’est-ce que c’est que ça ? Je croyais qu’elle était prise en otage ! »
Complètement décontenancée, la régresseuse me jeta un coup d’œil avant de s’adresser de nouveau au golem.
« … Tu es en sécurité ? »
[Oui ! Est-ce que vous allez bien, seigneur Shei ? Je ne vous vois pas.]
« Je vais bien. Tu es avec l’officière des transmissions ? Que s’est-il passé ? »
[Ah, moi ? Au départ, j’étais restée en suivant les conseils de Siati, mais j’ai changé d’avis. J’aimerais rester ici un peu plus longtemps et veiller sur AB et Yuel.]
« AB… Tu veux dire l’officière des transmissions ? »
[Oui ! Cet endroit est étroit et étouffant, mais il y a beaucoup de monde ici, ainsi qu’une foule de « fenêtres ». Je peux observer l’État militaire avec une perspective plus large et plus objective que n’importe qui d’autre. En restant ici, je pourrais trouver une piste pour améliorer l’État militaire. Si je reste avec AB… Ah, pardon, AB…]
Elle esquissa un léger mouvement, comme pour demander la permission. La voix de la princesse s’estompa peu à peu, et celle d’AB retentit de nouveau à travers le golem.
[Ce sera tout. Ce bureau ne possède qu’un seul corps physique et, lorsque Yerien Grandiomor reste en contact étroit avec lui, cela perturbe considérablement le fonctionnement des autres golems. De nombreuses affaires doivent actuellement passer en priorité ; son message s’arrête donc ici.]
Le golem reprit la parole d’une voix claire et enjouée. Je lui fis signe de la main.
« Tu as bien travaillé, AB. »
[Comparé aux tâches confiées à ce bureau, ce n’est rien. Monsieur, quittez-vous l’État militaire ?]
« Oui. Une fois notre conversation terminée, je pense que nous partirons directement pour les Petits États. »
[Vraiment…]
Les membres du golem retombèrent. Elle semblait s’être déconnectée un instant.
Un peu plus tard, le golem releva soudain la tête et reprit la parole.
[Ce bureau a achevé les formalités administratives. Vous bénéficierez des égards dus à un général dans tous les services administratifs de l’État militaire.]
« Youpi ! Merci, AB ! »
[Négatif. Ce n’est rien. Ce bureau ne peut pas faire davantage… Au moins, il peut faire cela.]
« Pas davantage ? Les égards dus à un général, c’est le meilleur traitement qu’on puisse recevoir dans l’État militaire. Quand est-ce que je pourrais encore en bénéficier dans ma vie ? »
[Si cela vous a aidé, alors moi aussi… Hé hé.]
Le golem baissa la tête et tressaillit légèrement. C’était un rire humain qu’elle exprimait rarement, même sous forme humaine.
Pourtant, cette joyeuse hilarité ne dura pas.
[… Officière des transmissions IK. Je vous reçois. Affirmatif. Ce bureau s’en charge. Quittez immédiatement cet endroit. Terminé.]
Elle semblait communiquer avec plusieurs endroits tout en maintenant cette liaison. À quel point était-elle occupée ?
Dès la fin du rapport, le golem reprit rapidement la parole.
[Le temps accordé à ce bureau est écoulé, monsieur. Ce bureau va prendre congé.]
« Tu as du travail. Prends soin de toi, AB. »
[Cependant, tant que vous resterez dans l’État militaire, ce bureau veillera sur vous pour toujours.]
« Euh, je dois te remercier ? C’est un peu effrayant, non ? Je ne crois même pas aux dieux, parce que j’ai peur que l’un d’eux me surveille. Quelqu’un qui épierait en secret le moindre de mes faits et gestes, c’est un peu glauque, non ? »
[Négatif. Ce bureau affirme qu’il se distingue des dieux sur le point le plus important : ce bureau vous surveille ouvertement. Assez ouvertement pour vous le déclarer.]
Bon, il y avait une différence. Les dieux ne me demandaient pas la permission avant de veiller sur moi.
Je n’étais pas certain que ce soit une différence si importante.
Quoi qu’il en soit, après avoir annoncé avec assurance qu’elle me suivrait à la trace, le golem s’inclina.
[… Ce bureau attend avec impatience le jour de nos retrouvailles. Adieu.]
Clic.
La communication du golem fut coupée. Après avoir savouré cet échange, Hilde et moi nous tournâmes vers la régresseuse.
La régresseuse avait du mal à assimiler la situation.
« Attendez. Quoi ? Je croyais qu’elle était prise en otage. Pourquoi est-elle avec l’officière des transmissions ? Et surtout, les officières des transmissions, ce n’étaient pas ces poupées qui avaient à peine l’air humaines ? Pourquoi celle-ci est-elle aussi proche de lui ? »
Je n’avais pas dit que je me vengerais ?
Le moment était venu.
Imitant la régresseuse, je lançai : « Je n’aime pas les otages, quels qu’ils soient. Waouh. Quelle phrase historique, Shei. Tu avais vraiment la classe, à l’instant. »
« Urgh ! »
Hilde, qui guettait le bon moment, ajouta : « Quand tu m’as lancé ce regard et que tu as dit : “Rendez-les-moi. Maintenant”, j’ai cru que mon cœur allait tomber par terre. Père, vous entendez comme mon cœur bat ? Que vais-je faire de ces palpitations… Je n’arrive pas du tout à me calmer. »
« Heureusement que la princesse n’est pas là. Hilde est déjà dans cet état ; si la princesse t’avait entendue de vive voix, elle se serait peut-être évanouie sur place. Réussir à conquérir une princesse que tu ne peux absolument pas attaquer… C’est bien toi, Shei. »
« T-taisez-vous ! »
« Quel talent diabolique pour faire battre le cœur des femmes. Même si ce n’est probablement pas le talent que tu espérais. »
« Non, Hilde. Pour être honnête, mon cœur s’est emballé un peu aussi. »
« Non ! Je ne peux pas laisser un homme me prendre Père ! »
« Je vous ai dit d’arrêter, tous les deux ! »
Ha ha. Ce serait dommage d’en rester là. Tyr était arrivée, elle aussi ; je devrais lui faire dire quelque chose.
Au fait, pourquoi Tyr restait-elle immobile, la main sur la bouche ? Quelque chose l’avait surprise ?
« Pè… Père… ? Hyu a déjà un enfant aussi grand… ? »
… C’était surprenant.
Moi-même, j’avais été pris de court, tant c’était soudain. Il fallait dissiper ce malentendu au plus vite.
La régresseuse profita de l’accalmie après mes attaques.
« Plus important encore, qu’est-ce que c’est que cette officière des transmissions ? C’est celle qui se trouvait dans l’Abîme ! Pourquoi te parle-t-elle comme si elle était proche de toi ? »
Que pouvais-je répondre ? Je n’étais pas du genre à juger les autres à la légère, mais parlait-elle de détruire l’État militaire sans même connaître les officières des transmissions ?
Je levai un doigt et l’agitai sous les yeux de la régresseuse.
« Shei. S’il n’y avait qu’un seul menteur au monde, il ne serait pas différent d’un dieu. Peu importe l’absurdité de ses paroles, elles finiraient toutes par devenir vraies. »
« C’est toi, ce menteur ? »
« Non, pas moi. AB. Je lui ai appris à mentir. Autrement dit, AB est le dieu des officières des transmissions de l’État militaire. Je ne sais pas combien de temps ça durera, par contre ! »
Hilde reprit là où je m’étais arrêté.
« Bref, remercie Père d’avoir noué de solides liens au quartier général. Les otages ne sont qu’un prétexte pour la forme. En réalité, chacun est simplement allé là où il devait aller. »
« Ugh… »
« Au fait, l’otage que l’État militaire enverra, c’est “moi” ! J’ai le pouvoir de prendre des décisions de façon autonome, je connais tous les secrets d’État de l’État militaire et je suis la seule personne compétente pour mener des négociations au niveau opérationnel, si nécessaire ! »
« D’accord. J’ai compris. C’est tout ce qu’il y a à savoir sur cette histoire d’otages ? »
« Non ! Il y a étonnamment un autre otage. Un vrai ! »
Hilde sourit de toutes ses dents et désigna Historia.
« Historia doit rester ici ! »
Notes :
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