Chapitre 309
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 309 : Qui est l’otage ?
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Ses vêtements flottaient autour de son corps rabougri. Ses cheveux violets ruisselaient sur ses épaules nues. Agrippée à ses manches pendantes, Hilde rampa lentement sur la table ronde.
La Régresseuse maugréa en voyant la transformation de Hilde.
« On aurait dû montrer ça à ces vieux croûtons… »
« Je les ai fait sortir parce que je ne voulais pas qu’ils voient ça ! Comment j’aurais pu jouer Zikhrund, sinon ? »
L’art du déguisement agissait directement sur le corps. Son Art du qi aquatique avait dépassé le stade de la maîtrise et frôlait presque les principes mêmes qui le régissaient, mais cela n’en rendait pas l’effort mental moins épuisant. Hilde poussa un soupir las et s’affala sur la table.
Allongée comme si elle était chez elle, elle balança les jambes et déclara :
« Bref, tu as compris, pas vrai ? On va échanger des otages. »
« Des otages ? »
« Oui, des otages. Un formidable moyen de pression, riche d’une longue et illustre histoire ! »
Hilde l’annonça d’un ton joyeux, mais la Régresseuse n’était pas du même avis. Son expression, déjà crispée, se durcit encore.
« Tu ferais mieux de bien m’expliquer. Je n’aime pas beaucoup les otages. »
« Pourquoi ? »
« Comment ça, pourquoi ? »
« Chaque fois que j’essayais de faire quelque chose, ils traînaient des gens qui n’avaient rien à voir avec moi et les traitaient en otages, juste pour me faire culpabiliser. Bon sang. Rien que d’y penser, ça m’énerve encore… Tout le monde y passait, du gamin à qui j’avais à peine parlé dans une auberge au marchand avec qui j’avais fait affaire une fois… Tss. »
La brève réminiscence de la Régresseuse prit fin. Elle avait visiblement traversé des prises d’otages dans une vie antérieure. Elle chassa les sentiments désagréables qui lui remontaient à l’esprit, puis reprit :
« C’est horrible. »
« Hmm. On dirait qu’on a pris quelqu’un qui comptait pour toi en otage ? »
« C’est tout le contraire. Je déteste qu’ils prennent en otage des gens qui ne comptent même pas pour moi, pour essayer de me manipuler. »
« Tu nies ainsi la valeur des otages. On en prend un pour forcer quelqu’un à céder, mais toi, tu refuses de céder. »
« Hmph. Je n’ai pas besoin de ce genre de choses. Et il n’y a même personne autour de moi qui ferait un bon otage. »
« Vraiment ? »
Hilde regarda autour d’elle d’un air exagérément appuyé, puis me désigna du doigt.
« Même pas Père ? »
« …Je ne sais pas pourquoi elle l’appelle Père, mais, honnêtement, je serais soulagée qu’on l’emmène. »
Ha ha, Régresseuse. Ne dis pas ce que tu ne penses pas…
« Sérieusement. Il se rend utile dans certaines situations, mais il est bien trop peu fiable pour qu’on puisse compter sur lui. Si quelqu’un pouvait l’embarquer, le mettre à profit et me le rendre quand j’en aurais besoin… »
Hein ? Tu le pensais vraiment ?
Hé ! Ingrate de Régresseuse ! Faut-il que je te détaille toutes mes contributions pour que tu comprennes ?
« Shei, c’est dur. J’ai tant travaillé et tant contribué cette fois-ci, et toi, tu veux me vendre… Même un proxénète serait moins cruel que toi ! »
« Je ne suis pas proxénète ! Déjà, pourquoi tu m’appelles comme ça ? Et puis, qu’est-ce que tu as bien pu apporter ? Tu as disparu tout à coup avec la princesse et la Tireuse, c’est tout ! »
« Tu ne sais vraiment pas pourquoi j’ai fait ça ? C’est grâce à moi que les négociations avec l’État militaire ont eu lieu ! »
« Quoi ? »
« Père a raison ! »
Hilde se jeta dans mes bras. Assise bien sagement sur mes genoux, elle se réinstalla plus confortablement avant de poursuivre :
« Euh, désolée de te le dire, mais Père est un peu en dessous de vous tous, non ? Il est faible et n’a rien de particulièrement remarquable. Pourtant, Historia, l’une des fières généraux de l’État militaire, s’est soudain rangée de son côté, et les choses ont commencé à devenir étranges. On dirait qu’il va mourir si on le pousse du doigt ! »
« C’est vrai, mais tu étais obligée de le dire comme ça ? »
« Est-ce qu’il a séduit tout le monde avec son visage enjôleur… ? Il y avait aussi un homme dans le lot, alors on a écarté cette hypothèse ! Mais à voir les goûts de Shei, on n’aurait peut-être pas dû ! »
« Je ne peux pas le nier. C’est tout à fait vrai. »
« Nie-le ! C’est évidemment faux ! »
« Ces deux imbéciles sont incroyablement complices ! Je sais pourquoi le Cercueil de l’Ombre m’a mis aussi mal à l’aise ! C’est parce qu’elle ressemblait à cette ordure ! »
Exactement. Vous ne vous connaissez pas depuis longtemps et tu as déjà tellement envie de la taquiner.
Hilde gloussa en me tapotant la poitrine avec sa tête.
« Quand quelque chose ne s’explique pas par la logique, c’est généralement là qu’il faut chercher. Naturellement, moi et l’État militaire avons cru que Père était celui qui vous dirigeait tous. Il y avait eu l’affaire du Joueur de flûte de Hamelin et, surtout, les actes de Père ressemblaient à ceux du colonel Lankart lors de son évasion de prison ! »
C’était vrai. Voilà pourquoi Hilde m’avait pris pour cible à la raffinerie d’acier alchimique. Sa supposition était complètement à côté de la plaque, mais tout de même.
Même si je jouais un rôle assez important, c’était la Régresseuse qui dirigeait le groupe.
« Naturellement ? Hmph. Pourquoi est-ce qu’on le suivrait ? »
« Hein ? Vous ne le suivez pas ? »
« Bien sûr que non… »
La Régresseuse s’interrompit au milieu de sa phrase.
« Attends. Azzy, Tyrkanzyaka, et même la Tireuse, elles sont toutes venues à cause de Hughes, non ? À part elles, les seules à m’avoir suivie, c’étaient Nabi, qui n’est pas très fiable, et la princesse ? Hein ? Ce salaud serait la rencontre providentielle de cette vie… ? »
Tu ne t’en rends compte que maintenant, Régresseuse ? Tu comprends enfin à quel point je t’ai aidée ?
Gonflé à bloc, je lui lançai aussitôt :
« Shei, tu comprends maintenant à quel point je suis précieux ? À partir de maintenant, remercie-moi une fois par mois. Avec une modeste récompense en argent, bien sûr. »
« …Gah ! Ce que je veux dire, c’est que, vrai ou pas, ils n’avaient aucune raison de penser qu’on le suivrait ! Comme tu l’as dit, il n’a rien de spécial, à part son air enjôleur ! »
Oh ? C’est comme ça que tu comptes t’en sortir ? Tu détestes tellement l’idée de me remercier ?
Alors que la Régresseuse insistait, Hilde remua les doigts de droite à gauche.
« Mais si, il y a une raison~. Si Père est un prophète, ou quelqu’un que la prophétie a choisi, alors c’est tout à fait possible ! Une personne qui reçoit un oracle parcourt le monde, s’allie aux compagnons qu’elle rencontre et vainc de terribles ennemis. C’est un scénario courant dans les épopées ! »
C’était la pure vérité. Après que j’eus dévoilé l’identité de Hilde, elle m’avait traité de prophète et tout le reste. À l’époque, elle m’avait vraiment pris pour un prophète ou quelque chose du genre.
Pour corriger ce malentendu, j’avais dû évoquer le Roi de l’Humanité. C’était une carte plutôt regrettable à jouer, mais je ne le regrettais pas. Un atout ne sert à rien si on ne l’utilise jamais. Grâce à cela, j’avais appris les secrets de l’État militaire… et protégé « l’humanité ».
« Un prophète ? Du Sanctuaire ? »
« Oui ! L’État militaire s’est fait beaucoup d’ennemis au Sanctuaire ! Ce ne serait pas étonnant qu’ils l’envahissent à tout moment ! »
« C’est vrai. J’avais eu cette impression. »
« C’est ça. Le Sanctuaire gardait toujours un œil sur l’État militaire. Même dans mes vies précédentes, chaque fois que l’État militaire lançait une grande guerre, le Sanctuaire intervenait activement. »
C’était probablement à cause de Yuel, mais je laissai ce détail de côté pour l’instant.
« Mais ! Père est resté seul et a prouvé qu’un dialogue était possible ! Il est allé leur parler sans vous, toi et la Progenitrice, à ses côtés. Grâce à ça, l’État militaire s’est senti un peu rassuré et a accepté de discuter. Ensuite, après toute cette agitation et ces allers-retours confus, on en est arrivés à ces négociations ! »
« Qu’est-ce que tu racontes, avec toute cette agitation et ces allers-retours confus ? Tu as sauté cette partie bien trop vite ! »
« Désolée. C’est trop pénible de tout expliquer. »
« Ne dis pas que la partie la plus importante est pénible… »
Avait-elle reçu trop d’informations en trop peu de temps ? Ou bien l’association de Hilde et de moi était-elle tout simplement épuisante ? La Régresseuse se prit la tête entre les mains et me regarda, une question en tête…
« Non. Plutôt que de demander à ce salaud… »
Je ne compris pas son raisonnement, mais elle tourna brusquement la tête et se tourna vers Historia, qui semblait un peu plus digne de confiance.
« Tireuse. C’est vrai ? »
« Ah… »
« Pas du tout. Hui y est bien allé pour discuter, mais… ce n’était pas pour conclure un accord de paix. On l’avait probablement convoqué parce qu’il est le Roi de l’Humanité… »
Malgré tout, Régresseuse, je suis désolé de te l’apprendre, mais Historia est aussi de mon côté. Elle ne me suit pas complètement, mais elle garde pour elle les informations que je n’ai pas révélées.
Historia prononça des paroles tout à fait différentes de ses pensées.
« C’est exact. Maximilien a tenté d’intervenir à ce moment-là, et Hui et moi l’en avons empêché. Nous pensions avoir réussi à le mettre hors d’état de nuire quand… »
« Ah, je comprends. C’est donc pour ça que Nevida est venu ? »
Elle avait passé sous silence le fait que j’étais le Roi de l’Humanité et l’existence de Yuel, mais, à part ça, son récit était assez proche de la vérité. L’explication tenait la route et nous parvînmes à convaincre la Régresseuse.
« Je comprends. Et alors ? Puisque Hughes m’a beaucoup aidée, vous allez en faire un otage ? »
« Ah ha ha. Ça n’arrivera jamais. Comment pourrions-nous exiger quelqu’un comme Père en otage ? Nous ne le pourrions pas, et même si nous le faisions, tu n’accepterais pas. »
« Tss. C’est un peu décevant… »
Tu comptais me livrer si tu en avais eu la possibilité ?
Bon sang. J’aurais mieux fait de ne pas le savoir. Mais la lecture des pensées m’avait révélé ses véritables sentiments, et ça m’avait mis de mauvaise humeur sans raison. Je me vengerais un jour. Même si tu étais prise en otage, je te ferais mourir d’inquiétude avant de venir te sauver !
Tandis que je ravalais ma colère, Hilde gloussa et révéla qui seraient les otages.
« Ne t’inquiète pas ! Les otages qu’on veut te prendre, Shei, ce sont la princesse et sa servante ! »
« La princesse ? »
La Régresseuse posa la question, stupéfaite. Les personnes désignées comme otages étaient les dernières auxquelles elle se serait attendue.
« Dans cette vie, la princesse et moi n’avons presque aucun lien. Et puis, si on prend en otage la princesse, la cheffe de la Résistance, ils devront laisser la Résistance tranquille. Ils ne pourraient pas faire de mal à une otage, directement ou indirectement, avant la fin de l’accord. »
Elle aurait plutôt dû se réjouir. D’un point de vue pratique, difficile de rêver mieux. La Régresseuse s’apprêtait à acquiescer sans hésiter.
« De toute façon, je n’ai pas eu grand-chose à voir avec la princesse dans cette vie. Ça aurait été différent dans ma vie précédente, mais peu importe ce qui lui arrive… »
Pourtant, la Régresseuse n’acquiesça pas, même face à une proposition qu’elle aurait dû accepter sans hésiter. Un passé qui n’existait pas dans cette vie lui traversa l’esprit. Elle ne se remémora pas tout ; elle ne fit remonter que les souvenirs liés à une personne en particulier. Ils n’en restaient pas moins des indices précieux, alors je lus autant de ses pensées que possible.
Dans sa deuxième vie, la Régresseuse avait tenté de fuir la conscription de l’État militaire. En passant par la Résistance pour rejoindre les États mineurs, elle avait rencontré la princesse. Déjà aguerrie au rôle de cheffe, celle-ci lui avait proposé de rejoindre la Résistance. Mais la Régresseuse, qui avait peur de se battre, avait refusé et poursuivi sa route vers les États mineurs. Elle avait été attaquée et était morte en chemin.
Dans sa troisième vie, la Régresseuse avait compris qu’elle devait devenir plus forte et avait rejoint la Résistance. La princesse, moins expérimentée que dans sa deuxième vie, s’était méfiée d’elle et l’avait mise à l’épreuve. Mais elles avaient vite appris à se faire profondément confiance. Avec le soutien sans faille de la princesse, elle avait étudié les arts internes du Royaume oublié et avait peu à peu développé sa force. Grâce aux arts internes réglementaires qu’elle avait appris dans ses première et deuxième vies, ainsi qu’à l’expérience du combat acquise en frôlant la mort à maintes reprises, elle était devenue plus forte rapidement.
À mesure qu’elle s’était retrouvée mêlée à des affaires toujours plus importantes, elle avait eu de moins en moins de raisons de rendre visite à la Résistance…
La princesse avait tout de même été l’amie de la Régresseuse pendant très longtemps.
Même si ce n’était pas dans cette vie.
La Régresseuse suivit son cœur et répondit :
« Non. »
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