Chapitre 307
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 307 : Méfiez-vous des gens qui vous demandent : « Croyez-vous en Dieu ? »
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Le Corps de l’Épée sacrée. La garde personnelle de la Sainte Vierge.
On les appelait des gardes, mais en vérité, c’était une unité de combat, de renseignement et d’assassinat, qui avait prêté une loyauté absolue au Sanctuaire. Si la Sainte Vierge donnait un ordre, ils étaient prêts à tout : se procurer un jouet dans un pays lointain ou rayer une nation entière de la carte.
On disait que le directeur du Bureau de la Sécurité publique de l’État militaire était capable d’arrêter les pleurs d’un enfant. En réalité, c’était l’une des épées sacrées du Sanctuaire, un membre du Corps de l’Épée sacrée. Face à cette révélation, qui dépassait de loin tout ce qu’elle avait pu imaginer, Historia ne put que rester là, la bouche s’ouvrant et se refermant sans un mot.
En voyant sa réaction, Hilde ouvrit de grands yeux.
« Père ? Historia fait une tête incroyablement stupide, là. Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Ah. Historia ne sait pas que la Sainte Vierge existe. »
« C’est étrange. La Sainte Vierge m’a précisément dit que je pouvais le révéler. C’est Historia qu’on laisse à l’écart ? »
« Je ne crois pas, mais je ne sais pas ce qu’en pense Ria. Dans ce genre de situation, tout dépend de la façon dont la personne concernée le prend. Ria, est-ce qu’on te laisse à l’écart ? »
« … Ouais. Comme toujours. »
À quel moment t’avais-je donc laissée à l’écart ? Ces derniers temps, la personne qu’on excluait était celle qui devenait générale au cœur de l’État militaire, tandis que celle qui excluait les autres survivait à peine en faisant les poches dans des ruelles ? À bien y réfléchir, c’était la société qui me mettait à l’écart !
Il nous fallait tout de même lui expliquer les choses simplement.
« Alors, moi, Hilde, directrice du Bureau de la Sécurité publique, qui gère tous les secrets de l’État militaire, vais vous donner une brève explication. »
Hilde avait on ne savait comment chaussé des lunettes et les rajusta d’un doigt sur l’arête de son nez. Quoi ? Elle avait ramassé quelques rouages et bricolé ça en si peu de temps ? Elle était vraiment douée.
« En fait, l’État militaire a été créé par la Sainte Vierge. Voilà ! »
C’était extrêmement bref. Si bref que ça n’expliquait absolument rien. L’expression d’Historia devint, on ne savait trop comment, encore plus stupide.
« Attends, tu as tout passé sous silence ! Tu n’as rien d’autre à expliquer ? »
« Rien d’autre… ? Ah ! Notre Sainte Vierge a renié sa foi ! Alors, même si elle est la Sainte Vierge et que je commande le Corps de l’Épée sacrée, nous n’avons absolument aucun soutien ! À vrai dire, nous devrions nous inquiéter chaque jour de savoir quand un prophète du Sanctuaire va débarquer pour réduire l’État militaire en miettes. C’est palpitant ! »
« Tu ne parles que de ta propre situation. »
« Et alors, qu’est-ce que j’y peux ? C’est ma situation qui compte le plus pour moi ! »
« Je te l’accorde. »
« Hé hé. Tu approuves ! »
Hilde éclata de rire au beau milieu de sa phrase. Peut-être cette conversation absurde lui donnait-elle le tournis, car Historia porta une main à sa tempe et prit la parole.
« Argh. Attends, Zikhrund… »
« Non, non ! Appelle-moi Hilde, avec respect et révérence ! Zikhrund, ce n’est pas moi. Si tu continues à m’appeler par des noms bizarres, mon identité va finir par se brouiller ! »
Elle affichait un air adorable, mais c’était bien trop effrayant pour qu’on puisse balayer ça d’un rire. Historia essaya de s’exécuter, n’y parvint pas et se rabattit sur un compromis.
« … Directrice de la Sécurité publique. De quel côté êtes-vous ? »
« Moi ? En ce moment, je suis du côté de Père ! »
Comme pour prouver ses paroles, elle ouvrit les bras et s’avança vers moi. J’allais l’arrêter, car sa démonstration d’affection commençait à peser, mais elle s’affaissa soudain comme si elle s’enfonçait dans le sol et m’enlaça la taille.
… C’est vrai. Cette personne faisait partie des Six Généraux.
Historia regarda d’un air mécontent Hilde, qui s’était fermement collée à moi.
« Je croyais que le Corps de l’Épée sacrée était une unité fanatique qui n’obéissait qu’aux ordres du Sanctuaire. Alors pourquoi vous accrocher à… non, pourquoi essayer de suivre Hui ? »
« Hmm. Il faut d’abord que tu saches quelque chose. Historia, sais-tu comment on devient membre du Corps de l’Épée sacrée ? »
« Ses membres ne sont-ils pas désignés par le Sanctuaire ? »
Hilde se couvrit la bouche et prit un air surpris.
« Waouh. Tu ne connais que ce qui se voit en surface ! Tu ne sais absolument rien de ce qui se cache dessous ! Comment Historia va-t-elle survivre dans ce monde impitoyable, Père ? »
« C’est vrai. Je me suis moi aussi beaucoup inquiété pour ce côté-là de Ria. »
« Hui, tais-toi ! »
Pourquoi ne s’en prenait-elle qu’à moi ? Historia répliqua sèchement, puis fixa Hilde du regard.
« … Directrice de la Sécurité publique. Votre attitude est très différente. Quand je vous ai vue dans votre rôle de directrice, vous étiez si raide. »
« Comment une personne raide pourrait-elle jouer un rôle ? Il faut être aussi souple que de la gelée pour se couler dans un autre moule ! Toute molle et toute gélatineuse ! »
« Attends, Hilde. Ce n’est pas de la graisse, ce sont des muscles. Je ne suis pas molle, c’est juste que tu as les mains puissantes. Alors arrête de me pétrir, j’ai l’impression que je vais éclater. »
Si elle voulait utiliser son pouvoir divin, elle n’avait qu’à me toucher. Pourquoi fallait-il qu’elle me pétrisse ? J’étais en train de guérir et de souffrir en même temps !
« Quand on entend parler du Corps de l’Épée sacrée, on imagine probablement d’abord de brillants chevaliers sacrés. Mais tout le monde n’en devient pas membre de cette façon. La plupart sont choisis, comme moi. »
Après avoir balayé ça d’un rire désinvolte, Hilde poursuivit ses explications, les yeux dans le vague tandis qu’elle se remémorait le passé.
« Quand on ne croit plus en rien, qu’on ne sait pas où aller et qu’on ne sait même plus qui on est, un ange descend du ciel. On a beau se cacher sous une fausse identité et un visage différent, il vous désigne directement. Il vous dit que telle est votre voie et que vous devez la suivre. »
La Sainte Vierge pouvait tout voir dans le monde. Peu importait à quel point quelqu’un dissimulait son identité ou changeait d’apparence : si la Sainte Vierge l’observait, elle le retrouvait.
Et ceux que le destin avait abandonnés se retrouvaient liés par la certitude que quelqu’un les observait.
« Alors, eh bien, on y croit dur comme fer. Les cieux ont veillé sur vous tout ce temps et vous tendent une bouée de sauvetage pour vous offrir une chance de recommencer votre vie… Même quelqu’un sans foi finirait par croire, non ? Et moi, j’étais déjà une croyante fervente. »
« C’est donc ça, le véritable rôle du Corps de l’Épée sacrée ? »
« Oui. Le destin sauve des gens épuisés et en difficulté comme moi, et donne un sens à ma vie. Tu sais ce qui arrive ensuite ? On sombre dans un fanatisme qui agit comme une drogue. La Sainte Vierge m’a appelée en personne. Impossible que ça tourne mal. Ma vie brisée est en train d’être réparée. Dans la vie comme dans la mort ! »
Pendant un bref instant, une lueur de folie passa dans ses yeux. Historia tressaillit devant ce regard aveugle, assez glaçant pour donner la chair de poule. Hilde reprit bientôt ses esprits et poussa un profond soupir.
« Mais moi… je suis un peu spéciale. Hum, j’ai certaines particularités. Et la Sainte Vierge Clairvoyante qui m’a choisie a renié sa foi si complètement que j’ai fini par retrouver un semblant de raison. »
Puis elle m’attrapa et me secoua de nouveau en souriant à pleines dents.
« Et là, boum ! Le Roi de l’Humanité apparaît ! Comme on pouvait s’y attendre de la part du Roi de l’Humanité, il m’a rendu mon vrai moi ! Impossible de revenir en arrière ! Je suis désolée pour la Sainte Vierge, mais je ferai un choix raisonnable, comme elle l’a fait ! »
Puis elle s’immobilisa brusquement. Hilde fixa soudain le vide. Ses lèvres remuèrent tandis qu’elle « écoutait » quelque chose, puis elle poussa un petit gémissement.
« Hum. La Sainte Vierge me dit d’arrêter mes bêtises et de me préparer. Qu’est-ce qu’on fait, Père ? »
Je n’avais rien entendu, mais Hilde avait réagi à quelque chose et me demanda quoi faire, l’air embarrassé.
Était-ce cet « appel » de la Sainte Vierge ? On disait qu’elle pouvait transmettre un appel à n’importe lequel de ses fidèles, quelle que soit la distance qui les séparait.
Pourtant, même ma lecture des pensées ne me permettait pas d’entendre l’appel lui-même. Bon, je pouvais toujours découvrir son contenu en lisant les pensées de Hilde.
Pour l’instant, je fis mine de ne rien savoir et demandai :
« Il faut d’abord que tu me dises à quoi nous devons nous préparer avant que je puisse décider. »
Le sourire de Hilde s’élargit.
« À un traité de paix ! »
* * *
Au même moment, la Progenitrice Tyrkanzyaka entra dans le quartier général, un golem assis sur son épaule.
Les vampires ne se fatiguaient pas. Peut-être était-ce pour cela qu’ils n’étaient pas particulièrement rapides. Même au sommet de leur puissance, ils n’avaient pas pu traverser les grandes plaines bénies d’Enver. Le soleil quotidien, l’eau courante, la difficulté à conserver la nourriture… Ces faiblesses auraient été bien moins marquées si les vampires avaient pu avancer rapidement.
C’était pour cette raison que Shei s’était enveloppée de vent et avait pris de l’avance. Le vent de Chanteciel ne pouvait transporter une présence aussi imposante que Tyrkanzyaka ; cette dernière avait donc assumé un autre rôle à la place.
Une tâche bien plus simple et plus propre.
Bien que Tyrkanzyaka, elle, n’en eût pas vraiment envie.
« Pourquoi devrais-je obéir à vos paroles ? »
Tyrkanzyaka s’adressa au golem perché sur son épaule. Comme pour refléter son mécontentement, les ténèbres ondulèrent autour d’elle d’une manière inquiétante, mais le golem, qui n’était pas le corps véritable de son opérateur, ne s’en aperçut pas.
[Coopérer est dans l’intérêt de cette nation comme dans le vôtre. À l’heure actuelle, le Quartier général du Cercle intérieur de l’État militaire est plongé dans la confusion à cause de l’intrusion de forces extérieures. Il n’a pas encore été informé de l’accord conclu entre vous et moi. Nous devons dissiper rapidement cette confusion afin de réduire les risques encourus par vos autres compagnons.]
« Pourquoi ne pas utiliser cette poupée dont vous êtes si fiers ? »
[Tous les golems du quartier général ont subi des dysfonctionnements à cause des capacités de Maximilien. À l’heure actuelle, cette unité est la seule du quartier général qui soit capable d’assurer des communications à distance.]
Tyrkanzyaka se remémora le nom de Maximilien et prit la parole.
« Vous parlez de ce type croisé sur la route, celui qui empestait le fer rouillé ? N’était-il pas de votre côté ? Pourquoi donc ? »
[Maximilien a quitté l’État militaire. Il ne travaille plus pour l’État militaire.]
« Hmph. Vous n’êtes même pas capables de gérer correctement vos propres subordonnés. Ce pays avait l’air plutôt bien organisé, mais je vois qu’il ne durera pas longtemps non plus. »
[En partie exact. Maximilien avait toutefois suivi une voie indépendante depuis le début. Cette situation était anticipée dans une certaine mesure… Nous n’avions simplement pas de réponse appropriée. Nous ne nous attendions pas à ce que les golems de communication qu’il avait conçus contiennent des rouages d’autodestruction…]
Tyrkanzyaka s’interrogeait sur l’étrange expression « rouages d’autodestruction », mais une pensée qui lui vint soudain à l’esprit chassa sa curiosité. Elle se couvrit la bouche d’une main et marmonna :
« Oui. Je l’avais entendu dire. Il cherchait le Roi de l’Humanité… Hmm. Le Roi de l’Humanité… »
Tyrkanzyaka se tut, pensive. Le Roi de l’Humanité, le noble Roi des Bêtes qui avait représenté toute l’humanité à l’époque où les humains étaient encore des bêtes.
On disait que la Première Sainte Vierge, la plus grande prophétesse de toutes, l’avait chassé et avait apporté la civilisation et l’ordre sur cette terre.
Et celle que le détestable Sanctuaire adorait comme une déesse n’était autre que cette Première Sainte Vierge. La fureur de Tyrkanzyaka contre le Sanctuaire remontait le temps ; la Première Sainte Vierge ne pouvait donc être que son ennemie jurée. Quel dommage qu’elle ne puisse se venger.
« … L’ennemi de mon ennemi. C’est sûrement ainsi que Maximilien l’a appelée. Hmm. »
Alors que ses réflexions s’apprêtaient à s’éterniser, le golem interrompit sa méditation nonchalante.
[Tyrkanzyaka. Vous avez accepté de répondre à ma demande. N’êtes-vous pas encore prête ?]
« Ne me pressez pas. Voilà bien le problème avec ceux qui ont une courte espérance de vie… »
Tyrkanzyaka réprimanda légèrement le golem, puis saisit les ténèbres d’une main.
Le Sanctuaire maniait la lumière. Tyrkanzyaka, qui l’avait combattu toute sa vie, avait appris à s’en cacher. Lorsqu’elle s’enveloppait de ténèbres, même la Sainte Vierge ne pouvait la « voir ». C’était un pouvoir acquis par la Progenitrice qui s’était historiquement opposée au Sanctuaire.
Au cours de sa longue lutte contre le Sanctuaire, Tyrkanzyaka avait également appris une autre manière d’utiliser les ténèbres.
« … Attendez. Le soleil se lève, alors il semble que cela va prendre encore un peu de temps… »
Les ténèbres filèrent le long des routes droites et carrées. Le Quartier général du Cercle intérieur était trop vaste et trop lumineux ; les ténèbres n’y suffisaient pas.
Il y en avait tout de même largement assez pour porter une voix. Tyrkanzyaka parla d’un ton grave et sourd.
« Cela suffira. Parlez. Les ténèbres porteront votre voix et la répandront partout. »
Le golem prit aussitôt la parole. Sa voix sortit du haut-parleur et se propagea le long des ténèbres.
[À l’ensemble du personnel présent au Quartier général du Cercle intérieur, ici le capitaine AB, officier des transmissions, qui s’exprime au nom de tous les officiers des transmissions.]
De l’agitation éclata en plusieurs endroits, mais elle ne fut pas particulièrement bruyante. Les officiers des transmissions avaient fréquemment diffusé des annonces jusqu’alors ; les soldats semblaient donc habitués à entendre cette voix résonner de toutes parts.
Quelques soldats comprirent que le son provenait des ténèbres elles-mêmes et en furent horrifiés, mais cela ne changea pas grand-chose à la situation générale.
[Le Quartier général de l’État militaire a décidé d’entamer des pourparlers avec le groupe qui a attaqué l’État militaire. Le directeur du Bureau de la Sécurité publique de l’État militaire, le général Zikhrund, participera à ces pourparlers. Toutes les troupes stationnées au quartier général doivent cesser les combats et se consacrer à la reconstruction d’après-guerre. Ici le capitaine AB, officier des transmissions.]
Les ordres du golem étaient brefs et concis. Lorsqu’il eut fini, Tyrkanzyaka libéra les ténèbres et le fusilla du regard.
« Votre façon de parler est devenue plus arrogante qu’avant. »
[… ? Inconnu. Le sens m’échappe.]
« Vous ne vous réfugiez plus derrière les règlements et les principes. Quand vous étiez dans l’Abîme, vous sembliez avoir besoin de quelque chose à quoi vous raccrocher. À présent, cela ne se voit plus. »
Le golem s’accorda lui aussi un instant de réflexion. Tyrkanzyaka, contrairement à lui, n’était pas pressée. Elle avançait tranquillement en attendant sa réponse.
[En partie… exact.]
Cette réponse laborieuse renfermait une quantité surprenante d’émotion pour un golem. Tyrkanzyaka esquissa un léger sourire.
« Bien. Maintenant, indiquez-moi le chemin. Où dois-je aller ? »
[Au Quartier général du commandement conjoint. Je vais vous guider. Veuillez me suivre.]
Guidée par le golem, l’ombre de la vampire s’étira derrière elle, longue comme des empreintes de pas.
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