Chapitre 306
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 306 : Quel est le principe de la guérison ?
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Les grands yeux d’Azzy se tournèrent vers moi. Je tendis la main, lui caressai la tête et marmonnai :
« Oui, je m’en souviens. »
« Ouaf ? Tu t’en souviens ? Alors tu viendras chasser les loups avec moi ? »
« Oui. Un jour. »
Je l’avais rassurée d’un air convaincant, mais Azzy pencha la tête et insista :
« Ouaf ? Un jour ? Quand ? »
« Je te dis que je le ferai un jour, sans aucun doute. »
« C’est quand, un jour ? »
« Quand les choses se seront un peu calmées. Je suis occupé, là. Regarde, d’autres gens arrivent par là. »
Je désignai la foule qui approchait au loin. Des soldats de l’État militaire.
Maximilien avait dû leur ordonner de ne pas intervenir en venant par ici, mais le combat était manifestement terminé et Maximilien avait disparu. Ils étaient donc venus évaluer la situation.
Azzy avait l’air mécontente. Mais elle ne pouvait que me faire confiance. Les chiens étaient devenus comme ça.
« Ouaf ! Un jour, c’est promis ! »
« Oui. C’est promis. »
Enfin, si j’y arrivais.
Après avoir rassuré Azzy, j’observai les soldats au-delà des engrenages. Un général en uniforme d’officier, taché par endroits, les guidait.
« … Quelle tranquillité. Fumer des herbes de mana au beau milieu du quartier général ! »
Ah, nos regards s’étaient croisés. Je cachai les herbes de mana derrière mon dos, tandis que le général lança d’un air digne :
« Officier des transmissions ! »
Une officière en uniforme apparut aux côtés du général. Elle m’était familière, car je l’avais vue au Module I du quartier général des transmissions.
L’officière des transmissions jeta autour d’elle des regards nerveux, comme si la présence du général l’intimidait.
« Capitaine IP, corps des transmissions de l’État militaire, à vos ordres. »
« L’ordre interdisant l’accès est-il toujours en vigueur ? »
« Veuillez patienter un instant… »
La capitaine IP ferma les yeux et se concentra. Après avoir terminé sa communication, elle transmit la réponse exactement comme elle l’avait reçue.
« Oui. Le quartier général maintient l’ordre interdisant l’accès à cette zone. »
« Même après avoir été attaqués, nous sommes censés rester là sans rien faire ?! »
« Aïe ! »
L’officière des transmissions se recroquevilla sous les foudres du général. Je jetai un coup d’œil à Historia et pris la parole :
« Hé, Ria. Tu fais partie des Six Généraux. Fais quelque chose pour ce type. »
Historia regarda l’officière des transmissions, puis marmonna :
« C’est le lieutenant-général Meksio. Il a un grade de plus que moi. »
« Bon sang. Pourquoi ton grade est-il si bas alors que tu fais partie des Six Généraux ? »
« Les Six Généraux disposent d’une autorité opérationnelle indépendante. Le grade est attribué séparément. On n’obtient pas ce poste grâce à son statut. »
« Les cinq autres sont tous généraux. »
« … Ils sont en service depuis la fondation de l’État militaire. »
Aïe, ça faisait un peu mal. Est-ce que je devais en rajouter une couche ?
« J’ai entendu dire que ces gens étaient généraux depuis les débuts de l’État militaire. Tu es dans l’armée depuis un bon moment, mais tu n’es toujours que major-général ? »
« Je ne suis toujours que major-général, alors je les ai trahis et je t’ai rejoint. Si j’étais générale, je t’aurais capturé et enfermé au quartier général. »
Quelle lâcheté : elle se servait de la dette que j’avais envers elle. Puisqu’elle l’avait invoquée maintenant, je veillerais à ne pas la rembourser plus tard.
« Tu as dit que tu disposais d’une autorité opérationnelle indépendante. Essaie donc de t’en servir, au moins. »
« Eh bien… Je me demande s’ils m’écouteraient. »
Probablement pas. J’acquiesçai.
Les avions-nous trop ignorés ? Le lieutenant-général Meksio, à bout de patience, s’avança vers nous malgré l’ordre interdisant l’accès.
« Je n’en peux plus ! Nos rations explosent, un serpent mystérieux écrase mes hommes et, au milieu de tout ça, une traîtresse fume tranquillement des herbes de mana ! Vous pensez que je vais rester planté là à regarder ? Ça a du sens, peut-être ?! »
« L-lieutenant-général Meksio, cette zone est actuellement soumise à un ordre interdisant l’accès… »
« Silence !! Officière des transmissions, nous sommes au bord de la guerre ! Depuis quand une simple capitaine se permet-elle de discuter les ordres d’un général ?! »
« Aïe, je… je suis désolée… »
Contrainte d’affronter le monde en personne, l’officière des transmissions semblait avoir du mal à s’en sortir. Elle devait avertir Meksio, mais une jeune fille fragile dont le seul atout était son autorité ne pouvait pas résister à la pression d’un général.
Les officiers des transmissions communiquaient par l’intermédiaire de golems pour une bonne raison.
« Franchement, confier les transmissions à quelqu’un d’aussi peu fiable… »
Les reproches du général s’abattirent sur la tête baissée de la capitaine IP. Celle-ci n’avait rien à répondre : elle s’était enfuie comme si elle était possédée après la destruction complète du quartier général des transmissions.
« Toutes les troupes, rassemblement. Appréhendez la cible. Vous pouvez recourir à la force si elle résiste. Hé, Historia ! Tu m’entends ? Si tu ne comptes pas affronter tout l’État militaire, viens sans faire d’histoires et accepte qu’on t’attache ! Si tu résistes, ton petit ami risque d’en pâtir ! »
« … »
Hé. Essaie au moins de répliquer. Pourquoi te contentais-tu de détourner la tête sans rien dire ?
Tss. Ils nous avaient complètement dans leur ligne de mire. Difficile de se cacher. Qu’est-ce que je devais faire ? Historia était à bout de forces. Est-ce que je devais gagner du temps jusqu’à l’arrivée de Shei ?
Une liaison avec une officière ou des mensonges sur les arts du qi ? Je réfléchissais à ce qui, parmi les informations glanées par lecture des pensées, ferait le meilleur sujet de conversation.
La capitaine IP, qui hésitait jusque-là, se planta soudain devant le général comme si elle était possédée. Elle salua Meksio, stupéfait, puis fit son rapport :
« Lieutenant-général Meksio, ceci est une communication officielle émanant d’une autorité supérieure de commandement. Je vais transmettre les paroles du commandant à l’identique, et vous devez les écouter. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
L’Arcane innée de la capitaine IP se manifesta. Une faible lueur de mana enveloppa son corps, et ses cheveux se soulevèrent. Une fois la synchronisation achevée, elle récita l’ordre transmis par sa propre bouche.
« J’ai reçu le rapport. Qu’est-ce que tu fabriques à tempêter comme un gamin gâté ? Si tu ne sais rien, ferme-la et reste où tu es, lieutenant-général Meksio. »
Dès qu’elle eut terminé, ses cheveux retombèrent. La capitaine IP, qui venait de débiter une volée d’insultes, leva les yeux vers le général avec un air de parfaite incompréhension.
Le silence s’installa.
Une simple capitaine venait de traiter un général de gamin gâté et de lui dire de la fermer en face. Le visage du lieutenant-général Meksio devint rouge vif.
Meksio savait que ces paroles venaient d’un supérieur. Il avait déjà fait la même chose. Mais les entendre par l’intermédiaire d’un golem récepteur n’avait rien à voir avec le fait de les recevoir d’un être humain présent devant soi. Sans même y penser, le lieutenant-général Meksio tendit la main vers IP.
« Tu es la première capitaine à oser me parler ainsi. J’espère que tu es prête… »
C’est alors que cela arriva.
Deux présences acérées jaillirent. Le lieutenant-général Meksio recula instinctivement d’un grand pas et se tourna vers Historia. Elle avait sorti un pistolet sans que je m’en aperçoive et le braquait sur lui.
Meksio tira son arme de général, un bouclier à lame circulaire, pour arrêter la balle. Au moment où il commençait à le lever, il sentit quelque chose d’étrange.
Attends. Il y a deux présences. L’autre, c’est… ?
« C’est moi. »
Alors, « Maximilien » apparut.
« Maximilien » portait un monocle singulier et un grand chapeau. Une cape couverte d’innombrables engrenages lui enveloppait le corps et il glissait sur le sol. Des chaussures à engrenages tournaient sous ses pieds tandis qu’il avançait.
Sa tenue dépassait le mauvais goût et trahissait une obsession dévorante pour les engrenages. C’était indubitablement Maximilien. Le lieutenant-général Meksio ne songea même pas à douter et se mit au garde-à-vous.
« Salut ! Directeur Maximilien, vous n’êtes pas blessé ?! »
« Maximilien » répondit d’un air légèrement irrité :
« Je ne vous l’avais pas dit ? J’ai précisé que je m’occuperais de ce qui se passait là-bas et que vous ne deviez pas intervenir, mais vous concentrer sur la sécurisation du périmètre. J’ai clairement fait transmettre l’ordre interdisant l’accès par une officière des transmissions. »
« Eh bien, la situation était manifestement terminée, mais aucun rapport n’arrivait… »
« Vous comptiez donc vous en prendre à l’officière des transmissions qui avait transmis mon ordre ? »
Le lieutenant-général Meksio se tut. Il comprit alors d’où venait l’ordre précédent.
« Maximilien » secoua la tête.
« Lieutenant-général Meksio. Pourquoi quelqu’un de votre rang ferait-il une chose pareille ? Les officiers des transmissions ne sont que des engrenages. Des pièces qui relaient à la lettre les directives du centre. Ils ne sont pas précieux, mais ils sont très importants. Pourquoi ? Parce qu’ils transmettent “mes” ordres sans y ajouter la moindre opinion personnelle. Vous ne comprenez pas ce que cela signifie ? Je vous croyais au moins raisonnable. »
« Je suis désolé. Mais l’arme du directeur a été complètement détruite, alors j’ai craint qu’il ne vous soit arrivé quelque chose… »
« Quoi ? »
À ces mots, qui lui apprirent que son chef-d’œuvre avait été complètement détruit, l’expression de « Maximilien » se durcit. Une atmosphère glaciale, plus intense et plus féroce encore qu’auparavant, envahit de nouveau les lieux.
Un général n’était encore qu’un grade au sein de l’État militaire. L’écart de puissance entre l’un des Six Généraux et un général ordinaire dépassait l’imagination. D’autant plus que son interlocuteur était le Hallebardier, en service depuis la fondation de l’État militaire et réputé avoir fabriqué toutes les armes de l’armée.
Maximilien, en particulier, avait une confiance et un attachement sans bornes envers ses créations.
Les paroles du lieutenant-général Meksio avaient clairement été une erreur.
« Répétez ça. Complètement détruite ? Qu’est-ce que vous connaissez aux engrenages ? Selon quels critères les jugez-vous ? À vos yeux, ça ressemble à une destruction complète ? Ce qui compte dans un engrenage, ce n’est pas sa forme, mais sa structure. Tant qu’il est à sa place, on peut remplacer n’importe quel engrenage sur-le-champ ! Ce que vous voyez n’est pas tout, espèce d’idiot ! »
Quand il n’était pas en colère, Maximilien était raisonnable et d’un naturel bon. Mais dès qu’on dépassait les bornes, il explosait comme si on avait actionné un interrupteur. Une seule remarque du lieutenant-général avait fait basculer « Maximilien » dans une rage folle. Il écrasa un engrenage dans sa main et hurla :
« Savez-vous qui est notre ennemi ? Savez-vous à quoi j’ai fait face ?! Bien sûr que non ! Vous n’oseriez même pas l’imaginer ! Ce n’est pas grave de ne rien savoir. On ne peut rien pour les idiots qui ont des œillères ! Mais ne faites pas les fiers alors que vous ne savez rieeeen ! C’est si difficile à comprendre ?! »
Quand l’un des Six Généraux s’emportait, cela se terminait rarement par de simples paroles. Comme prévu, « Maximilien » leva un doigt. Un engrenage flotta juste au-dessus et se mit à tourner furieusement.
On disait qu’une fois l’Art du qi céleste porté à son apogée, on pouvait insuffler du qi dans un objet sans le toucher. L’engrenage ne flottait que de quelques centimètres, mais il flottait bel et bien. Tournoyant dans le vide sans friction ni résistance, il souleva un vent semblable à une tempête.
Le lieutenant-général Meksio leva instinctivement son bouclier à lame circulaire pour se protéger. C’était un excellent choix. « Maximilien » lui lança l’engrenage sans la moindre hésitation.
Boum, cliquetis, cliquetis, cliquetis.
L’engrenage déchaîné heurta le bouclier à lame circulaire. Après le premier impact, ses dents tournèrent les unes après les autres, déversant leur force de rotation sur le bouclier. Le lieutenant-général Meksio sentit tout son corps trembler.
Quel impact, quelle puissance… ! Il est sérieux ! Le général Maximilien est sérieux !
Les dents serrées, le lieutenant-général Meksio prit appui et balança son bouclier vers le haut. La roue, embrasée de qi, glissa en biais le long du bouclier et rebondit au loin. Quand Meksio parvint enfin à se débarrasser de l’engrenage et se redressa, « Maximilien » en faisait déjà tourner deux autres dans ses mains.
Son regard était devenu fou. Meksio devait fuir.
Suivant son instinct de survie, le lieutenant-général Meksio cria dans la panique :
« J-je vais rectifier mon erreur ! Tout le monde ! Nous allons nous concentrer sur les opérations de remise en état après le combat ! En avant ! »
« Oui, monsieur !! »
Les imbéciles qui restaient près d’un membre des Six Généraux enragé ne vivaient pas longtemps. Les soldats encore en vie avaient été sélectionnés par la nature.
L’unité du lieutenant-général Meksio effectua une retraite stratégique disciplinée. La foule se retira comme la marée. « Maximilien » continua de faire tournoyer les engrenages jusqu’à ce qu’ils disparaissent de son champ de vision.
Les soldats de l’État militaire réagirent vite. En moins d’une minute, les troupes qui s’étaient approchées avaient battu en retraite. Une fois tout le monde parti, « Maximilien » laissa tomber au sol les engrenages qu’il tenait.
« Comment as-tu pu braquer une arme sur mon dos ? Franchement. J’ai failli faire une erreur tant j’étais distrait. »
Comme il venait de le dire, Historia braquait son pistolet sur « Maximilien ».
Du point de vue d’Historia, c’était tout naturel. Elle venait de combattre Maximilien. Elle avait à peine réussi à le vaincre en donnant tout ce qu’elle avait ; elle ne pouvait donc qu’être stupéfaite de le voir revenir sain et sauf.
« Maximilien… ? C’est impossible. Il était pourtant… ! Non, c’est bien du qi… ? »
Je répondis à Historia :
« C’est ça. Ce sont des arts du qi. N’importe qui peut le voir. »
« Mais le directeur Maximilien utilisait l’Arcane innée ! Ce Maximilien-là utilisait des arts du qi… ! »
« Oui, ce sont bien des arts du qi. Mais tu te trompes de sujet. Ce Maximilien-là n’est pas Maximilien. »
Tu le savais, puisque ça t’était arrivé à toi. La personne qui ressemblait exactement à Historia sans être Historia.
« Oui ! Comme on pouvait s’y attendre de Votre Majesté ! Vous l’avez reconnu tout de suite ! »
« Maximilien » pivota sur lui-même. Sa cape virevolta avec panache, mais la finition était un peu bâclée : les engrenages qui y oscillaient se détachèrent en pluie. Il attrapa son monocle et le jeta de côté, puis se débarrassa de ses chaussures à engrenages improvisées. Une fois les engrenages disparus de son corps, la ressemblance avec Maximilien s’estompa considérablement.
Ainsi, « Maximilien » se pencha profondément et s’inclina avec élégance, comme pour saluer le public à la fin d’un spectacle.
« Maximilien » prit la parole :
« Alors, que pensez-vous de “mon” jeu d’acteur ? »
Il avait clairement l’apparence d’un homme adulte et robuste, mais sa voix, qui parvenait à mes oreilles, était aussi belle que celle d’une chanteuse.
Ayant assisté à la représentation, je donnai mon avis sincère :
« C’est incroyablement abusé. »
« Ahaha ! Incroyablement abusé ? De la part de Votre Majesté ! »
« Maximilien »… Non, à présent, il était difficile de l’appeler ainsi. Les engrenages fixés un peu partout sur son corps étaient déjà tombés ; il ne restait qu’un homme vêtu d’une épaisse cape.
Et cette personne se transformait à vue d’œil en jeune fille.
Ses mains, aussi pâles que des prothèses, reprirent des couleurs et sa silhouette rapetissa. Ses vêtements, qui lui allaient parfaitement, se détendirent peu à peu, dévoilant son cou et ses épaules.
Le maître du déguisement, le Cercueil de l’Ombre Zikhrund… Hilde, désormais une jeune fille, s’approcha en gloussant. Je m’empressai de l’interrompre :
« Ne m’appelle pas Votre Majesté. Tu veux donc répandre mon identité partout ? »
« Hein ? Comme ça, tout d’un coup ? »
« Ce n’est pas arrivé tout d’un coup. C’est censé rester secret. »
Hilde ouvrit grand ses yeux bridés.
« Hein ? Vraiment ? Alors, qu’est-ce que c’est ? Shei et Tyrkanzyaka vivent avec Père sans le savoir ? Comment c’est possible ?! »
« Il y a des gens comme ça dans le monde. Et tu ne connais que “Votre Majesté” et “Père” comme façons de m’appeler ? »
Avec Tyr, j’avais davantage l’impression qu’elle s’en fichait plutôt qu’elle ne savait pas. Enfin, elle devait en avoir une petite idée. Rendre le cœur de quelqu’un n’était pas une mince affaire.
Waouh. À bien y réfléchir, la régresseuse était la seule à ignorer vraiment mon identité. Ça ne posait pas de problème ? Tu étais une régresseuse, non ?
… Non. Je devrais envisager les choses dans l’autre sens. La régresseuse avait beau être idiote, elle n’était pas stupide.
Ce n’était pas qu’elle ne savait pas. Elle devait connaître un autre élément que nous ignorions.
Bon, alors, lequel ? J’étais plongé dans mes réflexions quand Hilde s’approcha du Scarabée d’acier.
Historia se montra hostile envers Hilde, qui s’avançait sans hésiter.
« Zikhrund… »
« Non, Historia. Je m’appelle Hildegard. Zikhrund, c’est… disons, une sorte d’illusion. Comme Eimeder, ce n’est qu’un titre qui représente la lumière et l’ombre de l’État militaire. Ce n’est pas mon essence. »
Hilde sourit légèrement et bondit sur le Scarabée d’acier. Historia lui lança un regard noir, mais Hilde continua d’avancer, qu’Historia se méfie ou non.
Historia pouvait se montrer hostile envers Hilde, mais elle savait au moins que cette dernière ne lui voulait aucun mal. Le lieutenant-général Meksio en était la preuve. Tandis qu’Historia hésitait un instant, incapable d’attaquer, Hilde lui prit naturellement le bras et l’aida doucement à descendre. Historia était trop épuisée pour résister.
« Je suis jalouse de toi, Historia. Tu ne te rends pas compte de l’incroyable chance qui t’est tombée dessus, pas vrai ? Ah, quel dommage. J’aurais aimé rencontrer Père avant de devenir comme ça. »
« Urgh… Comment sais-tu que Hui est le Roi de l’Humanité… ? »
« Moi non plus, je n’en suis pas certaine, mais je suis relativement mieux lotie que les autres. J’ai un moyen de le vérifier. Et puis, Père me l’a dit lui-même, non ? »
Le toucher de Hilde était ferme, mais doux. Elle pétrit légèrement le bras d’Historia et fit circuler du qi dans ses points d’acupuncture avec ses doigts. C’était une méthode de traitement des blessures par acupuncture, à l’aide du qi.
Et… il n’y avait pas que du qi.
« Un médecin venu d’Orient. Un lettré de passage. Un mercenaire errant. Un sage ermite. Un moine mendiant. Un voyageur. »
En plus du traitement par acupuncture, une force incompréhensible s’amassa dans sa paume ouverte. Une puissance chaleureuse, réconfortante… mais aussi quelque peu contraignante.
« C’étaient autant de professions que le Roi de l’Humanité avait exercées, et autant de noms qu’on lui avait donnés. Cette fois, tu es le Joueur de flûte, Père, pas vrai ? Tes titres deviennent de plus en plus classe ! »
Je ne les avais pas choisis. Je haussai les épaules et Hilde sourit des yeux en s’allongeant sur Historia. Leurs corps se chevauchèrent. Collée contre le dos d’Historia, Hilde lui murmura doucement à l’oreille :
« Hé hé. Inutile de t’énerver, Historia. C’est normal de ne pas savoir. Même ceux d’autrefois l’ont appris parce qu’ils avaient rencontré quelqu’un, comme toi. »
Cela dit, Hilde ferma les yeux et se concentra. Dans le bref silence qui suivit ses paroles, elle entra en méditation. Au cœur de son esprit, dans un monde obscur et noir comme la nuit, Hilde s’adressa à elle-même :
Je suis moine. Mon corps et mon esprit ne sont pas entiers, mais ma foi est plus fervente que celle de n’importe qui.
— Et elle pénétra dans un royaume que seule la foi permettait d’atteindre.
Une lumière blanche s’amassa dans la main qui touchait Historia. Hilde lui prit la main et déversa cette puissance dans son bio-terminal.
Le pouvoir de rendre à un humain son état d’autrefois. Une autorité de restauration qui dépassait la guérison. La plus grande raison pour laquelle un « dieu » pouvait exister.
Historia sentit l’énergie pénétrer son corps et marmonna :
« Un pouvoir… divin. »
Son corps, ligoté, plié et tordu par les engrenages, se souvint de la forme qu’il avait avant d’être déformé. Le corps était comme un élastique. Une fois étiré au-delà de sa forme, il cherchait à retrouver son état d’origine.
Pour les blessures limitées aux traumatismes externes, le pouvoir divin offrait une capacité de guérison absolue.
Le corps d’Historia « revint » à son état antérieur.
Hilde se redressa avec un grand sourire.
« Guérison terminée ! Inutile de me remercier. C’est ma façon de te dire que j’espère qu’on s’entendra bien à l’avenir ! »
La douleur que les herbes de mana avaient à peine réussi à masquer disparut comme par enchantement.
Elle n’avait pas retrouvé ses forces et sa fatigue ne s’était pas dissipée… mais Historia était guérie. Ayant assisté à un miracle sous ses yeux, Historia demanda d’une voix tremblante :
« Zikhrund… Qui es-tu… ? »
Hilde sourit avec encore plus de malice et répondit :
« Eh bien, laisse-moi me présenter à nouveau ! J’ai été nommée Zikhrund, le Cercueil de l’Ombre… et j’ai servi la mission d’assister la Sainte Vierge ! »
Elle s’inclina grossièrement, leva le bras dans un salut outrageusement insolent et afficha un grand sourire.
« Je suis Hildegard, la commandante clairvoyante du Corps de l’Épée sacrée ! Hé hé, ravie de te rencontrer ! »
Notes :
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