Chapitre 293
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 293 : À vrai dire, je
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Plus un atout était précieux, plus il fallait le dissimuler soigneusement. D’autant plus s’il était rare, mais peu pratique. Une fois l’eau renversée, impossible de la ramasser ; une fois une information révélée, impossible de la cacher à nouveau. Le mieux était de la garder secrète et d’attendre le moment décisif.
Pourtant, à moins de vouloir l’emporter dans ma tombe sans jamais m’en servir, il faudrait bien que je l’utilise un jour.
Voyons… Que devais-je cacher ?
En fait, j’étais le Roi de l’Humanité.
Bien sûr, cela ne voulait pas dire que j’avais quoi que ce soit de remarquable. Ce fait ne m’avait jamais aidé en rien au cours de ma vie.
Un Roi des Bêtes était censé posséder une puissance digne de représenter son espèce et régner sur les siens. C’était l’ordre du monde, la marche naturelle des choses.
Mais moi, je n’avais aucun pouvoir.
Je n’avais même aucun moyen de prouver que j’étais un roi.
Ni couronne, ni robe royale, ni trône. On ne m’avait rien donné de tout cela.
Un roi nu, abandonné en terre étrangère. Voilà ce que j’étais. Bon, je n’étais pas vraiment nu, mais quand même.
— Le Roi de l’Humanité… ?
Historia avait l’air peu convaincue. Dire qu’elle y croyait à moitié aurait été généreux. Si Maximilien ne l’avait pas affirmé avec tant de sérieux, elle aurait balayé cette idée comme une absurdité.
J’intervins pour dissiper les doutes d’Historia.
« C’est exact. Je suis le Roi de l’Humanité. Désormais, vous m’appellerez Votre Majesté, vous me couvrirez de louanges et vous me verserez cinquante pour cent de vos revenus en impôts. »
— Vous faites trop de bruit. Taisez-vous.
« Oui. »
Vous voyez ? Que je sois le Roi de l’Humanité ou quoi que ce soit d’autre, cela ne servait à rien si personne ne le reconnaissait.
Je gardai le silence, tandis que l’insolente sujet continuait à poser ses questions à sa guise.
— … J’avais entendu dire que le Roi de l’Humanité n’existait pas. Les humains sont les seigneurs de toute la Création. En tant qu’êtres nobles, ils peuvent choisir leur propre roi et gouverner la terre.
« Vous le pensez vraiment ? Que les humains sont des êtres nobles ? »
Un sourire narquois, presque mécanique, se dessina sur le visage de Maximilien.
— Même une grande personne comme vous se laisse berner par ces discours. Et tous les autres sots, alors ? Ils peuvent détourner le regard autant qu’ils veulent, la vérité est évidente. Les humains sont des bêtes par nature et, comparés aux autres animaux, leur seul avantage est d’être légèrement plus forts. Les humains insensés se croient exceptionnels, mais l’espoir a toujours été bien loin de la vérité.
— Mais…
— Mais les humains ont employé une méthode extraordinaire pour devenir exceptionnels ! De leurs propres mains, ils ont tué leur roi ! Ils sont devenus des êtres « exceptionnels », capables de faire ce que même les bêtes n’oseraient pas ! Je n’ai toutefois aucune idée de la manière dont ils l’ont tuée !
Pour être honnête, moi non plus. Cela s’était passé avant ma naissance.
Même un roi ne pouvait savoir ce qui s’était produit avant son époque.
— Comment pouvez-vous prouver que Hui est le Roi de l’Humanité ?
Exactement. Pourquoi ne pas le révéler au monde avec des preuves irréfutables ? Pourquoi n’agir que dans l’ombre ? Servez-vous de votre pouvoir pour faire de moi un roi.
À la question d’Historia, Maximilien répondit avec un enthousiasme grandissant.
— C’est impossible !
— Pourtant, vous en êtes certain, directeur.
— Certain ? Pas du tout ! Personne ne peut en être certain ! Puisque les humains ont tué leur roi de leurs propres mains, ils ont eu d’innombrables rois depuis ! Comment reconnaître le Roi de l’Humanité dans un monde où même un mendiant devient roi dès qu’on lui pose une couronne sur la tête ?
Contrairement à tout à l’heure, lorsqu’il m’avait examiné sous toutes les coutures, il fanfaronnait devant Historia. Il avait l’air d’aimer jouer les savants.
Cette personnalité ne convenait guère à la direction d’une organisation secrète.
— Malgré tout, le Roi de l’Humanité reste un roi, le Porte-parole de tous les humains ! S’il existe, il doit être capable de comprendre n’importe quel humain. Même les plus détraqués, les plus tordus : s’ils sont humains, il les comprendra, sans faute !
Des humains détraqués et tordus. Ces mots firent aussitôt penser Historia à quelqu’un.
« Lankart. Même cet odieux salaud, qui considérait tous les autres comme des insectes, n’avait d’estime que pour Hui. Et ce n’est pas tout. Hui avait toujours prêté attention à la Progenitrice Tyrkanzyaka aussi. Tout le monde se montrait étrangement bienveillant envers lui, vu ce qu’il leur avait témoigné. »
Hé, pourquoi ne pas commencer par penser à toi ? Qu’est-ce qui te faisait croire que tu étais normale ?
Alors que je lui trouvais silencieusement des défauts, Maximilien se mit à déballer des choses que personne ne lui avait demandées.
— S’il est le Roi de l’Humanité, il comprendra ! Il comprendra qu’on peut remplacer certaines parties du corps humain par des engrenages sans le moindre problème ! Les bras et les jambes, les articulations et les muscles ne sont que des mécanismes faits de matière organique ; les engrenages peuvent très bien les remplacer ! Grâce aux engrenages, les humains peuvent devenir meilleurs… !
Historia se remémora son combat contre Maximilien.
Peu auparavant, Maximilien était apparu, chevauchant un Scarabée d’acier. Son arrivée avait été si bruyante qu’Historia l’avait repéré bien avant qu’il ne l’atteigne.
Le corps d’Historia était en mauvais état après son combat contre les anges. Elle n’était même pas sûre de pouvoir lancer un projectile d’énergie, encore moins d’utiliser l’Intention totale de l’épée-fusil. Désavantagée à tous les niveaux, elle avait prévu de mener une guérilla à distance.
Maximilien ne lui en avait pas laissé l’occasion. Resté à l’intérieur du scarabée, il s’était avancé sans hâte vers le quartier général des transmissions. Les balles d’Historia étaient puissantes, mais pas assez pour percer le Scarabée d’acier, composé de plaques imbriquées d’acier alchimique de niveau cinq. Elle ne pouvait pas le laisser approcher davantage et n’eut d’autre choix que d’engager le combat au corps à corps.
Seule face au Scarabée d’acier, elle avait arraché ses engrenages à mains nues et fini par créer une ouverture. Tandis que les lames de scie lui entaillaient le corps, elle avait attaqué Maximilien, désormais à découvert.
Les bras et les jambes de Maximilien bougeaient d’une façon très étrange. On aurait dit que des dents engrenées tournaient…
— Comme les membres du directeur.
Historia ne cherchait pas à sous-entendre quoi que ce soit. Elle s’était contentée d’énoncer un fait appris au combat.
Pourtant, rien au monde n’était plus désagréable que la vérité.
Le sourire disparut du visage de Maximilien. Tic. On aurait dit qu’un engrenage s’était déplacé dans sa tête.
— … J’ai trop parlé. Générale de division Historia, je suis certain qu’une personne aussi qualifiée que vous le comprend. Je n’ai aucune intention de faire du mal au Roi de l’Humanité.
La manière mécanique de parler de Maximilien ne se prêtait guère à l’expression des émotions. Historia ne remarqua pas son malaise et posa une dernière question.
— Que comptez-vous faire de Hui, directeur ? Vous devez bien avoir un autre motif… Ah… !
La dernière goutte était toujours celle qui faisait déborder le vase.
Vexé, Maximilien claqua des doigts. Les engrenages se mirent en branle et tirèrent sur les membres d’Historia.
Certains arcs étaient bandés à l’aide d’un treuil. Le corps d’Historia se courba comme l’un d’eux. À chaque torsion des engrenages, sa taille se pliait davantage. Un cri déchirant s’échappa de ses lèvres.
Le visage de Maximilien ne changea pas, même lorsqu’il tordit les membres d’une humaine.
— Restez à votre place, générale de division Historia. Votre vie et votre mort sont entre mes mains. Vous osez interroger celui qui tient votre vie entre ses mains, ici et maintenant ? Comment pouvez-vous être aussi sotte ?
— Ah ! Ngh… !
— Vous pourriez devenir mon alliée, mais si vous continuez à me décevoir, je reverrai mon jugement. Un allié qui ne connaît pas sa place est plus dangereux qu’un ennemi.
C’était de la torture pure et simple. Ne pouvant supporter la scène plus longtemps, je m’approchai et tirai de toutes mes forces sur les engrenages, mais sans résultat. C’était donc ça, être roi ?
Maximilien me vit m’acharner, mais ne relâcha pas son emprise.
— J’ai eu la pure bonté d’expliquer la situation à une adversaire vaincue. Et vous trahissez cette bonté. Vous comprenez, n’est-ce pas ?
« Ah, oui. Bien sûr. Je comprends parfaitement. Notre chère Historia a été terriblement présomptueuse, n’est-ce pas ? »
J’avais le temps. Les indices ne manquaient pas.
Le Scarabée d’acier était une machine complexe où des centaines de milliers d’engrenages s’imbriquaient harmonieusement.
Une source d’énergie ? Il n’y en avait aucune. Il ne pouvait se mouvoir que grâce au pouvoir de Maximilien, qui faisait tourner les engrenages, et ne déployait toute sa puissance que sous son contrôle. Pour n’importe qui d’autre, ce n’était qu’un tas de ferraille. Pour Maximilien, c’était une arme qu’on ne pouvait pas lui enlever.
Et cette chose, là, en particulier : une prison faite d’engrenages qui broyaient bras et jambes en amplifiant la force mécanique grâce à son pouvoir.
Contrairement au Fil de ver à soie céleste dont la régresseuse s’était servie pour ligoter Historia, ces engrenages exerçaient une pression constante. Elle ne pouvait pas s’échapper en modifiant son corps grâce aux arts de l’énergie. À l’instant où elle changerait de forme, ils se resserreraient davantage.
« … Mais une évasion est d’autant plus spectaculaire qu’elle paraît impossible. »
Sur ces mots, je saisis à deux mains l’engrenage qui enserrait la jambe d’Historia. Le regard de Maximilien s’assombrit.
« Il essaie de desserrer les engrenages ? Quelle sottise. S’il connaissait la structure du Scarabée d’acier, il saurait que c’est inutile. Ou bien ne comprend-il pas ? »
Je comprenais. D’après ce que j’avais lu, pour desserrer ces engrenages à la force humaine, il me faudrait démonter le Scarabée d’acier pièce par pièce, en commençant par sa queue. Autrement dit, c’était impossible.
Le sachant mieux que quiconque, Maximilien dissimula sa légère déception et déclara :
— Ne me décevez pas, vous aussi. On ne peut pas faire bouger le Scarabée d’acier par la force.
« Je vous l’ai dit, je comprends. »
Le déplacer par la seule force était absolument impossible. Seul Maximilien pouvait faire fonctionner le Scarabée d’acier.
— Vous protestez pour que je m’arrête ? Alors vous me décevez encore plus. Si vous croyez que je changerai d’avis parce que vous faites un caprice…
Crac.
Au son qui n’aurait jamais dû retentir, Maximilien s’interrompit. Incapable de comprendre ce qui se passait, il examina la scène avec un temps de retard.
Les engrenages tournaient.
À l’envers.
Ce n’était pas l’œuvre de la force brute. Je ne possédais pas une telle puissance. Non, même si Tyrkanzyaka était venue ici, elle n’aurait pas pu résister à la force que le Scarabée d’acier déployait à la seule force de ses muscles. Conçu au fil de nombreuses années par un génie fou, ce mécanisme décuplait des milliers, voire des dizaines de milliers de fois la force d’un simple mouvement du doigt.
Il n’existait qu’un seul moyen de le faire bouger : le pouvoir de Maximilien, le Li parmi le Ciel, la Terre, l’Eau et le Li…
Ou plutôt, l’Arcane innée qui se faisait passer pour ce pouvoir.
Je m’en servis pour faire tourner les engrenages.
— … !
Maximilien était sous le choc. Même ses pensées mécaniques ne parvenaient pas à suivre un bouleversement aussi considérable.
Les engrenages, qui auraient dû être entièrement sous son contrôle et tourner selon sa volonté. Le Scarabée d’acier, qui avait été sa seule arme, lui échappait.
« Serait-ce possible… ! Le Roi de l’Humanité peut même utiliser l’Arcane innée… ! »
Il ne lui fallut que quelques secondes pour se ressaisir. C’était amplement suffisant.
Historia fut libérée d’un coup. Dès que les engrenages cessèrent de la comprimer, son bras droit et sa jambe droite s’en dégagèrent sans difficulté. Le reste fut simple. Avant même que je puisse toucher les engrenages de l’autre côté, Historia se libéra à la seule force de ses muscles.
Libérée en un instant, Historia chancela en atterrissant. J’attendis qu’elle touche le sol, puis j’écartai les bras et haussai les épaules.
« Ta-daa ! Alors, ça vous a plu ? C’était un tour d’évasion ! Tout le monde, applaudissez ! »
Comme je m’écriais fièrement, Maximilien leva les deux mains, les yeux écarquillés. Historia bougea, croyant qu’il s’agissait du début d’une attaque, mais ce n’était pas le cas.
Maximilien tendit une main à plat et se mit à l’applaudir de la main droite. Il applaudissait avec tant d’enthousiasme qu’Historia, qui avait pris une posture défensive, en resta complètement déconfite.
Voilà longtemps que je n’avais pas eu un public aussi réceptif.
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