Chapitre 290
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 290 : La nation bénie, l’humain maudit — Final
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« Impossible. L’envoyer comme diplomate après qu’il a saccagé l’État militaire à sa guise et causé des pertes aussi colossales ? Il n’en est pas digne. On ne peut pas lui faire confiance. À en juger par sa façon de parler et d’agir, il ne connaît probablement rien à la diplomatie ni aux affaires étrangères. C’est le genre de personne qui agit sur un coup de tête et sème le chaos partout où elle passe. Exactement le genre de personne qu’il aime. »
Non, pas exactement. Je la trouvais plutôt attirante, mais je ne l’avais jamais crue bonne. La régresseuse était bien plus que le simple chaos.
« Cela va à l’encontre de l’idéologie de l’État militaire. C’est irrationnel. Mais… voilà ce qu’est un roi. Quelqu’un qui mène une nation selon ses caprices. Que ce soit juste ou non n’a pas d’importance. Le jugement d’un roi sème le trouble. Si nous acceptons AB, ce pays finira par être ébranlé… »
J’ignorais quand ni comment cela arriverait. Je savais seulement que ça arriverait, sans faute. C’était inévitable.
« Mais déjà… »
Ceux qui ne parvenaient pas à surmonter le présent devaient accepter jusqu’à un avenir qui promettait la ruine. Yuel, accablée par le désenchantement, n’avait plus la volonté de changer la situation.
Comme tous les autres prophètes, Yuel se résigna vite face au destin qui s’était présenté.
« …Je te maudis, AB. J’espère que tu seras dévorée par le regret, que tu éprouveras le plus profond dégoût de toi-même possible. »
On ne maudissait pas les choses sur lesquelles on pouvait agir. Au lieu de perdre son temps en malédictions, on les réparait ou on les changeait. On ne maudissait que lorsqu’il ne restait plus qu’à exprimer son ressentiment.
Autrement dit, la malédiction de Yuel équivalait presque à accepter la proposition. D’une façon plutôt pitoyable, certes, mais l’accepter tout de même.
« …Oui. Tu as enfin réussi. Tu as fait de l’État militaire autre chose que l’État militaire. Siati, quand tu n’as plus supporté ta colère, tu as trouvé quelqu’un sur qui te venger. Princesse Grandiomor, tu as trouvé quelqu’un à qui réclamer de la bonté. Quelle fin parfaite ! Vous serez bientôt ruinés, mais vous qui ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez, vous serez sans doute satisfaits ! »
Parce que les choses ne se passaient pas comme elle le voulait, elle prétendait que nous ne voyions pas plus loin que le bout de notre nez. Je fus tout de même assez magnanime pour écouter comme il se devait les cris d’une perdante. Sous mon regard indifférent, Yuel poursuivit.
« AB, un jour, Siati ne supportera plus cette rage et essaiera de te démembrer. La princesse t’arrachera le cœur, puis utilisera ton sang pour étancher la soif des autres ! Ces deux-là savent ce que tu es et où tu te trouves. Elles viendront te chercher quand elles le voudront ! »
Contrairement à Yuel, qui déversait violemment ses émotions, la capitaine AB demeura relativement calme. Elle demanda ce que Yuel comptait faire.
« Dois-je comprendre que tu accepteras de coopérer avec moi ? »
« Cela signifie que je ne m’y opposerai pas. Je n’ai ni raison ni envie de coopérer avec toi. »
« J’ai besoin de ta coopération. Ton pouvoir… »
« Ah, j’oubliais une chose. Moi non plus, je ne devrais pas exister. Je suis la seule à pouvoir te remplacer. Un roi peut-il avoir un remplaçant ? »
Avec un rictus toujours aux lèvres, Yuel leva la main et désigna la porte. Son geste muet signifiait clairement qu’elle voulait nous voir partir sur-le-champ. D’un air qui montrait qu’elle ne voulait même pas voir AB, elle ajouta :
« Je vais observer, AB. Je n’aurai même pas besoin de lever le petit doigt. L’État militaire regorge de gens qui veulent te tuer. Je regarderai ta mort en riant. Alors, va te trouver une tombe. »
Après avoir reçu l’ordre de partir, la capitaine AB balaya les lieux du regard. La chambre funéraire sombre, bâtie sous terre, avait l’austérité qu’on attendait d’un tombeau.
De nombreux ornements donnaient à l’endroit l’apparence d’une chambre funéraire, mais il n’y avait que deux cercueils de pierre pour accueillir des corps. Ils étaient tous deux vides, mais leurs propriétaires ne faisaient aucun doute : l’un était destiné au Héros de guerre, l’autre à Yuel.
Yuel n’avait pas l’intention de quitter cet endroit. Elle comptait sans doute y rester jusqu’à sa mort, puis se faire enterrer à ses côtés. Ainsi, les secrets de l’État militaire resteraient à jamais enfouis sous terre.
Yuel semblait avoir pris cette décision par pur désespoir, mais… elle donna une idée à la capitaine AB.
« Je ne partirai pas. »
La capitaine AB parla comme si elle était possédée.
« Je dois devenir une officière des transmissions “spéciale”. Je dois être leur libératrice. Je ne dois pas être libérée comme elles. Comme l’avait fait le quartier général… Moi aussi, je dois exister sans me révéler. »
« Tu ne te révéleras pas ? Qu’est-ce qui te différenciera alors de ce que tu étais avant ? »
Si la capitaine AB se cachait dans un lieu secret, se faisait passer pour le quartier général et donnait des ordres, rien ne changerait par rapport à l’époque où elle n’existait pas.
Yuel le fit remarquer d’un ton sarcastique, mais la capitaine AB avait une réponse.
« Les autres officières des transmissions, toutes sauf moi, ne seront plus enfermées. »
« …Quoi ? »
Les secrets de l’État militaire étaient protégés en enfermant les officières des transmissions dans des pièces sans fenêtres. On les isolait également du monde pour préserver leur pureté. En échange de leur liberté, elles gagnaient en objectivité et en sécurité.
La déclaration de la capitaine AB signifiait qu’elle renonçait à tout cela.
La capitaine AB leva la tête vers le plafond. De petits bourgeons s’ouvrirent sur chacune de ses mèches. Les boutons de gloire du matin violets redressèrent tous la tête et se mirent à transmettre la volonté de la capitaine AB vers le haut.
La capitaine AB insuffla aux bourgeons le message qu’elle allait envoyer.
『Ici l’officière des transmissions AB, à l’intention du Module I. Un grave conflit armé a éclaté au sein du Module I. De fortes complications supplémentaires sont très probables. Si aucune évacuation n’a lieu, le Module I devrait devenir inopérant, ce qui entraînerait une importante interruption des communications.』
« AB… »
『Conformément à l’étape deux du Manuel d’évacuation d’urgence et au Manuel de prévention des catastrophes, tout le personnel doit évacuer vers un lieu sûr. Aucune objection ne sera acceptée. Fin du message.』
L’ordre unilatéral et autoritaire prit fin. La capitaine AB reprit son souffle. Après un bref silence, ses gloires du matin frémirent comme si un tourbillon les avait avalées. Les demandes de communication à la capitaine AB se succédèrent, mais elle répéta fermement l’ordre qu’elle avait déjà donné.
Un fil souple pouvait s’enrouler autour d’une tige rigide, mais pas l’inverse. Le réseau que les officières des transmissions avaient bâti jusque-là reposait sur leur objectivité extrême et leur faible sens du moi. La volonté de la capitaine AB, soutenue par une subjectivité ferme, engloutit tous les rapports objectifs des officières des transmissions.
Les communications, qui semblaient plongées dans la confusion, ne tardèrent pas à s’apaiser. Elles avaient apparemment accepté la proposition de la capitaine AB. Du point de vue des officières des transmissions, il n’y avait aucune raison particulière de s’y opposer. Après tout, deux des Six Généraux s’étaient livrés à un combat acharné. Le secret ayant déjà été révélé, évacuer un bâtiment dangereux n’avait rien d’anormal.
Quand les communications prirent fin, les gloires du matin, qui avaient frémis avec force pour exprimer leur avis, s’immobilisèrent toutes en même temps. La capitaine AB prit une profonde inspiration en maîtrisant sa magie.
« …À partir de cet instant, je libérerai toutes les officières des transmissions de l’État militaire. Je leur ordonne de sortir de leur plein gré. Sans exception. »
C’était à la fois l’explication de son plan et l’expression de sa détermination. Après avoir terminé la communication, la capitaine AB ajouta :
« L’identité des officières des transmissions a été révélée. Maintenant que celles du Module I ont été libérées, les officières des transmissions ne sont plus un secret d’État militaire. Le seul secret, à présent, c’est… moi. »
La mission dont les officières des transmissions de l’État militaire s’étaient acquittées : ne jamais se révéler, tout observer et ne transmettre informations et ordres que par les communications.
Les officières des transmissions ne seraient plus contraintes d’assumer leurs responsabilités dans des pièces obscures. Elles auraient du temps et une vie à elles. Elles n’auraient plus besoin de devenir solitaires pour servir d’éléments objectifs, ni de souffrir pour cacher leur identité.
En échange, la capitaine AB devrait porter un fardeau bien plus lourd.
Le devoir était une autorité. La capitaine AB libéra les autres officières des transmissions de leurs obligations, puis s’empara de toute cette autorité. Une couronne invisible, mais lourde, se posa sur sa tête.
Les lianes de gloire du matin enroulées autour de la tête de la capitaine AB ne se flétriraient plus jamais, pas même un instant.
Dans le lieu le plus bas et le plus sombre, un roi fut couronné.
Il n’y eut ni applaudissements ni célébration. Seule la prière aride de Yuel accueillit la naissance du nouveau roi.
« Ô première Sainte Vierge qui m’as bénie… Est-ce là aussi un destin que tu as décrété ? »
C’était plus proche d’une lamentation que d’une bénédiction, mais cette prière était néanmoins empreinte de la sincérité d’une Sainte Vierge. Quelle succession bénie ! Je m’approchai chaleureusement du roi qui venait de naître.
« Félicitations, capitaine AB ! Ou bien n’es-tu plus capitaine ? »
J’étais prêt à l’appeler Votre Majesté si nécessaire, mais AB refusa catégoriquement.
« Mon grade ou mon titre n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est le rôle que j’ai pris en charge et le devoir que j’accomplis. »
« Hum. C’est vrai. AB, et nous, alors ? »
Je haussai les épaules et désignai tour à tour ma personne, Siati et la princesse. Nous trois n’avions aucun attachement particulier à l’État militaire ni aucune obligation de préserver ses secrets.
« Tu comptes te protéger par le secret plutôt que par des gardes. Mais les secrets isolent même ceux qui les gardent, non ? Il est particulièrement important pour quelqu’un comme toi, AB, qui ne dispose d’aucune aptitude au combat, de préserver ce secret. Tu devras nous faire taire pour le protéger. »
Bien sûr, l’un des moyens de faire taire les gens consistait à tous les tuer. Les morts ne pouvaient pas parler. C’était une méthode tout à fait rationnelle.
Naturellement, je n’avais pas l’intention de mourir, mais contrairement à ce que tout le monde pensait, je ne pouvais pas décider seul de vivre ou de mourir. Je tâchai de sonder un peu les intentions de la capitaine AB.
« Je… »
Puis AB sourit de toutes ses dents et déclara :
« Je te fais confiance. »
« À moi ? »
AB ne répondit pas à voix haute. Elle se contenta de hocher la tête.
Je me sentis étouffer, comme si je portais des vêtements qui ne m’allaient pas. La confiance. N’était-ce pas le mot le moins approprié pour une vie comme la mienne, pleine d’escroqueries et de mensonges ? Après tout ce que j’avais fait, qu’est-ce qui pouvait bien la pousser à dire ça ?
« On ne sait jamais ce qui peut arriver. Comment peux-tu savoir comment je changerai à l’avenir ? »
« Même en tenant compte de cela, je te fais confiance. Peu importe comment tu changeras, tu ne m’abandonneras pas. »
Quelle déclaration irresponsable. Maintenant que l’identité des autres officières des transmissions avait été révélée, la vie d’AB ne lui appartenait plus à elle seule. Si elle disparaissait, même Yuel aurait du mal à rendre à ce pays son état d’autrefois.
C’était vraiment un château de sable. Une construction grossière, faite en entassant maladroitement des grains qui ne tenaient pas ensemble. Mais…
« Oublie-moi. Et la princesse et Siati ? AB, tu ne les as rencontrées qu’aujourd’hui. Elles détestent toutes les deux l’État militaire. Tu peux leur faire confiance ? »
« Je leur ferai confiance. »
« Tu en es sûre ? »
« Leurs actes sont la conséquence de la trahison de la confiance qu’elles avaient placée dans l’État militaire. Non… parce que l’État militaire n’a pas su leur faire confiance. Je leur ferai confiance la première, et j’espère qu’elles me feront confiance à leur tour. »
Ce n’était peut-être ni beau, ni raffiné, ni soigneusement conçu.
Un château de sable bâti avec patience, une tour de pierres empilées en équilibre précaire, un bourgeon qui venait d’éclore. Mieux valait veiller sur ces choses que les détruire. Je n’étais pas le genre de personne qui prenait plaisir à les piétiner.
Mais la laisser se consacrer à une entreprise impossible serait cruel. Devais-je lui offrir un petit conseil, par gentillesse ?
« Ce sera difficile. Je ne te le recommande pas. Si tu veux renoncer, fais-le quand tu veux. Personne ne t’en voudra. »
AB me regarda droit dans les yeux et répondit :
« Objection. Je t’ai, toi. »
« Moi ? Tu as le droit d’être déçue par moi. De toute façon, je quitterai bientôt ce pays. »
Je n’étais pas particulièrement concerné par le sort de ce pays. Je pouvais simplement aller ailleurs. Pour moi, un pays natal était plus facile à remplacer qu’une paire de chaussures.
« C’est une décision raisonnable. L’État militaire actuel a trop de problèmes pour que tu puisses y vivre convenablement. Ton choix est rationnel. »
Même lorsque je déclarai que je partirais à l’étranger, AB ne manifesta ni déception ni reproche. Elle prit mes paroles telles quelles, puis se ressaisit et déclara :
« Je créerai un endroit où tu pourras rester. Pas maintenant, mais un jour. Quand tu reviendras ici, je bâtirai un lieu où tu pourras demeurer sans inquiétude. Alors, quand tu reviendras, je te prie de me juger. »
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